Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Réponse à quarante-deux articles de Jean de Verceil · Saint Thomas d'Aquin

    Introduction

    Au révérend frère en J.-C. notre père, Jean de Verceil, docteur de l’ordre des frères prêcheurs, son frère Thomas d’Aquin, salut et obéissance respectueuse. J’ai reçu pendant la messe de la quatrième férie de la semaine d’avant Pâques, un paquet de votre paternité contenant plusieurs articles dans une lettre cachetée, à chacun desquels vous me priez de répondre, en m’indiquant la forme que je devois employer, pour savoir si les saints docteurs sont de l’opinion contenue dans cet écrit et si je partage moi-même leur manière de voir quelle qu’elle soit; et si, sans cependant la partager, je la crois pourtant soutenable. Mettant aussitôt toute autre occupation de côté, je me suis mis à l’œuvre dès le lendemain et j’ai tâché de faire de mon mieux, en gardant la forme que vous m’avez prescrite. Il m ’eût été bien plus facile de répondre, si vous eussiez voulu me permettre de vous donner les raisons pour ou contre ces différentes propositions. Car de cette façon, j’aurois pu bien plus facilement résoudre toutes les difficultés. Néanmoins, j’ai fait tous mes efforts pour répondre à toutes les questions douteuses, tout en faisant observer d’abord qu’un grand nombre de ces articles n’appartient pas à la doctrine de la foi, mais bien plus aux opinions des philosophes. Or, se prononcer pour ou

    OPUSCÜLUM X. R k s p o n s io e j u s d e m a d e u m d k h m a g is t r u h J o a n n e m d e V e r c e i, us, d e a r t i c u l a

    contre des idées qui ne touchent pas à la doctrine de la foi, comme si c’étoit des dogmes définis, c’est nuire à la piété des fidèles. Car saint Augustin dit dans son cinquième livre des Confessions : a Lorsque j’entends un chrétien ignorant ce que les philosophes ont écrit du firmament et des étoiles, du cours du soleil et des phases de la lune et prenant une chose pour une autre, je regarde patiemment discourir cet homme et je ne crois pas devoir lui faire opposition lorsqu’il n’avance rien d’indigne de vous, Seigneur tout-puissant, créateur de nous tous, quand même il ignorerait la nature et l’ordre du monde matériel. » Il s’y oppose donc si on veut donner son opinion comme une vérité doctrinale et qu’on soutienne avec audace ce qu’on ignore. Saint Augustin explique pourquoi il le contredit dans son premier livre sur la Genèse ad litteram. « Il est honteux, dit-il, fatal à l’Eglise et fort regrettable de voir un chrétien, qui, se mêlant de parler de la science chrétienne, s’égare comme le ferait un infidèle, et qui, comme on a l’habitude de le dire, se trompe de toute la hauteur des cieux et commet des erreurs si grossières qu’on peut à peine s’empêcher de lui rire au nez. » Ce qu’il a de plus fâcheux, n’est pas sans doute de voir qu’un homme se trompe, mais de voir de si étranges opinions attribuées aux écrivains sacrés, par ceux qui sont hors de la foi et qui rejettent leur autorité avec un suprême dédain en les taxant d’ignorance, au grand détriment de ceux dont le salut nous est si cher. Q me semble donc qu’il est bien plus sûr de ne point assurer comme des vérités reconnues, les opinions des philosophes qui ne répugnent point à notre foi, malgré qu’elles soient appuyées de l’autorité d’un grand nom, ni de les nier comme opposées à la foi, de peur de donner occasion aux sages du siècle de mépriser la doctrine chrétienne.

    M ultum autem nocent talia quæ ad pietatis rebus quasi secundum christianas litteras doctrinam non spectant vel asserere, teras loquentem ita delirare quilibet vel negare, quasi perünentia ad sacram fidelis audiat, ut quemadmodum dicitur doctrinam. Dicit enim Àugustinus in V. toto cœlo errare conspiciens risum tenerc Conf. : « non audio christianum aJiquem vix possit. » Et non tam molestum est, ista, scilicet quæ philosophi de cœlo, aut quod errans homo videatur, sed quod austellis, au t de solis et lunæ motibus dixe- thores nostri ab eis qui foris sunt, taiia ru nt nescientem, et aliud pro alio sentieu- sensisBe c re d u n tu r, et cum magno eorum tem, patienter intueor ôpinantem homi­ ex ltio, de quorum salute satagim us, tannem, nec illi obesse video, cum de te Do­ quam indocti reprehenduntur atque resmine creator omnium nostrum non credat puuntur. Unde mihi videtur tutius esse, ut indigna, ri forte situs et habitus creaturæ hæc quæ philosophi communes senserunt, corporalis ignoret. » Obest autem, si hæc et nostræ fidei non répugnant, neque sic ad ipsam pietatis doctrinam pertinere ar- esse asserenda, ut dogmata fidei, licet alib itre tu r, et pertinacius affirmare audeat quando sub nomine philosophorum introquod ignorât. Quod autem o b rit, mani­ ducantur, neque sic esse neganda, tanquam festât Augustinus in I Sup. Gen. in litt. :, fidei contraria, ne sapientibus hujus mundi « Turpe est, inquit, nim is et perniciosum contemnendi doctrinam fidei occario præac maxime cavendum, ut christianum de beatur.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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