Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    De l'amour de Jésus-Christ et du prochain · Saint Thomas d'Aquin

    Chapitre II

    « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, etc... » II y a deux espèces d’amour. L’amour de concupiscence, par lequel nous aimons ce que nous voulons, ce que nous désirons, tel que les richesses, les honneurs. L’autre, c’est l’amour d’amitié, et c’est celui par lequel nous aimons ce à quoi nous voulons du bien, comme les amis; il faut aimer le Seigneur de l’un et l’autre amour. T1 faut observer qu’il y a trois espèces de choses relatives à l’acte d’amour; ce sont celles qui le précèdent, celles qui l’accompagnent et celles qui le suivent. Il faut considérer celles qui le précèdent comme ayant pour fin ce même amour, car, comme le (Ut Aristote, ceux qui proposent une fin quelconque, doivent savoir comment et par quels moyens ils se proposent d’y arriver; et s’il semble qu’il faille faire plusieurs choses, quel est le moyen par lequel ils se proposent, d’y arriver et plus facilement et d’une manière plus parfaite. Mais si on arrive à cette fin d’une manière parfaite par un seul moyen, comment cela se fera-t-il, et le moyen par lequel on y arrivera, jusqu’à quel point fera-t-il parvenir à la cause première, qui dans l’intention sera la fin dernière. La connoissance précède donc naturellement et nécessairement l’amour, et l’appréhension la concupiscence : la raison, c’est que les forces sont réglées de manière que la force cognitive précède la force affective, les mouvements et les moteurs sont aussi réglés, de manière que si l’on détruit celui qui précède, celui qui suit l’est aussi. Nous pouvons aimer, dit saint Augustin, les choses que nous ne voyons pas, mais il nous est impossible d’aimer celles que nous ne connoissons pas. Par conséquent, voulez-vous aimer Dieu et le désirer, commencez par le connoître. Donc, d’après le Philosophe, l’objet aimable dès qu’il est saisi, meut ce qui est saisi comme aimable. Il faut donc saisir à l’avance par la pensée ce qui est souverainement délectable, afin de pouvoir l’aimer en soupirant après. Mais nous saisissons ce qui est sensible par l’ouïe, par la vue, et quelquefois par le goût. Par exemple, le vin qui est extérieurement sensible, je ne le saisis pas de la même manière si j’en entends dire, ce vin est bon, que si je le vois, parce que, d’après Aristote, la vue saisit plusieurs différences d'une chose, et par conséquent juge plus sûrement de cette chose; mais je le connois plus parfaitement encore si je le goûte, car alors il y a une union très-intime du sens et de la chose sentie. Pareillement l’intellect saisit quelque chose du souverain bien, ou par un autre, et comme pour ainsi dire par l’ouïe, ou par lui-même, et comme pour ainsi dire par la vue; il saisit d’une manière plus parfaite, lorsque la faculté affective est en quelque manière contingente, et qu’on éprouve médiocrement le désir de la chose elle-même. Le propre de ceux qui commençent, c’est d’entendre, le propre de ceux qui progressent, c’est de voir. Le propre de ceux qui sont parfaits, c’est de goûter. Commençant, vous voulez entendre pour désirer, voir pour être mû, chercher pour entendre ; le serviteur cherche pour un verre d’eau froide, cherchez donc vous aussi; demandez et à Dieu et aux hommes de Dieu. A Dieu dans vos prières. Que pensez-vous qu’il faille faire, dit Boëce, pour que nous méritions de trouver ce siège du souverain bien? Il faut invoquer, dit-il, le Père de toutes choses, sans lequel il est impossible d’établir de principe convenable. Demandez aux hommes dans vos entretiens, de là suit le mouvement. Il est écrit dans Isaïe, ch. LV : «Entendez ceux qui m’écoutent, et mangez ce qui est bon. » Progressant, vous voulez entendre pour que vous puissiez désirer, faites trêve à vos occupations pour que vous puissiez voir. Il est écrit Psaume XLV : « Reposez-vous et voyez; » pour vous reposer, renvoyez à plus tard vos affaires. Par conséquent, comme, d’après Aristote, le dernier degré dans l’intention est le premier dans l’exéoportet præapprehendere ' cogitando, ut gustare perfectorum. Incipiens vis audire possimus diligere appetendo. Apprehendi- ut concupiscas, videre ut movearis,quærere mus autem sensibile auditu, visu, et non- ut audias : quærit enim famulus pro potu nunquam gustu, Verbi gratia : Vinum frigido, qnære igitur et tu ; interrega a quod est sensibile exterius, alio modo ap- Deo et Dei hominibus, a Deo in oratione. prehendo audiens narrari de ipso, vinum Boetius ; Quidnam agendurn censes, ut ilillud est bonum, magis autem cum video, lius boni summi sedem invenire merenquia visus secundum Aristotelem pluresrei mur?Invocandum, inquit, omnium rerum differentias apprehendit, et ideo certius ju - Patrem, sine quo nu Hum rite fundatur dicat de re, magis autem cum prægusto : principium. Ab hominibus in sermone, tune enim est maxima conjunclio sensibi­ hinc sequitur motu s, Isai., LV : « Audite lis ad sensum. Similiter inteilectus de audientes me, et comeditc bonum. » Prosummo bono intelligit aliquid, aut per fïciens vis audire, ut possis appetere, vaca alium, et sic quasi per auditum : aut per ut videas. Psalm. XLV ; « Vaca te et vise, et sic quasi per visum, sed plenius ap­ dete, » ut vaces, negotia postpone. Quoprehendit, cum aiïectus aliqualiter cou tin- niam igitur secundum Aristotelem, ultigens, vel modice expetitur. Audire autem mum de intentione, primum est in execuest incipientium, videre proficientium, tione, primum pro loco et tempore negocution, renoncez donc d’abord, selon que le temps et le bien le permettent, à vos affaires. Hélas maintenant, foible mortel, s’écrie saint Anselme, fuyez un peu vos occupations ordinaires, soustrayez-vous un peu à vos pensées tumultueuses, rejetez les soucis qui vous accablent, remettez à plus tard vos fatigues accablantes, occupez-vous mentalement de Dieu pendant quelque peu de temps, reposez-vous en lui pendant un peu de temps, fuyez les occupations de l’homme extérieur, dérobez-vous aux écarts de votre imagination, ne vous occupez pas des soucis do la raison, remettez à plus tard les fatigues de la volonté, reposez-vous mentalement pendant un peu de temps, mais voyez comment vous vous reposez, de peur que vos ennemis ne se rient de vos sabbats. Reposez-vous donc afin de voir; voyez par l’intellect pour que vous désirez par l’affection, au reste, vous qui êtes parfaits, « goûtez et voyez, car le Seigneur est doux, » goûtez, même médiocrement pour éprouver, et vous verrez que son œuvre est bonne, et les autres biens ne vous inspireront que du dégoût en comparaison de l’affection que vous aurez pour celui-là. Celui, dit Richard de Saint-Victor, qui n’a pas mérité de sentir en la goûtant la douceur des biens intérieurs, ne peut pas, j ’en ai la conviction, atteindre le sommet de la perfection des biens extérieurs. Il y a donc un ordre entre ces divers modes de saisir; car l’ouïe a pour but la vue, comme nous le voyons de la reine de Saba, qui ayant entendu parler de Salomon désiroil voir ce qu’elle avoit entendu dire. Par conséquent, l’homme qui après avoir commencé fait des progrès, passant de l’ouïe à la vue, dit avec le Prophète, Psaume XLY1I : « Comme nous avons entendu, de même nous avons vu. » La vue a pour but le goût, ce qui fait qu’il est dit par -contre à une certaine personne, au livre quatrième des Rois, ch. YU : « Vous verrez, et vous n’en mangerez pas. » Faites cependant en attendant ce qu’il vous est permis de faire, tenez le milieu, attendez tia mtermitlc ut vaces. Anselmum : Eia præ appetitu istius. Ricardus : Non potest, nuncliomuncio, fugepaululum occupatio~ ut arbitror, ad pcrfectum exteriorum bones tuas, et absoonde te modicum a tu- norum fasligium pertingere, qui interiomultuosis cogitationibus tuis, abjice nunc rum dulcedinem bonorum nondummeruil onerosas curas, postpone laboriosas disien- gustando sentira, est. igitur ordo inter hos tiones tuas, vaca aliquantulum mente apprehensionis motlos. Nam auditus ordi-Deo, et requiesce aliquantutum in eo, fuge natur ad visum, ut patet in regina Saba, occupationes opurationum in homine exte- quæ audita fama Salomonis appetebat viriori, absconde le a tumultu phautasiæ, ab- dere quod audierat. Homo igitur post in-,jice curas rationis, post pone distentiones ceptionem proficiens, al) auditu ad visum voluntatis, et vaca aliquantulum mente : transiens, dicit cura Propheta, P salm. sed vide quomodo vaces, ne dendeant lios- XJL.VJI : « Sicut andivimus, sic vidimus. » tes Sabbatha tua. Vaca ergo ut videas, vi­ Visus autem ordinatur ad gustum, quo de intellect u ut concupiscas affectu, cacte- contra cuidam dicitur in lib. IV Reg.} rum vosperfecti gustate, et videle, quo- VII : u Videbis, et inde non comedes. m niam suavis est Dominus : gustate vel rao- Fac tamen intérim quod lic et, tene medice ad probandum, et videbitis quia bona dium, et expecta perfectum, vide et c o ­ est negotiatio ejus, et fastidietis alia bona J gita Deum, non ut Dominum, vel ut judice qui est parfait, voyez et pensez à Dieu, non pas comme Seigneur ou comme juge, mais comme une chose souverainement bonne et souverainement aimable. Excite, 6 mon ame ! dit saint Anselme, tout ton intellect, pense autant que tu le peux, quel est ce bien, combien il est grand ! Sache et pense que ce bien l’emporte sur tout ce que l’on peut désirer, il est aimable par-dessus tout ce qui est aimable ; on le démontre d’une manière péremptoire par induction. L’orgueil désire les honneurs, l’avarice les biens et les richesses, la paresse le bien-être et le repos, la gourmandise et la luxure désirent la volüpté ; de ces choses découle la colère contre celui qui nous blesse sur ces divers points, parce que la colère venge la concupiscence lésée, comme le définit le Philosophe; de là découle l’envie contre celui qui possède ce dont nous venons de parler. Si nous désirons, dit saint Grégoire, les choses qu’il possède, nous les lui envions, soit qu’il les ait reçues entièrement ou qu’il ne les ait reçues qu’en partie ; ce qui fait que la quantité que nous désirons est restreinte par ce qu’il possède Le péché consiste donc dans la concupiscence de ces choses, non pas parce qu’elles sont mauvaises par elles-mêmes, mais parce qu’on les préfère à des choses meilleures. Le péché, dit saint Augustin, n’est pas le désir des choses mauvaises, mais bien l’abandon des choses meilleures. Dieu est donc effectivement l’honneur immuable qui honore plus parfaitement que toute chose qui honore. On lit au premier livre des Rois, chapitre II : «. Celui qui m’aura honoré, je l’honorerai ; celui-là m’honore qui me préfère à tout honneur temporel. » Mais d'après Aristote, si ce qui est simple est un bien simple, et ce qui est plus grand un bien plus grand, et ce qui est très-grand un bien très-grand, comme si la volupté est un bien, une plus grande volupté sera un bien plus grand bien, et, par conséquent, la volupté très-grande sera un bien très-grand. Par conséquent, si l’honneur est un bien comme c’est u d bien, ce bien est cium, sed ut quamdam rem sumrae bonam tem nobis restringit. In concupiscentia et delectabilem. Anselmus : Excita nunc igitur horum est peccatum, non quia ipsa anima mea totum intellectum tu u m, et sint mala, sed quia pro his deferunlur mecogita quantum potes, quale et quantum liora. Augustinus : Peccatum non est appesit illud bonum. Gognosce, et cogita quod titusreîum malarum, sed desertio m elioipse præcellit omne concupiscibile, delectat rum. Deus est igitur effective honor iupræ omni delectabili, quod patet indu- commutabilis præ orani re honorante excendo. Concupiscitsuperbia honores, ava- cellenter honorans, I flep., II : « Qui me ritia divitias et res, accidia commodum et honorificaverit, honoriflcabo eum : » me quietem,gula etluxuria vnluptatem,exhis honorificat qui me honori temporal! eli— sequitur ira contra lædentem nos in liis, gendum præponit, sed secundum Aristotequia ira est vindex læsæ concupiscentiæ, lem, si simplex ad sim p lex, et magis ad ul difiimt Phiiosophus, et sequitur invidia magis, et maxime ad maximum, ut si vocontra habentem, hæc ; Gregorius : Si quæ luptas bonum, major voluptés magis bodesideramus, illi invidemus qui accipit ea num, et sic maxima voluptas maximum penitus, vel partem accipiendo, qnantita- bonum. Igitur si honor bonus sicut u tique désirable, l’honneur souverain, qui est un bien souverain, est par conséquent souverainement désirable. Et encore, Dieu est un roi immuable et une substance qui enrichit excellemment tout celui qui le possède. La chose dont on doit jouir, dit saint Augustin, c’est le Père, et le Fils, et le Saint-Esprit, la même Irinité, la chose par excellence, qui est commune à tous ceux qui en jouissent; et si l’on considère ici cette substance du bien immuable, on la désire plus que toute substance d’un bien muable. Et encore, si la substance bonne des choses doit être désirée, la substance souveraine est souverainement bonne, et par conséquent souverainement désirable. Et encore, Dieu, qui est le repos immuable, nous procure excellemment l’avantage du repos. Vous nous avez fait pour vous, Seigneur, dit saint Augustin, et notre cœur est sans cesse agité jusqu’à ce qu’il se repose en vous; le repos de la paresse, duquel découle l’inquiétude, ne ressemble pas à celui-ci. En vous tenant debout, vous étiez fatigué, dit saint Augustin, en vous asseyant, vous repreniez vos forces, et en vous asseyant de nouveau, vous vous fatiguez. El tout ce que l’on fait pour secourir celui qui est fatigué produit une autre fatigue. Et encore, si le Lien et le repos sont avantageux, le souverain repos est le souverain bien ; donc on doit souverainement le désirer. Et encore, Dieu est la volupté immuable qui délecte excellemment. 11 est éc rit, Psaume XL : « Vous nous abreuverez au torrent de votre volupté. » Donc, si la volupté est un bien et est désirable, la volupté souveraine est un bien souverain, donc elle est souverainement désirable. Comme cette induction n'a pas d’instance, on en tire cette conclusion générale, Prov., chap. III : « Tout ce que l’on peut désirer ne peut entrer en comparaison de ce bien. » Mais on peut comparer une chose à une autre de trois manières; on peut la comparer ou en tant qu’elle est plus, grande, ou en tant qu’elle est plus p etite, ou en tant qu’elle est égale. Si l’on compare ce qui est plus grand à ce qui est plus petit, il y a un excédant, comme par exemple, si l’on compare un objet qui a trois coudées à un objet qui n’en a que deux ; telle est la comparaison suivante, Sag., chap. VII, « comparée à la lumière, ou trouve qu’elle est la première. » Si l’on compare encore ce qui est plus petit à ce qui est plus grand, il y a encore excédant, tel par exemple que si l’on compare une coudée à deux coudées ; telle est la comparaison suivante, Deut., chap. III : « Là nous avons vu les fils d’Knachim, comparés à eux, nous ne paraissions que des sauterelles. » On peut encore comparer deux choses égales ou deux choses semblables, et là il n’y a ni excédant, ni excédé ; telle est la comparaison suivante : « Il a été comparé aux bêtes de somme privées de raison. » U est donc tout-à-fait impossible de pouvoir comparer les choses que l’on désire à ce bien souverainement désirable, parce qu’elles ne sont ni plus petites, ni plus grandes, ni égales à lui, parce que, par rapport à lui, elles sont néant. Dieu seul, dit saint Jérôme, par son essence, ne peut pas être soumis à notre comparaison. On compare donc l’unité au millième, comme la partie comparée au tout n’est pas infiniment plus petite ; mais on ne compare pas le point à la ligne, ni le point central à toute la circonférence, parce que l’un et l’autre est fini en lui, mais est infini par rapport au point, par conséquent ne peut pas lui être comparé. Mais on peut encore moins comparer la créature au Créateur, en tant qu’il est un bien simplement infini, pendant que celle-ci est un bien simple et fini. Confère donc, ô homme, en toi-même, et vois ce que tu désires, tu désireras en effet le bien ; car, comme le dit saint Augustin, l’or est bon, les richesses sont bonnes. Si donc tu désires un marc d’argent parce qu’il est bon, lu désireras d’autant plus vivement un marc d’or, parce qu’il est meilleur. Par conséquent, tout ce qui est mille fois meilleur, la raison nous persuade de le désirer avec mille fois plus d’ardeur, et cependant l’unité est une partie quelconque du millième, par conséquent elle peut lui être comparée. Mais Dieu, que l’on ne peut pas comparer à toutes les choses désirables, est ce marc infiniment meilleur qui, par conséquent, est infiniment plus désirable. On peut juger de la même manière do tout ce qui est désirable. On ne peut donc pas lui comparer toutes les choses ensemble ; comment, par conséquent, pourroit-on les lui comparer une à une ? On appelle donc tous les biens réunis ensemble le bien parfait, comme il est écrit au livre de la Genèse, chap. 1 : « Mais chaque chose, prise à part, n’est pas très-bonne, mais est seulement simplement bonne ; « chaque chose prise à part est moins bonne que si elles sont toutes réunies ensemble. Mais, comme le dit le Philosophe, la prééminence de deux ou de plusieurs choses nous étant démontrée, nous devons choisir et préférer ce qu’il y a de prééminent dans ces deux choses. Comment faut-il donc préférer ce qui existe à ce qui n’existe pas, l’être au non-être, le bien infini au bien fini ? Pourquoi donc, dit saint Anselme, divagues-tu, foible mortel, cherchant les biens de.ton ame et de ton corps ? Aime un seul bien qui est tout le bien, et cela suffit : désire le bien simple qui est le bien souverain, et cela te suffit. Les petits ruisseaux des biens désirables sont multipliés, mais Dieu est la source unique de tous les biens. La source est donc meilleure, plus désirable que le ruisseau, la cause que l’effet, elle est même incomparablement meilleure ; elle dont nous disons, d’après Boëce, que sa bonté est peu comprise, à cause des discussions qui ont eu lieu à son égard. Il n’y aura par conséquent rien de bon et rien de désirable. Donc ce qui est tel par soi est plus tel que ce qui ne l’est que par accident, et par conséquent est plus désirable ; ce qui fait qu’il est écrit, Ps. LXXXIII : Mon ame désire ardemment d’être dans la maison du Seigneur; » et elle est presque dans la défaillance par l’ardeur de ce désir. Mais il comparabilis ipsi : sed Deus, cui omnia multas vagaris humuncio, quærendo bona quæ desiderantur cnmparari non possunt, animæ tuæ et corporis? Ama unum boilia rnarca infini lies melior, et ideo infini- num, quod omne est bonum, et satis est : ties coucupiscibilior. Similiter de quolibet desidera simplex bonum quod est sumconcupiscibili simile fit judicium. Omnia mum bonum, et sufficit. Item : Rivuli boergo huic non valent conparari, quomodo norum concupiscibilium diversi, fonsunus igitur singula valent ? Cuncta igitur bona omnium Deus. Melior ergo et concupiscibisimul appcllantur valde bona, ut dicitur lior fons quam rivulus, causa quam effec-Gen., I. Singula non valde, sed tantum tus, immo incomparabiliter melior, cujus simpliciter bona; minus enim siiigulabona bonitate secundum Boetium, paulisper dissunt, quam omnia collecta, sed ut dicit putationis gratia intellecta diei m us, jam Philosophus : Ostensa præeminentia una nihil erit bonum, et ideo nihil concupisciduorom, vel plurium, hoc duorum. est bile. Igitur quod per se ta ie, magis taie præeligendum, vel præoptandum quod est quam quod per accidens, et ideo magis præeminens. Quomodo ergo præoptandum concupiscibile, Psalm. LXXXIII : « Quaaliquid nihilo, ens non enti, infinitum ho- propter concupiscit et déficit anima mea num finito ? Anselmus : Gur ergo per in atria Domini. » Sed nota, quod duplex faut observer qu’il y a deux espèces de concupiscence : l’une de la chose absente et qui nous pousse à l’avoir; l’autre d’une chose absente qui procure par sa présence une jouissance désirable ; par conséquent, on se délecte et on jouit de l’objet désiré. Cette concupiscence pousse donc à la délectation, comme cela a lieu pour le vin que j ’aime en le désirant, lorsqu’il est loin de moi. Ce qui fait que je suis porté à agir pour avoir le prix nécessaire à l’acheter, pour préparer le vase dans lequel je le recevrai, et lorsque je ne l'ai pas, je ne cesse de le désirer. D’après cela, il est de la charité de celui qui est dans la voie d’aimer et de désirer Dieu comme absent, et par conséquent de produire des mouvements et de porter à l’accomplissement d’oeuvres méritoires; quant à la charité de la patrie, elle aime, elle désire ce bien comme présent, par conséquent, comme réjouissant et produisant une jouissance véritable. On lit dans l’Ecclésiastique, ch. XXIV : Ceux qui me mangent ont encore faim, et ceux qui me boivent ont encore soif. » Mais le désir cesse lorsque l’ame étanche sa soif qui lui fait naturellement désirer le bien, dans les eaux d’un amour présent et insipide d’un bien immuable. Sa soif, au contraire, est excitée, lorsqu’elle ne goûte que médiocrement la douceur du bien suprême ; cependant, quelque légèrement qu’elle goûte déjà ce bien, il augmente en elle sa soif d’une manière admirable, et la satisfait pourtant un peu. Les anges qui, dit saint Augustin, jouissent de ce bien dont nous désirons jouir nous-mêmes, sont déjà bienheureux; et plus nous en jouissons dans cette vie, plus aussi nous supportons avec résignation notre pèlerinage ici-bas, et nous désirons ardemment le finir.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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