Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Petits cantiques spirituels suivis de petits cantiques en l'honneur de la très-sainte Vierge · Alphonse de Liguori

    Cantiques spirituels I à VII

    CANTIQUES EN L'HONNEUR DE LA T. S. V. MARIE, Par le B. Alphonse-Marie de Liguori

    CANTIQUES SPIRITUELS.

    Soupirs d'amour d'une ame qui se donne tout entière à Jésus.

    Monde, tu n'es plus rien pour moi, je ne suis rien pour toi : c'est à mon Jésus que j'ai donné toutes mes affections.

    Sa bonté, tout aimable, m'a remplie de tant d'amour que je n'ai de désirs pour aucun objet créé.

    Mon Jésus, mes délices, je ne veux que toi : je me donne à toi tout entière, mon Dieu; ah ! laisse-moi l'appartenir.

    O bien suprême ! je ne puis vivre sans ton amour ; les douces chaînes pressent et entourent mon cœur.

    Je ne saurais plus, ô ma vie, m'éloigner de toi; depuis que les traits m'ont blessée, je suis à toi comme une proie.

    Ingrate et vile créature ; si je suis indigne de l'aimer davantage, tu n'en es que plus digne d'être aimé.

    Donne-moi donc, Seigneur, cet amour que tu veux, de moi ; pour prix de cet amour, c'est de l'amour que je te demande.

    Mon Dieu, mon bien, mon tout, ton plaisir est mon seul plaisir, et désormais ta volonté sera ma seule volonté.

    Viens, ô Dieu, viens blesser mon cœur, ce cœur qui n'est plus à moi ; ah! fais-moi mourir toute brûlante de ton amour.

    Mon époux y ma vie, je l'aime et je veux toujours l'aimer. Je t'aime, je t'aime! et tout ce que je désire c'est de mourir un jour pour l'amour de toi !

    II. L'ame qui s'est donnée à Dieu tout entière, au Saint-Esprit.

    Espérances mondaines, affections terrestres, allez satisfaire celui qui vous désire ; allez, éloignez-vous de moi ; je ne vous cherche ni ne vous estime. O Dieu de mon cœur ! aidez-moi à m'en détacher.

    Adieu créatures, c'est avec joie que je vous quitte. Je ne suis plus à vous, je ne suis plus à moi ; dégagée de tout attachement, je n'appartiens plus qu'à Dieu. Oui, mon Jésus chéri, je suis à vous sans partage, ne me repoussez pas, mon bien-aimé.

    Que votre saint amour, mon aimable maître, s'empare de moi. Régnez désormais sans rival dans cette ame, qui vous fut long-temps rebelle. Ah ! possédez-moi, Seigneur, possédez-moi !

    Rosée céleste, éteins en tombant doucement les ardeurs des flammes impures; fais que toujours plus éprise de toi, je ne cherche ici bas que Dieu seul. Rosée céleste, tombe sur moi !

    O feu divin, dont les pures flammes donnent le bonheur aux ames que tu embrases, viens à mon cœur ; rends-le digne de sentir les douces ardeurs; enflamme-moi; consume-moi, feu divin.

    Amour infini, heureux celui qui parvient à voir dans le ciel ta belle face! Ah ! quand est-ce que moi-même, devenue à jamais ton épouse, j'irai le posséder dans le paradis? Amour infini, attire-moi vers toi !

    III. L'arac qui soupire après Dieu.

    Ce cœur soupire, et il ne sait pas dire pourquoi. C'est d'amour sans doute, mais il ne m'en dit rien.

    Réponds-moi, mon cœur ; pourquoi soupires-tu? Je veux Dieu, répond-il ; je soupire pour Jésus.

    Soupire, mon cœur, soupire sans cesse; que la vie soit d'aimer celui qui a su aimer si bien !

    Soupire, et que Jésus soit tout ton amour; que Marie soit toujours toute ton espérance.

    Fais que les soupirs aillent blesser celui qui l'a blessé; espère ensuite, plein d'allégresse, tout ce que tu peux espérer.

    Allez, mes soupirs, allez trouver Jésus; restez à ses pieds, ne vous en éloignez plus.

    Dites-lui que le cœur qui vous envoie brûle d'amour pour sa beauté; dites-lui ce que ce cœur demande, vos vœux seront exaucés.

    Il demande, il désire aimer de toutes ses forces. Dites que jamais Dieu ne refusa rien au cœur qui l'aime.

    IV. Combien la volonté de Dieu est aimable.

    C'est Ton-plaisir, mon Dieu, non le mien que j'aime en toi; je veux toujours, ô mon Seigneur, tout ce que veut la bonté. Volonté divine, que tu mérites d'amour!

    Tu le montres d'abord jalouse en amour, mais tu deviens ensuite tout aimante, toute douce, toute flamme pour le cœur qui s'est donné à toi. Volonté divine, que tu mérites d'amour!

    Tu vivifies l'affection pure, tu rends l'amour parfait ; soupirant sans cesse, l'âme qui l'aime s'envole vers toi. Volonté divine, etc.

    Tu changes les peines en plaisirs; pour toi, la-mort même a de la douceur. Celui qui sait s'unir à toi n'a ni douleurs ni craintes. Volonté divine, etc.

    C'est dans le ciel que tu rends réellement heureuses les ames qui le chérissent. Sans toi, le ciel lui-même n'offrirait à ses habitants qu'un séjour de tristesse. Volonté divine, etc.

    Si les damnés de l'enfer pouvaient s'unir à toi, leurs flammes, leurs douleurs, dans l'enfer même, leur sembleraient douces. Volonté divine, etc.

    Oh ! puissé-je terminer ma vie étroitement uni à toi. Mourir ainsi ce n'est point mourir ; c'est vivre et vivre toujours. Volonlé divine, e l c

    C'est à toi donc que je consacre tout mon cœur, tout ce que je suis. Mon Jésus, (on cœur seul sera désormais tout mon amour. Volonté divine, etc.

    Dans les traverses, dans les jouissances, c'est à toi seul que je veux plaire. Ce qui le plaît, mon amour, me plaît et toujours me plaira. Volonté divine, que tu mérites d'amour!

    L'ame éprise de la beauté de Dieu.

    Aime qui voudra un autre objet que Dieu. Je ne veux, moi, aimer que Dieu ; mon Dieu, ma vie, bonté infinie, si je ne t'aimais pas, qui voudrais-je aimer?

    Un cœur peut-il jamais aimer une beauté plus grande et plus digne d'amour ! Mon Dieu est si beau que les bienheureux mêmes dans le ciel, sont loin de connaître ses perfections.

    Ames qui courez sur la terre comme des insensées après de faux biens et des beautés menteuses, ne sentez-vous pas que vous ne trouvez, point de paix dans vos amours ?

    Aimez, aimez celui qui véritablement s'appelle beauté infinie et qui vous aime tant. Heureuses de vous, si vous l'aimez, si vous savez lui plaire.

    Vous, belles ames, qui aimez Dieu, dites si c'est la vérité que je vous ai annoncée; dites à quiconque est sensible, combien de jouissances vous tenez de Dieu, même sur la terre.

    Vous vous croyez heureux ; et que direz-vous quand TOUS serez entrées au port, lorsque vous verrez votre Dieu sans voile el dans toute sa beauté?

    Ah! si je pouvais revenir à la vie, je ne ferais que l'aimer ; mais durant le peu de jours qui me restent, ce sera là ma seule occupation.

    Tu n'es point satisfait, Seigneur? mais donne-moi ton amour, si tu veux que je l'aime. Sans ton secours, c'est en vain que je voudrais l'aimer, ô mon Jésus chéri!

    Tu m'aimes plus que je ne l'aime ; tu cherches mon amour plus que je ne désire le tien. Ainsi, mon Dieu, puisque tu es à moi, je serai tout à toi pour jamais.

    VI. Yie d'une ame véritable épouse de Jésus-Christ, d'après les paroles de S. Bernard.

    Servit* timet, mercenarius sperat, filius honorat ; at ego quia sponsa sum, amo amari, amo amorcm.

    Eocigit Deus timeri ut Dominus, honorari ut pater, ut sponsus amari. (Serm. LXXXIII. in Cant.)

    L'épouse ne vit que pour aimer. Elle sert son bien-aimé, mais c'est par amour ; elle le craint, mais c'est par la crainte de ne point remplir tous les désirs de son cœur.

    Ce qu'elle redoute c'est d'être privée de son amour; ce serait là son plus grand châtiment; elle ne veut aucune récompense, sa récompense c'est d'aimer; ce qu'elle espère en aimant c'est d'aimer encore.

    Mais il ne suffit point à l'ame épouse pour être heureuse d'aimer faiblement son époux; l'épouse parfaite va cueillant la fleur de tout ce qui sert le mieux l'amour, de tout ce qui lui plaît davantage.

    Tout ce que fait cette ame aimante, tout ce qu'elle veut faire, a pour objet de plaire au roi de son cœur; mais pour le cœur de l'épouse c'est trop peu que l'amour ordinaire; plus elle aime plus elle brûle d'aimer.

    En présence de son bien-aimé, tout pour elle est plaisir et jouissance; est-il absent? son cœur désolé soupire, languit, ne trouve plus le repos.

    Elle surveille son cœur afin qu'il n'y entre aucun amour qui ne soit pour son époux ; elle sait bien qu'il est jaloux d'un cœur qui lui a donné sa foi.

    L'épouse suit partout son époux ; il parle, elle obéit ; ce qu'il aime, ce qu'il désire, elle l'aime, elle le désire; sa seule jouissance c'est d'obéir.

    Elle ne cherche plus les plaisirs, elle ne conserve plus de désirs, n'a plus de volonté ; tout le contentement d'une ame épouse de Jésus est dans la seule satisfaction de son époux chéri.

    Le signe le plus beau et le moins équivoque de l'amour, c'est de souffrir pour le bien-aimé ; l'épouse qui veut faire connaître son amour désire et cherche les souffrances.

    Elle n'envie point le bonheur des gens du monde; ce bonheur lui fait pitié plutôt qu'elle ne le désire : ce qu'elle envie c'est le sort de ces ames qui étroitement unies à Dieu, l'aiment davantage.

    Si elle pense aux épouses qui sont déjà dans le port, mais qui languissent encore d'amour loin du bien-aimé, oh ! combien elle se réjouit que ces tendres épouses soient bientôt introduites dans le royaume des cieux pour y voir leur bien-aimé!

    Elle voudrait que tous les hommes brûlassent d'amour pour son cher époux, que chacun l'aimât autant qu'il est digne d'être aimé, ou du moins autant que les hommes sont capables d'aimer.

    Quand elle voit offenser son bien-aimé, elle gémit et prie pour les coupables afin que d'esclaves, de superbes et de rebelles, ils deviennent amans de leur Seigneur.

    Mais combien plus elle s'afflige, si elle se trouve encore ingrate à l'amour de son époux. Elle ne pleure pas sur le châtiment, car elle le demande, elle pleure sur la douleur qu'elle lui a causée.

    Ames insensées qui vivez dans le monde, épouses infortunées, ah ! fuyez, fuyez celui qui vous trompe ; renoncez à vos erreurs, venez, aimez celui qui seul peut vous rendre heureuses.

    Je ne veux être épouse que de mon Dieu; ce n'est pas seulement le titre d'épouse que je désire, c'est la foi, l'amour de l'épouse que je veux avoir, afin d'aimer toujours et fidèlement mon époux.

    Et puisque dans sa bonté il veut être mon époux dans l'éternité, viennent maintenant les souffrances, je ne cherche point le repos : le repos que je veux c'est celui qu'il me donnera dans le ciel.

    VII. L'ame introduite dans le cellier, et enivrée de l'amour divin.

    Introduxit me rex in cellam vinariam : ordinavit in me caritatem. (Cant.)

    Où suis-je ? quel est cet heureux cellier où je respire un air si doux, où je soupire, où je brûle toute consumée du saint amour !

    Qui m'a conduite à ce jardin fermé, si riche de fleurs odorantes dont les doux parfums remplissent mon cœur?

    Un doux sommeil me rend heureuse : ô créatures, ne me réveillez pas; laissez-moi, oh ! pour Dieu, laissez-moi long-temps plongée dans ce doux sommeil.

    Un pur amour me lie; il me détache de tout objet créé, il éteint en moi toute affection terrestre et mon cœur heureux et satisfait ne cherche plus rien.

    Je me sens brûler sans feu, attacher sans chaînes, blesser sans flèches ; vous ne me croyez pas? cela est vrai, pourtant.

    Mille chaînes me pressent, mille flèches me percent le cœur. Je souffre de mille plaies d'amour ; mais je ne trouve pas celui qui me les a faites.

    Je me sens fondre à ces douces flammes qui me donnent la vie et qui me consument; je vis mourante, mais je ne changerais pas mon sort contre mille vies.

    Je voudrais être seule et toujours me taire, je voudrais toujours parler d'amour, je voudrais m'arrêter, je voudrais voler et obliger tous les hommes à aimer-

    Plus je me vois seule, mieux je me trouve accompagnée ; plus je me sens libre et plus se resserrent les liens qui m ' unissent à mon amour.

    Je cherche à m'abaisser et je me rehausse ; je laisse tout, et je trouve ce qui est tout ; je fuis les plaisirs, et j'éprouve un plaisir qui me rend insensible à tous les autres.

    Je brûle et je voudrais brûler toujours ; je languis et je voudrais languir toujours : je voudrais vivre, je voudrais mourir ; ce que je veux, en vérité, je ne le sais.

    Je cherche et ne trouve pas ; j'ignore ce que je cherche ; j'aime et je ne comprends pas ce que j'aime ; tout ce que je conçois de mon amour c'est que j'aime un bien infini.

    Ames blessées, dites-moi quel remède vous avez trouvé, lorsque déjà souffrantes d'amour vous avez éprouvé quelque peine amère?

    Mais personne ne m'entend, personne ne me répond ; et toi, mon bien-aimê, plus tu entends mes soupirs et mes gémissemens, plus tu parais sourd à ma voix.

    Viens, mon amour, toi qui m'as blessée, dis-moi qui tu es? Que veux-tu de moi ! fais que je le voie une fois au moins, elpuis fais-moi mourir si tu le veux ainsi.

    Mais mon bien-aimé, laisse-moi le le dire : tu sais tout, mais tu ne sais pas aimer, car tu n'as pas pitié d'un cœur qui t'aime et qui te plaît.

    Puisque tu m'aimes et que lu m'aimes tant, pourquoi me remplir toujours de plus d'amour si tu devais ensuite me délaisser, livrée à ma peine et si loin de toi?

    Cruel, cruel! hélas, que dis-je! bien-aimé, c'est ainsi que je l'appelle ; mais ne sais-tu pas que je ne désire rien tant que de pouvoir le plaire ?

    C'est l'amour qui me pousse à te parler ainsi. Je perds la raison, je ne sais ce que je dis ; ce trait que lu m'as lancé, ce trait, ami des cœurs, m'a rendue folle d'amour, Unique objet de mon amour, ô seul amour de mon cœur, beau, tout, seul, Dieu, lumière, vie, paix, bonheur !

    O mon trésor, que pourrais-je faire pour te contenter, pour plaire à ton cœur? oh ! parle; apprends-moi comment avec mon amour je puis satisfaire ton amour.

    Languir pour toi dans une douce flamme, c'est trop peu, je le sens, mon bien-aimé, c'est peu de souffrir, peu de mourir : me dissoudre tout entière? c'est encore trop peu.

    Eh bien! puisque je ne sais pas dire autre chose, je te dirai : Accepte, bien-aimé, le don que je t'offre, je me donne à toi sans réserve.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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