Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Explication des cérémonies de la Messe · Saint Thomas d'Aquin

    Pourquoi ce sacrement se réitère

    Il y a trois raisons de cela. La première c’est que retombant tous les jours nous sommes par ce moyen relevés tous les jours. La seconde c’est que comme l’arbre de vie se trouvoit au milieu du paradis, de même le corps du Christ doit être au milieu de l’église continuellement, pour que les pécheurs obstinés en soient écartés jusqu’à ce que purifiés par la pénitence et réconciliés par lui ils se convertissent et reviennent à lui. La troisième c’est afin que nous ne fassions qu’un avec le Christ, et par le moyen du Christ avec Dieu. Ce qui fait dire à s a in t. Jean, VI, 57. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » On le reçoit d’une manière digne en s’y préparant par une foi complète, une bonne confession, et une pénitence convenable. Quand on l’a reçu il produit trois effets. Premièrement, il efface les péchés, secondement, il rend ferme dans la vertu, troisièmement, il ressuscite pour la vie éternelle. Saint Jean, VI, 55. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang possède la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. » Pourquoi ce sacrement est-il voilé sous des espèces, pourquoi la vérité se cache-t-elle sous les espèces du sacrement, ou se trouve-t-elle voilée? Il y a trois raisons. La première c’est pour exercer notre foi, la seconde pour augmenter nos mérites, la troisième pour ménager notre foiblesse. En effet, l’homme a d’abord recours à la foi pour admettre et consentir, secondement il acquiert du mérite dans cette épreuve de la foi, troisièmement Dieu ménage notre infirmité en ne se manifestant pas dans la splendeur de sa majesté, mais en se cachant sous un voile. Dans la première partie nous demandons que les choses offertes soient bénites, et dans la seconde nous demandons que ce qui a été béni soit transformé en un vrai et magnifique sacrifice. C’est pourquoi secondement nous faisons cinq signes de croix. Nous faisons cinq signes de croix parce que nous demandons que ce qui a été béni soit transformé en ce qui l'emporte sur tout sous cinq rapports, d’une triple prérogative et d’une double charité. C’est pourquoi nous disons, benedictam pour la plénitude des grâces, adscriptam pour la souveraine dignité et l’honneur, ratam pour la suprême et éternelle puissance; mais comme cette triple prérogative nous seroit peu profitable si elle ne présentoit la double charité, c'est pour cela que nous disons, ut nobis corpus et sanguis fiat dilectissind Filii lui Domini nostri Jesu Christi; lequel manifesta une double charité à l’égard de son Père et de son troupeau; en obéissant à son Père et en mourant pour son troupeau, ou cette double charité par laquelle il se sépara de son corps et de son ame. Nous faisons aussi les cinq signes de croix sous un autre rapport pour obtenir en vertu des choses que nous avons dites ce qui nous est le plus nécessaire savoir, la rémission de nos péchés par la participation du sang, l’unité et la société des saints par la participation du corps, la crainte et l’exactitude à observer les commandements par la suprême et éternelle puissance, l’honnêteté de la vie et des mœurs par la souveraine dignité et l’honneur, et la plénitude des récompenses par la plénitude des grâces.

    Pourquoi en troisième lieu on fait deux signes de croix.

    Nous demandons dans la troisième partie que ce qui a été béni dans la première et la seconde soit transformé en un vrai et sublime sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ, et c’est pour cela que nous faisons deux signes de croix. Remarquez bien que cette partie est plus courte que l’autre, mais plus sublime et remplie d’une sagesse plus profonde. Aussi on fait ici deux questions, la première, pourquoi on ne fait que deux signes de croix, la seconde, pourquoi c’est dans cette partie plutôt que dans les autres que la substance du pain et du vin est changée au vrai corps et au vrai sang de Jésus-Christ. La réponse à la première question, c’est qu’il n’y avoit à racheter d’autre nature que la double nature de l'homme, savoir son corps et son ame. Or c’est dans cette partie que nous célébrons notre rédemption et notre réhabilitation qui ont été la délivrance de la nature humaine, aussi fait-on un double signe de croix à cause de la rédemption de cette double nature. La réponse à la seconde question, c’est que il y a trois ordres, l’ordre de la nature, celui de la justice et celui de la grâce. Dans l’ordre de la nature la fleur précède le fruit, dans l’ordre de là justice la peine suit le péché, dans l’ordre de la grâce, la grâce surabonde au-dessus du péché, et la miséricorde s’épanche où il n’y a point de mérite précédent. C’est pourquoi, ce n’est ni en vertu de la puissance de la nature, ni des droits de la justice que le pain et le vin sont changés en corps ou chair et sang, c’est la seule grâce divine qui l’a pu et voulu, qui l’a fait et le fait encore. Comme aussi il y a trois temps, savoir le temps avant la loi, le temps sous la loi, et le temps après la loi, ou temps delà grâce. Notre Seigneur Jésus-Christ est venu qui a célébré et institué ce sacrement, comme dans cette troisième partie du canon il consacre le pain et le vin et le transforme en son corps et en son sang. Remarquez bien que ces trois choses sont nécessaires pour ce sacrement, l’ordre, l’action et l’intention. L’ordre, il faut être prêtre, l’action, il faut proférer les paroles que notre Seigneur prononça dans la cène, l’intention, il faut avoir l’intention de faire ce que fit notre Seigneur. Ces trois choses sont aussi requises dans les autres sacrements excepté dans le baptême qui est de nécessité aliu s, sed profundior et m agis sa- im penditur ubi nullum præcedit m eritum : pieiitia plenus : unde in hoc duplex quæs- et ideo nec natura p otuit, nec justitia detio m ovetur. P rim a e s t, quare non nisi bu it,■ ut panis et viuum fleret corpus, vel duæ cruces fian t; secunda, quare in hoc caro et sanguis ; sed sola gratia divina hoc ordine potius quam in cæteris substantia p o tu it et v o lu it, hoc fecit et facit. Sicut panis et vini in verum corpus Christi et autem sunt tria tem pora, scilicet tempus sanguinem transeat. Solutio primai quæs- ante legem, tempus sub lege et tempus post tionis est, quia nulla alia nisi hominis na­ legem, vel tempus gratiæ. V enit Dominus tu ra sola duplex redim enda e ra t, scilicet Jésus Christus qui hoc sacram entum celecorpus et anim a. lu hoc autein ordine nos- b ra v it et instituât, sicut et in hoc tertio ortra redem ptio et reparatio celebratur, per dine canonis de pane et yino, corpus et sanquam humana n atu ra lib e ra tu r, et ideo guinem consecrat et conficit. Et nota quod duplex crux ht hic propter redemptionem hæc tria ad hoc sacram entum sunt necesduplicis naturæ. Solutio secundæ quæstio-. saria, scilicet ordo, actio et intentio : ordo nis est, quia triplex esL o rd o, scilicet na­ ut sit sacerdos, actio ut verba proférât quæ tu r æ, justitiæ et gratiæ. Ordine naturæ Christus dixit in cœna, intentio ut ad hoc ilos præcedit fructum, ordine justitiæ pœna p ro férât; et hæc tria req u iru n tu r in aliis sequitur p eccatu m, ordine gratiæ super- sacramentis, præterquam in baptismo qui abundat g ratia peccatum, et misericordia est necessitatis. Quandoque Vero proferunsité. Quelquefois on prononce d’une manière qui n’est pas sérieuse les paroles sacramentelles, ou pour instruire les ignorants, elles n’ont pas alors l’efficacité d’opérer le sacrement. Dans la quatrième partie, le vrai et souverain prêtre étant présent, le Père connoît déjà nos prières en présence de la vraie et souveraine hostie, il s’écoule si peu de temps en célébrant les trois merveilles qu’il a opérées, que la clémence du Père se trouve fléchie soit par lui, soit par ce qu’il a fait.

    Pourquoi en quatrième lieu on fait cinq signes de croix.

    Nous faisons donc cinq signes de croix, non pour sanctifier le Saint des saints qui est présent, mais afin d’offrir et de recevoir par la vertu de sa pénitence une hostie salutaire et de mériter par son secours d’être admis dans la société des saints. Car notre Seigneur Jésus-Christ a été dans sa passion une victime pure, dans sa résurrection une victime sainte, dans son ascension une victime immaculée, un pain de la vie éternelle pour ceux qui ont faim, un calice du salut éternel pour ceux qui pratiquent la justice ; nous devons donc nous rendre semblables et nous conformer à lui, nous qui montons à l’autel pour l’offrir et le recevoir.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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