Petit traité de la nécessité de la prière, de son efficacité et des conditions avec lesquelles on doit la faire · Alphonse de Liguori
§ III : Des conditions avec lesquelles il faut prier
1° La prière doit être humble. Deus superbis resislit, humilibus autem dat gratiam. (Jac. iv. 6.) S. Jacques nous avertit donc que Dieu résiste aux prières des superbes, mais qu'il est prêt, au contraire, à exaucer celles des ames humbles. Oratio humiliantis se nubes penelrabit, el non disecdel, donec Altissimus aspiciat. (Eccli. xxxv. 21.) La prière d'une ame humble pénètre subitement les cieux, et, se présentant au trône de la divinité, elle ne s'en retire que lorsqu'elle est exaucée. Et quelque pécheresse que puisse être celle ame qui prie ainsi, Dieu ne méprise point un cœur qui s'humilie et se repent de ses péchés. Cor contritum et humiliatum, Deus, non despicics. (Ps. L. )
2° La prière doit Cire confiante : Nullus speravit in Domino, et confusus est. (Eccli. n. 44.) L'Esprit-Saint nous assure qu'aucun de ceux qui ont mis leur espérance en Dieu n'a été trompé. Le Seigneur dit à Sainte Gertrude, que celui qui le prie avec confiance lui fait en quelque sorte une telle violence, qu'il ne peut s'empêcher de l'exaucer en tout ce qu'il lui demande. S. Jean Climaque d i l : Oratio pic Deo vim infert, la prière fait violence à Dieu, mais une violence qui lui est chère et agréable, Hæc vis grala Deo. (Tertul.) Comment Jésus-Christ fait-il appeler Dieu dans l'oraison du Pater noster, qu'il nous a enseignée lui-même, pour que nous pussions obtenir toutes les grâces qui sont nécessaires à notre salut? Non pas notre Seigneur, non pas notre juge, mais notre Père, Pater noster, parce qu'il veut que nous priions avec cette confiance avec laquelle un fils pauvre ou infirme demande à son père l'aliment ou le remède dont il a besoin. Si un enfant était près de mourir de faim, il suffirait qu'il demandât l'aliment à son père pour l'obtenir à l'instant ; et s'il a été mordu par un serpent venimeux, il suffit qu'il montre à son père la morsure qu'il a reçue, pour que son père y applique à l'instant le remède qu'il tient tout préparé. C'est pour cela que notre Rédempteur nous dit : Omnia quœcumque orantes pelilis, crédite quia accipietisy et éventent vobis. (Marc. xi. ) Il suffit donc de prier avec confiance pour obtenir de Dieu tout ce que nous voulons. Et pourquoi le Seigneur nous exhorterait-il si souvent à venir lui demander ses grâces, s'il ne voulait nous les accorder? Non nos hortaretur, dit S. Augustin, ut pelcrcmus, nui dare vellet. (De Ver. Dom.Serm. v.) Lorsque la femme cananéenne vit sa fille possédée du démon, elle eut recours au Sauveur, et s'approcha de lui en disant : Miserere mei filia mea male à démolie vexalur. (Matth. xv. 22.) Et le Seigneur lui répondit : Non sum missus nisi ad oves Israël : Je ne suis point envoyé pour les Gentils tels que vous, mais seulement pour les brebis d'Israël. Celle-ci ne perdit pas néanmoins le courage, mais elle recommença sa prière avec confiance : Seigneur, dit-elle, vous pouvez me consoler, consolez-moi : Domine, adjava me. Jésus lui répondit : Mais il n'est pas juste de prendre le pain des enfans pour le jeter aux chiens : Non est bonum sumere panem filiorum et dare canibus. Mais, Seigneur, répliqua-t-elle, on accorde même aux petits chiens les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres : Etiam catelli edunt de micisquœ caduntde mensa dominorum suorum. Alors le Seigneur, voyant la grande confiance de celle femme, lui donna des louanges el lui accorda la grâce qu'elle lui demandait. O mulier! lui dit-il, magna est fides tua, fiat tibi sicut vis ; el sanala est filia ejus ex illa hora.
La confiance est donc une condition requise pour obtenir ce que nous demandons à Dieu. Mais, nous dira-t-on, sur quoi devons-nous fonder cette confiance ? Sur quoi ? Je réponds que c'est sur la bonté de Dieu, et sur les promesses qu'il nous a faites lui-même, lorsqu'il nous a dit : Petite elaccipietis. S. Augustin dit : Quis fallimeluit, dum promillit veritas? Qui pourra craindre d'être trompé, lorsque c'est Dieu, la vérité même, qui lui fait les promesses?
5° La prière doit être persévérante, sans quoi on n'obtiendra pas le salut éternel. La grâce du salut n'est pas une seule grâce, mais une chaîne de grâces qui s'unissent toutes ensuite avec la persévérance finale. Or, à cette chaîne de grâces doit correspondre, pour ainsi dire, la chaîne de nos prières. En parlant de la parabole de «l'ami qui, pour se délivrer de l'importunité de son ami, se leva du lit, et lui donna tous les pains qu'il demandait, ( Luc. xi. ) S. Augustin dit : Or, si un tel ami, pour se délivrer de l'importunité d'un autre, donne tous les pains qu'on lui demande, contre sa propre volonté, quanto magis dabit Deus bonus, qui nos horlatur ui petamusï Combien plus Dieu, qui désire tant nous rendre participans de ses biens, nous dispensera-t-il les richesses de sa grâce lorsque nous les lui demanderons, lui qui nous exhorte à demander, et qui est fâché que nous ne lui demandions pas ! Le Seigneur veut donc nous accorder le salut, et toutes les grâces qui sont nécessaires pour l'obtenir ; mais il veut que nous soyons persévérans dans nos prières. Vult nos esse, dit Cornélius à Lapide sur cet Évangile, persévérantes in oratione, usque ad importunitalem* Les hommes du siècle ne peuvent supporter les importuns ; mais Dieu non-seulement nous supporte, il veut même que nous soyons importuns à lui demander la grâce, et en particulier la sainte persévérance.
II est vrai que la persévérance finale ne peut être méritée par nous-mêmes, comme l'a déclaré le concile de Trente (Sess. vi. cap. 2 3. ), puisqu'elle est une grâce toute gratuite que Dieu nous accorde; néanmoins S. Augustin dit que la persévérance peut, en quelque sorte, se mériter par nos prières : Hoc Dei donum suppliciter emereri potest; id est supplicando impetrari. (Lib. de Don. Persev» cap. 6.) Ainsi celui qui demande la persévérance, quoiqu'il ne la puisse pas mériter, l'obtiendra néanmoins infailliblement, dit le père Suarôz. Mais il ne suffît pas, dit le cardinal Bellarmin, de demander une seule fois cette grâce de la persévérance : Quotidie petenda est, ut quotidie oblineatur ; il faut la demander tous les jours, pour l'obtenir tous les jours. C'est pour cela que Jésus-Christ a dit : Oportel semper orare et nunquam deficere. {Luc. xi. ) Il ne faut jamais cesser de prier, sans quoi, lorsque nous cessons de prier,la tentation peut nous vaincre. Vigilate omni tempore orantes, ut digni habeamini fugere ista omnia quœfulura sunt et stare ante filium hominis. (Luc. xxi. 5 6. ) Veillez en priant sans cesse, afin que je ne vous repousse pas, dit Jésus-Christ, lorsque je viendrai vous juger. C'est pour cela que S. Paul avertissait fréquemment ses disciples : Sine intermisshne orate. ( I. Thes. v. 1 7. ) Priez, et ne cessez jamais de prier.
Beatus vir qui audit me, et vigilat ad fores meas quotidie. (Prov. vin. 3 4. ) Bienheureux, dit le Seigneur, est l'homme qui m'écoute, et qui veille continuellement à la porte de ma miséricorde. C'est pour cela que Jésus-Christ dans son Evangile nous exhorte à prier, et nous impose même le précepte de la prière ; car le devoir de la prière n'est pas seulement de simple conseil, mais il est encore de précepte. Jésus-Christ nous dit donc : Petite, et accipietis ; quœritey et invenietis; pulsatc, et aperietur vobis. (Luc. xi. 9.) Il paraît au premier coup d'oeil qu'il était suffisant d'avoir dit petite: à quoi servait-il donc d'ajouter pulsate et queerite? Non, ce n'étaient point là des mots superflus : par ces paroles le Sauveur a voulu nous avertir que nous devions faire comme les pauvres qui mendient : s'ils sont renvoyés sans recevoir l'aumône qu'ils demandaient, ils ne se lassent point de revenir quêter et demander encore, et de frapper à la porte, lorsqu'ils ont cessé de voir le maître de la maison, jusqu'à se rendre ennuyeux et importuns. C'est là ce que le Seigneur veut que nous fassions nous-mêmes : que nous le priions, que nous revenions à la charge, et que nous ne nous lassions jamais de le prier qu'il nous assiste, qu'il nous protège, et qu'il ne permette jamais que nous soyons séparés de lui par le péché. Et nous devons le faire, non-seulement le matin en sortant de notre lit, mais encore plusieurs fois dans la journée : en entendant la sainte messe, en faisant la méditation, en faisant l'action de grâce après la communion, en faisant la visite au saint Sacrement, en faisant notre examen du soir, et principalement lorsque nous sommes assaillis de quelque tentation, et surtout de la tentation d'impureté : celui qui, dans ces momens, ne recourt point à Dieu en invoquant au moins les saints noms de Jésus et de Marie, est dans un danger imminent de succomber.
Mais, dira-t-on, je suis pécheur, et Dieu n'exauce point les pécheurs, comme on peut le voir dans S. Jean. (ix. 13.) Peccatores Deus non audit : on répond que ces paroles n'ont pas été proférées par Jésus-Christ, mais par l'aveugle-né: d'où il suit que cette proposition, fausse en soi, ne peut être vraie, dit S. Thomas, que dans un seul cas, savoir, lorsque les pécheurs demanderaient à Dieu, qua peccatores, c'est-à-dire, lorsqu'ils demanderaient des choses qui pourraient leur servir à pécher ; par exemple, si quelqu'un demandait à Dieu du secours pour se venger de son ennemi ; alors certainement Dieu n'exauce pas de telles prières. Mais lorsque l'homme prie, et qu'il demande à Dieu des choses qui sont utiles à son salut, qu'importe qu'il soit pécheur ? Aurait-il été l'homme le plus scélérat du monde, qu'il prie, et il obtiendra sûrement l'effet de sa prière. La promesse est faite généralement, pour tous. Quiconque cherche, obtient: Omnis qui petit, accipit. (Luc. xi.) II n'est point nécessaire, d i l S. Thomas, (L 2. q. 114. a. 9. ad. 2.) que celui qui prie ait mérité la grâce qu'il demande, Etiam ea quæ non meremur, orando impetramus ; il suffit qu'il prie, et il l'obtiendra. En voici la raison : c'est parce que, dit le même saint docteur, meritum innililur justitiæ, sed hnpetratio innititur gratiæ.i^L. 2. q. 8 3. a. 1 6. ad 1.) La force qu'a la prière d'obtenir ne vient pas du mérite de celui qui prie, mais elle vient de la miséricorde et de la fidélité de Dieu, qui a promis gratuitement et par sa seule bonté, d'exaucer celui qui le prie. Il n'est point de nécessité absolue d'être les amis de Dieu pour en obtenir les grâces que nous demandons, alors que nous prions ; la prière en elle-même, ajoute le docteur angélique, nous rend ses amis : Ipsa oratio familiares nos Deo facit. Ce que nous ne pouvons obtenir à litre d'amis, dit également S. Jean Chrysostôme, nous l'obtenons à litre de supplians: Quod non perfecit amicitia, perfectum est ab orationc. (Homil. 5 9. ) Et Jésus-Christ, pour nous exciter davantage à prier, et pour nous assurer que nous obtiendrons la grâce alors que nous la demanderons, nous a fait cette grande et magnifique promesse, en disant : Amen, amen dico vobis, si quid petieritis patrem in nomine meo, dabit vobis. (Joan. xvi. 25.) C'est comme s'il nous avait dit : Allons, pécheurs, vous n'avez pas mérité d'être exaucés de mon père, mais lorsque vous voudrez quelque grâce, demandez-la en mon nom, c'est-à-dire, par mes mérites, el je vous promets, soyez-en certain, (Amen amen dico vobis, ce qui est un espèce de serment ) que vous obtiendrez de mon père tout ce que vous demanderez. Quidquid pctierilisy dabit vobis. Oh ! quelle douce consolation n'est-ce pas pour un pauvre pécheur, de savoir que ses péchés ne peuvent mettre d'empêchement à la réception de toutes les grâces qu'il demande, puisque Jésus-Christ a promis que Dieu nous accordera tout ce que nous demanderons par ses mérites.
Il faut cependant bien remarquer que la promesse que Dieu nous a faite d'exaucer nos prières, regarde non les biens temporels, mais seulement les biens spirituels, utiles ou nécessaires au salut de l'ame ; ces biens, nous les obtiendrons certainement, si nous les demandons au nom et par les mérites de Jésus-Christ, comme nous l'avons dit ci-dessus; mais non petitur in nomine Salvatoris quidquid contra rationem salutis petilw\dit S. Augustin (Tract. 102. in Joan.), on ne peut demander au nom du Sauveur ce qui est nuisible au salut de l'ame, et c'est pourquoi Dieu ne l'accorde pas, et ne peut pas l'accorder. Pourquoi? Parce que Dieu nous aime. Le médecin qui aime le malade, se garde bien de lui permettre de manger des mets qu'il sait devoir être contraires à sa santé. Et combien d'hommes qui ne tomberaient point dans les péchés qu'ils commettent, s'ils étaient malades ou pauvres! Plusieurs demandent à Dieu (a santé et les biens de ce monde ; mais Dieu les leur refuse, parce qu'il voit que ces choses seraient pour eux une occasion de péché, ou de tiédeur. Ainsi, quand il nous arrive de demander à Dieu ces biens temporels, que ce soit toujours avec la condition qu'ils seront utiles à notre a m c ; et lorsque nous voyons que Dieu nous les refuse, soyons certains que le Seigneur nous les refuse parce qu'il nous aime tendrement, et parce qu'il prévoit que ces choses que nous recherchons seraient nuisibles à notre salut.
Nous demandons souvent à Dieu qu'il nous délivre de quelque tentation qui vient nous molester et nous induire à perdre sa grâce ; mais Dieu ne nous en délivre point, et il permet qu'elle nous tourmente, afin que l'ame s'attache plus fortement à son saint amour. Ce ne sont ni les tentations, ni les mauvaises pensées qui nous portent préjudice, et qui nous séparent de Dieu ; mais c'est le consentement aux mauvaises choses. Lorsque l'ame, aidée de la grâce divine, résiste à la tentation, alors elle s'avance à grands pas dans la voie de la perfection. S-Paul raconte qu'étant lui même tracassé par des tentations impures, il pria trois fois le Seigneur de l'en délivrer; Datus est mihi stimulus carnis meœ, angelas satetnœ, qui me colaphizet; propter quod ter Dominum rogavi, at discederetame. Et que lui répond le Seigneur?Il lui dit : Ma grâce te suffit : Sufficit tibi gratia mea. (II. Cor. x n. 7. ) Cependant lorsque les tentations viennent nous assaillir prions le Seigneur qu'il veuille nous en délivrer, ou, du moins, qu'il nous donne la grâce nécessaire pour y résister courageusement; et lorsque nous le prions ainsi, soyons certains que le Seigneur nous prête déjà son secours. In tribulatione invocasti me, et liberavi te: exaudivi te in abscondito tempestatis (Ps. LXXXVIII.) Souvent le Seigneur nous laisse essuyer les rigueurs de la tempête pour notre plus grand bien ; mais en attendant il nous exauce en secret, nous donnant sa grâce qui nous fortifie pour combattre et nous résigner à sa volonté.
Ainsi, je le répète, nous devons demander conditionnellement toutes les grâces qui ne sont point nécessaires au salut; et si nous voyons que Dieu nous les refuse, nous devons être persuadés qu'il nous les refuse pour notre plus grand bien. Mais nous devons croire, en même temps, que Dieu ne nous refuse jamais les biens spirituels quand nous les lui demandons. Sainte Thérèse dit que Dieu nous aime plus que nous ne nous aimons nous-mêmes : c'est ce qui fait dire à S. Augustin que Dieu désire plus nous donner ses grâces, que nous ne désirons les recevoir : Plus vult ille tibi beneficia etargiri, quant tu accipere concupiscas. C'est pourquoi Sainte Marie Madeleine de Pazzi disait que Dieu est, en quelque sorte, reconnaissant envers ceux qui le prient, en sorte qu'il semble leur dire : O âme chrétienne ! je te remercie de ce que tu viens me demander ma grâce. Sans doute, parce qu'alors l'âme semble lui ouvrir la voie pour qu'il puisse répandre ses bienfaits, et contenter sa divine inclination, qui est de faire du bien à tous les hommes. Et comment pourrait-il arriver que Dieu refusât quelque chose à une âme qui ne lui demande que des choses conformes à sa volonté? Lorsque l'âme lui dit : Seigneur, je ne vous demande ni les richesses, ni les honneurs, ni aucun bien terrestre; mais je vous demande seulement votre sainte grâce : délivrez-moi du péché, donnez-moi une bonne mort, donnez-moi la gloire du ciel, et en attendant, donnez-moi votre saint amour, qui, selon S. François de Sales, est la grâce qu'il faut demander par-dessus toutes les autres, donnez-moi la résignation à votre sainte volonté, vertu en laquelle tout l'amour divin consiste; comment, dis-je, serait-il possible que Dieu se refusât à exaucer de telles prières? O mon Dieu! dit S. Augustin, quelles prières exaucerez-vous, si vous n'exaucez celles qui sont toutes selon votre divine volonté? Quas preecs exctudis, si has non exaudis? Et S. Bernard dit ensuite que, quand nous demandons ces sortes de grâces spirituelles, le désir de les obtenir nous est inspiré par Dieu lui-même : c'est pourquoi le saint docteur ajoute, en s'adressant à Dieu : Desiderium ad quid dures, nisi vetles exaudire? Donc, veut dire le saint, puisque c'est vous, Seigneur, qui m'excitez à vous demander ces grâces, je dois être certain que vous me les accorderez. Mais ce qui doit ranimer notre confiance sur toute chose » lorsque nous demandons à Dieu ces biens spirituels, ce sont ces paroles do Jésus-Christ (Luc. xi. 13.) ; Si ergo vos, cum sitis mali, nostis bona data dare filiis vestris, quanto magis Pater vester de cœlo dabit spiritum bonum petentihus se? Si vous, dit le Sauveur, qui êtes méchans et remplis d'amour propre, ne savez refuser à vos enfans les biens qu'ils vous demandent, combien plus votre Père céleste, qui vous aime beaucoup mieux que les pères n'aiment leurs enfans, vous accordera les biens spirituels lorsque vous les lui demanderez?
Prions donc, et cherchons toujours la grâce, si nous voulons opérer notre salut. Que la prière soit notre plus chère compagne et l'exercice de toute notre vie. Et lorsque nous demandons à Dieu les grâces particulières, sollicitons toujours la grâce de persévérer à l'avenir dans la prière, parce que nous serons perdus si nous cessons de prier. Rien n'est plus facile que de prier. Qu'est-ce que dire : Seigneur, assistez-moi ; Seigneur, aidez-moi, donnez-moi votre saint amour? Y a-t-il quelque chose au monde qui soit plus facile? Cependant sans cela nous ne pouvons opérer notre salut. Prions donc, et interposons toujours l'intercession de Marie dans nos prières : Qvœmmus gratiam, et per Mariam quœrumus, dit S. Bernard. Et lorsque nous nous recommandons à Marie, soyons persuadés qu'elle nous écoute, et qu'elle nous obtient ce que nous demandons. Ni le pouvoir, ni la volonté de nous aider ne peuvent manquer à Marie, dit le même saint : Nec facultas, nec voluntas illi déesse potcst. Et S. Augustin : Mcmorare, o piissima virgo Maria, non esse auditum, quemquam ad tua currentcm prœsidia, esse derelictum* Souvenez-vous, ô Marie, qu'il n'est encore jamais arrivé que celui qui a recouru à vous ait été abandonné. Oh ! non, dit S. Bonaventure, celui qui invoque Marie trouve le salut ; c'est pour cette raison qu'il l'appelait : o salus te invocantium. Prions donc toujours en invoquant Jésus et Marie, et ne nous lassons jamais de prier, «le finis ; mais avant de terminer je ne puis m'empêcher de manifester le déplaisir que j'éprouve en voyant que la sainte Écriture et les livres des saints pères insinuent si souvent la nécessité de l'exercice de la prière, tandis que les autres livres, les prédicateurs et les confesseurs en parlent peu, ou que, s'il leur arrive quelquefois d'en parler, ils le font à peine, et comme en passant. Voyant la nécessité de la prière, je dis que tous les livres spirituels devraient dire à leurs lecteurs, tous l.?s confesseurs à leurs pénitens, et tous les prédicateurs à leur auditoire : priez toujours ; et ne leur inculquer autre chose que ces paroles : priez, priez, priez, et ne cessez jamais de prier; si vous priez, vous vous sauverez certainement; si vous ne priez pas, vous vous damnerez indubitablement.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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