Réponse à quarante-deux articles de Jean de Verceil · Saint Thomas d'Aquin
Articles premier à III
Le premier article fenfermé dans cette lettre est celui-ci : Dieu meut-il les corps immédiatement? Je vois qu’on doit répondre à cette question, que tel est l’ordre établi de Dieu que toute créature corporelle reçoit le mouvement par l’intermédiaire d’un esprit. Car saint Augustin dit dans son troisième livre de la Trinité : « De même que les corps grossiers et inférieurs reçoivent le mouvement et l'harmonie du corps supérieur et subtil, de même tout est gouverné par un esprit raisonnable et vivant. » Et il écrit dans son traité sur la Genèse ad litteram, que Dieu a préposé la créature spirituelle à la conduite de la créature corporelle. Cependant la puissance divine n’est pas tellement enchaînée à cet ordre qu’elle ne puisse quelquefois y contrevenir, en dehors des causes secondes, lorsqu’elle le juge à propos, comme cela a lieu dans les miracles. Car saint Augustin écrit contre Fauste, XXVI. « Nous appelons nature le cours apparent de la nature, et nous donnons le nom de miracle à ce que Dieu fait contre les lois établies. »
ARTICLE II.
Le second article contient cette question : tout ce qui est un naturellement, l’est-il par le ministère des anges qui gouvernent les corps célestes?
ARTICLE III.
Les anges sont-ils les moteurs des corps célestes? On peut répondre à ces deux questions à la fois, parce que la seconde est contenue dans la troisième et celle-ci dans la première. « Car si Dieu gouverne la nature corporelle par l’intermédiaire d’une créature spirituelle, le mouvement des corps dépend de l’action divine dans le gouvernement du monde, » comme le dit saint Augustin dans son commentaire de la Genèse ad litteram ; par conséquent, Dieu meut les corps célestes par le moyen des créatures spirituelles. Et dans le même endroit il dit expressément : « Comme il donne le mouvement aux corps dans le temps et dans un certain lieu, l’esprit n’est cependant pas créé pour un temps, de même il meut l’esprit créé pour un temps, cependant l’esprit créateur n’est mû ni pour un temps, ni dans un lieu déterminé. » Saint Jean Damascène soutient que les corps célestes ne sont pas animés, quoique saint Augustin laisse cette question douteuse dans son deuxième livre de son commentaire sur la Genèse ad litteram. Mais je ne me souviens pas d’avoir vu dans aucun écrit des saints Pères et des philosophes que les corps célestes n’étoient point mûs par une créature spirituelle. Supposé donc que les anges soient les moteurs des corps célestes, aucun homme sensé ne peut en faire un doute : parce que tous les mouvements naturels des corps inférieurs ont leur cause dans celui d’un corps céleste ce qui s’appuie sur la raison, les écrits des philosophes et ce que confirme également l’expérience et l’autorité des saints Pères : parce que, comme nous l’avons dit, saint Augustin écrit dans son traité de la Trinité, que « les corps grossiers et inférieurs reçoivent le mouvement et une certaine harmonie des corps plus légers et supérieurs. » Et saint Denis dans le quatrième chapitre de son traité des Noms divins, dit que « les rayons du soleil produisent la génération des corps sensibles, leur inspirent la vie elle-même, l'entretiennent, l’accroissent et la perfectionnent. D’où il faut conclure que tout ce qui a un mouvement naturel le reçoit par le ministère des anges, qui sont les moteurs des corps célestes.
tio corporum, » ut Augustinus dicit VIII. pora, hoc in dubium nulli sapienti verti-Sup. Gen. ad litt. ; consequens est, quod tur : quia omnes motus naturales inferio-Deus per spiritualem creaturam moveat ru m corporum ex motu cœlestis corporis cœlestia corpora. Et ibi expresse dicit Au causen tu r, quod et ratione à philosophis gustinus : « Sicut per tempus et locum est probatum, et experimento patet, et movet corpus, ipse tamen per tempus non authoritatibus sanctorum confirmatur : est conditus spiritus, ita per tempus m o quia, ut dictum est, Augustinus in III. de vet conditum spiritum, ipse tam en nec per Trin., dicit quod « corpora grossiora et tempus, nec per locum m otus conditor inferiora per subtiliora et superiora quo spiritus. » Esse quidem animata corpora dain ordine reguntur. » Et Dionysius dicit cœlestia Damascenus negat in secuudo lib., cap. IV. De div. Nom. quod « solis radius licet hoc Augustinus sub dubio relinquat ad generationem sensibilium corporum in II. Super Gen. ad lit t. Sed cœlestia confert, et ad vitam ipsam movet, ei corpora à spirituali creatura m o v eri, & nu trit, et auget, et perficit. » Unde consenemine sanctorum, vel philosophorum ne- quens est, quod omnia quæ naturaliter gatum legisse mem emini. Hoc igitur sup- moventur, m oveantur ministerio angeloposito, quod angeli moveant cœlestia cor rum m oventium corpora cœlestia.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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