Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Réflexions utiles aux évêques · Alphonse de Liguori

    Chapitre I : Des principaux devoirs de l'évêque

    § II : Des ordinands

    Oh ! qu’il sera sévère le compte, que chaque évêque devra rendre à Dieu sur le grand devoir qui leur est imposé d'éloigner de l ’autel les indignes, et de n ’y admettre que ceux qui en sont dignes. S. François de Sales tremblait en pensant à ce compte terrible; ce fut pour cela qu’il x\'admettait au sacerdoce que ceux dont il espérait avec fondement une bonne conduite, n ’ayant nullement égard ni aux recommandations, ni à la noblesse de l ’individu, »i même à ses capacités, si tout cela n'était accompagné d’une bonne vie ; car il pensait que le savoir uni à une mauvaise conduite, cause de plus grands ravages, en paraissant alors donner au vice un plus grand poids ; d'où il arrivait qu’il en ordonnait très-peu, ainsi que tous les bons évêques sont dans l'usage de le faire, parce qu'en vérité il est bien petit le nombre de ceux qui se font prêtres par une vraie vocation, et par le désir de se rendre saints. D’où il résulte nécessairement que peu do prêtres deviennent aussi bons qu’ils devraient l’être, et soient utiles xii.

    aux :tîT;cs. Le même saint disait aussi que l'église n'a pas besoin d'un grand nombre de prêtres, mais qu’elle a besoin de bons prêtres. Quant aux ordinands, lorsque l'évêque aura fondé son séminaire dans les formes prescrites, il devra établir et faire savoir à tous, que nul individu ne sera admis à recevoir les ordres, s’il n'est resté trois ans au séminaire, e l s ’il n’a l'intention d ’y rester jusqu’à ce qu’il soit ordonné prêtre.

    Pour admettre ensuite un séminariste aux ordres, l'évêque doit examiner son esprit et sa doctrine ; quanl aux m œ urs, il faut être convaincu qu’il ne suffit pas de s’en rapporter aux certificats d«s curés, qui souvent les délivrent par dos considérations mondaines ; il ne faut pas non plus se confier à la bonté négative de l’individu, mais il faut avoir sur lui des renseignemens tels, qu ’ils donnent des indices suffisans d’un esprit réellement ecclésiastique. Il y a encore un excellent conseil à donner, et que les évêques icmplis de zèle mettent en pratique, c ’cst de ne p is signer le placet d’un ordinand quel qu ’il soit sans avoir pris au préalable des informations secrètes sur sa conduite, aupns de plusieurs personnes fidèles qui soient du même lieu que le sujet cl qui le connaissent suffisamment. Cela doit être regardé comme un des meilleurs moyens et des plus nécessaires pour rassurer la conscience dans les ordinations. L’on doit encore s’informer auprès de ces personnes, non-seulement si le clerc a donné I du scandale par son amour du jeu, par des méchancetés et de mauvaises conversations, mais encore s’il menait réellement une vie religieuse, s’il fréquentait l ’église. l’oraison et les sacremens; s'il vivait retiré, el s'il fréquentait de bonnes compagnies; s'il était appliqué à l’étude; s’il s ’habillait modestement, et autres choses semblables. Que si l ’on parvient à connaître quelque scandale commis par l'ordin a n d, alors il ne suffît pas d’exiger de lui l’épreuve ordinaire, il faut le soumelire à une expérience de plusieurs années, car alois on a tout lieu de soupçonner qu’il agisse avec hypocrisie pour arriver aux saints ordres. A celle fin, il serait utile que l’évêque instituât plusieurs congrégations en différentes parties du diocèse, et que ces congrégations fussent toutes consacrées aux clercs, qui s’y rassembleraient un jour de chaque semaine pour être instruits par un père spirituel, sur l’exercice delà vertu commesur la manière de faire l ’oraison m entale, sur la manière de recevoir les sacrcmens avec fruit, de visiter le saint-sacrement el la sainte Vierge, et sur tous les autres sujets qui se rapportent à la vie spirituelle. Ce même père spirituel sera ensuite chargé de s’informer de la vie de tous ces clercs même chez les autres, el d ’aller ensuite conférer avec l ’é» vèque plusieurs fois dans l’année et surtout avant les ordinations. Cela servira aussi au prélat pour réprimander de temps en temps les négligens, et pour encourager les bons dans une sainte persévérance.

    Relativement à la doctrine ou science, il est certain que l’ignorance chez les ecclésiastiques est cause de grands dommages pour eux-mêmes, et pour les autres. Et ce qu’il y a de pire, c’est que chez les prêtres l’ignorance est un mal sans remède, comme le disait S. François de Sales. Pour cela l’évêque doit considérer avec la plus grande attention, si ses clercs sont toujours appliqués à l’étude, sans laquelle non-seulement ils ne seront jamais bons pour l’église, mais ils seront nécessairement mauvais, car l’oisiveté est la mère de tous les vices. Pour atteindre ce but, il est nécessaire que l’évêquc ne se contente pas de l ’examen que l ’on fait communément subir à l’ordinand sur les questions relatives aux ordres ou sur d’autres choses triviales, que l’on apprend aisément dans quelque abrégé et qui laissent ensuite les ordonnés aussi ignorans qu’auparavant. Car l ’on ne doit pas espérer qu’ils étudieront par la suite, puisque l’expérience n ’a déjà que trop évidemment montré que beaucoup de prêtres séculiers, pour ne pas dire tous, aussitôt qu’ils ont reçu le sacerdoce, n ’ouvrent plus un livre, el oublient même le peu qu’ils savaient. C’est pour cela que, si on ne les oblige pas d ’achever leurs études avant de recevoir le sacerdoce, il est probable qu ’ensuite ils ne voudront pas étudier.

    Dans ce but, S. E. le cardinal Spinelli archevêque de Naples qui administre si bien son église aux applaudissements de tout le monde, fait examiner longuement, à l’époque des ordinations, tous ses clercs sur les traitée de la théologie dogmatique, el ensuite chncun selon sa capacité sur d ’autres traités de morale, de philosophie, de droit civil et canonique, en les obligeant d’aller chez les lecteurs établis par lui, dans son palais archiépiscopal, et reconnus proprio ore. Pour les petits diocèses, je crois qu’il est très-utile de meure en pratique ce que faisait dans son diocèse, M. Domzabine de Capoue, d ’heureuse m ém oire, archevêque de Salerne, qui faisait examiner les ordinands, et surtout ceux qui étaient destinés au sacerdoce, sur la morale toute entière, qui est en effet la science la plus nécessaire pour aider les âmes à se sauver; mais je crois encore plus utile ce que faisait un autre bon prélat qui voulait que les clercs mêmes fussent examinés sur la m orate, el qui de plus avait assigné pour chaque ordre que l’on recevait, des traités spéciaux extraits de la somme de Busambunncl; l’on pourrait se servir d ’un autre auteur, si celui-ci ne plaisait pas, avec l’obligation imposée aux examinateurs de faire les questions selon la matière et l ’ordre de ce livre. De manière qu’en arrivant ainsi au sacerdoce, chacun se trouve suffisamment instruit sur toute la morale et peut servir le diocèse toutes les fois que l’évêque l ’appelle. Si en outre de la morale l’on voulait exiger encore un examen sur le premier volume d ’Abolly, qui donne les éléments de la scolastique d’une manière si parfaite, cela vaudrait encore mieux, je parle toujours des petits diocèses.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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