Explication de la seconde décrétale · Saint Thomas d'Aquin
Explication de la seconde décrétale
«Nous condamnons et réprouvons, etc. » Les décrétales précédentes ayant donné la règle catholique, celle-ci condamne l’erreur d’un certain Joachim qui vouloit réfuter la doctrine de Pierre Lombard, concernant l’unité de l’essence divine et la Trinité des personnes. Afin de mieux saisir les idées de ces deux hommes, il faut se rappeler ce que nous avons dit dans le traité précédent, c’est-à-dire que la sainte Trinité est indivisible dans son essence et distincte dans ses propriétés personnelles. Car, ainsi que nous l’avons dit plus haut, la personne du Père n’est distincte du Fils que par la paternité, et celle du Fils par la filiation, c’est-à-dire en tant que le Père a engendré le Fils, et que le Fils a été engendré par le Père. Et de même le Saint-Esprit est distinct du Père et du Fils, eu faut que procédant de l’un et de l’autre. Les personnes divines sont donc distinctes entre elles, en tant que l’une engendre et que l’autre est engendrée ou procède. Si donc l’essence divine engendre ou procède, il s’ensuit qu’elle est ën trois personnes distinctes ; et, de même que la personne du Père est autre que la personne du Fils, et autre celle du Saint-Esprit. Cette doctrine a été condamnée par le concile de Nicée, qui a décidé que le Fils est égal au Père, c’est-à-dire co-essentiel et consubstantiel au Père. Conformément à cet article de foi, Pierre Lombard a dit que le
OPUSCULUM XXIV. Ejus d eh DOCTOMS', IN EXPOSITIONS s u p e r s e c u n d u m d e c r e t a l e m a d e u n d e m. « Damnamus ergo et reprobamus, etc., » genuit Filium, Filius genitus est a P aire; exposîta forma catholicæ fidei in præcçr et similiter Spiritus sanctus distinguitur dentibus, in hac decretali damnatur error a Patre et Filio,- in quantum procedit ab Joachim, reprobare volentis doctrinam utroque. Persona igitur in divinis distinmagistri Pé tri Lombardi circa unitatem g u itur, in quantum persona g énérât, vel divin® essentiæ et trinitatem personarum. generatur, vel procedit. Si ergo essentia Et ut utriusque intentio plenius videatur, divina générât vel procedit, consequens est accipiendum est id quod in præcedenti est quod distinguatur in tribus personis, et dictum, quod scilicet sancta Trinitas se quod sicut est alia persona Patris, alia Filii, secundum communem essentiam est indivi- alia Spiritus sancti, ita etiam sit earum d u a, et sesecundum proprietates personales alia et alia substantia vel essentia. Quod discreta : ut enim supra exposition est, in Àrio damnavit Nicena synodus, asserens persona Patris non distinguitur a persona Filium homousion P atri, id est coessen-Filii, nisi patemitate, et Filius distinguitur tialem et consubstantialera. Quod raagister a Patre fllfatione, in quantum scilicet Pater Petrus sequens docuit, quod una est es-
Père, le Fils et le Saint-Esprit ont la même essence ou la même substance, qui n’est point engendrée et qui ne procède point, et qui est tout-à-fait commune aux trois personnes, comme on le voit dans la cinquième distinction du premier livre de ses Sentences. Or Joachim, abbé du monastère de Flore, trop peu versé dans les subtilités dogmatiques de la foi pour comprendre la doctrine du maître des Sentences; la taxa d’hérésie, en lui faisant dire qu’il supposoit une quaternité en Dieu, admettant trois personnes et une essence commune, qu’il présumoit être avancée par Pierre Lombard comme quelque chose tellement distinct des trois personnes divines, qu’on pouvoit l’appeler une quaternité. Il pensoit en effet que, du moment qu’on dit essence divine, on ne peut admettre ni générateur, ni génération, ni procession, et qu’il y a un autre terme distinct du Père qui engendre, du Fils qui est engendré et du Saint-Esprit qui procède. Aussi Joachim dit qu’il n’y a rien en Dieu qui soit le Père, le Fils et le Saint-Esprit, soit qu’on l’appelle essence, substance ou nature, car ces trois termes ont la même signification. Mais pour ne pas sembler s’éloigner tout-à-fait de la foi catholique, il avouoit que les trois personnes de la sainte Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, ne sont qu’une même essence, une même substance, une même nature, tellement qu’on puisse dire que les trois personnes ne font qu’une même essence, mais qu’on ne peut pas dire, en sens inverse, une même essence fait les trois personnes. Mais dès lors qu’il accordoit que les trois personnes n’ont qu’une même essence, une même substance, une même nature, il prouvoit qu’il n’entendoit pas bien la question. Car on ne prétendoitpas qüe l’unité d’essence commune aux trois personnes fût claire, réelle et véritable, mais bien similitudinaire et collective, c’est-à-dire comme formée de plusieurs, comme on dit essentia vel substantia communis Patris, et res una quæ sit Pater et Filius et Spiritus Filii et Spiritus sancti, quæ nec generatur sanctus, rive ilia res una dicatur substantia, nec procedit, ut sit penitus indistincta, ut sive essentia, sive natura, his enim tribus patet in V. distinct. 1. Sententiai'wn ejus. nominibus idem intelligimus. Sed ne vide-Joachim autem abbas Florensis monasterii retur totaliter a fide Nicenæ synodi recenon bene capiens verba magistri prædicti, dere, concedebat quod P ater, et Filius et utpote in subtilibus fidei dogmatibus rudis, Spiritus sanctus sunt una essentia, una prædictam magistri Pétri doctrinam hære- substantia, una natura, quasi una essentia ticara reputavit, imponens ei quod quater- possit prædicari de tribus personis, ut dinitatem induceret in divinis, ponens très camus : Très personæ sunt una essentia, personas et communem essentiam, quam non autem e converso, ut dicatur : Una credebat sic poni a magistro P etro, quasi essentia est très personæ. Sed in hoc ipso aliquid distinctum a tribus personis, ut sic quod concedebat très personas esse unam possit dici quasi, quartum. Credebat enim essentiam, vel substantiam, vel naturam, quod ex hoc ipso quod dicitur, essenüa di non habebat sanum intellectum. Non enim vina, nec est generans, nec genita, nec ponebant unitatem essentiæ trium porsoprocédons, distinguatur a-Pâtre qui géné narum esse veram, realem et simplicem, rât, et Filio qui generatur, et a Spiritu sed quasi rimilitudinariam et collectivam, sancto qui procedit. Et ideo ipse Joachim id est, quasi ex pluribus congregatam, protestatur, quod in divinis non est aliqua sicut multi homines dicuntur unus populus que plusieurs hommes font un peuple, une réunion de fidèles, une Eglise, selon ces paroles du quatrième chapitre des Actes des Apôtres : « L’assemblée des fidèles ne faisoit qu’un cœur et qu’une ame. » Et celles de l’Apôtre, au sixième chapitre de sa première Epître aux Corinthiens : « Celui qui s’attache à Dieu ne fait plus qu’un même esprit, » c’est-à-dire avec lui. Et encore dans la première aux Corinthiens, chap. III : « Celui qui plante et qui arrose ne font qu’un. » Dans la même Epître, chap. XII, et celle aux Romains, chapitre XII : « Nous ne faisons tous qu’un même corps avec Jésus-Christ. » Et au troisième livre des Rois, chap. XXII : « Josaphat, roi de Juda, a dit au roi d’Israël : Mon peuple et lë vôtre ne font qu’un seul peuple. » On voit que dans tous ces exemples, on ne veut parler que d’une unité collective, mais non d’une unité véritable et rigoureuse. Il tâchoit de prouver, par différents textes,,qu’on entendoit dans son sens l’unité de substance, d’essence ou de nature des trois personnes divines. Car il est dit au seizième chapitre de saint Jean, que le Seigneur, priant son Père pour les fidèles, dit entre autres choses : « Père, je veux qu’ils soient un en nous, c’est-à-dire en vous et en moi, comme nous sommes un, et qu’enfin ils soient consommés en un dans le ciel. » De là il tiroit cet argument : Les fidèles de Jésus-Christ ne sont pas tellement un qu’il n’y ait entre eux quelque chose qui soit commun à tous, mais ils sont un, d’une manière quelconque, par la réunion de tous, c’est-à-dire une même Eglise, à cause de l’unité de la foi catholique, et enfin, ils ne composeront qu’un royaume dans la patrie céleste, par l’union d’une indissoluble charité. La charité de la vie présente peut être dissoute par le péché, mais la charité de la patrie céleste est indissoluble. Ils apportoient encore, à l’appui de leur opinion, ce texte du dernier chapitre de l’Epître de saint Jean : « Il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. » D’abord le Père, quand il dit : ce Voilà mon Fils bien-aimé; » et cela dans le baptême, comme le dit saint Matthieu au troisième chapitre de son Evangile. Comme aussi dans la transfiguration, ainsi qu’il est dit au dix-septième chapitre du même Evangéliste. Le Fils, de son côté, a rendu témoignage à la foi catholique, par sa doctrine et ses miracles. C’est ce qu’il dit dans saint Jean, chapitre VIII : « C’est moi qui rends témoignage de moi-méme, ainsi que mon Père, qui m’a envoyé, rend témoignage de moi. » Le Saint-Esprit a rendu témoignage en paraissant sur le Christ en forme de colombe, au moment de son baptême, et par sa descente sur les disciples de Jésus-Christ. Puis, afin de manifester l’unité des trois personnes divines, l’Evangile ajoute : « Et ces trois ne font qu’un. » Mais Joachim, voulant appliquer, par une intention perfide, ces paroles évangéliques à l’unité de charité et de concorde, leur oppose celles qui les suivent : « Il y a trois choses qui rendent témoignage sur la terre, l’esprit, l’eau et le sang. » On remarque, dans certains Evangiles, cette addition, et ces trois choses ne font qu’un ; mais elle ne se trouve point dans les copies fidèles; et l’on dit que ce sont les Ariens qui sont coupables de cette interpolation, afin d’affoiblir l’autorité du texte précédent sur l’unité de l’essence des trois personnes divines. Ces hérétiques citoienL encore ces paroles : « Afin qu’ils soient un en nous, comme nous sommes un, » pour prouver que le Père et le Fils ne sont point un, sinon par l’amour mutuel qu’ils ont l’un pour l’autre, ainsi que nous, comme l’ont démontré saint Augustin et saint Hilaire, qui disent que c’étoit là la fausse interprétation des Ariens. D’où il résulte que Joachim étoit tombé dans l’arianisme, bien que ce ne soit pas avec obstination, puisqu’il soumit ses écrits au jugement du Siège apostolique, comme on le dira plus bas.
et hoc in baptismo, ut dicitur Matth., III ; In quibusdam libris attenditur : « Et hi et in transfiguratione, ut habetur Matth., très unum sunt. » Sed hoc in vgris exem-XVII. Filius vero dédit testimonium fidei plaribus non habetur, sed in quibusdam christianæ per doctrinam et miracula; Unde libris dicitur' esse appositum ab hæreticis dicit, Joan.,,V I1 I : « Ego sum qui testimo Arianis, ad pervertendum intellectum sanium perhibeo de meipso, et testimonium num authoritatis præmissæ de unitate esperhibet de me, qui misit me Pater ; » sentiali trium personarum. Similiter etiam Spiritus sanctus testimonium perhibuit in Ariani utebantur ilia authoritate : « Ut sint specie columbæ super Christum apparens unum in nobis, sicut et nos unum sumus, » in baptismo, et per adventum suum in dis- ad ostendendum quod Pater et Filius non cipulos Christi, et ad insinuandam unita- sunt unum, nisi secundum consensum amotem trium personarum, subditur : « Et hi ris, sicut et nos, ut patet per Augustinum très unum sunt ; » quod quidem dicitur et Hilarium, qui dicunt hunc fuisse perpropter essentiæ unitatem. Sed hæc Joa versum sensum Arianorum. Unde manifeschim perverse trahere volens ad unitatem tum est quod Joachim in errorem Arianocharitatis et consensus, inducebat conse- rum incidit, licet non pertinaciter, quia quentem authoritatem. Nam subditur ibi ipse scripta sua apostolicæ sedis judicio subdem : <r Et très sunt qui testimonium dant jecit, ut infra dicetur : et ideo conséquente* in terra, scilicet spiritus, aqua et sanguis. » ponitur determinatio concilii pro veritate.
La définition du concile est donc juste et véritable. Elle fixe cinq propositions d’une manière bien déterminée. D’abord la vérité de ce qu’enseignoit Pierre Lombard, c’est-à-dire que l’essence divine est quelque chose qui dépasse la pensée et que la parole ne peut pas rendre, puisqu’elle renferme trois personnes, en même temps unes et distinctes. Car on peut dire avec vérité que l’essence divine est Père, Fils et Saint-Esprit. De même qu’on peut dite avec autant de raison : L’essence divine est Fils, l’essence divine est Saint-Esprit. Ce qui n’a point lieu pour nous; car l’essence de Pierre n’est pas Pierre, tandis que l’essence de Dieu le Père est lè Père lui-même, parce que Pierre est composé de plusieurs éléments, et qu’il n’en est pas ainsi de la personne du Père, ni de celle du F ils, pas plus que de celle du Saint-Esprit.
Secondement, quand le concile ajoute : « C’est pourquoi en Dieu, etc...,» il détruit la preuve que JJoachim apportait en sa faveur. Car il faut faire attention qu'on confond dans un même genre tous les êtres qui n’ont point de différence entre eux. Or, comme l’animal n’est point distinct de l’homme, du cheval et du bœuf, qui sont tous des animaux, on ne peut pas dire que l’homme, le cheval, le bœuf et l’animal font quatre animaux, mais seulement trois, parce que chacun d’eux est animal. De même, comme chacune des trois personnes divines est cela, c’est-à-dire l’essence ou la nature divine, on ne peut pas affirmer que ces trois personnes font quatre, parce que l’essence divine n’est pas une chose distincte des trois personnes. Ce que l’on prouve par -cette raison, que l’essence divine est le principe créateur de toutes choses^ainsi n’est-il rien, hors de l’essence divine, qui ne se confonde avec elle, ou qui ne soit créé par elle. Or, les trois personnes ne sont pas créées par l’essence divine, parce que In qua quidem determinatione quinque nihil connumeratur aliis, nisi quod ab eis facit. Primo enim asserit veritatem, quam distinguitur. Unde cum animal non distinmagister Petrus docebat, scilicet quod di guatur ab homine, equo et bove, quorum vina essentia est quædam summa res in- quodlibet est anim al, ideo non possutnus comprehensibilis cogitatu, et ineffabilis dicere, quod homo et equus, et bos et aniverbo, de qua vers prædicantur-très per- m al, sunt quatuor, sed sunt tria tantum, sonæ et simul et singillatim. Potest enim quia quodlibet illorum est animal. Ita quia vers dici, quod essentia divina est Pater et.quælibet trium personarum est illa res, Filius et Spiritus sanctus. Et iterum vers scilicet divina essentia, vel natura, non podicitur : « Essentia divina est Filius, divina test dici, quod très personæ illa res sunt essentia est Spiritus sanctus. » Quod qui quatuor, quia ilia res non est aliquid aliud dem in nobis non accidit. Non enim essen a tribus personis. Quod quidem probat per tia Pétri est Petrus, sed essentia Dei Patris hoc quod sola divina essentia est princiest ipse Pater, quia Petrus est ex multis pium creans universa ; ita quod nihil pocompositus, non autem persona Patris, test inveniri præter divinam essentiam, neque persona Filii, nec persona Spiritus quod scilicet non sit idem cum essentia sancti. divina, vel non sit creatum ab ea. Très Secundo ubi dicit : Et ideo in Deo, etc., autem personæ non sunt creatæ a divina solvit. ratio n em, quam pro se inducebat essentia, quia increatus Pater, increatus oachim. Est enim considerandum, quod Filius, increatus Spiritus sanctus, quinimo le Père est incréé, le Fils est incréé, ainsi que le Saint-Esprit ; bien plus, nous pouvons dire que le Père est le principe de toutes choses, aussi bien que le Fils et le Saint-Esprit; ce qui prouve clairement que l’essence divine n’est point un être distinct des trois personnes divines ; par conséquent, iln ’y apointdequaternité, mais seulement une trinité.
Mais parce que Joachim croyoit qu’il s’ensuivoit des paroles de Pierre Lombard, que l’essence divine étoit distincte dans les trois personnes, quand on dit en troisième lieu : Et cela n’engendre pas, on prouve que ce n’est point la conséquence des paroles du maître des Sentences. Car il est vrai que nous pouvons dire que l’essence divine ne diffère point dans les trois personnes. Toute la différence consiste en effet en ce que l’une engendre, que la seconde est engendrée et que la troisième procède ainsi que nous l’avons dit. Cependant nous pourrions dire que l’essence divine est ce qui est distinct, c’est-à-dire le Père qui est distinct du Fils : et de même aussi que l’essence divine est le Père qui engendre, est le Fils qui est engendré et est le Saint-Esprit qui procède ; de façon que ces différences signifiées par ces trois adjectifs, générateur, engendré, procédant, distinguent les personnes auxquelles on en fait l’application, mais non l’essence ou la nature, qui n’est point distincte. Il ne S’ensuit donc point la conséquence qu’en tiroit. Joachim : l’essence n’engendre pas, le Père engendre ; donc l’essence n’est pas le Père, parce que bien que l’essence n’engendre pas, il y a cependant quelqu’un qui engendre, c’est-à-dire le Père. Et de même, l’essence ne naît pas, mais il y en a un qui naît, c’est-à-dire le Fils : l’essence ne procède pas, mais quelqu’un procède, c’est-à-dire le Saint-Esprit.
Quatrièmement j lorsqu’on dit : Malgré qu’un autre, etc... On décide de quelle manière on doit exprimer la différence des personnes possumus dicere, quod Pater est principium vina est P a te r, qui générât, et est Filius, universorum, et similiter Filius, et Spiritus : qui g ignitur, et est Spiritus sanctus qui sanctus. Unde manifestum est quod divina procedit. Ita scilicet quod distinctiones essentia non est aliquid aliud a tribus per- importât» per hæc tria adjectiva, generans, sonis, unde non est quaternitas in divinis, genitum et procedens, déterminant ipsas sed trinitas. personas, de quibus prædicantur prædicta Sed quia Joachim credebat, quod ex adjectiva, non autem essentiam vel naturiictis Magistri sequeretur quod esset es ram, quæ non distinguitur. Non ergo sesentia distincta in tribus personis ; ideo quitur quod Joachim putabat. Essentia tertio cum dicit : Et illas res non est ge- non est generans, Pater est generans. Ergo nerans, etc., ostendit quod hoc non se- essentia non est Pater, quia etsi essentia quitur. Vei'um est enim, quod possumus non générât, est tamen ille qui générât, id dicere, quod divina essentia non est dis est Pater, et similiter essentia non nascitur, tincta in tribus personis. Ex hoc enim ali sed est ille qui nascitur, id est Filius; quid est distinctum in divinis, quod est neque essentia procedit, sed est ille qui.generans, vel genitum, vel procedens, ut procedit, id est Spiritus sanctus.
dictum est. Possumus tamen dicere quod Quarto cum dicit : Licet igitur alius, etc., essentia divina est ille qui distinguitur, id concludit, qualiter secundum fidem cathoest P a te r, qui distinguitur a Filio; et si licam sit signanda distinctio personarum. militer possumus dicere quod essentia di Circa quod considerandum est quod in did’après la foi catholique. Relativement à cela, il faut faire attention que le masculin se rapporte à la personne et le neutre à l’essence ou à la nature. Dans les choses humaines, nous appliquons le masculin aux personnes, et par exemple : qui court? Pierre. Et le neutre à la nature, comme : qu’est-ce que l’homme ? un animal raisonnable. Or, comme l’essence est la même et les personnes distinctes, nous employons les noms masculins pour exprimer ces différences et non pas des noms neutres. Car quoique nous disions, le Père est autre que le Fils, le Fils est autre que le Père, et le Saint-Esprit est autre que le Fils et le Père, ils ne diffèrent point cependant entr’eux, parce qu’il n’y a pas de différence dans l’essence, bien qu’il y en ait une dans les personnes : mais ce qu’est le Père, le Fils l’est aussi, de même que le Saint-Esprit, parce qu’ils n’ont tous trois qu’une même essence. C’est pourquoi sont-ils tout-à-fait unum et idem, si idem est du genre neutre, parce que cela appartient à l’identité d’essence; mais ils ne sont pas idem, au masculin, parce que cela effaceroit la distinction des personnes. II faut donc qu’ils soient idem, au neutre, pour qu’on les croie consubstantiels, selon la foi orthodoxe, c’est-à-dire qui s’eu flatte à juste titre, ce mot étant formé de rectum, droit, et doxa, qui veut dire gloire, et catholique, c’est-à-dire universelle, comme nous l’avons déjà expliqué. Car il a été décidé dans le concile de Nicée, que le Fils est homousios, c’est-à-dire consubstantiel au Père.
Cinquièmement, quand on dit : car il est Père de toute éternité, on prouve qu’il n’y a qu’une seule et même essence pour les trois personnes. Car le Père, en engendrant le Fils, lui a donné sa substance, puisqu’engendrer n’est autre chose que de tirer un autre soi-même de sa substance. Et de même que le Père a engendré le Fils de toute éternité, non pas en ce sens qu’il n’existoit pas; de même le Père a donné sa substance à son Fils de toute éternité, bon pas en ce sens qu’il ne l’avoit point auparavant, mais en ce sens qu’il l’a toujours eue d’un autre, c’est-à-dire du Père. Le Fils lui-même rend témoignage de cette vérité, par ces paroles, dans l’Evangile de saint Jean, ch. Xe : « Ce que mon Père m’a donné est au-dessus de tout; » or ce qui est plus grand que tout, c’est l’essence divine. Il faut cependant savoir qu'il ne faut pas comparer la génération humaine avec la génération divine. La nature humaine étant susceptible de division, l’homme, en engendrant, peut faire passer dans son dis une partie de sa substance. Tandis que la nature divine est simple et indivisible; aussi ajoute-t-on qu’on ne peut pas dire que le Père a donné une partie de sa substance à son Fils. On ne peut pas dire de la même manière, que le Père, en donnant sa substance à son Fils, ne l’a plus lui-même, parce qu’alors il cesseroit d’être la substance divine. Dans les choses matérielles, on n’a plus ce qu’on a donné : par exemple, si vous donnez un cheval, vous ne l’aurez plus : mais dans les choses spirituelles, on donne et on retient à la fois ce qu’on donne ; comme par exemple celui qui communique la science à un autre, la garde en même temps pour lui. Il est donc évident que le Fils reçoit, en naissant, la substance du Père, sans lui causer aucune diminution, et que le Père la retient tout entière : d’où il suit que le Père et le Fils ont la même substance ; on peut donner la même raison pour la procession du Saint-Esprit du Père et du Fils. Le Père est sa propre substance, parce qu’il n’y a en lui rien de composé ; il en est ainsi du Fils et du Saint-Esprit. Comme les trois personnes n’ont qu’une même essence, il s’ensuit que cette même chose qui est l’essence divine est le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Reste donc prouvée irréfragablement la thèse de Pierre Lombard, et par conséquent celle de Joachim réfutée et convaincue de fausseté.
Sixièmement, en disant : Puisque donc la vérité aux fidèles, etc... ensuite on cite les autorités que Joachim revendiquoit en sa faveur, en les interprétant faussement; car la prière que le Seigneur faisoit pour les fidèles, en ces termes : cc Je veux qu’ils soient un en nous, comme nous sommes un, » étoit alléguée par Joachim, comme si on pouvoit dire de nous que nous sommes un, aussi bien que des trois personnes divines. Ce qui est faux, car l’unité dans les chrétiens veut dire pour tout le monde la grâce de la charité ; tandis que dans les personnes de la sainte Trinité, on entend l’unité de même nature. Ce que l’on prouve par un autre passage de l’Evangile, pris dans ce sens. Le Seigneur dit, dans l’Evangile de saint Matthieu, ch. V : : a Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Il n’y a pourtant point d’égalité possible entre la perfection humaine et la perfection divine, car il ne peut y avoir une si parfaite ressemblance entre le Créateur et la créature, qu’elle ne soit encore dépassée par une plus grande dissemblance, parce que la créature sera toujours à une distance infinie de Dieu.
Fin du vingt-quatrième Opuscule, c’est-à-dire explication de la seconde décrétale, par saint Thomas d’Aquin.
BANDEL. Curé, Chanoine honoraire de Limoges.
Sexto, cum dicit : Cum ergo veritas pro probat per simile, quia Dominus dicit fidelibus, etc., ponit authoritates quas male Matth., V : « Estote vos perfecti, sicut et intellectas pro se Joachim inducebat. Pater vester cœlestis perfectus est. » Non Quod enim Dominus orans pro fidelibus tamen est idem modus perfectionis humana dicit : « Volo ut ipsi unum sint in nobis, nec et divinæ, quia non potest esse tanta sicut et nos unum sumus, » sic inducebat similitudo inter creatorem et creaturam, Joachim, ac si eodem modo accipiendum quin major inveniatur ibi dissimilitudo, esset hoc quod dicitur unum, in nobis et propter hoc quod creatura in infinitum in divinis personis. Hoc autem est falsum, distat a Deo.
quia in fidelibus sic accipitur, ut intelligatnr unitas charitatis per gratiam; in di- Explicit Opusculum vigesimum quartum, vinis autem personis sic accipitur, ut in- videlicet expositio secundœ Decretalis, seteiligatur unitas ejusdem naturæ. Et hoc secundum divum Thomam Aquinatem.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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