Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Des mœurs divines, ou de la manière d'être de Dieu · Saint Thomas d'Aquin

    Dieu est immuable

    Une des manières d’être ou perfection de Dieu, c’est donc qu’il soit immuable dans sa nature ; il nous l’atteste lui-même dans le prophète: « Je suis Dieu et je ne change pas. » Saint Jacques dit aussi, chap. I : « En qui il n’y a point de changement : » et par conséquent ses œuvres sont immuables selon l’essence, savoir l’ange, l’âme, le ciel, et les quatre éléments 1 ; bien que quelquefois il envoie les anges, et que quelquefois il ne les envoie pas : que parfois il retire la grâce aux hommes, que d’autres fois il la leur confère, que quelquefois il punisse les péchés, et que d’autres fois il les dissimule. Les créatures seules sont muables, mais il n’y a nul changement dans le créateur. Ce qu’il a réglé par rapport aux bons et aux mauvais sera surtout immuable au dernier jour, lorsqu’il accordera aux bons une récompense supérieure à leurs mérites et qu’il mesurera le châtiment des méchants en deçà de ce qu’ils auront mérité : nous devrions nous aussi, nous appliquer à rendre notre esprit constant, de manière à ce que, brisés par l’adversité ou attirés par la prospérité, nous ne nous détournassions jamais de la voie droite : à l’exemple du bienheureux Job, chap. XXVII : « Je n’abandonnerai pas, dit-il, la justification que j’ai 1 Saint Thomas ne perlereit pas aujourd^ui de la même manière des quatre éléments ; commencée à tenir : » le bienheureux Apôtre nous dit aussi, Rom., chap. VIII : « Je suis certain que ni la mort ni la vie ne pourront me séparer de l’amour de Dieu. » Mais, hélas, nous sommes trop inconstants dans les saintes méditations, dans les affections réglées selon la loi de Dieu, dans la sécurité de la conscience et dans la volonté droite. Ah ! que subitement nous passons du bien au mal,, de l’espérance à une crainte injuste, et au contraire de la joie à une douleur injuste; et encore du silence à la loquacité, de la maturité à la légèreté, de la charité à la rancune ou à l’envie, de la ferveur à la tiédeur, de l’humilité à la vaine gloire ou à l’orgueil, de la douceur à la colère, de la joie spirituelle ou de l’amour à la joie charnelle ; de manière que nous ne demeurons jamais un seul instant stables dans le même état, si ce n’est, hélas! que nous sommes constants dans notre inconstance, dans l’infidélité, dans l’ingratitude, dans les défauts spirituels, dans l’imperfection, dans la perte du temps, dans la légèreté, dans les pensées et les affections déshonnêtes ! Mais l’instabilité des sens extérieurs et des membres nous indique la mutabilité des affections et des mouvements intérieurs. U nous importe pourtant de nous efforcer à être fréquemment dans le même état, et à agir de la même manière, c’est-à-dire avec maturité, avec bonté, à garder toujours l’égalité dans notre démarche et dans toutes nos conversations.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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