Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Témoignages sur quelques articles contre les Grecs, les Arméniens et les Sarrasins · Saint Thomas d'Aquin

    Chapitre I

    Le bienheureux apôtre Pierre, qui a reçu du Seigneur la promesse que l’Eglise seroit fondée sur sa confession, que les portes de l’enfer ne prévaudroient point contre elle, et que la foi de cette Eglise qui lui seroit confiée, persisteroit, inviolable, contre ces mêmes portes de l’enfer, adresse en ces termes la parole aux fidèles de Jésus - Christ, Ep. I, chap. 3 : « Sanctifiez le Christ dans vos cœurs, » de sorte que, par la stabilité de la foi, après avoir établi dans nos cœurs un tel fondement, nous puissions être en sûreté contre les attaques et les railleries des infidèles ; ce qui lui fait ajouter : « Soyez prêts à satisfaire quiconque vous demandera la raison de l’espérance qui est en vous. » La fui chrétienne, qui consiste surtout à confesser la sainte Trinité, place sa principale gloire dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; « car si le Verbe de la croix, comme le dit saint Paul, I. Cor., chap. I, est une folie pour ceux qui périssent, pour ceux toutefois qui se sauvent, il est la vertu de Dieu. » Notre espérance consiste aussi dans deux choses : d’abord en ce que nous attendons après la mort la béatitude future. Ce sont donc là, comme vous l’affirmez, les choses que combattent les Sarrasins, les choses

    OPUSCULUM III.

    desquelles ils se moquent. Les Sarrasins se raillent, dites-vous, de ce que nous appelons le Christ Fils de Dieu, puisque Dieu n’eut jamais d’épouse. Ils nous tiennent aussi pour insensés, parce que nous confessons trois personnes en Dieu ; convaincus par là que nous admettons trois Dieux. De ce que nous disons que le Christ Fils de Dieu a été crucifié pour le salut du genre humain, ils se raillent encore de nous ; car, disent-ils, si Dieu est tout-puissant, il a pu sauver le genre humain sans la mort de son Fils ; il a dû établir l’homme dans une position telle, qu’il lui fût impossible de pécher, fis reprochent aussi aux chrétiens de manger leur Dieu à l’autel ; et le corps du Christ, disent-ils, quand il seroit aussi grand qu’une montagne, devroit depuis longtemps déjà être consommé. Les Grecs et les Arméniens, affirmez-vous aussi, errent sur l’état des ames après la mort, disant qu’elles ne sont, après la mort, ni punies ni récompensées jusqu’au jugement, mais qu’elles sont pour ainsi dire séquestrées ; car, privées de leurs corps, il n’y a pour elles ni châtiments ni récompenses. Ils fondent leur erreur sur ce que dit le Seigneur dans l’Evangile : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. » Quant au mérite qui provient du libre arbitre, vous assurez que les Sarrasins, comme les autres infidèles, le nient ; que de la prescience, ou disposition divine, ils tirent la nécessité des actes humains, affirmant que l’homme ne peut ni pécher ni mourir que d’après ce que Dieu a disposé de lui, et que chacun porte écrit sur son front ce qui doit lui arriver.

    Vous demandez sur ces points des raisons morales et philosophiques admises par les Sarrasins. Il paroît, en effet, inutile de produire des autorités contre ceux qui ne les admettent pas. Dans l’intention de satisfaire à votre demande, qui paroît venir d’un désir pieux ; afin que, suivant la doctrine de l’Apôtre, vous soyez à même de rendre rendant. Hæc ergo sunt, quæ ut tu asseris, puninntur, nec præmiantur, sed sunt ab inûdelibus impugnantur et irridentur. quasi in sequestro, quia nec pœnam nec Irrident enim Saraceni, ut tu dicis, quod præminm debent habere sine corpore. Et Christum Dei Filium dicimus, cum Deus in sui erroris assertionem inducunt, quod uxorem non habeat, et reputant nos irisa- Dominus in Evangelio dicit : « In domo nos, quod très personas confitemur In Deo, Patris mei mansiones multæ sunt ; » circa etiam per hoc existimantes, nos très Deos meritum vero quod ex libero arbitrio deprofiteri. Irrident etiam quod Christum pendet, asseris tam Saracenos quam n a-Dei Filium pro salute Humani generis di­ tiones alias necessitatem actibus humanis cimus crucifixum, quia si Deus omnipotens, imponere ex præscientia vel ordinatione potuit absque Filii sui passione genus hu - div in a, dicentes, quod homo non potest manum salvare, potuit sic instituere h o - m ori nec etiam p eccare, nisi sicut Deus m in em, ut peccare non posset. Im prope- ordinavit de hom in e, et quod quælibet ra nt etiam C hristiam s, quod in altari persona suum eveutum habet scriptum in comedunt Deum suum, et quod corpus fronte. Super quibus petis rationes m ora-Christi si esset ita magnum sicut m ons, les et philosophicas, quas Saraceni re cijam deberet esse consumptum. Circa statum p in n t Frustra enim videtur auctoritates vero animarum post mortem asseris errare inducere contra eos, qui authoritates non Græcos et Armenos dicentes, quod animæ recipinnt. Tuæ igitur petitioni, quæ ex post mortem usque ad diem judicii nec pio desiderio videtur procedere, ut sis, raison de votre foi à quiconque vous le demandera, je m’en vais vous exposer quelques raisons faciles, suivant que le comportera la matière, sur les points énoncés plus haut, lesquels néanmoins j ’ai traités ailleurs plus au long.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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