Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Somme contre les Gentils · Saint Thomas d'Aquin

    Livre I : Introduction

    Chapitre I : Quel est le devoir du sage

    Ma bouche publiera la vérité et mes lèvres détesteront l'impiété [Prov. vin. 7].

    L'usage commun, que selon le sentiment d'Aristote on doit respecter lorsqu'il s'agit d'imposer des noms aux objets (J), a généralement prévalu d'appeler sages ceux qui ordonnent parfaitement les choses et administrent avec habileté. C'est pour cette raison que notre Philosophe, entre autres attributions que les hommes reconnaissent au sage, dit que c'est à lui qu'il appartient de mettre tout en ordre (2). Or, dans (1) In qurestioncs duo peccata incidunt quas expononda sunt. Peccata enim au tm entiendo, aut discedendo a verbis quæ imposita sunt rebus ; nam et ab iis peccatur, qui quod non cadit ad aliquem cadere confirmant, et ab iis qui res minus usitatis et tritis nominibus appellant, ut qui hominem platanum appellant nominum impositorum fines transeunt (Arist., Topic, li, c. 1).

    (2) Non ut sapienti prœcipiatur, sed ut ilio prsccipiat; nec ut ille ab altero, sed ut ab eo minus sapienti suadeatur, decet (Arist. Mètaph, i, c. 2 ).

    DE VERITATE CATHOLICÆ FIDEI CONTRA GENTILES.

    LIBER PRIMUS. PROŒMIUM.

    CAPUT I. (Top. II, c. 1), communiter obtinuifc, ut sapientes dicantur qui res directe ordinant Quod sit officium sapientis.

    et eas bene gubernant. Unde, inter alia Veritatem meditabilur guttur meum, et la- quae homines de sapiente concipiunt, labia mea detestabuntur impium [Prov. v m, 7). losopho ponitur (Metaphys. I, c. 2 ), quod Multitudinis usus, quem in rebus n o - sapientis est ordinare. Omnium autem g uminandis sequendum Philosophus censet bernandorum et ordinandorum ad finem, tout ce qui doit cire réglé et ordonné relativement à une fin, la direction à prendre et l'ordre à établir doivent nécessairement être déterminés par cette fin. En effet, on peut dire qu'une chose est parfaitement disposée lorsqu'elle est mise dans un ordre convenable à sa fin particulière; et la fin de tout ce qui existe, c'est le bien. Aussi, voyons-nous que, dans les arts, il en est un qui règle les autres, parce qu'il est le premier, et pour ainsi dire la il» de ceux-ci. Par exemple, l'art du médecin passe avant celui [du pharmacien, et fixe son objet, parce que la santé, qui est le but de la médecine, est aussi la fin dernière de tous les remèdes préparés dans les laboratoires. La même observation s'applique à Tait du pilote, par rapport à la construction des navires; à l'art militaire, relativement à Téquilation et à tous les préparatifs de guerre. Ces arts qui dominent ainsi les autres reçoivent la dénomination d'arehitectoniques ou arts principaux1. Ceux qui les réduisent en pratique, et qu'on appelle architectes, prennent le nom de sages.

    Cependant, comme ces artistes s'occupent seulement de rechercher la fin de certaines choses, ils n'arrivent pas à découvrir la fin générale de tous les êtres; et si on les considère comme sages, relativement à tel ou tel objet, c'est dans le sens de cette parole de l'Ecriture : J'ai posé le fondement comme un sage architecte [T Cor., ni, G]2. Mais le nom de sage ne s'applique absolument qu'à celui qui médite sur la fin générale, qui est aussi le principe de tous les êtres. C'est ce qui fait dire au Philosophe que l'occupation du sage doit être de rechercher les causes premières (8).

    Or, la fin dernière de chaque chose est dans l'intention de l'auteur et du moteur, et l'intelligence est le premier auteur et le moteur de tout ce qui existe. C'est ce qui sera démontré plus loin [1. n, c. 23 et 34]. Il faut donc que la fin dernière et universelle soit le bien de l'intelligence, c'est-à-dire la vérité. Donc la vérité est la fin nécessaire de tout être, et la sagesse doit s'appliquer particulièrement à considérer cette fin. C'est pour cela que la sagesse divine nous affirme qu'elle est venue parmi les hommes revêtue de notre chair, pour manifester la vérité, lorsqu'elle dit : Je suis né et je suis venu au milieu du monde pour rendre témoignage à la vérité [Jean, xvin, 1)1].

    Aristote enseigne que la première philosophie, c'est la connaissance de la vérité3; non de toute espèce de vérité, mais de celle dont découlent toutes les autres, et qui n'est que le principe où tout a puisé l'être; d'où il résulte que sa vérité est la source de toute vérité, car les choses sont ordonnées par rapport à la vérité comme elles le sont par rapport à l etre4.

    Lorsqu'il y a contrariété entre deux choses, c'est encore au sage qu'il appartient de défendre l'une et de réfuter l'autre ; de même que la médecine rend la santé en chassant la maladie. Par conséquent, si son office particulier est de rechercher la vérité dans son premier principe et de discuter les autres, il doit aussi combattre l'erreur, son contraire. C'est donc avec raison que, dans le passage rappelé plus haut, la sagesse elle-même nous indique que le double devoir du sage est de répandre d'abord la vérité divine qu'il a trouvée dans ses méditations, suivant cette parole : Ma langue publiera la vérité, et en second lieu, d'attaquer l'erreur qui lutte contre la vérité ; c'est ce qui résulte de ces autres paroles : Et mes lèvres détesteront l'impiété. Ce mot désigne l'erreur opposée à la vérité divine. Elle l'est encore à la vertu de religion, qui s'appelle également piété, et c'est cette opposition qui lui fait donner le nom d'impiété.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de Somme contre les Gentils

    464 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.