Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Triomphes des martyrs · Alphonse de Liguori

    Réflexions très utiles

    § II : Fruits à retirer de la considération des vertus des martyrs

    Fmîts à retirer de la considération des vertus pratiquées par les

    Martyrs dans le temps de leurs combats.

    Oh! que n’apprend-on pas, en considérant les grands exemples de vertu donnés par les SS. Martyrs dans le temps de leur supplice. A voir le mépris qu’ils faisaient du monde et de toutes les grandeurs mondaines, on apprend d ’abord à mépriser les biens périssables de cette le r r e, et à ne tenir compte que des biens éternels. Les tyrans leur offraient de grandes richesses, les premières dignités, des alliances royales, pourvu qu’ils abandonnassent la foi; mais ils dédaignèrent tout, et contents d’être dépouillés de toutes leurs places et de toutes leurs propriétés, ils embrassèrent les instruments enflammés. et se livrèrent au trépas Je plus ignominieux, pour ne pas perdre la grâce divine et les biens éternels que Dieu promet à ses serviteurs. Une grande quantité d’or cl de pierreries fut offerte par le tyran à saint. Clément. sous la condition qu’il renoncerait à Jésus-Christ ; mais le saint, tourné vers le Seigneur : ô Dieu, s’écria-t-il, à quoi les hommes vous comparent-ils? à la poussière et à la fange. On offrit la dignité de pontife saint. Théodore, s’il voulait abandonner la foi ; le saint se prit à'rire à cette proposition, et dit : Pontife! j’espère aller jouir de Dieu au ciel, et vous voulez que j’y renonce pour rester sur la terre à faire le cuisinier et le boucher, comme font ces pontifes dans les sacrifices d’animaux immolés aux faux dieux?

    ‘¿o. On apprend, en outre, à se fier en Dieu, et à s’attacher sans cesse davantage à notre foi, en voyant briller dans la constance des Martyrs la puissance de Dieu qui leur donne la force de surmonter, avec un si grand courage et tant de joie, les tourments et la mort. Comment tant de personnes faibles, tant de tendres vierges, d’enfants, de vieillards exténués, auraient-ils pu résister à la douleur de tant de tourments (dont le récit seul fait horreur) et supporter les grilles, les lames, les cuirasses brûlantes, les ongles do fer, les verges * les fouets, qui lacéraient le corps jusqu’à découvrir les os et les entrailles de ces saints, si Dieu ne s’était tenu à leurs côtés pour leur donner la force de les souffrir? Saint Barlaam, placé dans le Martyrologe au 19 novembre, saint Barlaam, pauvre habitant d’un village près d ’Antioche, se montrant fort dans la confession de la foi, le tyran le fit flageller si long-temps que les bourreaux en furent fatigués ; il le contraignit ensuite à tenir la main au-dessus de la flamme qui brûlait devant une idole, et sur sa main il fit mettre des charbons ardents avec de l ’encens, afin que le saint, secouant la main à force do douleur, et faisant ainsi tomber l ’encens avec le feu sur Pau Ici de l’idole, on pût dire que Barlaam avait sacrifié au simulacre. Mais saint Barlaam se réjouit de sentir le feu lui brûler la chair et les nerfs jusqu’aux os ; il ne voulut point secouer la main, et l’histoire nous apprend qu’il cessa de vivre au milieu des douleurs d’un tel supplice. Ce martyr est loué par saint Chrysostome et par saint Basile. Sainte Eucharie était «me jeune vierge de douze ans : le tyran la fît d ’abord flageller au point que son corps ne fut plus qu’ une seule plaie; il fit verser ensuite de l’huile bouillante sur ses blessures, lui fit appliquer des torches ardentes sur la poitrine, sur les côtés, cl la sainte, dans ces tourments, ne cessait de bénir le Seigneur. On lui disloqua tous les membres; puis avec des ongles do fer on lui déchira la chair jusqu’aux os. Enfin, le tyran ne sachant plus qu’ordonner, la fit brûler vive.

    21. Si nous parlons de jeunes gens, S. Vit, âgé de i/| ans „ fut pareillement fouetté d’abord et mis à la torture; puis déchiré par le fer jusqu’ aux entrailles. Son père, qui était gentil, pleurait de douleur de voir périr son fils; mais celui-ci lui dit: « Non, mon père, je ne périrai point par cette mort, mais j ’irai régner éternellement dans le ciel. » Et il mourut delà sorte, plein de joie au milieu des tourments. Ainsi mourut encore le jeune Agapite; il répondit au lyran qui menaçait de lui faire brûler la tête avec un casque ardent : « Quel sort plus heureux puis-je avoir que do perdre ma tête ici-bas pour la voir couronnée en paradis? » Et, en effet, l’empereur lui fit placer des charbons ardents sur la tête; de plus il le fit battre de verges et suspendre par les pieds au-dessus d’ un grand brasier; il ordonna de lui introduire de l’eau bouillante dans les entrailles, de lui fracasser les mâchoires, et enfin, de lui couper la tête.

    22. Rappellerons-nous les vieillards? S. Sim éon, évêque de Jérusalem, à Page de 120 ans, après avoir été accablé des plus horribles tourments, mourut courageusement sur une croix, ainsi que le rapporte Eusèbe de Césaréc. S. Philippe, évêque d’Héradée (dont nous rapporterons au long le martyre dans cet ouvrage), étant déjà d’ un âge fort avancé, fut traîné par les pieds à travers toute la ville, sur les ordres du lyran, qui le fit battre ensuite jusqu’à découvrir ses os et ses entrailles, cl le fit mourir dans les flammes. Et jusqu’au moment où il expira, le saint vieillard ne cessa de rendre grâce à Dieu de le faire mourir ainsi pour sa gloire.

    23. De plus, à considérer les Martyrs parmi tant de croix, l’on apprend à souffrir en patience les contrariétés, les misères de cette vie, la pauvreté, les douleurs, les persécutions, les mépris et les autres maux, qui sont tous bien légers, en comparaison de ceux que les Martyrs ont endurés. Le principal adoucissement qui s’ofiYil aux peines de ces saints héros, aux injures, aux injustices et aux autres souffrances qu’ils enduraient, fut de penser que la volonté de Dieu était de leur faire supporter ces douleurs pour l'ainour de lui. Et nous aussi, quand nous nous voyons affligés de quelques peines, pensons que les tourments des Martyrs furent bien plus horribles ; rougissons de nous lamenter des tribulations qui nous arrivent; mais résignons-nous à la volonté divine. S. Vincent de Paul disait : « La soumission à la volonté de Dieu est le remède à tous les maux. »

    24. Je rappelle ici avec plaisir ce que dit S. A u ­ gustin, « que c ’est, non la peine, mais la cause du martyre, qui fait les vrais Martyrs; Martyres veros non pœna facit, sed causa (epist. 1 6 7 ). » Aussi S. Thomas enseigne-t-il plus tard (2« a«-, qu. 1 2 4, art. 1, ad 3 ) que c ’est être vraiment martyr que do mourir pour exercer un acte de vertu. D ’où il faut conclure que le mérite du martyre appartient non seulement à qui meurt pour la foi par la main du bourreau, mais encore à qui accepte la mort pour remplir la volonté divine, et pour faire le bon plaisir de Dieu, ce qui est le plus grand acte de vertu possible, puisque c ’est se sacrifier tout entier à l’amour divin. Puisque nous devons tous payer la dette de la mort, exerçons-nous dans l ’ oraison à l'accepter v o ­ lontairement, pour accomplir la volonté de D ieu, quand il nous appellera hors do ce monde. La raison on est que cet acte de résignation, chaque fois qu’ ou 1« fait avec une véritable disposition intérieure, procure un mérite semblable à celui que les Martyrs ont obtenu en donnant leur vie pour Jésus-Christ. Sainte Marie Madeleine dePazzi, qui disait toujours le Gloria P a lri dans l’office en baissant la tête, se disposait intérieurement à s’ incliner comme pour recevoir le coup du bourreau.

    â 5. Nous apprenons encore à recourir à Dieu aussitôt que nous nous sentons faibles, et que nous nous défions de nous, pour supporter avec patience quelque peine plus forte, quelque perte plus sensible, 011 quftlqu’iniirmité plus douloureuse. Ainsi faisaient les SS. Martyrs quand le tourment était plus aigu et plus pénétrant; ils redoublaient leurs instances auprès do Dieu ; le Seigneur les secourait, et ils restaient ainsi victorieux. S. T h é o d o lc, après avoir été tourmenté par différentes tortures, fut étendu par ordre du tyran sur des lois d’argile brûlants; sentant redoubler la douleur jusqu’au fond do ses entrailles, 1 e saint pria le Seigneur d’ y apporter quelque adoucissement, el il obtint ainsi la force de résister aux tourments jusqu’à la mort. Au contraire, quelques chrétiens, éprouvés par les souffrances, s’y sont perdus pour avoir négligé de recourir à Dieu. On lit surtout dans l'histoire des Martyrs du Japon, qu’ un vieillard condamné à être scié petit à petit par un roseau jusqu’à ce qu’il expirât, fut assez fort pour supporter ce tourment pendant un long espace de temps; mais quand il fut sur le point de rendre l'a me, il cessa de se recommander à Dieu, il renia la foi, et le malheureux mourut aussitôt. Cet exemple nous apprend à tous, que la persévérance dans la prière et dans le recours au Seigneur, lorsque la force de résister aux tribulations ou aux tentations nous manque, est ce qui nous fait obtenir le salut.

    26. Mais par-dessus tout, l’on apprend à aimer Dieu, et c’est de là que dépend notre salut. Qui non diligit, manet in morte (1. Ep, Joan. 3. i 4 )* Notre affection pour Dieu se prouve, moins en agissant beaucoup pour la gloire, qu’en souffrant beaucoup pour son amour. C ’est ainsi que les Martyrs en souffrant de grands tourments, ont fait connaître l ’amour qu’ils lui portaient. S. Gordien répondit au tyran, qui le menaçait de la mort s’il ne renonçait à Jésus-Christ. « Tu me menaces de la mort? mais je regrette de ne pouvoir mourir qu’une seule fois pour mon sauveur Jésus-Christ. # S. Procope, dans le temps même que le tyran le faisait to rtu rer, lui dit aussi : « Tourmente-moi tant que tu voudras ; mais » sache que pour qui aime Jésus-Christ, nul bonheur n’égale celui de souffrir pour l'amour de lui. » Quoi donc, dit S. Bernard, « peut-être ces saints parlaient-ils ainsi parce qu’ils étaient stupides et insensibles aux tourments?» Non, répond-il : hoc non feelt stupor 3 sed amor (scrm. G2 in cant.). Les Martyrs n’étaient pas stupides, et ils sentaient les douleurs des tortures qu’on leur faisait subir; mais aimant beaucoup Jésus-Christ, ils envisageaient comme un gain de souffrir beaucoup et do donner leur vie pour l ’amour de lui. Tel est donc le principal profit à tirer de la lecture des histoires des Martyrs. Le tableau des tortures et des barbaries qu’exercèrent les tyrans sur leurs personnes, nous fait rougir de nous plaindre des tribulations que Dieu nous envoie dans cette vie, et nous donne le courage de les accepter avec résignation.

    J ’ajoute que la mort, tribut dont tout homme est redevable, est encore la plus grande tribulation qui épouvante les saints. Notre Sauveur lui-même, comme homme, voulut montrer la crainte qu’ il eut de la mort quand elle fut proche, au point qu’il se mit à prier son père do l’en délivrer; mais il nous enseigne en même temps à accepter la mort, selon que Dieu en dispose, en disant : Vcrumtamen non sicut, ego volo, sed sicut tu. (Matth. 26. 5 g.) C ’est ainsi que les Martyrs ont.acquis la gloire, en acceptant la mort pour plaire à Dieu el. se conformer h sa volonté, parce que (comme nous le remarquons plus haut avec S. Augustin) ce n’est pas la peine, mais bien la cause et le but de la mort, qui fait les Martyrs. D ’où il résulte que quiconque meurt, en acceptant volontairement la mort et toutes les peines qui l’accompagnent, pour accomplir la volonté divine, bien qu’il ne reçoive pas la mort de la main du bourreau, meurt cependant avec le mérite du martyre, ou du moins avec im m é r it é absolument semblable. Il en résulte aussi qu’autant l’on s’offre de fois à souffrir le martyre, pour l’amour de Dieu, autant de fois on en gagne le mérite. Sainte Marie-Madeleine de Pazzi ( dont nous avons déjà parlé) qui disait toujours le GloriaPalriunxnçWïianlXü tête, se figurait la présenter, dans le moment même, au tranchant du glaive. Nous verrons aussi dans le Ciel un grand nombre de saints doublement couronnés par le mérite du m arty re, sans avoir été martyrisés.

    Enfin nous sommes ici excités à nous recommander chaque jour avec une grande confiance, à l'intercession des SS. Martyrs, dont les prières sont très efficaces auprès de Dieu. Quand nous souffrons quelques peines plus lourdes, ou que nous avons le désir d’une grâce plus spéciale faisons une neuvaine, ou seulement une dévotion fie trois jours1, en l ’honneur des SS. Martyrs, et nous obtiendrons facilement cette grâce : Ilonorcmus bealos Martyres, dit S. Ambroise. (Serm. § 5, principes fIclei, intercessorcs mundi.) Si le Seigneur promet une ré ­ compense à celui qui donne un verre d’ eau à un pauvre, que ne fera-t-il pas pour ceux qui lui ont donné leur vie à force de tourments? Ils est bon de noter ici que les Martyrs, avant <le recevoir le coup de la mort, se préparaient, selon toutes les probabilités, cent et mille fois à la mort et à tous les tourments; ainsi, lorsqu’ils terminaient leur vie, ils mouraient avec le mérite non d’un seul martyre, mais de tous ceux qu’ils avaient déjà acceptés et offerts docteur à Dieu ; d'où nous pouvons nous faire une idée de tous les mérites qu’ils avaient quand la mort leur ouvrait le ciel, et par conséquent juger combien vaut leur médiation auprès de Dieu.

    J’ricrc A faire aux SS. Martyrs pour obtenir leur intercession.

    O princes du paradis, vous qui sacrifiâtes à Dieu tout ce que vous aviez sur la terre, vos richesses, vos honneurs et votre vie, qui maintenant régnez dans le bonheur du ciel, riches de joie e i d e gloire, et assurés pour toujours de la couronne que vos souffrances vous ont méritée, ayez pitié de nous, pauvres voyageurs, qui gémissons dans cette vallée de larmes, incertains du sort qui nous attend dans l ’Elcrnilé. Obtenez-nous de ce Seigneur, pour qui vous avez souffert tant de tourments, et qui maiulcliant vous aime et vous tient près de lui, obtenez-nous un grand amour envers Dieu, qui nous donne la force de souffrir avec résignation les misères de celle vie, de vaincre toutes les tentations de nos ennemis, et de persévérer ainsi jusqu'à la mort; afin que nous aussi nous allions un jour en votre compagnie, louer et aimer ce Dieu infini, que déjà vous êtes admis à goûter et aimer face à face.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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