Des mœurs divines, ou de la manière d'être de Dieu · Saint Thomas d'Aquin
Le bien plaît à Dieu
Il y a en Dieu une autre manière d’être ou perfection ; c’est que le bien, quel qu’il soit, lui plaît de sa nature, en tout temps et en tout lieu, soit dans les anges, soit dans les hommes, soit dans les autres créatures, soit que ce soit le bien naturel du corps, comme la beauté, le courage, la douceur, la maturité naturelle, soit que ce soit le bien de l’ame, comme la perspicacité de l’esprit, la ténacité de la mémoire, la subtilité de l’intelligence, la bonne volonté naturelle, le libre arbitre et autres choses semblables : soit que ce soit un bien donné gratuitement, tel que, bien lire, bien chanter, bien prêcher, être éloquent, être continent, mortifié, avoir des mœurs parfaitement pures et autres choses du même genre : soit que ce soit un bien gratuit, bien qui plaît infiniment à Dieu, telles sont la foi, l’espérance, la charité, l’humilité, la patience, l’obéissance, la miséricorde, la vérité, la tempérance, la justice, la prudence et la science. Le mal pareillement, quel qu’il soit, lui déplaît toujours et quelque part qu’il soit j car comme la justice est ennemie de l’injustice, la pureté de l’impureté : de même la malice est opposée à la bonté de Dieu, parce qu’elle prive du bien de la grâce, ou qu’elle le diminue, et que c’est Dieu qui l’a conféré à la nature. Tout ce qui est bon doit pareillement nous plaire, toujours et partout, dans quelle créature que ce soit, et nous devrions toujours protéger avec sollicitude ce qui est bon, nous devrions l’entretenir, résister à quiconque ose audacieusement attaquer le bien : nous devrions aussi toujours et partout détester de cœur le mal, et, autant que nous le pouvons, l’empêcher par toute espèce de conseils, parce qu’il est injurieux à Dieu et dommageable au prochain ; mais nous devrions surtout le faire parce qu’il outrage le créateur, plutôt qu’à cause du danger auquel il expose l’homme : mais, hélas ! fréquemment il n’en est pas ainsi. Car lorsqu’on loue quelqu'un ou qu’on l’aime à cause de son humilité, de sa religion, de sa piété ou de ses prédications, ou pour tout autre grâce, nous en concevons de la tristesse, ou nous diminuons ses faveurs ; que montrons-nous ici autre chose si ce n’est que le bien ne nous plaît pas ? Ou lorsque quelqu’un raconte des choses oiseuses, déchire le prochain, rit, se rend coupable d’autres légèretés ou péchés semblables ; nous rions avec lui, nous nous entretenons avec lui, ou nous voyons avec la joie du cœur de tels maux et nous les écoutons ; que faisons-nous ici autre chose, si ce n’est d’attester que ces maux ne nous déplaisent pas.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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