Explication des cérémonies de la Messe · Saint Thomas d'Aquin
Pourquoi on emploie dans la Messe du pain, du vin et de l'eau
. Il y a dans la vertu de la sainte Croix et du sacrement de l’autel une haute convenance et une grande efficacité, puisque par leur moyen les choses contraires sont exclues, et l’Eglise se renouvelle et se sanctifie. Il y a deux manières de se renouveler, la première est de se dépouiller de ce qui est vieux, la seconde de revêtir ce qui est
OPUSCULUM LXV.
neuf. Il y a dans le sacrement de l’autel sept choses dont on s’occupe généralement, savoir, la cause de la messe, la différence, la fin, la vertu, l’ordre, la raison et l’utilité. — De la cause de la messe. Il y a trois causes pour lesquelles on dit la messe, l’honneur des saints, le'salut des vivants et le repos des morts. On commence par un préliminaire qui est une prière ou invocation à la Trinité, et qui fait sommairement connoître la cause de la messe qui va suivre. Suscipe sancta Trinitas, etc... Là se trouve la demande qu’elle puisse servir à l’honueur des saints, à notre salut et au repos des défunts. Il y a donc trois différences, car il y a pour les messes trois différences qui répondent aux trois parties de l’Eglise, c’est-à-dire que l’on dit des messes pour les saints, d’autres pour les vivants, d’autres pour les fidèles défunts. L’Eglise, en effet, se divise en trois parts, l’une qui est dans la joie, l’autre qui est en pèlerinage, et la troisième qui est dans l’attente. Les saints qui ont marché sur les traces de Jésus-Christ sont dans la joie, les vivants sont en pèlerinage, exposés aux vicissitudes de la vie et aux tribulations, les fidèles défunts sont dans l’attente des secours de leurs frères et du repos éternel. Suivant ces trois différences de partie, il y a aussi trois différences de fin pour les messes et les offices. La messe pour les saints a une fin spéciale, parce qu’on dit : Ite missa est; la messe pour les vivants en a une autre, parce qu’on dit : Benedicamus Domino; la messe pour les défunts en a également une autre, puisqu’on dit : Dequiescant in pace. A la fin de la messe pour les saints, nous sommes conviés à la gloire dont ils sont déjà en possession par Vite missa est, qui signifie, la victime nous a été envoyée par le Père, ou elle a été renvoyée par nous vers le Père; c’est pourquoi, « hâtez-vous d’entrer dans ce repos, » Hébreux, IV. 11. La fin de la messe pour les vivants nous exhorte, nous qui sommes dans le pèlerinage de cette vie, à rendre constamment à Dieu honneur et gloire, suivant ce passage du Psaume CXIII, 18 : « Nous qui sommes vivants, nous bénissons Dieu, etc... » A la fin de la messe pour les défunts, nous leur souhaitons le repos par ces mots, qu'ils reposent en paix, c’est le même souhait que nous faisons pour eux en commençant, requiem œternam, etc. La croix du Christ appartient à la vertu de la m esse, puisqu’elle est un sacrement de l’autel, et qu’elle consacre et sanctifie les sacrements de l’Eglise. — De l’ordre de la croix dans la suite du canon. Remarquez qu’il y a sept ordres de la croix dans la suite du canon, établis par le Saint-Esprit avec une souveraine sagesse. Le premier ordre commence à Te igitur, clemmtissime Dater, jusqu’à ces mots, quam oblationem ; le second prend à quam oblationem, jusqu’à ceux-ci, qui pridie; le troisième à qui pridie jusqu’à unde et memor es; le quatrième à unde et memores jusqu’à per quem hæc omnia ; le cinquième à per quem hæc omnia jusqu’à per ipsum; le sixième à per ipsum jusqu’à pax Domini; le septième à pax Domini jusqu’à la fin de la messe. Or chacun de ces ordres recèle des raisons mystérieuses et de profondes questions, que le Saint-Esprit cache ou découvre à qui bon lui semble. Dans la première partie du canon, nous exposons trois choses, nous prions Dieu pour trois ordres de créatures, nous demandons trois choses, c’est pour cela que nous faisons trois croix.
Pourquoi on emploie dans la Messe du pain, du vin et de l’eau.
Nous employons dans la messe trois choses, le pain, le vin et l’eau. Pourquoi, dira-t-on, ces trois choses plutôt que d’autres? U y a de cela trois raisons. La première, c’est que parmi les choses les plus nécessaires pour entretenir la vie de l’homme, les principales, les plus communes, les plus utiles et les plus nécessaires sont le pain, le vin et l’eau. C’est pour cela qu’elles ont dû être préférées à d’autres pour être transformées en ce qu’il y a de meilleur et de plus utile à tous, comme de plus nécessaire pour obtenir la vie éternelle, je veux dire le corps et le sang de Jésus-Christ. La seconde raison, c’est que l'on y trouve l’effet et la vertu du sacrement, sans quoi on s’en approche indignement et on le reçoit pour sa condamnation, et non pour son salut. En effet, dans l’eau on trouve la foi qui est cachée et qui se nourrit dans les eaux ; l’espérance dans le vin qui.réjouit et donne du cœur; la charité dans le pain qui répare et soutient les forces. Ou bien dans le pain qui fortifie, on conçoit le Père qui est la force universelle. Dans le vin qui réjouit, ou voit le Fils qui est la joie de tous, « que personne ne nous enlèvera, » S. Jean, XVI, 22. Dans l’eau qui lave et purifie, le Saint-Esprit, ce qui a fait dire à Ezechiel, XXXVI, 25 : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés de toutes vos souillures. » Ou encore, on peut trouver dans l’eau la pureté de la chasteté, dans le pain la force et les œuvres de la piété, dans le vin qui anime la droiture de l’intention. Ces trois choses sont tellement nécessaires à ceux qui s’approchent de l’autel, que sans cela personne ne peut le faire d'une manière utile pour son salut, aussi l’autel est placé dans un lieu élevé, afin que ceux qui doivent en monter les degrés s’appliquent à s’y bien préparer. C’est pourquoi dans la quatrième partie du canon, avant de dire, panem sanctum vitæ œternæ et calicem salutis perpetuœ, nous offrons comme nécessaire, hostiampuram, hostiam sanctam, hostiam immaculatam; mais nous parlerons de cela plus tard. La troisième raison pour laquelle on emploie à la messe du pain, du vin et de l’eau, c’est que nous prions pour trois classes d’hommes, et que nous demandons trois sortes de grâces. C’est donc à raison de cela que nous usons de ces trois choses et que nous faisons trois espèces de demandes pour trois classes d’êtres. Nous prions d’abord généralement pour tout le monde en.disant.: In primis quæ tibi offerimus pro Ecclesiâ, etc.... Secondement pour nos amis absents, par ces mots : Memento, Domine, famulorum famulanmque, etc. Troisièmement pour les assistants, en disant : Et omnium circumstantium, etc. Nous demandons aussi trois choses, d’abord que nos jours s’écoulent dans la paix, secondement.d’être délivrés de la damnation éternelle, troisièmement démériter d’être comptés dans le troupeau du Seigneur; toutes ces demandes sont renfermées dans ces mots : Diesque nostros in tuâpace disponas, atque ab œternâ damnatione nos eripi et in electorum tuorum jubeas grege numerari. Donc, par la raison que nous employons trois choses, que nous demandons par la même raison, nous faisons trois croix, pour bénir d ’abord par la vertu de la croix les objets présents, secondement pour obtenir de la force pour ceux qui sont le but de l’oblation, et troisièmement, afin d’obtenir ce que l’on demande. Voilà la raison pour laquelle nous faisons d’abord trois signes de croix. Ainsi s’explique pourquoi on fait trois signes de croix dans cette partie en disant à la majesté divine, hæc dona9 hæc munera, hæc sancta sacrificia illibata, c’est pour rapporter ces dons à la nature, ces présents à la grâce, et ces sacrifices saints et sans tache à la gloire de l’incorruption. Mais pourquoi ce sacrement se réitère-t-il, comment le reçoit-on dignement, quels sont ses effets, quand il est dignement reçu, pourquoi la vérité se cache-t-elle sous cette forme sacramentelle, voilà autant de questions intéressantes qui se présentent ici.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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