Petits cantiques spirituels suivis de petits cantiques en l'honneur de la très-sainte Vierge · Alphonse de Liguori
Cantiques spirituels XVIII à XXVII
Je le veux autant de bien, ô mon Jésus, que tu es digne d'être aimé. Tu n'a pas refusé de mourir pour moi, ô Dieu chéri, je voudrais à mon tour mourir pour toi. O monde trompeur, je le laisse, adieu ; je me sens tout épris de ce tendre enfant. Je l'aime Dieu d'amour, qui, dans ton amour pour moi, voulus naître enfant pour que je t'aimasse.
Tu trembles, cher enfant ; et dans ton sein ton cœur bride d'amour pour moi! l'amour t'a fait enfant, ô mon bien-aimé; l'amour t'a conduit sur la terre pour y souffrir. L'amour l'a vaincu; l'amour te tient captif maintenant dans ces langes qui t'cmmailloltent ; l'amour enfin te trouvera fort et constant, décidé à mourir pour moi d'une mort douloureuse.
XIX. L'ame à Jésus aimant.
Mon Jésus, qui t'a lié comme un criminel avec ces pesantes chaînes? Suis-je, moi, ingrate, la cause de ton mal ? Ah ! mon Dieu, pardon, prends pitié de moi.
Mon Jésus, la belle face, qui l'a cruellement meurtrie? suis-je, moi, ingrate, la cause, etc.
Mon Jésus, qui a souillé ton beau visage de crachats et de boue ! suis-je moi, etc.
Mon Jésus, tes belles chairs qui les a impitoyablement flagellées? suis-je, etc.
Mon Jésus, ton noble front qui l'a couronné d'épines? suis-je, etc.
Mon Jésus, qui plaça la croix sur les épaules? suis-je, moi, etc.
Mon Jésus, qui appliqua le fiel et l'amertume sur les lèvres ? suis-je, moi, etc.
Mon Jésus, qui perça de clous tes mains sacrées? suis-je, moi, etc.
Mon Jésus, les pieds fatigués qui les attacha sur la croix? suis-je, etc.
Mon Jésus, (on cœur aimant qui le traversa d'un coup de lance? suis-je, etc.
Marie, ce fils si beau, si cher à ton cœur, qui l'a privé de vie? qui le l'a dérobé ensuite? suis-je, moi, ingrate, la cause du mal ? O Marie, pardon, pitié !
XX. Sur la passion de Jésus-Christ.
Verges cruelles, qui déchirâtes les chairs de mon bon Seigneur avec de si vives douleurs, ne donnez plus de peines à mon bien suprême, ne tourmentez plus Jésus qui fut innocent, mais blessez mon ame qui fut cause du mal.
Épines aiguës qui perçâtes la tête de mon bon Seigneur avec de si vives douleurs, ne donnez plus de peine, etc.
Clous impitoyables qui traversâtes les mains de mon bon Seigneur avec de si vives douleurs, ne donnez plus de peine, etc.
Lance odieuse qui ouvris le flanc de mon bon Seigneur avec une fureur inouïe, qu'il suffise des peines qu'a déjà eues mon bien suprême; ne déchirez plus Jésus mon bîenaimé; déchirez mon ame, cause de tout le mal.
XXI. Amour de Jésus pour les ames.
Heureux celui qui pourrait arriver à mourir de blessures d'amour pour ce divin maître, objet le plus beau, le plus digne d'être aimé.
Il est lui seul si aimable, qu'auprès de son visage la fleur, le diamant, l'étoile perdent tout leur prix et tout leur éclat.
Il va toujours à la chasse des cœurs, armé d'un dard qui touche à peine un cœur, que ce cœur languissant d'amour est contraint d'aimer celui qui le blesse.
Il prend dans son amour plusieurs formes pour blesser les ames qu'il chérit, el pour les voir de jour en jour plus étroitement unies à son cœur divin.
D'abord, le Verbe divin voulut paraître au milieu de nous comme un faible enfant, et par ses tendres gémissemens, tous soupirs d'amour, c'est de l'amour qu'il nous demande.
Ensuite, humble et beau jeune homme, il se montre sous les traits d'un pauvre ouvrier qui ne dédaigne pas, dans un humble métier, de remplir les fonctions les plus basses.
Enfin, lié comme un criminel, il se montre à son épouse bien-aimée pour lui annoncer que sa pénible carrière va se terminer au milieu des douleurs.
Plus tard il s'enveloppe sous les apparences du pain, et il brûle de se donner tout entier à qui désire s'unir à lui, et le va cherchant amoureusement.
Il met en pratique tout l'art d'aimer, n'épargnant ni sueurs ni fatigues, quand il veut faire sa proie d'une ame, ou qu'il exige d'elle plus d'amour.
Maintenant on le voit comme un tendre époux, respirer la grâce, la douceur el l'amour, ou bien montrer une grande rigueur; ce sont là seulement des moyens différens de se faire aimer davantage.
Ce fut ainsi que dans son affection ingénieuse il m'embrasa d'abord le cœur d'amour, qu'ensuite il me le ravit comme gage d'amour, et que jaloux maintenant de ses sentimens il le garde avec le plus grand soin.
Tais-toi donc, monde impie, ne me demande plus ni estime ni amour, un autre objet m'a ravi le cœur, il est plus aimable el plus fidèle que toi.
xxii. Aspirations à Jésus.
Jésus, mon doux bien, Jésus mon doux bien, époux adoré!
O Dieu! bonté infinie, vie de ma vie, ma joie, mes délices, tu es la flamme qui brûle dans mon sein ; ô mon époux chéri, Jésus, mon doux bien, Jésus, etc.
Jésus, je ne désire que toi seul, je ne soupire que pour toi, je n'aime que toi ; mon cœur est de plus en plus épris de toi, Jésus, mon doux bien, etc.
Je veux toujours pleurer parce que je l'ai offensé, ô mon Dieu ! je le confesse, je suis tombé dans Terreur, j'ai été ingrat el perfide. Jésus, mon doux bien, etc.
Je me sens mourir, bien-aimé, quand je pense que la mort atroce que tu as reçue sur la croix, c'est mon péché qui te l'a donnée. Jésus, mon doux bien, etc.
O toi, mon espérance, fais que je te sois désormais fidèle, que je meure plutôt que d'être à l'avenir ici que je fus par le passé. Jésus, mon doux bien, etc.
Combien d'ennemis ne vois-je pas autour de moi la nuit elle jour? Ah ! Seigneur, prends mon cœur, et sauve-le en le gardant près de toi. Jésus, mon doux bien, etc.
Attache-moi à toi, mon bien, avec tes propres chaînes ; le sort que je désire c'est de rester ainsi attaché jusqu'à la mort. Jésus, mon -doux bien, etc.
XXIII. Sur le cœur de Jésus1.
Vole, vole, mon ame, vers le doux cœur de Jésus; là, prisonnier d'amour, tu trouveras la liberté.
Ne regarde pas autour de toi, pauvre ame, car tu es poursuivie; cours droit à l'arche sainte, ô colombe ! là, tu trouveras sûreté.
Que tardes-tu? tout dans le monde est deuil, fraude, ennuis amers ; ce n'est qu'en Dieu que le plaisir se trouve ; ce n'est qu'avec Dieu que tu peux pousser des cris d'allégresse.
Donne-moi dans ton cœur, ô mon Jésus! une petite place pour y habiter ; co sera là désormais ma prison, mon lieu de repos.
Pour l'aimer, je ne veux rien du monde, pour te plaire, j'abandonne tout. J'aurai recueilli un fruit bien doux de toutes ces privations, si je réussis à m'unir à toi.
Si j'ai le bonheur ensuite de mourir dans ton aimable cœur, je dirai : O heureuse, ô précieuse mort ! tu seras pour moi la vie.
XXIV. Sur le même sujet
Je suis prisonnière dans ce cœur qui est un foyer d'amour. Là, je vis dans la solitude et la paix : je vis joyeuse et je possède le Seigneur.
Ce cœur est celui de Jésus, du Verbe incarné, qui autrefois épris d'amour pour moi, brûle encore des mêmes feux.
Comme la colombe dans l'arche, là, retirée je trouve l'objet
de mes désirs; je ne crains aucun ennemi ; le Seigneur me défend.
Depuis que je suis entrée ici tout autre amour me déplaît, tout autre bien même est une peine pour mon cœur, le monde entier me fait horreur.
En aimant Jésus, je vivrai toujours heureuse et contente au milieu des peines, d'autant plus attachée à lui, que ma croix sera plus pesante.
Si une autre ame veut devenir ma compagne dans ce réduit, qu'elle vienne dégagée de toute affection qui ne serait point
Cœurs superbes, amans du monde et de vous-mêmes, éloignez-vous, éloignez-vous; il n'y a point de place pour vous dans ce cœur.
Tout attachement terrestre s'oppose à l'essor de l'âme. Jésus veut pour lui le cœur tout entier, l'âme sans partage.
Grâce à toi, mon bien-aimé, qui m'as délivré de tous les liens qui me retenaient, libre aujourd'hui de tout obstacle, mon esprit jouit de sa liberté.
Une chose m'afflige, c'est de ne pouvoir l'aimer assez, ô mon Dieu, car mon amour a un terme et (a bonté n'en a point.
Mais ce qui d'un autre coté me réjouit, c'est que mon âme aime un bien qui, plus il est élevé, plus il mérite l'amour.
Je ne désire plus rien que de pouvoir où jouir dans le séjour céleste. Je l'espère, car en me donnant son cœur, Jésus m'a donné un gage de bonheur pour l'avenir.
Cet heureux événement arrivera d'ailleurs quand ce sera son plaisir. Je ne veux que sa volonté; on attendant il me suffit d'aimer Jésus.
XXV. S. Joseph : Jésus-Christ
Puisque tu veux m'appeler ton p«T \ laisse-moi aussi l'appeler mon fils. Mon fils, je l'aime, mon Dieu, je t'aime et je t'aimerai toujours.
Comme mon Dieu je t'adore humblement, comme fils, souffre que je l'ombrasse, fais que mot» cœur reste à jamais uni à toi par les plus doux liens.
Puisque tu as daigné me choisir pour le gardien et le directeur de la jeunesse, mon doux autour, bonté infinie, dis-moi ce nue m désires, ce que lu \m< de moi.
Je me donne à toi tel que je suis, je le consacre tout mon amour ; non, mon cœur n'est plus à moi, ma vie ne m'appartient plus.
Puisque tu daignes être sur cette terre mon humble compagnon, j'espère, mon aimable Seigneur, que tu voudras que je sois le lien dans le ciel.
XXVI. A Dieu.
Pourquoi, mon bien chéri, ne m'as-tu point créé de toute éternité, puisque de toute éternité tu m'as aimé? je t'aurais aimé depuis la même époque. Ce n'est point pour le paradis que j'exprime ce vœu, c'est parce que j'aurais contemplé la belle face et que j'aurais été plus assuré de l'aimer sans bornes.
Quand je regarde au-dessous de moi, frappé de stupeur je m'écrie: Ah ! malheureux! pour un grain de sable, étroite habitation d'une fourmi, l'homme peut perdre la vie éternelle! O mon âme, il faut se décider : souffrir ou mourir; si «une sais combattre et vaincre dans ce monde, tu ne saurais ensuite te faire ouvrir le ciel.
Dieu me voit, et il doit me juger : c'est du paradis ou de l'enfer qu'il s'agit, la sentence s'exécutera durant l'éternité.
XXVII. Sur l'amour de Dieu.
Dieu de beauté, Seigneur du paradis, oh ! combien vous êtes digne d'être aimé ! votre belle face est si gracieuse que je serai heureux seulement de la voir. Vous formez trois personnes, mais trois personnes non divisées. Vous êtes cet un, ce tout dont je me suis épris ; vous êtes le créateur du ciel et de la terre : Oh ! combien vous êtes aimable, Seigneur !
Quand je pense que vous êtes mon Dieu, je sens mon coeur se consumer de plaisir dans mon sein, mon esprit s'abîme dans les profondeurs de votre saint amour. Aucun objet ne m'inspire plus de désirs, aucune peine ne me cause de douleurs. Je n'estime plus le monde ni les richesses : j'ai mis mon cœur en vous, voilà mon trésor.
Dieu chéri, Dieu chéri, bien suprême, vie de mon ame. c'est avec le cœur que je vous adore. Je hais les choses de la terre, mais je languis et je meurs pour votre amour. Si j'avais autant de cœurs que les rivages de la mer ont de grains de sable, ils ne feraient tous ensemble qu'un seul cœur pour vous aimer, et chacun d'eux, plein d'une fervente affection, brûlerait dans mon sein de votre amour.
O beauté souveraine, grâce infinie, fontaine perpétuelle et mer de délices! vous êtes la véritable vie de mon existence, l'unique objet de mon amour ! par vous la mon même m'est agréable ; par vous, sur chaque croix je trouve le repos. Et si je pouvais vous aimer éternellement, partout où je serais, je ne craindrais pas même l'enfer.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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