Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Règles pour les Sœurs de la Visitation · Saint François de Sales

    Chapitres I à VIII : De l’amour de Dieu, de l’unyon des cœurs et de la vie commune

    A vant toutes cho se s, mes tres-cheres Sœurs, que Dieu soit aymé, et puis le prochain : car ces commandemens nous ont esté principalement donnez.

    CHAPITRE II.

    Que vous observiez ce pourquoy vous estes assemblées et congregées, qui est que vous habitiez unanimement en la m a y so n, et que vous n’ayez qu’une ame et un cœur en Dieu.

    CHAPITRE III.

    Et que vous ne disiez pas que quelque chose soit à vous en propriété; mais que toutes choses vous soient communes.

    CHAPITRE IV.

    Et que ce qui est requis, pour la. nourriture et les vestemens, soit distribué à une chacune d’entre vous par vostre Supérieure, non pas esgalement à toutes, parce que vous n’estes pas toutes de mesme complexion ; mais à une chacune, selon qu’il sera besoin : car ainsi lisez-vous és Actes des Apostres (ch. 2 et 4) que toutes choses leur estoient communes, et qu’on distribuoit à un chacun en particulier selon sa nécessité. Que celles qui avoient quelque chose au siecle, lors de leur entrée au Monastere vueillent librement que cela soit commun ; mais celles qui n’avoient rien, qu’elles ne recherchent pas au Monastere ce que mesme elles n’ont pas peu avoir hors d’iceluy. Et toutesfois qu’on baille ce qui est nécessaire pour leur infirmité, quoy que leur pauvreté n’eust pas peu mesme treuver les choses qui leur estoient nécessaires, tandis qu'elles estoient au siecle, et que pour cela elles ne pensent pas d’estre heureuses, si elles ont treuvé la nourriture et les vestemens, tels qu’elles ne les eussent peu treuver dehors.

    CHAPITRE V.

    Et qu’elles ne levent point la teste pour estre associées à celles qu’elles n’osoient pas approcher au siecle ; mais qu’elles levent leur cœur en haut, et ne cherchent point les biens terriens, affin que les Monasteres ne deviennent utiles aux riches et non aux pauvres, si les riches y sont humiliées, et les pauvres y sont enflées. Mais derechef que celles mesmes qui sembloient estre quelque chose au monde, ne dedaignent point leurs Sœurs, qui sont venues de la pauvreté à cette saincte Société ; mais que plutost elles s’estudient de se glorifier, non de la dignité de leurs riches parens, ains de la Société de leurs pauvres Sœurs, et qu’elles ne s’eslevent point si elles ont contribué de leurs facultez à la Communauté, et ne deviennent point plus superbes de leurs richesses, pour les avoir desparties au Monastere, que si elles en jouyssoient au siecle : car toute autre iniquité est exercée és mauvaises œuvres, affin qu’elles se fassent; mais l’orgueil fait des embusches aux bonnes œuvres mesmes, affin qu’estant faites elles perissent. De quoy sert-il de distribuer en donnant aux pauvres, et se rendre pauvre soy-mesme, si la miserable ame est rendue plus superbe en mesprisant les richesses, qu’elle n’estoit en les possédant? Vivez donc toutes unanimement et de bon accord, et honnorez Dieu, duquel vous avez esté rendues le temple, les unes en la personne des autres réciproquement.

    CHAPITRE VI.

    Soyez soigneuses des Oraysons, és heures et tems establis. Que personne ne fasse chose quelconque en l’oratoire, sinon ce pourquoy il est fait, et d’où il prend son nom, affin que si, oultre les heures déterminées, quelques-unes, si elles en ont le loysir, vouloient prier, celles qui veulent y faire quelque autre chose ne leur donnent empeschement.

    Quand vous priez Dieu par psalmes et cantiques, que ce que vous prononcez de voix soit pareillement, en vostre cœur, et ne chantez sinon ce que vous lisez devoir estre chanté; mais ce qui n’est pas escrit pour estre chanté, ne le chantez pas.

    CHAPITRE VII.

    Dom ptez vostre chair par jeusnes et abstinences du manger et boire, autant que la santé le permet. Or, quand quelqu’une ne peut porter le jeusue, que toutesfois elle ne mange pas hors le repas, sinon qu'elle fust malade.

    CHAPITRE VIII.

    Venant à table, oyez sans bruict ny contention ce que selon la coustume on lira, jusques à ce que vous vous leviez; et que vostre gosier seul ne reçoive pas la viande, mais que vos aureilles reçoivent pareillement la parolle de Dieu.

    Si on traitte différemment en viandes celles qui sont delicates par l’accoustumance passée, cela ne doit pas fascher les autres, qui par une accoustumance sont rendues plus fortes, ny ne leur doit pas sembler injuste.

    Et qu’elles ne les estiment pas plus heureuses dequoy elles mangent ce qu’elles-mesmes ne mangent pas; mais que plulost çlles se resjouyssent en elles-mesmes de ce qu’elles sont plus robustes qu’icelles, et peuvent ce qu’icelles ne peuvent pas.

    Et si on donne quelque chose en viandes, en habits, en lict, en couvertes, à celles qüi viennent d’entre les délicatesses du monde au monastere, déplus qu’on ne donne aux plus robustes, et par conséquent plus heureuses, celles-cy auxquelles on ne donne pas ces particularitez, doivent penser combien celles-là se sont demises de leur vie mondaine pour venir à la Monastique, quoyqu’elles ne puissent pas arriver jusques à la sobriété et frugalité des autres qui sont de plus forte complexion. Et cellescy qui sont plus vigoureuses, ne se doivent pas troubler, si elles voyent que, plutost par support et compassion que par honneur, celles-là reçoivent de meilleures portions, affin que cette détestable perversité n’advienne, qu’au Monastere, où tant qu’il se peut les riches sont rendues laborieuses, les pauvres soient faites delicates.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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