Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Contre les erreurs des Grecs · Saint Thomas d'Aquin

    Chapitre I : Comment on doit entendre que le Fils vient du Père, comme l’effet de la cause

    Comment on doit entendre que le Fils vient du Père, comme l'effet de la cause.

    Il peut se faire que quelques personnes se demandent, d’après les textes cités plus haut, comment le Père est la cause du Fils et le Père ou le Fils la cause du Saint-Esprit. Et en effet on peut apercevoir d’abord cette difficulté dans les paroles qu’on attribue à saint Athanase au concile de Nicée : « Tout ce que le Fils tient du Père, il le tient comme la parole contient la pensée, le soleil la lumière, la source le fleuve et l’effet la cause. » Mais celui qui dénature ou nie l’effet, nie par-là même la cause qui le produit. Le Fils engendré et produit dit en effet : « Celui qui me méprise, méprise celui qui m ’â envoyé ; » et ailleurs : « Le Saint-Esprit n’est pas in principio, c’est-à-dire sans principe et sans cause, » mais il démontre qu’il est le vrai Dieu, ayant son principe non pas dans le temps, mais dans le vrai principe de son origine divine.' Saint Basile, évêque, tient le même langage : « Le Saint-Esprit, envoyé de Dieu, a sa cause en lui-même. » De même Théodoret dans son commentaire sur l’Epître aux Hébreux, dit : « Le Père e3t la cause du Fils. » Mais l’Eglise latine ne se sert point ordinairement de ces paroles : Le Père est la cause du Fils ou du Saint-Esprit, mais seulement le principe ou l’auteur. Et ceci pour trois raisons. La première, parce qu’on ne peut pas dire que le Père est la cause du Fils, comme cause formelle, matérielle ou finale, mais seulement comme cause productive, qui est la cause efficiente. Mais nous voyons toujours qu’elle diffère de nature avec l’effet qu’elle produit. Aussi, de peur qu’on ne dise que le Fils n’est pas de la même essence que le Père, on ne dit pas ordinairement que le Père est la cause du Fils, mais on emploie des expressions qui signifient une origine consubstantielle, comme celles-ci, la tête, la source, et autre semblables dénominations.

    La seconde, parce qu’en nous la cause correspond à l’effet : aussi nous ne disons pas que le Père est la cause du Fils, de crainte qu’on ne croie que le Fils a été fait. Car dans les écrits des philosophes, Dieu est appelé cause première : or ils comprennent sous le nom d’effet ou de produit, l’universalité des créatures ; et si on dit que le Fils a une cause, on peut le comprendre dans le nombre des effets ou des créatures.

    La troisième, parce qu’on ne doit pas parler des personnes divines autrement que ne le fait la sainte Ecriture. Or, la sainte Ecriture appelle le Père le principe du Fils ; c’est ainsi que s’exprime saint Jean : « Au commencement étoit le Verbe. » Mais jamais il ne dit que le Père est la cause, ou le Fils l’effet; Et comme cause dit plus que principe, nous ne nous avisons jamais de dire que le Père est la cause et le Fils le produit. Quant à ce qui tient à l’origine, rien qui approche du mot principe, n’est appliqué proprement à Dieu dans les choses divines. Car tout ce qui est en Dieu est incompréhensible et nous ne pouvons pas le définir : aussi nous servons-nous plus convenablement et avec moins de danger d’errer, de termes généraux, que de l’expression propre et particulière. Le nom qui lui convient le mieux est celui qu’il prend au troisième chapitre de l’Exode, celui qui est. De même qu’il est plus ordinairement la cause que l’élément, il est plutôt principe que cause. En effet, le point est le principe de la ligne et non la cause : voilà pourquoi, en parlant des personnes divines, nous employons très-convenablement le mot principe.

    Cependant il ne faut pas croire que les saints que nous avons cités, qui se servent du terme de cause et d’effet en parlant des personnes divines, en concluent qu’elles sont de nature différente et que le Fils est une créature. Ils veulent seulement montrer par là l’origine des personnes divines, comme quand nous employons Je terme de principe. Ce qui fait dire à saint Grégoire de Nysse : « Par cause et e"et, nous n’entendons point la nature des personnes divines. Car nous n’avons pas l’intention de faire signifier à ces paroles l’essence et la nature divine, mais nous voulons exposer la différence qu’il y a entre elles, comme par exemple, qu’il est faux de dire que le Fils n’a pas été engendré, et qu’au contraire le Père ne tire son origine d’aucune autre cause. » Saint Basile s’exprime également ainsi : « Je dis que le Saint-Esprit n’a pas été engendré, qu’il n’a point de père, qu’il n’est point une créature, parce qu’il n’a point été créé, mais qu’il a Dieu pour cause, de qui il est vraiment l’esprit et duquel il procède. »

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de Contre les erreurs des Grecs

    38 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.