Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Réponse aux cent huit articles tirés de l'ouvrage de Pierre de Tarentaise · Saint Thomas d'Aquin

    Questions II à IV

    On voit, par ces prémisses, qu’on peut très-facilement comprendre ce que nous disons en second lieu, savoir, que la raison qui différentie les attributs de Dieu, repose en partie sur son objet et en partie sur notre intelligence. Il est nécessaire pourtant que leur différence s’appuie sur l’un et l’autre. Car les raisons de la différence de ces attributs ont leur raison d’être dans notre intellect comme dans leur sujet; et dans leur objet, comme les images de l’essence divine, par le mode qui leur est propre. Ainsi on dit la raison d’une pierre est fondée sur son objet, parce que notre intellect nous représente une pierre. Et ce qu’on nous oppose en disant que ce qui est essentiellement un, ne peut avoir de raison de différence, est tout-à-fait faux, d’après ce que nous avons dit. Car la nature divine nous est représentée par différentes choses, soit dans notre intelligence, soit dans la nature. Et pourtant l’auteur que nous combattons a cru que les raisons des divers attributs étoient dans l’essence divine comme sur leur objet, à l’aide des différentes idées de notre intelligence représentée par des noms différents. Et cependant cet écrivain a pensé que les raisons de ses différents attributs sont dans l’essence divine comme dans leur objet, représenté par différentes conceptions de notre intellect, lesquelles ont des noms différents.

    QUESTION III.

    De ces prémisses on peut facilement comprendre ce qu’on dit en troisième lieu; c’est-à-dire que la diversité de raison, de puissance, de sagesse, de bonté, est dans l’intellect comme dans son sujet, et dans Dieu comme dans son objet, ce qui est la raison et le fondement de cette vérité. Pourvu cependant qu’on l’entende en ce sens, qu’elle sert de fondement à la vérité en tant qu’elle est représentée par chaque idée de notre intellect, qui saisit ces divers attributs, mais non en ce sens que la diversité des attributs de Dieu veuille signifier qu’il y a diversité en Dieu, comme on nous l’objecte. Car cette diversité d’idées ou de raisons n’a pas sa source dans la diversité qui est en Dieu, mais bien dans l’impuissance de notre intellect, qui, ne saisissant les attributs de Dieu qu’à l’aide d’autres idées, ne comprend les attributs de Dieu que par ce qu’il voit de perfection dans les créa-

    QUESTION IV.

    Ce qu’on nous oppose en quatrième lieu, que Dieu n’a point d’infinité d’expansion, mais seulement une infinité intime, n’est pas dans l’auteur. Il y a seulement objection sur l’émanation infinie, à quoi je réponds : L’infinité d’expansion est un défaut, puisqu’elle s’éloigne de l’unité : l’infinité intime est une perfection, puisqu’elle tend à l’unité. La seconde seule convient à Dieu. On entend par là, en effet, l’infinité d’émanation. Or l’émanation peut avoir une extension numérique au moins dans les créatures, bien que Dieu ne puisse pas avoir d’extension par l'étendue. L’infinité d’émanation est appelée intime, sinon proprement, au moins en ce sens qu’on dit que Dieu est infini en bonté, c’est-à-dire souverainement bon. Mais on ne dit pas que l’émanation de Dieu est infinie en extension, parce que le nombre des personnes émanées de Dieu n ’est pas infini, malgré que l’émanation de Dieu produise éternellement, comme on nous l’objecte.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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