Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Vie du révérend père Paul Caffaro · Alphonse de Liguori

    Courte notice de la vie du révérend père Paul Caffaro (2/3)

    Voici une obédience bien plus dure encore qu’il eut à exécuter un jour, à cause du martyre que son Humilité en dut souffrir. Pendant son séjour au collège de Nocera, il fut décidé qu’il serait fait un tableau, que l’on voit aujourd’hui dans le parloir de ce collège, représentant notre Père, monseigneur Falcoja, évêque de Castcllamare, qui fut dans le principe directeur de notre congrégation, au moment où il donne à nos pères les règles qu’il avait dressées. Le recteur de cette maison désirait que le Père D. Paul figurât dans ce tableau, au nombre des personnages qui y étaient représentés; il avait en conséquence, ordonné au peintre de saisir adroitement les traits de D. Paul, pendant qu’il serait présent, et aussitôt il le fit appeler. Voulant trouver un prétexte plausible de le retenir sans tourmenter son humilité, il lui dit de rester là quelque temps, pendant qu’on finissait cette peinture, pour dire s’il trouvait quelque chose à y ajouter. D. Paul s’y rendit; mais, comme on le pense, soupçonnant bientôt ce qu’on se proposait, il ne cessa de changer de position et de tourner la tête tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, en sorte que le peintre déclara qu’il ne pouvait absolument rien faire. Sur quoi le supérieur déclarant clairement sa volonté, lui dit : «Allons, asseyez-vous et restez immobile, car notre intention est d’avoir votre portrait, et ne répliquez pas. » Aussitôt le pauvre D. Paul, lié par l’obéissance, se tint ferme sur le siège, où il était, et ne fit plus aucun mouvement; mais on vit sa figure toute rouge et comme en feu, qui marquait assez le martyre que souffrit sa modestie pendant cette opération. Le portrait achevé, il s’écria en s’adressant au supérieur : « Ah ! que le Seigneur m'a bien justement châtié! Aujourd’hui même j ’ai fait une forte réprimande à un prêtre qui avait voulu se faire peindre, et Dieu a disposé les choses de manière que moi-même j’y fusse obligé. » Il n’avait pas moins d’obéissance pour son père spirituel, ne faisant rien sans sa permission, comme on le verra par une de ses lettres que nous rapporterons plus bas, et où il y parle de sa mortification extérieure. Un jour, dans le temps où il éprouvait ses tourments et ses afflictions d’esprit, il alla à confesse, et comme il tirait de sa poche une note où il avait inscrit ses péchés pour pouvoir faire sa confession générale, à un simple signe de son confesseur qui lui dit que cela n ’était bon à rien, il la déchira et se tranquillisa.

    Parlons maintenant de la profonde humilité que don Piitil conserva envers lui-même toute sa vie. On peut dire que l’humilité fut pour lui comme la prunelle do ses yeux. Cette vertu était un de ses sujets d ’oraison, cl voici la prière qu’il adressait continuellement à Dieu : Ifum ilem fic ri, igné fla gr a ri, in sanctum. cilo converti, pati, et contemni pro te; et ces mots, pati et contemni pro te, il les répétait plusieurs fois avec la plus grande ferveur de son ame. Il faisait de cette vertu la matière de fréquentes conversations, et il mettait à s’en entretenir tant de chaleur qu’il semblait sortir de lui-même. 11 écrivait à un de ses disciples : « Pour ce qui est de l’état de gracé, « vous pouvez le tenir pour certain. Quant aux doucours que vous ressentez, nec lattdo, ncc vilupero. <c Quant au désir du martyre, il peut être une bonne chose quand il ne provient pas du démon lui— même, qui cherche à l’ ombre de ces velléités, d’entretenir en nous une secrète complaisance et la tentation de vaine gloire. Enfin cette impression intérieure pour les distractions qui surviennent me semble un reste d’amour-propre mal éteint. » Dans une lettre à un de ses pénitents, on lisait : « Sans l’humilité, l ’homme ne peut se maintenir en état de grâce. C’est cette vertu que je vous recommande instamment. Je voudrais qu’on se représentât par l’imagination une place dans l’enfer, si on se souvient de l’avoir méritée, ou du moins dans l’abîme des misères qu’entraînent les péchés, si on en a a commis. Pensons à devenir saints plutôt que savants : ou vaincre, ou mourir. » Un de nos Pères reçut de lui une lettre où était ce passage : « L’oraison d’une ame désolée doit être la patience, la résignation, la prière. Si elle ne peut se recueillir en Dieu, qu’elle se recueille au moins en elle-même, c ’esl-à dire, dans ses propres misères dont la vue sera toujours pour elle un moyen do recueillement. »

    Pour lui, il s'estimait le plus indigne de tous, en sorte que l’on a retrouvé après sa mort sur son mémorial une foule de reproches qu’il se faisait à lui-même. Quand il était supérieur, il s’accusa plus d’une fois en public de ses défauts, et donna ordre aux frères de l’accuser de toutes les fautes qu’ils lui verraient commettre, et de le couvrir d’opprobre. A une autre époque, où il était, non point recteur, mais seulement administrateur dans un collège, il pria le censeur de lui reprocher ses défauts en plein réfectoire, et celui-ci l’ayant fait, il lui en témoigna ensuite sa reconnaissance. Mais en parlant et en agissant ainsi, D. Paul ne ressemblait pas h ceux qui crient tout haut qu’ils méritent tous les mépris du monde, mais qui ne peuvent souffrir la moindre parole offensante, ou le plus petit manque d ’égards, Pour lui, non seulement il ne se plaignait pas lorsqu’il était méprisé, mais il s’en réjouissait intérieurement. u,m le recherchait partout pour ses prédications, parce qu’en effet, disait-on, il parlait avec tant de zèle, qu’il touchait, pour ainsi dire, les rochers de componction. Cependant, ayant été envoyé par le supérieur dans un endroit de la Pouille, pour y faire la mission, son premier discours déplut tellement aux habitants, qu’ils le renvoyèrent sans aucun égard. Pour lui, il s’en retourna en p a ix, content d’avoir reçu un affront si sensible. Une autre fois (et moi-même j ’étais présent) un religieux, maintenant défunt, discourant avec lui sur une question de théologie, et soutenant la proposition contraire à ¡la sienne, le traita en toutes lettres d’ignorant, de sorte que, revenu ensuite de son em portem ent, il vint en solliciter le pardon ; mais I). Paul admira au contraire l'humilité do ce P ò ro, et dit : « Voyez quelle humilité! me demander pardon d’une parole échappée !»

    Le livre qu’ il aimait, le plus était la Vie cachée, dont il disait que parmi les livres spirituels il n ’en avait jamais vu un meilleur. Pendant une de ses maladies, tout accablé qu’il était par la fièvre, il le lut et le relut cinq fois. L ’amour qu’il avait pour la vie cachée lui faisait dire : « Si j ’avais été diffamé pour des crimes graves, puis dégradé et supplicié en place publique, alors je pourrais faire quelque chose c pour Dieu. » Ainsi, sans le vouloir, D. Paul révélait les secrets désirs de son cœur. Rien ne lui causait tant de peine que de se voir louer. Un jour quelqu’ un lui dit : «Mon Père, vous êtes un saint.»Mais lui, rougissant comme un charbon ardent, répondit avec émotion : « Quel saint 1 quel saint! » Quand il mangeait, il cherchait continuellement à se morti« fie r ; mais s’apercevait-il qu’on l'observait, il se hâtait de cacher sa mortification. Un jour, prêchant à la C a v a, en présence de l’évêque, monseigneur de Liguori, qui avait été et était encore un excellent prédicateur, il en reçut de grands éloges; mais dans un autre sermon qu’il donna ensuite devant le même prélat j afin de ternir l ’honneur qu’il avait reçu du premier, il parla avec négligence et sans ordre; il feignit en outre de s’être embrouillé et de manquer de mémoire, et resta muet au milieu de son discours ; mais tout le monde vit bien qu’ il l’avait fait à dessein pour amortir l’cflct des éloges qu’il avait d’abord reçus. A l’époque de sa mort, tout le temps que dura la maladie, c’est-à-dire, treize jours environ, le serviteur de Dieu ne voulut plus parler; à peine proféra-t-il quelques paroles qu’on aurait pu compter, et il était facile de voir qu’il en agissait ainsi par humilité, craignant que quelques-uns ne recueillissent ses paroles comme on a coutume de recueillir celles que laissent échapper en quittant la vie les grands serviteurs de Dieu.

    Enfin, il s’appliquait à la mortification intérieure et extérieure. Quant à la mortification intérieure, il ne négligeait aucun moyen de vaincre ses inclinations, et c’ était là une des résolutions les plus fortes, les plus positives qu’il prenait dans ses exercices spirituels, comme on le trouve marqué dans ses notes; mais ces actes étant intérieurs, nous en connaissons peu; ils ne sont connus que de ce Dieu qui, à présent, l’en récompense dans le ciel, comme nous l’espérons. Pour la mortification extérieure, il a été déjà dit qu’ il commença à la pratiquer avec rigueur dès son enfance, se privant de fruits et de viande pendant plusieurs années. Il avait même fait de l ’abstinence de la viande un vœu spécial. Pour se mortifier, il se bornait encore à prendre de la nourriture une fois le jour, et encore faisait-il ce repas si modique, que parfois il se sentait défaillir; c ’est ce que depuis, vivant avec nous, il nommait des indiscrétions, des folies do jeune étourdi, Lorsqu’il était curé, souvent XVI.

    son repas ne fut qu’ un morceau de pain et un verre d'eau qu’ il prenait dans un coin de l’église. A cette époque, son sommeil n’ excédait pas quatre ou cinq heures, et il dormait tout habillé. Entré dans notre congrégation, pour ne pas manquer à l’obéissance et pour éviter de se singulariser, il faisait à la vérité deux repas chaque jour; mais il jeûnait ordinairement, en ne prenant le soir que quelques onces de nourriture : le matin, il mangeait si peu do chose qu’il se levait de table toujours presque mourant de faim; en sorte que les supérieurs lui enjoignirent de prendre plus de nourriture : il y mêlait souvent des herbes amères, et quelquefois de l’écorce d’oranges gâtées. Pour mortifier sa soif, en buvant aux repas (et il ne buvait ja ­ mais hors de table),il ne prenait qu’une gorgée à la fois.

    Pendant qu’il était dans le siècle, il fut attentif à se priver de tout divertissement, et jamais on ne le vit prendre la moindre satisfaction terrestre. On ne le vit jamais se mêler aux jeux, ni aux spectacles, ni aux promenades, ni à la chasse. Dans son pays natal de la Cava, le principal amusement des paysans, et surtout des enfans, est la chasse aux ram iers. qui se fait toute l'année; mais D. Paul, quoiqu’enfant, s’abstenait même d’y assister. Une année qu’il se trouvait supérieur dans notre collège de Sainte-Marie de la Consolation, à Iliceto, lieu extrêmement froid, il donna ses soins à ce que chacun fût fourni d’un vête* ment ch au d, et ne dit rien pour lui ; en sorte que le tailleur oublia de faire le sien, et qu’il resta toute la saison d'hiver n’ayant que sa soutane et sa chemise, sans proférer un mot de plainte. En voyage, il lui arrivait souvent de se trouver la nuit éloigné de nos maisons; toujours attentif à se mortifier, il se gardait bien d’aller chez nos bienfaiteurs, sachant qu’il y eût été bien traité; il entrait dans les hôtelleries où il fut obligé souvent de coucher sur la paille, et quelquefois sur la terre nue. En parlant des instruments de pénitence dont il usait, j’ai déjà dit plus haut que dès l’âge de douze ans, il prenait la discipline jusqu’au sang, et portait sur sa chair une ceinture garnie de pointes qui faisait horreur à voir. Lorsqu’il était dans le siècle, il avait fait vœu d’obéissance à son confesseur; et comme celui-ci était très porté aux mortifications extérieures, Paul obtenait son aveu pour tout ce que sa ferveur lui inspirait; or, dès que son directeur lui permettait la mortification ou l’oraison, il exécutait tout ponctuellement comme une obligation rigoureuse qui résulte d’un vœu. Les disciplines sanglantes étaient devenues pour lui chose ordinaire, et pour cet effet, il se procurait dans la campagne des faisceaux d’épines; mais plus ordinairement il se 6 ervait d’ une grosse canne plombée et armée dans toute sa longueur de pointes longues et fortes, avec lesquelles il ne se piquait pas seulement, mais il se perçait les chairs. En outre, il se tourmentait le corps avec des cuissards et des bracelets faits de chaînettes garnies de pointes, et il les gardait alors même qu’il prêchait ou entendait les confessions; le supérieur s’en étant aperçu, les lui ôta dans une mission, et les donna en garde à un frère lai. Traversant un jour le bois d’Iliceto pendant la récréation, on le vit frapper des mains sur les épines; en un mot, il n’y avait pour D. Paul ni divertissement ni soulagement ; sa vie entière et toutes ses pensées n’étaient qu’une contrainte continuelle, une abnégation de tout plaisir, et un tourment qu’il s’infligeait, autant qu’il était possible, par les exercices de la pénitence. Aussi lui entendait-on dire souvent: «Il faut combattre pour «devenir saint, et combattre toujours, toujours, cherchant à se mortifier en tout, dans le manger, dans le boire, dans le sommeil, dans le repos et dans toutes choses.»Belle maxime dos saints, mais peu pratiquée, si ce n'est par ceux qui se sont entièrement donnés à Dieu.

    D. Paul joignait à ces vertus un grand amour de la pauvreté. Etant encore dans le monde, il en avait fait le vœu entre les mains de son confesseur, s’obligeant à n'avoir jamais sur lui plus de cinq carlins, et encore ne les portait-il que dans l ’ unique but de les donner aux pauvres, selon le devoir qu’il en avait alors comme curé. J 1 allait en ce temps là vêtu d’habits si usés, que son frère, le rencontrant en rue, ainsi déchiré et semblable à un mendiant, l’accabla de reproches et le traita de fou. Admis plus tard dans notre congrégation où entre autres vœux on fait celui de pauvreté, il montrait le plus grand zèle à l’observer. Quand il était supérieur, il déployait en ce point la plus grande rigueur, ne pardonnant à aucun m em ­ bre de la congrégation la moindre infraction b la pauvreté religieuse. Il portait même cette observance jusqu’à un certain excès qui d’ailleurs ne s’accordait pas avec l’économie bien entendue de nos maisons ; car il ne voulait pas que l’on fît des provisions, et il disait :« Nul pauvre ne fait des provisions. » Mais cette pauvreté, il la maintenait bien plus rigoureuse pour lui-même. Il avait écrit dans son livret : « Je dois bien plutôt craindre d’être riche que d’être pauvre ; je dois aimer la pauvreté plus que les gens du monde n’aiment les richesses. » Et pour exécuter cette résolution, il ne se servit jamais de ciseaux aiguilles, i i l, p ap ier, encre ou autres menus objets sans en avoir la permission des supérieurs.

    Lorsqu'il fut ensuite supérieur dans les missions,

    il choisissait toujours pour lui le plus mauvais cheval, le lit le plus dur, le confessionnal le plus incommode. Après avoir lavé la vaisselle, comme il se pratique dans notre congrégation même par les prêtres, à tour de rôle, certains jours de la semaine, pour exercer l ’humilité, tandis que les autres, pour se nettoyer les mains, usaient de savon ou de son, lui ne se servait que de cendre, disant que l’emploi de toute autre matière était contraire à la pauvreté. Il est permis chez nous de porter sur soi, avec l ’agrément du supérieur, quelque livre de piété, comme le nouveau testament, un à Kempis, la visite au saint Sacrement ou tout autre semblable, comme on peut aussi garder quelques images de dévotion dans son bréviaire ou sur sa table. Mais D. Paul ne voulait rien avoir de semblable, et lorsque nous disions que cela n ’offensait point le vœu de pauvreté, il répondait pour sa part : «Rien, rien, rien.» Dans sa dernière maladie, ayant déjà perdu l ’usage de la parole, il aperçut pendue au mur de sa chambre une montre d'argent, et ne pouvant parler, il s’efforçait de faire comprendre par signes qu’on enlevât cette montre, comme blessant la pauvreté; mais l'administrateur de la maison lui fit entendre qu’elle servait à régler les heures où devaient être pris les remèdes, et il se tranquillisa.

    Autant il était détaché des biens de ce monde, autant il l ’était de ses parents. Étant au collège de la Sainte-Trinité, dans la terre de Ciorani, sa mère, qui ne l’avait pas vu depuis plusieurs années, lui fit demander la permission de lui faire une visite ; mais il lui envoya dire par un prêtre qu’elle n’en fît rien, parce que c'était là une affection terrestre. La mère fit de nouvelles instances, et ajouta qu’avant de mourir elle voulait avoir la consolation d’aller le trouver, non seulement pour le voir, mais aussi pour lui donner sa bénédiction : D. Paul répondit de nouveau qu’elle se gardât de venir, et que quant à sa bénédiction, elle la lui donnât de loin, attendu qu’elle aurait la même valeur de loin que de près. Ayant appris que sa sœur était gravement malade et souffrait beaucoup, il refusa d’aller la voir, et se contenta de répondre :« Je lui souhaite de plus grandes douleurs encore, pour la voir plus con» « forme à la vie souffrante de Jésus-Christ. »

    Quant à l’amour du prochain, autant D. Paul était sévère pour lui-même et pour ses parents, autant il était charitable et affable envers les autres. Il allait au-devant de ceux qui étaient sous le poids des tentations ou des afflictions pour les aider ouïes soulager. Quoiqu’il fût naturellement d’ une humeur austère, la charité le rendait doux et prévenant pour tous, principalement pour les pécheurs qui venaient se confesser à lui. Avant d’entrer dans la congrégation, il visitait les prisons de la Cava de Salernc; il y prêchait d’abord pour les pauvres prisonniers, puis il les entendait en confession, et enfin il leur distribuait une corbeille de pain, et donnait un carlin à chacun d’eux. Ayant trouvé une certaine religieuse dans le plus grand besoin do secours spirituels, D. Paul l’assista pendant huit jours consécutifs, et cela précisément dans l’octave du S. Sacrement, époque où les nuits sont les plus courtes : or, comme le serviteur de Dieu ne voulait pas manquer au service de la paroisse qui réclamait tous ses soins, il employa à entendre la religieuse pendant ces huit jours, les dernières heures de la nuit; on l'a su depuis de la bouche de la religieuse elle-même. Plus tard, lorsqu’il fut chez nous, se trouvant supérieur, il ne songeait qu’au soulagement de tous, et spécialement des malades, ne se bornant pas à recommander aux infirmiers de les soigner avec vigilance, mais s’employant lui-même à ce ministère. Prévenu un jour qu’un malade se trouvait dans un lit incommode, il se priva du sien et le lui donna. Pendant le temps du repos, afin de ne pas troubler ceux qui étaient dans leurs chambres, il parcourait les corridors en marchant sur la pointe de ses pieds.

    Pour ce qui est de la pureté, il en était jaloux au dernier point, et la gardait avec la plus scrupuleuse attention. Autant qu’il a été possible de s’en assurer, D. Paul ne souilla jamais son âme sainte par le péché de l’ impureté. Dès son extrême jeunesse, il eut ce vice en horreur, et il n’en pouvait même pas entendre parler. Etant enfant, il allait un jour à l’ école avec un autre enfant de »a parenté; celui-ci ayant proféré une parole indécente, Paul rougit, prit la fuite et le laissa 1 b. Mais une autre fois le même compagnon ayant répété cette parole, il ne put s’empêcher de lui donner un soufflet, et dès lors, il se proposa et observa en effet, de ne plus «lier de compagnie avec ce parent, ni avec aucun autre de même caractère. A plus forte raison fut-il réservé dans la suite à l’ égard des femmes. Jamais il n’en regardait aucune, et il ne parlait même aux plus vieilles que les yeux baissés ; dans la crainte que scs yeux ne vinssent à le trahir, il pria le Seigneur de lui affaiblir la vue, et il obtint en effet cette grâce. Même avec sa mère et ses sœurs, il se tenait si bien en garde sur ce point, qu’elles se plaignaient qu’il ne les eût pas regardées en face une seule fois.

    Dans les missions, le serviteur de Dieu commençait ordinairement par entendre les confessions des hommes, et c’était seulement quand il n’y en avait plus à confesser, que, pour ne pas rester désœuvré, il se déterminait à écouter les femmes. Lorsqu’il était obligé d’avoir un entretien avec elles pour quelque affaire indispensable, il suivait rigoureusement le conseil de S. Augustin : « Cm n fem inis sermo brait vis ci rigidus. » Il les expédiait en quelques paroles brèves et austères. S ’il faisait les exercices dans quelque couvent de femmes, il tenait, le confessionnal le malin et durant le jour, mais après les offices terminés il se refusait, hors le cas d’absolue nécessité, aux instances des religieuses, dans la crainte d'y prendre quelque peu d’attache.

    À la pureté du corps il joignit celle de l ’ame. Il avouait lui-même au curé qui lui succéda, qu’il ne savait pas avoir commis en toute sa vie un péché mortel, disant qu’il en avait seulement quelque doute; mais ces doutes sont les scrupules des saints qui craignent là même où il n’y a lieu à aucune crainte. Le Père Ballhazar Alvarez disait que le péché mortel est un monstre si horrible, qu’il ne peut entrer dans une ame qui aime Dieu, sans se faire clairement reconnaître; d’où les théologiens concluent unanimement que quand une personne timbrée est seulement dans le doute, et non assurée d ’avoir perdu la grâce divine, il est certain qu'elle ne l'a pas perdue. Mais pour revenir à D. Paul, bien qu’il affirmât avoir quelque doute, néanmoins un prêtre qui avait entendu sa confession générale au moment de sa mort, attestait que le serviteur de Dieu était passé dans l’autre vie avec l’innocence baptismale.

    Un des objets de sa grande dévotion était aussi la passion de Jésus-Christ. Un jour qu'il prêchait sur ce sujet, on vit sa figure enflammée comme si elle eût été de feu, et il parut comme transformé £n ange. Une autre fois, prêchant sur l ’amour de Jésus-Christ, à O lívelo, en présence du Saint-Sacrement, il resta là un assez long espace de temps en extase, muet et immobile, ce qui émut beaucoup plus l’auditoire que tous les discours qu’il aurait pu faire.

    Il ne fut pas moins pénétré de dévotion envers la sainte Vierge. Dès son enfance, il eut pour cette divine Mère une affection et une tendresse particulières ; cette tendresse, il la manifestait clairement à tous ses auditeurs quand il prêchait, et aux pénitents quand il entendait leurs confessions. A l ’heure de la m ort, ses délices étaient de tenir ses yeux fixés sur une image de la Vierge, placée devant lui. On était alors dans la neuvaine de son Assomption,etpensant à cette circonstance, don Paul dit : « Si je ne meurs pas avant le i 5 d’août, je ne mourrai plus. » Il parlait ainsi dans l ’espoir que, s’il devait mourir, sa souveraine obtiendrait qu’il mourût sans faute durant cette neuvaine ; c’est ce qui arriva en effet.

    Mais parmi toutes les vertus admirables de notre don Paul, brilla la constance dans le bien. Aussi s’efforçait-il de l’inspirer à tous, et par ses paroles, et par ses lettres : « De la constance dans les bonnes ré* «solutions, disait-il, delà constance. » Et c ’est ce qu’il pratiqua toujours lui-même admirablement, en se montrant toujours ferme et vigilant à exécuter la résolution qu’il avait prise de tendre à la plus grande perfection, et de faire tout ce qui serait le plus agréable à Dieu. Pendant tout le temps qu’il vécut parmi nous, nul ne put jamais observer dans ce bon frère la plus légère infraction volontaire, le plus petit relâchement d’esprit. Et ce qu’il y eut de plus remarquable, 20. c’est qu’il conserva cette constance au milieu d’une grande aridité dont il fut éprouvé pendant six ans entiers, qui furent les derniers de sa vie, sans qu'au­cun soulagement spirituel, aucun adoucissement ne vint tempérer sa cruelle désolation. Quelques hommes du jour se vantent d’êlre des esprits forts, parce qu’ils ne font nul cas de la vérité et des maximes de la foi, qu’ils traitent de préjugés dignes des âmes faU Lies. On peut dire avec plus de vérité que don Paul

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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