Vérité de la foi, rendue évidente par les signes de crédibilité · Alphonse de Liguori
But de l’ouvrage
L’Apôtre définit la foi : Le fondement des choses que nous espérons, et la conviction des choses que nous ne voyons pas. Est autem fides sperandarum substantiel rerum, argumentum non apparentium. (Hebr. 11. 1.) Elle s’appelle le fondement des choses que nous espérons, parce que la foi et la base sur laquelle repose notre espérance : sans la foi il n’y aurait point d'espérance : on ajoute : La conviction des choses qui ne sont pas apparente?, parce que la foi est claire d’un côté et obscure de l’autre. Elle est claire, comme nous verrons, par les signes qui la rendent certaine, à notre croyance. Elle est obscure par les vérités qu’elle enseigne, lesquelles sont cachées à nos yeux.
C’est ce qui convenait à l’honneur de Dieu et à notre salut. Il fallait à l’honneur divin que Dieu nous conduisit au salut éternel par la voie de la foi : car il était juste que l’homme non seulement soumit à Dieu sa volonté, en obéissant à ses préceptes, mais encore qu’il assujettit son intelligence, en croyant à ses
XV III.
paroles. Quel serait l'honneur que l’homme rendrait à Dieu s’il ne croyait que le» choses qu’il voit, ou qu’il comprend? L’homme honore Dieu, et l’honore beaucoup lorsqu’il croit ce qu’il ne voit et ne comprend pas; et qu’il croit tout par la seule raison, que Dieu l’a dit. Mais aussi, c’est ce qui rend la foi une science qui surpasse toute aulre science, Ecce Dens magnui Vincent scinnliam nortram. (Job. xxxvi. "26. ) C’est une science infuse qui nous vient de la lumière divine, laquelle dépasse toutes lus lumières de la nature humaine et angélique. C'est pour cela que bien que les objets de notre foi nous soient cachés, dans cette vie présente, cependant ils sont si certains, que leur certitude est même plus forte que la certitude de toutes les choses que nous voyons avec nos yeux et de toutes les vérités que nous» connaissons par l’effet de noire intelligence, puisque ces dernières vérités que 11 nu s connaissons, nous sont données ou par nos sens, qui souvent nous (rompent, ou par nuire intellect, qui ans^i nous induit en erreur, tandis que les ventés de la foi nous viennent «c la manifestation de Dieu, qui ne peut ni être trompé, ni nous tromper.
Il fallait encore pour notre utilité, que ¡es choses de la foi fussent obscur:;* pour nous, parc-;, que si elles étaient é\Mentes* la foi ne serait plus foi, mai« elle serait une évidence, qui nous forcerait sans notre choix à la croire véritable, en sorte qu’en l’admettant, nous n’y aurions aucun mérite, car le mérite consiste à croire non pas nécessairement, niais volontairement ce que nous ne pouvons pas comprendre. La foi, dit St.-Grégoire, n’a pas de mérite, lorsque la raison humaine en déinoi.tre la preuve. Fide* amittil merilum, cum humana certior prœbet experimenlam* C’est pour cela que le Seigneur a dit : Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru. Beati qui non viderunt et crediderunt. (Jo. xx. 29. )
Après tout, les signes qui démontrent la vérité de notre foi, sont si clairs, que selon l'expression du grand Pic de la Mirándole, non seulement c'est une imprudence, mais même une folie de ne vouloir pas la professer. Vos témoignages ne sont que trop croyables dit le Prophète. Testimonia tua creditdlia facta sunt nimis. (Ps. xcII. 7.) Et c’est ainsi que par une admirable disposition de la providence divine, d’un côté les vérités de la foi sont obscures pour nous, afin que nous ayons du mérite à les croire, et que de l’autre, les motifs de croire qu'elle est la foi seule véritable, sont évidents, afin de ne pas laisser aucune excuse aux incrédules, s’ils ne veulent pas la croire. Celui qui ne croira pas sera condamné. Qui vero non crediderit condemuabilur. (Alare, xvi. 16.) C’est ce qui <i fait dire à Hugues de St.-Victor : C’est avec justice qu’une récompense est accordée à la foi des fidèles, et qu’un supplice est réservé aux infidèles pour leur infidélité. Juste et fidelibus pro fide datur prœmium, et infidelilms pro infidelitaie supplicium.
En conséquence, nous catholiques, nous devons, d’un côté remercier Dieu constamment, parce qu’il nous a fait le grand don de la véritable foi, en nous associant aux enfants de la sainte Église catholique, et de l’autre côté, nous devons, avec humilité, soumettre notre esprit aux vérités de la foi comme des enfants simples et dociles, selon l’avertissement que St.-Pierre nous en donne en disant : Désirez ardemment comme des enfants nouvellement nés, le lait spirituel et tout pur. Sicut modo geniti infantes rationabile sine doto lac concupiscite. (St.-Pierre. i. epist. n. 2.)
Les mystères de la foi ne sont pas opposés à la raison, mais ils sont supérieurs à notre raison humaine, aussi nous ne devons pas chercher à vouloir les comprendre comme font les orgueilleux qui nu pouvant par leur faible intelligence pénétrer ces mystères, s’embarrassent dans beaucoup de difficultés dont ils ne peuvent ensuite se retirer. La foi appartient aux humbles et non aux orgueilleux dit St.-Augustin. Non est fides miperl/ot >itn, aed hitmilimn. (Serm. 36. de verb. Dom.) Aussi Ste.-Thérèse disait, que moins elle pouvait saisir les mystères divins avec sa raison naturelle, plus elle les croyait dévotement, et même qu’elle éprouvait un plaisir sensible de ne pas pouvoir le» comprendre. îltant prés de la m o rt, elle ne cessait de remercier le Seigneur de lui avoir accordé le don de la foi en l’ayant faite enfant de l’Église. Par-dessus tout, dit-elle en mourant, à plusieurs reprises, je suis enfant de C Eglise. Je suis enfant de CEglise.
La même sainte disait que tous les péchés des fidèles naissent du manque de foi, et elle disait aussi. Car il est impossible qu’il s'éloigne de Dieu, celui qui a toujours devant les yeux les vérités de la foi, la g ran deur du Tout-Puissant, l'amour qu’il nous porte, les bienfaits don! ii nous comble, et, spécialement l’œuvre de la rédemption du genre humain, la passion et le don du Saint-Sacrement de l’autel ; il ne péchera point, celui qui médite souvent sur la mort qui est inévitable, sur le jugement divin qu’il doit subir un jour ; enfin, sur l'éternité heureuse ou malheureuse qui lui tombera en partage. Voilà pourquoi il faut souvent se renouveler da.»s les sentiments de la foi, en se rappelant les maximes éternelles. Le» saints firent ainsi, et ils ont acquis la couronne immortelle. Dans ce but, j’ai voulu publier ce petit ouvrage, où j’ai présenté brièvement les signes qui nous démontrent la vérité de notre foi. J’avertis cependant que nous ne devons pas croire les enseignements de la foi à cause de ces motifs, mais que c’est sur la seule véracité infaillible de Dieu, que nous devons fonder la croyance de toutes les choses qui nous sont révélées, par l'entremise de la sainte Église catholique. Les signes que nous présenterons doivent nous faire voir et juger que l'unique véritable foi est celle qui nous est enseignée par cette même Église catholique.
Dans ce petit livre, je ne réfute pas les athées, et je ne prouve pas l’existence de Dieu, parce que j’en ai parlé déjà dans un autre ouvrage, fait contre les matérialistes1. Ici, je dis seulement contre ces impies :Il est évident et nécessaire qu’il existe un Dieu, principe éternel, qui a produit tous les êtres créés dans le temps ; sans cela, sans l’existence de ce principe éternel, il n’y aurait rie:: de créé dans l’Univers.
En vain les athées ont-ils recours à l’éternité de la matière, ni affirmant que cette matière a été le principe do l’existence de toutes le." autres créatures, parce que nous avons réfuté jusqu’à l'évidence, dans l’ouvrage que je viens de citer, ce:. insoutenable système, et nous en dirons quelques mots dans le dialogue que nous ajouterons au présent écrit. Il en est de même pour l’autre sophisme, qui prétend que les êtres sont les effets de la nature; car nous répondons : Ou cette nature est privée d’intelligence, et alors elle n’a pas pu donner un ordre aussi bien réglé et aussi immuable aux choses créées de l’univers, comme nous le \ryons. Pour établir un tel ordre, il fallait une intelligence infiniment savante. Ou cette nature est une pure intelligence, et alors nous disons qu’elle est Dieu : donc, si Dieu existe, il doit nécessairement exister une religion, car Dieu étant le suprême maître et le Créateur de tout, il veut à bon droit être reconnu et honoré par ses créatures. Or, voyons parmi toutes les religions laquelle est véritable, et quelle autre renferme en elle-même autant de preuves de véracité que notre religion catholique et romaine. Examinons en conséquence ces lignes, ou pour mieux dire, ces motifs de la vérité de notre sainte foi.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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