Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Traité de l'amour de Dieu · Saint François de Sales

    Livre I : Preparation à tout le traitté

    Chapitre I : Que, pour la beauté de la nature humaine, Dieu a donné le gouvernement de toutes les facultez de l'ame à la volonté

    L ’ ü n y o n establie en la distinction fait l’ordre ; l’ordre produict la convenance et la proportion; et la convenance, és choses entieres et accomplies, fait la beauté. Une armée est belle, quand elle est composée de toutes ses parties, tellement rangées en leur ordre, que leur distinction est reduite au rapport qu’elles doivent avoir ensemble, pour ne faire qu’une seule armée. Affîn qu’une musique soit belle, il ne faut pas seulement que les voix soyent nettes, claires et bien distinguées; mais qu’elles soyent alliées en telle sorte les unes aux autres, qu’il s’en fasse une juste consonnance et harmonie, par le moyen de l’unyon qui est en la distinction, et la distinction qui est en l’unyon des voix, que non sans cause on appelle un accord discordant, ou plutost une discorde accordante.

    Or, comme dit excellemment l’angelique S. Thomas après le grand S. Denys, la beauté et la bonté, bien qu’elles ayent quelque convenance, ne sont pas neantmoins une mesme chose : car le bien est ce qui plaist à l’appetit et volonté ; le beau, ce qui plaist à l'entendement et à la çognoissance ; ou, pour le dire autrement, Le bon est ce dont la jouyssance nous delecte, le beau ce dont la cognoissance nous aggrée. Et c’est pourquoy jamais, à pr'opre-IV.

    ment parler, nous n’attribuons la beauté corporelle, sinon aux objects des deux sens, qui sont les plus cognoissans et qui servent le plus à l’entendement, qui sont la veuë et l’oüye; si1 que nous ne disons pas : Voilà des belles odeurs, ou de belles saveurs, mais nous disons bien : Voilà des belles voix, et des belles couleurs.

    Le beau donc estant appellé beau parce que sa cognoissance delecte, il faut que, outre l’unyon et la distinction, l’intégrité, l’ordre et la convenance de ses parties, il ayt beaucoup de splendeur et clarté, affin qu’il soit cognoissable et visible : les voix, pour estre belles, doivent estre claires et nettes, les discours intelligibles, les couleurs esclatantes et resplendissantes ; l’obscurité, l’ombre, les tenebres sont laides, et enlaydissent toutes choses, parce que en icelles rien n’est cognoissable, ny l’ordre, ny la distinction, ny l’unyon, ny la convenance ; qui a fait dire à sainct Denys (Ch. 4 des Noms divins), que « Dieu, comme souveraine beauté, est autheur de la belle convenance, du beau lustre et de la bonne grâce, qui est en toutes choses, faysant esclater, en forme de lumiere, les distributions et departemens de son rayon, par lesquels toutes choses sont rendues belles, » voulant que, pour establir la beauté il y eust la convenance, la clarté, et la bonne grâce.

    Certes, Theotime, la beauté est sans effect, inutile et morte, si la clarté et splendeur ne l’avive et luy donne efficace; dont nous disons les couleurs estre vives, quand elles ont de l’esclat et du lustre.

    Mais quant aux choses animées et vivantes, leur beauté n’est pas accomplie sans la bonne grâce, laquelle, outre la convenance des parties parfaictes, qui fait la beauté, adjouste la convenance des mouvemens, gestes et actions, qui est comme l’ame et la vie de la beauté des choses vivantes. Ainsi, en la souveraine beauté de nostre Dieu, noils recognoissons l’unyon, ains2 l’unyté de l’essence en la distinction des personnes avec une infinie clarté, joincte à la convenance incomprehensible de toutes les perfections, des actions et mouvemens, comprises tres-souverainement, et par maniere de dire, joinctes et adjoustées excellemment en la tres-unique et tres-simple perfection du pur acte divin, qui est Dieu mesme, immuable et invariable, ainsi que nous le dirons ailleurs.

    Dieu donc, voulant rendre toutes choses bonnes et belles, a réduit la multitude et distinction d’icelles en une parfaicte unyté; et pour ainsi dire, il les a toutes rangées à la monarchie, faysant que toutes choses s’entretiennent les unes aux autres, et tou Les à luy, qui est le souverain monarque. Il réduit tous les membres en un corps, sous un chef; de plusieurs personnes il forme une famille; de plusieurs familles une ville; de plusieurs villes-une province ; de plusieurs provinces un royaume, et sousmet tout un royaume à un seul roy. Ainsi, Theotime, parmy L’innumefable multitude et variété d’actions, mouvemens, sentimens, inclinations, habitudes, passions, facultez et puissances qui sont en l’homme, Dieu a establi une naturelle monarchie en la volonté, qui commande et domine sur tout ce qui se treuve en ce petit monde; et semble que Dieu ayt dit à la volonté, ce que Pharaon dit à Joseph : Tu seras sur ma mayson, tout le peuple obeyra au commandement de ta bouche; sans ton commandement nul ne remuera. Mais cette domination de la volonté se prattique certes fort différemment.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de Traité de l'amour de Dieu

    190 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.