Abrégé de théologie · Saint Thomas d'Aquin
Chapitre I
Le Verbe du Père éternel, renfermant tout dans son immensité, a voulu se faire petit et revêtir notre humble nature, sans se dépouiller de sa Majesté, pour relever l’homme déchu par le péché, et le faire remonter à la hauteur de la divine gloire. Et, afin que nul ne puisse trouver une excuse de sa négligence dans l’étude de la science divine, il a renfermé dans un précis succinct, en faveur de ceux qui sont livrés aux sollicitudes de la vie, toutes les notions venues de lui et consignées, soit dans les écrits volumineux et clairs des hommes de science, soit dans les divers livres de la sainte Ecriture. En effet, le salut de l’homme consiste à connoître la vérité, qui l’empêche de tomber dans les diverses erreurs qui obscurcissent l’intelligence humaine et lui font
OPUSCULUM II.
faire fausse route, de perdre, par cet écart, la vraie félicité en cessant d’observer la justice, et de se souiller, enfin, d’une foule de vices. Or, il a formulé la connoissance de la vérité nécessaire au salut dans un petit nombre d’articles de foi. C’est ce que l’Apôtre dit aux Romains, chap. IX : « Dieu donnera à la terre son Verbe dépouillé de sa gloire, » et c’est là la parole de foi que nous proclamons. Il a rectifié l’intention de l’homme dans une courte prière, où il nous a appris à prier et à diriger notre intention et nos espérances. Il a renfermé dans un seul précepte de charité toute la justice humaine, qui consiste dans l’observation de la loi. Car «l’amour est la plénitude de la loi. » D’où l’Apôtre, s’adressant aux Corinthiens, leur apprend que toute la perfection de la vie présente consiste dans « la foi, l’espérance et la charité, » comme dans trois articles abrégés de notre salut. C’est sur ces trois choses, comme le dit saint Augustin, qu’est basé le culte de Dieu. Et afin de vous offrir, mon très-cher fils Réginald, un précis abrégé de la doctrine chrétienne que vous puissiez avoir continuellement sous les yeux, nous avons l’intention, dans cet ouvrage, de traiter de ces trois points. Nous parlerons, premièrement, de la foi; secondement, de l’espérance, et en troisième lieu, de la charité. C’est l’ordre que suit l’Apôtre et qu’indique la droite raison. Il ne peut, en effet, y avoir de pur amour, si le but légitime de l’espérance n’est établi, et celle-ci est inséparable de la connoissance de la vérité. II faut donc'd’abord la foi, qui fait connoître la vérité; en second lieu, l’espérance, qui dirige notre intention vers sa fin légitime ; vient, enfin, la charité, qui règle d’une manière absolue la faculté affective.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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