Vie du révérend père Paul Caffaro · Alphonse de Liguori
Courte notice de la vie du révérend père Paul Caffaro (3/3)
fut un esprit-fort, lui qui persévéra avec courage
dans ses vertueuses résolutions, qui ne cessa d’avancer dans l ’amour de Dieu, sans jamais se ralentir de sa ferveur, ni du désir qu’il avait d’atteindre le plus haut degré de sainteté qui soit possible à un homme. Un de nos pères, homme de beaucoup d’esprit et de discernement, disait que s’ il avait eu à peindre en deux mots la vie vertueuse de don Paul, il aurait dû le représenter sur une colonne de marbre avec cette inscription : Semper idem. Et en effet, il fut toujours le même dans sa ferveur, toujours le même dans le soin qu’il mettait à chercher Dieu et sa plus grande gloire; toujours constant dans l’exercice des vertus, sans jamais faire un pas en arrière ; toujours attentif à se contraindre et à se mortifier sans se permettre le plus faible soulagement corporel; pour lui, il n ’y eut jamais ni spectacles, ni festins » ni concerts, ni chasses, ni jeux, ni conversations, ni aucun autre divertissement du monde. En un mot, il fut toujours égal à lui-même, toujours uniforme, toujours fervent, toujours héroïque dans ses actions. Aussi paraissait-il avec un visage serein en toute occasion, heureuse ou malheureuse, qui se présentait, parce que son unique passion était le goût de Dieu ; expression qu’il avait souvent à la bouche, et tenait constamment écrite sur une carte placée devant ses yeux sur sa table : « Goût de Dieu. » Sa prédication favorite, celle qu’il avait coutume de faire * et par laquelle il embrasait le plus ceux qui pouvaient l’ entendre, avait pour objet le goût de Dieu.
Il protestait que son ambition n’allait pas à devenir plus saint que Dieu ne voulait le lui permettre; mais il ne cessait d’aspirer à la plus haute sainteté que l’on puisse désirer. Un jour qu’il s’entretenait avec un religieux, celui-ci lui ayant dit qu'il se con tenta il do faire son salut tout juste, don Paul se leva et répondit avec émotion : a O mon Père, que dites-vous? a Nous autres religieux, nous ne pouvons-nous sauver qu'en devenant saints et parfaits. » Ensuite, il apporta un grand nombre de preuves à l’appui de ce qu’il venait de dire : en sorte que son interlocuteur s'écria : « Oui, c'est vrai, mon père, et je veux m’amender. » Quand le serviteur de Dieu lisait les vies des saints qui s’étaient donnés entièrement au Seigneur, il pleurait de consolation. De même, quand quelqu'un de notre congrégation, après l'année du noviciat, faisait, selon la règle de l'institut, les vœux de pauvreté, de chasteté, d’obéissance, de renoncement à toute dignité ou bénéfice ecclésiastique, et de persévérance, don Paul ne pouvait retenir ses larmes. Quand il voyait quelqu’un porté à la piété, il n'omettait rien pour l'exciter à se donner tout entier à Dieu, et à s’unir entièrement à la divine volonté. On lit à ce sujet dans ses lettres, d'admirables passages. A une de ses soeurs, qui éprouvait des tribulations, il écrit : « Ne pensez pas à autre chose qu'à c vous offrir à Dieu sans réserve, vous abandonnant complètement à sa divine volonté, afin qu’il dispose de vous comme il lui plaira; et persuadez-vous que faire la volonté de Dieu, c’est la dévotion. » Il écrivait à l’un de ses pénitents : « Il faut s’exténuer pour plaire à Dieu. Dieu demande de nous la force, et non des tendresses. » Et dans ses conversations avec nous, il semblait qu’il ne pût parler d'autre chose que du soin de plaire à Dieu, et de la recherche do tout ce qui lui est le plus agréable.
Telle lut la vie de notre Père don Paul, rapportée ici on abrégé ; à cette vie si riche en vertus, répondit parfaitement sa mort bienheureuse et sainte. Il se trouvait alors supérieur dans le collège de Sainte-Marie Mater Domini, sur le territoire de Gaposèle, et là, plusieurs fois avant do tomber malade, il prédit sa mort. Un mois avant sa fin, on ne l’entendit parler que de l’éternité et du paradis, faisant à plusieurs reprises cette question aux frères : « Dites-moi, que se passe-t-il dans le paradis? » Une fois il dit positivement : « C’est cette année (celle précisément «où il mourut,) quo je dois mourir. » Plus tard, le 5 août, étant encore en bonne santé, ri parla plus particulièrement de sa mort, et dit : « Je mourrai dans ce mois, et la fièvre me prendra aujourd’ hui.» Il en fut ainsi, en effet, puisque ce jour-là même après le dîner, 1 a fièvre le saisit, avec des symptômes si pernicieux que, dès le troisième jour, les médecins désespérèrent de lui. Sa maladie dura onze jours, pendant lesquels il fit l’admiration de tous ceux qui l’approchèrent, par son calme, sa patience, sa soumission à prendre tous les remèdes que l’infirmier lui présentait d’après l’ordre du médecin, sans jamais rien demander, ni jamais se plaindre de rien.
Nous n’ avons rien à rapporter touchant les sentiments qu’il éprouva dans cette dernière maladie; car il garda un silence continuel, et pendant tout ce temps, il ne proféra que très peu de paroles. On croit, sans aucun doute, comme je l’ai dit plus haut, qu’il en agissait ainsi par humilité. Sachant qu’on recueille avec soin les paroles que profèrent à l ’article de la mort ceux qu’on regarde comme des serviteurs de Dieu, il voulut pour cette raison garder un silence continuel. Il restait sans cesse recueilli, les yeux fixés sur les images do Jésus crucifié, et de la sainte Vierge. Les frères l’ayant prié de leur laisser quelque souvenir, il ne voulut point répondre; il montra même quelque déplaisir de cette demande, craignant sans doute d’avoir à rendre compte après sa mort de ses dernières paroles. Un de nous le pressa d’ordonner, on sa qualité de supérieur, que la communauté adressât à Dieu des prières pour la conservation de sa santé, nécessaire au bien de la congrégation j il parla alors et dit : « Non, il est expédient que je « meure. » De même, moi, son supérieur, en qualité de recteur suprême, ayant appris qu’il était si gravement malade, je lui envoyai de loin l’obédience de guérir s’il plaisait à Dieu. Don Paul, quand on lui signifia cette obédience, leva la main, et sans dire un mot, fit signe que la volonté de Dieu n’était point qu’il guérît. Au commencement de sa maladie il fut encore quelque temps tourmenté de ses craintes habituelles ; mais son confesseur lui avant ordonné de se rassurer, il se tranquillisa complètement, s’abandonnant entre les mains de la divine miséricorde; et dans une quiétude céleste, tenant les yeux tournés vers le crucifix, au milieu des pleurs versés en abondance par ses chers frères, le i 3 août de l’année 1753, à la dix-neuvième heure, il rendit à Dieu sa bienheureuse ame, à l’âge de 47 ans, passantainsi, comme nous l ’espérons avec confiance, à la possession de ce Dieu à qui il s’était tant efforcé de plaire, et qu’il avait uniquement cherché pendant toute sa vie. Au premier son de cloche qui annonça sa mort, ce furent des gémissements et des pleurs universels, non seulement de la part des frères, mais aussi des étrangers qui se trouvaient dans la maison. Avant de l’ensevelir on lui ouvrit la veine, et soudain le sang en jaillit. Un grand nombre de fidèles, depuis sa m o rt, ont obtenu par le moyen de ses reliques, des grâces prodigieuses, desquelles on tint des rapports exacts, qui dans leur temps seront publiés, quand il plaira au Seigneur de le faire honorer sur les autels, si telle est un jour sa volonté.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.