Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Petits cantiques spirituels suivis de petits cantiques en l'honneur de la très-sainte Vierge · Alphonse de Liguori

    Cantiques spirituels VIII à XVII

    Aperi mihi, soror mea.

    L'ÉPOUX. — Ouvre-moi, sœur chérie, la porte de ton cœur : l'amour ne me permet pas de me séparer de toi.

    Tu es ingrate envers moi, mais tu m'es chère. Allons, apprends à me rendre amour pour amour.

    Ut dilectus meus locutus est, anima mea litjuefacla est.

    L'ÉPOUSE. — A une parole de mon roi bien-aimé, j'ai senti mon cœur s'amollir dans mon sein.

    Oh! quelle joie eût été la mienne s'il s'était arrêté à converser avec moi !

    Adjuro vos Jiliœ Jérusalem, si invenerilis diteclum meum ut nuntietisci quia amore langmo.

    Je vous prie, mes sœurs, si vous voyez par hasard mon bien-aimé :

    Ah ! dites-lui que loin de sa présence mon cœur souffrant lançuil d'amour.

    Candidus cl riibicundus dilectus meus, eleclus exmiltibus. Et si vous voulez que je vous fasse connaître celui qui m'a rempli d'amour; Écoutez-moi : il porte sur son visage toutes les beautés réunies du ciel.

    Il a le teint blanc et coloré ; mon bien-aimé est si beau qu'on ne trouverait pas à choisir entre mille un époux plus aimable.

    Quœsiui et non inveni.

    Hélas ! où es-tu, mon époux chéri ; allons, rends-moi le repos en le montrant à moi.

    Je te cherche et tu me fuis! je l'appelle, cl tu ne m'entends pas ! je pleure et tu te réjouis ; ô mon bien, et pourquoi ? Fuge, dilecte mi, super montes aromatum.

    Fuis, époux chéri, si fuir c'est aimer, fuir pour le faire suivre, pour te faire aimer davantage.

    Prends ton essor, bien-aimé, vers les montagnes désertes; c'est là que je vais l'attendre pour te parler lêle-àlolc.

    Trahe me post te; in odorem unguentorum tuorum currimus.

    O mon doux Seigneur, attire-moi vers toi par le doux parfum des saintes délices qui s'exhalent de toi.

    Alors enchaînée et ravie par ton amour je le suivrai, non pas seule, mais unie à toi.

    Egoflos campi et lilium convallium.

    L'ÉPOUX.— Je suis la fleur des champs, je me donne à tous; je suis beau; celui qui me cherche me trouve. Je suis le lis des vallées, celui-là me cueille qui descend pour me prendre au fond de la sainte humilité. Hortus conclusus soror mea sponsa; cmissioncs tucc paradisus.

    Épouse chérie, tu es un beau jardin, si fleuri, si riche, si cher à mon cœur :

    Que si je te vois fermée à tout autre amour, si seul je te possède, tu seras tout pour moi.

    Ces fruits que tu portes, les doux sentimens que je t'inspire, me semblent venir du ciel.

    Averte oeutos tuos, quia ipsi me avolare fecerunt.

    Ah! détourne les yeux, car tes doux regards sont des traits, sont des chaînes qui m'attirent à toi.

    Déjà ils m'ont fait quitter le séjour céleste; ils m'ont amené sur la terre pour m'unir à toi.

    Veni, columba mea, in foraminibus petra; ostende mihi faciem tuam, et sonet vox tua in auribus meis.

    Colombe bien-aimée, ma tendre épouse, viens, entre et repose-toi sur mon cœur.

    Tourne ton visage vers moi, luUe-loi de me parler; le son de ta voix fut toujours doux à mon oreille.

    Rends-moi amour pour amour ; console-moi en me disant que tu m'aimes, que tu me désires.

    Fasciculus myrrhœ dilectus meus mihi; inter ubera mea commorabitar.

    L'ÉPOUSE.— Ah! qui voudrais-je aimer, si ce n'est toi, cher époux ? tu es si aimant, tu es si aimable!

    Ah ! tu m'es bien doux ! je veux te porter dans mon sein comme un bouquet de myrrhe.

    Mais toi qui te nourris parmi les lis éclatans de blancheur et les fleurs vermeilles des saintes vertus, Viens, et porte à mon cœur, en amant fidèle et pour gage d'amour ces belles fleurs qui t'entourent.

    Fortis ul mors dilectio.

    La mort quand elle vient, anéantit les sens; elle rend à la terre les dépouilles de l'homme.

    De même l'amour change l'âme qui aime ; il lui fait perdre le désir de tout autre bien.

    Lampades ejus, lampades ignis, atque jlammarum; dura sicut infernus œmulatio.

    L'amour est une flamme qui embrase les âmes, et les rend propres à agir sans cesse.

    Il fait plus, il inspire le désir d'agir de telle sorte que tous les cœurs brûlent pour Dieu.

    Mais tout comme aucun feu ne suffit en enfer, ainsi l'ame amante ne trouve jamais qu'elle ait assez d'amour. En ipse statpost parieteni nostrum, respiciens per canccllos, etc. Surge, propera, etc.

    Le voilà caché; il m'aperçoit, me regarde, cherche à connaître si je suis prompte ou si je suis lente à m'enflammer.

    Mais il me parle, le bien-aimé: lève-toi, ma belle; la tempête est passée, hàte-toi, viens jouir.

    Inveni quem diligit anima mea; tenuicum, nec dimittam. Oh! que mon bonheur m'est cher! heureuse, j'ai trouvé l'amant, l'époux qui m'a ravi le cœur.

    Tu seras donc toujours à moi, mon bien-aimé, ma richesse, tu ne l'éloigneras plus de moi!

    Introduxit me rex in cellam vinariam.

    Mon époux m'a déjà fait entrer dans ce calice solitaire, qu'il tient rempli de vins précieux.

    Que chacun m'entende : le calice est son cœur, le vin c'est l'amour dont il m'a enivré.

    Surgc, aquita, vmi auster, perfta in liortum meum etjlucnl aromata* Fuyez froides pensées du monde, ne venez plus troubler la paix dont je jouis.

    O Esprit d'amour divin, souffle sur mon cœur, embrase-le de tes douces flammes.

    Oui, mon ame fortifiée par tes douces émanations, saura aussi répandre autour d'elle l'odeur des saintes vertus.

    Fulcite me floribus, stïpate me malis, quia amore languco. O saints désirs, ô fruits d'amour, venez à moi pour me donner plus do force.

    La flamme qui brûle dans mon sein est si active que mon ame tombe en défaillance en languissant d'amour. Ego dormio et cor meum vigilaU Je dors, mais mon cœur veille pour aimer ce bien qui seul peut satisfaire ses désirs.

    Que je suis heureuse, quelle paix, quelle tranquillité ! Tout se tait ! je ne sens rien qu'amour.

    Indica mihi quem diligit anima mea, ubi cubas, ubi pascas in meridie.

    Esprits bienheureux, qui jouissez déjà de votre Dieu, vous ne pouvez plus craindre do le perdre :

    Vous avez découvert mon trésor, celui pour lequel je me meurs, pour lequel seulement je vis ici-bas.

    Mon Dieu, dis-moi où tu reposes, et nourris d'amour ce cœur qui est aimé de toi.

    Ciel ! ce n'est que dans les heureuses régions que le bien-aimé se découvre, et que se montrant sans voile, il se donne à tous.

    Ne suscitetis dileclam meam, neque evigilare faciatis. L'ÉPOUX. — Ma bien-aimée s'endort, ne la réveillez pas, ne troublez pas ce sommeil d'amour.

    Elle se couche; son cœur aimant uni au mien va reposer dans la paix d'amour.

    Quæ est illa quae ascendit de deserlo, sicut virgula fiimi eco uromatibus myrrhœ, et thuris, deliciis njjîuens, innixa super dilectum suum ?

    Oh! combien cette ame me semble belle! tendre colombe, elle n'a vécu que pour moi.

    Son noble cœur, souffrant avec calme, priant avec ferveur, brûla d'amour pour moi.

    Maintenant elle s'élève, comme la fumée qui monte vers le ciel ; ses suaves parfums flattent et consolent.

    Elle vient toute pleine de délices, cette ame aimante qui met en moi la confiance.

    Vulnerasti cor meum, sorormeasponsn muno oculorum tuorum, in uno crinecolli lui.

    Ma sœur, mon épouse, tu as blessé mon cœur; je l'aime et ton amant l'invite à l'aimer.

    Ce qui toucha mon cœur, ce fut le désir de me plaire, ce fut l'humilité de tes pensées.

    Veni de Libano, sponsa mea, veni, coronaberis* Viens donc, ma bien-aimée, viens de ce lieu d'épreuve où ceux qui m'aiment le plus souffrent davantage pour l'amour de moi.

    Tu auras la couronne de lis et de roses qu'obtiennent pour prix les épouses fidèles.

    * Pone me ut signaculum super cor tuum.

    En attendant, ô mon épouse, si ton amour est vrai, celui que tu dis que ton cœur renferme,

    Je veux que tu portes mon image gravée sur ton cœur des mains de l'amour.

    Et quand je me vois un objet de dérision et abreuvé de douleur, comme époux je l'invite à mourir sur la croix.

    IX. L'ame qui soupire après le paradis.

    Je me meurs, mon Jésus, du désir de te voir, l'ennui me dévore, ô Dieu de beauté, sur cette terre de passage. Vivre encore ici bas, c'est un tourment cruel que je ne puis supporter davantage. Je suis ici séparée de toi, mais je compte sur les promesses et je crie sans cesse paradis, paradis !

    Je vois déjà que tout ce que le monde donne à l'homme n'est que peine ou fumée, erreur ou illusion qui bientôt se dissipe. A chaque instant je puis perdre Dieu, celui qui sait aimer peut dire quelle doit être mon inquiétude. Je me tourne donc vers toi, je ne vois que toi, je ne soupire que pour toi, paradis, paradis!

    Offre-moi tout ce que tu as, ô monde, tu ne me séduis plus, va, distribue les biens aux insensés qui te les demandent. Pompes vaines, plaisirs coupables, ne comptez pas que je vous cherche, car c'est d'un autre bien que je suis épris. J'espère avoir une place dans le ciel; voilà tout ce que je désire, et c'est ce que j'appelle paradis, paradis.

    Belle patrie où l'amour sert de prix à l'amour, où ton Seigneur si beau se laisse voir sans voile ! Ah ! quand pourrai-je aussi aller dans ton enceinte, aimer mon Dieu? Mon ame est dans la joie et l'allégresse quand elle va criant : Paradis, paradis.

    Douleurs d'une ame qui aime Dieu.

    Forêt sombre et sauvage, dont la triste solitude plaît à mon cœur que la douleur déchire,

    Prends donc une bienveillante pitié de mes tourmens, laisse-moi soupirer et pleurer sans contrainte.

    Je pleure et je ne pourrai jamais cesser de pleurer, tant que je ne serai point parvenue à retrouver mon Dieu chéri.

    Où es-tu, mon bien-aimé? où cours-tu loin de moi? pourquoi me laisses-tu sans toi livrée à mon désespoir?

    Qu'est devenu, bon Dieu, ce temps où mon époux plein d'amour me consolait par sa divine présence?

    Où, durant les douceurs de mon sommeil, il me perçait le cœur d'une flèche d'amour, et puis me le ravissait ?

    Où, toute brûlante d'amour j'allais partout soupirant, où je sentais croître en aimant le beau désir d'aimer?

    Le calme hélas ! s'est changé en orage, la lumière du ciel me semble encore triste et funeste !

    Partout où je porte mes pas ou mes regards, je ne sens, je ne vois qu'horreur, tout m'épouvante, tout me couvre de deuil.

    Hélas ! se voir toujours seule et abandonnée ! ne trouver personne dans ma douleur pour me consoler !

    Chaque jour l'impitoyable mort me déchire et ne me tue point! je cherche à me sauver, et toutes les issues me sont fermées.

    Je voudrais fuir, mais où puis-je trouver un appui, quand celui qui peut seul me donner la vie s'éloigne de moi?

    Mon bien-aimé, secours! viens, car tu m'as délaissée ; vois mes soupirs ardens, vois mon désespoir.

    Apaise-toi, ma vie, et reviens à moi, et puisque tu m'as blessée, songe à me guérir.

    Je sais bien, ô mon époux, que tu as pour me fuir de justes motifs, vois encore pourtant ces chaînes que je porte : ce sont les tiennes.

    N'y cûl-il plus de pardon à espérer pour moi, ô mon Dieu, apprends que je n'en suis pas moins à toi el que toujours je l'appartiendrai.

    Je l'aime, quoique je m'aperçoive que tu me traites en ennemie; fuis où tu voudras, je le suivrai toujours.

    XL Invitation de Dieu à la solitude. Ducam eam in solitudinem et loqnar ad cor ejus.

    Évite la tempête, entre dans ce lieu d véritable paix, désert et solitaire. Je l'invite à te reposer ici, loin des peines du monde, et de son fracas incommode. C'est ici que je le prépare le don de ma lumière, don précieux à ceux qui m'aiment ; par elle tu verras combien vil est le monde, combien est doux ton amour à qui le désire.

    Ici tu entendras bientôt ma voix, elle te dira de m'aimer comme ton Seigneur. Ici tu verras combien je l'ai aimée, et combien tu fus ingrate à mon amour. Ici lu gémiras de m'avoir offensé et tu sentiras mieux l'ardeur de mon amour. Ici enfin je t'attends. pour le donner un avant-goût de ce paradis que je t'ai promis.

    XII. En l'honneur de sainte Thérèse, sur les paroles de cette sainte.

    Mttero, porque no muero ; je meurs, parce que je ne meurs pas.

    Anges aimans, qui brûlez le plus dans le ciel, descendez du ciel, et secourez cette ame élue, épouse bien-aimée de votre Jésus bien-aimé, du Dieu que vous adorez.

    Ces! l'amant des ames, leur amour, leur vie, qui l'a ainsi blessée de ses flèches de feu, blessée de sorte que son noble cœur expire et se meurt d'amour, de langueur pour celui qui a fa»Isablcssare.

    Aimer et se trouver loin de son bien-aimé, c'est trop de peine pour un cœur souffrant. Venez donc, venez compatir aux maux de Thérèse qui gémit loin de celui qu'elle aime,

    Le désir qu'elle a de voir son Seigneur bien-aimé l'enflamme sans cesse. Ce désir de s'unir à Dieu, la consume sans la faire périr, lui donne la mort sans la détruire.

    Mais si les anges ne viennent pas, viens toi-même, Dieu, chéri qui as allumé dans ce cœur une si vive flamme; ce cœur est tout malade d'amour et de blessures, toi qui les lui a faites prends soin de les guérir.

    Elle fut tendre épouse, fidèle à te plaire ; elle laissa tout pour se donner toute à toi. Maintenant elle te chérit, elle soupire, elle te désire avec ardeur, elle veut aller à toi, satisfais-la.

    XIII. A Jésus, dans la visite au saint sacrement.

    En partant du monde, le tendre pasteur qui voulut mourir pour l'amour des ames,

    Ne voulut point laisser seules sur la terre ses brebis chéries, qu'il avait achetées au prix de son sang.

    Avant de nous rendre dans son royaume, heureux et éternels compagnons de sa gloire,

    Son amour infini, à l'étonnement de tout le monde, est venu se faire ici-bas le compagnon de nos misères.

    Il n'a pas voulu qu'un cœur qui l'aime souffrît trop en cherchant loin de lui celui qu'il désire.

    Il s'est placé lui-même auprès de nous, afin que chacun de nous pût le trouver auprès de lui.

    Il se tient là sur l'autel, enfermé, notre bien-aimé! tout rempli d'affection et de feu, afin d'enflammer sans cesse les cœurs qui désirent sincèrement aimer leur Seigneur.

    Les traits qui jaillissent de ce pain céleste, les flammes qu'il allume, pour en connaître la douceur, il faut en être atteint :

    Un cœur qui s'est approché froid de l'autel, ne s'en retourne que brûlant et blessé.

    O ames aimantes, parlez, dites-nous les heureuses flammes, les douces blessures, Que vous éprouvez sans cesse, en vous approchant du lieu où votre Jésus vous attend !

    O roi de mon cœur, aliment divin, que ne puis-je, ici, sur la terre, être toujours auprès De vous, Seigneur, qui, par affection, caché ici sur la terre, vous tenez toujours près de moi.

    J'espère, ô mon amour, qu'heureux enfin dans le ciel, je pourrai vous aimer et vous voir à découvert ; Mais en attendant, et durant ma vie, je ne veux pas me priver de jouir sans cesse de votre douce présence.

    XIV. Pour la communion.

    Que fais-tu, mon ame? aime ton Dieu qui t'aime; il ne veut de toi qu'amour, et tu ne l'aimerais point ?

    C'est pour l'amour de toi que ce bien suprême, infini, se tient sur la terre sous l'apparence d'un vil pain,

    Et que, en ami vrai, il t'invite à te mettre à table avec lui pour t'y nourrir de ce pain d'amour et de vie, pour se donner tout à toi.

    Que pourrait te donner de plus ton Seigneur dans son amour? que ferait-il de plus pour se faire aimer de toi ?

    Non, il ne fut point content lorsqu'il alla mourir pour toi sur la croix d'une mort dure et atroce :

    Il ne fut content que lorsque son amour eut trouvé le moyen d'unir son cœur divin à ton cœur.

    Eh ! comment ne l'embrasses-tu pas, mon cœur, à tant de flamme? Comment n'es-tu point vaincu, subjugué par tant d'amour ?

    Rends-toi donc, aime celui qui est le plus digne d'être aimé, celui qui se donne lui-même à toi pour gage de son amour.

    XV. A Jésus sur l'autel, renfermé dans l'ostensoir.

    O fleurs! que vous êtes heureuses! vous restez nuit et jour auprès de mon Jésus, el vous ne le quittez qu'après avoir laissé la vie autour de lui ! Ah ! que ne puis-je faire moi-même mon éternel séjour dans ce beau lieu que vous embellissez encore! Ah! quel bonheur serait le mien, quelle gloire, si je pouvais finir ma vie auprès de celui qui est ma vie !

    Heureux flambeaux! vous brûlez en l'honneur de votre maître et du mien. Je voudrais Cire un jour comme vous êtes, mon cœur devenu tout ardent, toute lumière, et conjointement avec vous qui fondez peu à peu, je voudrais fondre et me consumer de saint amour. Combien je vous porte envie! ô Dieu ! que j'aurais de joie à pouvoir changer de sort avec vous.

    Vase sacré? plus heureux encore, tu renfermes et caches à nos yeux mon bien-aimé. Qui est plus noble que toi, plus fortuné? tu donnes asile à ton Seigneur! Ah! si tes fonctions avaient été données pour un seul jour à mon cœur, il serait devenu tout amour, tout feu, foyer brûlant de feu et d'amour.

    Ah ! qu'ai-je dit de vous, fleurs, flambeau, vase ! combien ne suis-je pas plus heureux que vous, lorsque, plein d'amour et d'affection, le bien-aimé vient dans mon sein, comme l'agneau de Dieu. Et moi, misérable ver de terre, je reçois tout mon bien, mon propre Dieu dans ce petit morceau de pain! Hélas! pourquoi ne brûlé-je pas alors? pourquoi ne pas mourir quand mon tout devient mon trésor?

    Va mon ame, et, semblable au papillon, va tourner sans cesse autour de celui qui est ta lumière; va, pleine de foi et d'amour, et en présence de ton bien-aimé, brûle et soupire; et quand arrivera l'heure désirée où viendra se donner à toi celui que le ciel admire, attache-le à toi, et, avec une dévote ferveur, dis-lui que tu ne veux qu'amour, amour.

    XVI. A Jésus après la communion.

    O pain du ciel qui sous les apparences caches tout mon Dieu, je l'aime, je l'adore, mon cher trésor. O Jésus aimant pour le donner à ceux qui l'aiment, tu te donnes toi-méme sous la forme du pain.

    Aliment vivifiant qui es pour nous un gage de vie immortelle, je vis ou plutôt Dieu vit en moi ; ce Dieu qui me donne la vie me nourrit, me gouverne et me rend heureux.

    O lien d'amour qui unis l'esclave à son Seigneur, si je vivais sans l'aimer, je ne voudrais plus vivre; je ne sais vivre que pour aimer celui qui m'a tant aimé.

    Feu puissant qui voudrais enflammer tous les cœurs, tous les esprits, mon cœur te cherche; ah ! viens, Seigneur, m'enflammer davantage. Si mon audace est grande, ton amour est plus grand encore.

    O flèche aimable, si j'offensai Dieu, c'est toi qui le venges. Blesse donc mon ame ; qu'elle meure pour celui qui un jour donna sa vie pour moi.

    O mon bien chéri, qui m'as attaché à toi avec tant de chaînes, je te donne mon cœur ; ô mon doux amour, je serai toujours à toi ; tu l'es donné toi-même, je me donne aussi.

    Allons donc, mon bien-aimé, attends-moi dans le ciel où je l'aimerai à découvert ; je l'espère bien ainsi ; ma vie, mon Dieu! celui qui m'a donné sa personne pourrait-il me refuser le paradis?

    XVII. A Jésus enfant.

    Tu descends des étoiles, ô roi du ciel, et tu arrives dans une grotte froide et glacée. O enfant divin, je m'aperçois que tu trembles; ô mon Dieu, combien il t'en coûte de m'avoir aimé!

    Toi, Créateur du monde, tu manques de langes et de feu ; ô mon Seigneur ! ô enfant chéri ! combien cette pauvreté m'inspire d'amour; car c'est l'amour qui t'a rendu pauvre.

    Tu quittes le sein divin de ton père, pour venir souffrir sur ce fumier. Doux amour de mon cœur ! où l'amour l'a-t-il conduit? Mon Jésus, pour qui as-tu tant souffert? c'est pour moi.

    Mais puisque tu as voulu endurer ces souffrances, pourquoi donc ces pleurs et ces gémissemens? Mon époux, mon Dieu bien-aimé, mon Jésus je te comprends : a h ! ces pleurs, ce n'est point la douleur qui les cause, c'est ton amour.

    Tu pleures parce qu'après d'aussi grandes preuves d'amour, tu te vois si peu aimé de moi, ingrat que je suis! O bien-aimé de mon ame, s'il en a été ainsi autrefois, tout est aujourd'hui bien changé. Enfant, sèche les pleurs, car je l'aime, je t'aime!

    Tu dors, cher enfant ; mais ton cœur ne dort pas ; non il veille à toute heure. À quoi penses-tu donc, mon beau petit agneau? dis-le moi, mon bien suprême. Je pense, dis-tu, à mourir pour toi.

    Tu penses donc à mourir pour moi, ô mon Dieu! ah ! quel aulrc que loi pourrais-je donc aimer? Marie, mon espérance ! si j'aime encore peu ton Jésus, ne t'irrite point ; aime-le pour moi, si je ne sais pas l'aimer.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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