Des mœurs divines, ou de la manière d'être de Dieu · Saint Thomas d'Aquin
Dieu prévoit tout
Il y a en Dieu une autre manière d’être ou perfection, c’est qu’il prévoit prudemment toutes les choses futures bonnes ou mauvaises, et qu’il connoît toutes les choses avant qu’elles arrivent, il discerne aussi le bien ou le mal qui peut en découler : comme il sut à l’avance la chute de l’ange, il prévit aussi celle de l’homme, il permit que l’homme fût tenté, il connut à l’avance quelle seroit la suite de cette tentation, savoir qu’elle entraîueroitla chute du genre humain ; il prévit aussi le bien qui en résulteroit, savoir l’incarnation de son Fils, et que de cette union avec l’humanité, il en résulteroit pour l’homme une gloire plus grande qu’avant. Nous devrions semblablement prévoir toutes nos paroles, toutes 110 s actions, tous nos mouvements, toutes nos démarches, quel bien ou quel mal il en résultera pour nous, s’il peut en résulter pour les autres un scandale ou une correction véritable. Nous devrions aussi penser à l’avance aux tentations auxquelsles nous serons peut-être exposés par la suite, soit de la part des démons, soit de celle des hommes, qui ne sont nos amis que selon la chair, ou nos amis spirituels, et comment il faudra y résister, comment il faudra les supporter, comment il faudra les éviter, parce que les traits auxquel on s’attend à l’avance blessent moins vivement. Nous devrions aussi prévoir ce qui arrivera au moment de la séparation de l’ame et du corps : quelle est la douleur qui menace le corps pour ce moment, quelle est la crainte de l’âme, combien est éminent le danger. Nous devrions aussi prévoir où il nous faudra demeurer, avec Dieu ou avec le démon, dans le ciel ou dans l’enfer : quelle est la joie de ceux qui demeurent avec Dieu, et quelle est l’infortune de ceux qui sont éloignés de lui; il seroit utile pour tous d’avoir sans cesse ces pensées présentes à l’esprit : c’est pourquoi Moïse souhaitoit, Deutéronome, chap. XXXII : «Plût à Dieu qu’ils sussent, qu’ils comprissent et qu’ils prévissent à quoi tout aboutira.»
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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