Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Réflexions utiles aux évêques · Alphonse de Liguori

    Chapitre I : Des principaux devoirs de l'évêque

    § Ier : Du séminaire

    Il faut être bien persuadé de ce que dit S. Athanase, que l ’évêque, avant d ’être consacré, peut vivre pour lui— même, mais qu’après sa consécration il est obligé de vivre pour ses brebis, du salut desquelles il doit certainement rendre compte, comme le dit le Seigneur par la bouche d ’Ezéchiel: Vœ pastoribus Israël qui pascebant scmetipsos... Ecce ego requiram gregem meum de manu eorum. (Ezech. xxxiv. 2 e llO.) C’est pour cela que S. Grégoire disait que, quand chacun devant le tribunal de Jésus-Christ sera tenu de rendre compte de son ame, l ’évêque devra rendre compte d ’autant d ’ames qu’il aura eu de sujets. Quoique l ’évêque de Sardes menât une vie innocente, par cela seul qu’il ne donnait pas l'attention nécessaire aux besoins de son troupeau, Dieu lui fît faire par S. Jean ce grave reproche : Nomen habes quod vivas, et mortuus es. (Apoc. m. 1.) D’où il suit que, quoique l’évêque soit saint par les actions de sa vie, s’il néglige de veiller au salut de ses brebis, il sera réprouvé devant le tribunal de Jésus-Christ auquel il devra rendre un compte exact non-seulement de ses omissions, mais encore de tous les maux qui en seront résultés.

    Pour en venir à l’application, nous dirons que les principaux soins qu’un bon prélat doit avoir devant les yeux pour bien gouverner son église, sont au nombre de six, savoir : 1® Le séminaire* 2° Les ordinands. 3° Les prêtres. 4® Les curés. 5° Les vicaires et les ministres. 6° Les monastères de religieux.

    § I er. Du séminaire.

    Nul doute que les séminaires ne soient très-utiles au bien des diocèses; pour mieux s’en convaincre, il suffit de se rappeler combien ils sont recommandés aux évêques par le saint concile de Trente. En effet c’est par les séminaires qu’on forme un bon clergé, cl c’csl d’un bon clergé que dépend ensuite le bien commun des peuples. Mais il faut bien considérer aussi que si les séminaires sont bien réglés, ils seront la sanctification du diocèse, autrement ils en seront la ruine, car les jeunes gens n ’y apportent pas un esprit formé ; ils y viennent pour l’y acquérir, ils sortent de leurs maisons ou remplis de vices, ou bien dans un âge où on les acquiert facilement. Combien de jeunes gens entrent au séminaire purs comme des anges, et en peu de temps y deviennent des démons ! Si donc les séminaires n’ont pas des revenus suffisans, soit pour la nourriture des jeunes gens, (car autrement on ne pourrait pas les bien régir) soit pour y entretenir de bons ministres, et de bons professeurs, il vaut mieux que les séminaires n’existent pas. Il faut se persuader que d ’ordinaire dans les séminaires il y a plus de maux et de scandales que n ’en savent les évêques, qui le plus souvent en sont les moins instruits.

    Premièrement donc il est nécessaire d ’avoir un bon directeur qui ait de l ’expérience, et un vrai zèle de procurer la gloire de Dieu, qu’il soit habile à s ’apercevoir de chaque action, et de toutes les m alices, dont il doit supposer que chacun est capable ; autrement s’il se conduit avec simplicité, il sera facilement trompé. C’est pour cela qu’il est très-difficile de trouver un directeur vraiment capable de gouverner les séminaires.

    Secondement, il faut un nombre suffisant de maîtres d ’études. Ce doit être des prêtres âgés, hommes d ’esprit, assez forts pour corriger et ne souffrir aucun défaut. Ils doivent surtout veiller à ce que les enfans ne se touchent pas entr’eux en jouant; qu’ils ne s'entretiennent point familièrement, et qu’ils n ’aient aucun tête-à-tête même pour causer. Enfin, ils doivent empêcher de communiquer avec las élèves des autres quartiers. Toutefois si ces maîtres d ’études ne peuvent pas eux-mêmes remédier à tous les inconveniens, ils doivent du moins pour les plus graves avertir le directeur et l ’évêque s ’il le faut, afin qu’ils y apportent eux-mêmes le remède convenable.

    Mais outre les maîtres d ’études, il est bon d ’établir dans chaque salle (et ceci est une chose très-utile) deux, ou trois surveillans, c’est-à-dire, les deux enfans de la même s a lle, les plus religieux, et les plus fidèles qui ne doivent cependant pas être connus de leurs compagnons. Ce sera d ’eux que le directeur et l ’évêque exigeront chaque semaine, et toutes les fois qu’il le faudra, des détails sur les défauts des autres.

    Troisièmement, il est en outre nécessaire que l ’évêque deux ou trois fois par an au moins fasse subir un examen particulier à chaque séminariste, et tâche de découvrir la vérité par ceux qu’il saura être le plus religieux. Il doit ensuite sans faiblesse chasser les incorrigibles et les scandaleux; car un seul de ceux-ci gâtera tous les autres. C’est pour cela qu’il est très-utile que l ’évêque se montre souvent au séminaire pour encourager les jeunes gens autant sur les choses spirituelles, que sur l ’objet des études. Il doit aussi souvent assister à leurs conférences et à leurs réunions académiques, ce qui porte admirablement les jeunes gens à l’application, et excite leur émulation.

    Mais avant tout, l ’évêque doit veiller dans les séminaires aux exercices spirituels. Il doit donc ordonner qu’il y ait une demi-heure de méditation le matin, et au moins un quart d ’heure le soir, et cela en commun. La méditation devra se faire sur les maximes éternelles qui sont les plus utiles aux jeunes gens pour les tenir éloignés des vices. Ensuite il faut leur faire faire une retraite spirituelle chaque année pendant huit jours dans la solitude sans les laisser parler entre eux et sans aucune espèce d’application à l’étude durant ce temps. De plus ils devront assister tous les quinze jours, ou tous les mois au plus à un sermon familier fait par un maître de la vie spirituelle qui ne demeure pas au séminaire, sur les maximes éternelles, sans omettre cependant d ’insister sur l’énormité du sacrilège, auquel une fausse honte expose souvent les enfans. Ils devront se confesser tous les huit ou quinze jours, et on aura soin de leur donner les meilleurs confesseurs du lieu, et de leur <m procurer au moins deux chaque fois, afin qu’ils aient plus de liberté dans leurs confessions. On devra ensuite leur envoyer quatre fois par an des confesseurs extraordinaires pour éviter le danger que courent les enfans de commettre un sacrilège en se confessant toujours à des personnes qui les connaissent. Il sera utile aussi de leur défendre de se donner la discipline en commun et dans l’obscurité, car cela peut être facilement la cause de quelque scandale. Que les livres profanes soient entièrement prohibés, car ces livres sont ordinairement la ruine des jeunes gens. A table doit régner un profond silence ; pendant le repas on doit faire la lecture des vies des saints, ou de quelque livre qui raconte des exemples terribles ; le directeur doit assister toujours aux repas des jeunes élèves.

    Relativement aux études, il est nécessaire d'abord que les jeunes gens apprennent la langue latine, dont la connaissance est nécessaire pour toutes les autres sciences. Ils doivent faire ensuite leurs études ordinaires et complètes de philosophie et de théologie. Il serait encore très-utile de leur faire étudier la morale au séminaire, afin que tous en sortent habiles à confesser, el que l ’évêque puisse les utiliser.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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