Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Petit traité de la nécessité de la prière, de son efficacité et des conditions avec lesquelles on doit la faire · Alphonse de Liguori

    § II : De l'efficacité de la prière

    L'Ecriture sainte fourmille de textes dans lesquels le Seigneur nous fait entendre qu'il exaucera toutes nos prières. Elle dit en un endroit : Clamabit ad me, et ego exaudiam eum. (Ps. xc. 15.) En un autre : Rogabis eum, et exaudiet te. (Job. xxii.) En un autre : Clama ad me, et exaudiam te. (Job.xxxm. 5.) Ailleurs: Invoca me, et eruam te. ( Ps. x u x. 1 5. ) Vous crierez, et je vous délivrerai du danger de vous perdre. Ailleurs : Quis invoeavit eum, etdespexit illum ? (Eccî. n. 12.) Qui est celui qui a invoqué Dieu, et que Dieu a méprisé en ne prêtant pas l'oreille à ses prières? Encore : Ad vocem clamoris tui, statim ut audierit, respondebit tibi (Is. xxx. 19.) Lorsque tu prières, le Seigneur l'exaucera à l'instant. Ailleurs : Adhuc illis bquentibus, ego audiam. ( ? s. LXV. 2 4. ) Avant qu'ils aient achevé de me demander la grâce qu'ils désirent, je les exaucerai. Et ailleurs : Benedictus Deus QUI non amovit orationem meam et misericordiam suam a me. ( Ps. LXV. 2 0. ) Notre prière est toujours unie à la miséricorde de Dieu. Ce passage fait dire à S. Augustin, que lorsque nous prions nous devons être dans la joie, parce que nous devons être assurés que déjà Dieu nous exauce : Cum videris a te non amotam deprecalionem tuam, securus esto quod non est a te amota misericordia ejus. Et ailleurs : Quodcumque volueritis, petite et fiet vobis. (Joan. xv. 7.)Il suffit que vous demandiez çe que vous désirez, pour qu'il vous soit accordé.

    C'est ce qui fait dire à Théodoret que la prière est toute puissante : elle est une, mais elle peut tout obtenir : Oratio cum sit una, omnia potest. Et S. Bonaventure dit que par la prière on fait l'acquisition de tous les biens, e l o n obtient la délivrance de tous les maux : Per ipsam impe~ tratur obtentio omnis boni, et liberatio ab omni malo. Et lorsqu'il arrive, ajoute S. Bernard, que le Seigneur nous refuse ce que nous lui demandons, nous pouvons regarder comme une chose certaine qu'il nous accorde une grâce bien plus utile que celle que nous avions désirée. Seigneur, disait le prophète David, vous êtes plein de bénignité et de miséricorde envers ceux qui vous invoquent: Tu, Domine, suavis et mitis, et multce miscricordiœ omnibus invocantibus te. (Ps. LXXXV.) Et S. Jacques dit : Si quis vestrum indiget sapientia, postulet à Deo, qui dat omnibus affluenter, née improperat* (Jac. i. 5. ) Cet apôtre nous assure que le Seigneur ne donne point avec épargne à ceux qui le prient, comme les hommes du siècle, parce que les richesses de ce monde sont finies \ au lieu que les richesses de Dieu étant infinies, il n'est pas moins riche après avoir beaucoup donné qu'avant ; c'est pourquoi dat affluenter, c'est-à-dire qu'il n'est point avare, et qu'il donne plus qu'on ne lui demande. Nec improperot, il ne nous reproche point les fautes que nous avons commises, lorsque nous lui adressons nos prières pour lui demander ses grâces.

    Ceci arrive parce que la bonté de Dieu est diffusive, d'où il suit que Dieu qui, de sa nature, est infiniment bon, Deus cujus natura est bonitas dit S. Léon, a un désir parfait de nous communiquer ses biens et sa félicité. C'est pour cela qu'il est plein de sollicitude pour notre bonheur. Dominus sollicitus est mei, disait David, (Ps. xxxix. 4 8. ) et c'est ce qui faisait dire au saint roi : In quacumque die invocavero te, ecce cognovi quia Deus meus es. (Ps. LV. 1 0. ) Seigneur, voulait-il dire, lorsque je vous appelle, je reconnais que vous êtes mon Dieu, savoir, un Dieu de bonté infinie qui désirez que l'homme vous prie pour le combler de vos biens; car à peine avons•*nous ouvert la bouche pour vous demander votre grâce, que vous nous l'accordez aussitôt. Un pauvre lépreux se présenta un jour devant notre Sauveur, et lui dit : Domine, si vis, potes me mundare. Le Sauveur lui répondit : Volo, mundare. (Malt. v m. 2. ) C'est comme s'il lui avait d i l : Ah ! mon enfant, lu doutes que je veuille le guérir? Ne sais-tu pas que je suis ton Dieu, et que je désire voir tous les hommes heureux? Et pourquoi suis-je descendu du ciel en terre, si ce n'est pour les rendre tous satisfaits? Oui, je le veux, sois guéri.

    Plusieurs se plaignent de ce que Dieu ne leur accorde pas toutes les grâces qu'ils désirent : mais S. Bernard dit que c'est plutôt Dieu qui se plaint d'eux, parce qu'ils ne prient pas, et qu'ils le forcent, par-là, à devenir avare des biens qu'il nous réserve et qu'il désire ardemment répandre sur nous. Mulli queruntur déesse sibi gratiam, sed mallo juslius, gratia qiiereretur desse sibi midlos. Non, ne vous plaignez point de moi, dit le Seigneur, si vous n'avez point reçu les grâces qui vous étaient nécessaires;- mais plaignez-vous de vous - même, parce que vous ne me les avez point demandées, et qu'ainsi vous ne les avez point reçues; demandez-les à l'instant même, et vous serez pleinement satisfaits. Usque modo non petistis quidquam, petite et accipietis, ut gaudium vestrum sit plénum. (Joan. xvi. 2 4. )

    Les anciens solitaires tinrent un jour conseil ensemble pour voir quel était l'exercice le plus utile pour assurer le salut éternel ; et ils conclurent que c'était l'oraison de pétition qui consiste à dire souvent ces paroles : Deus, in adjutorium meum intende. Et le père Paul Segneri disait en parlant de lui-même, qu'il s'appliquait au commencement à produire des affections dans la méditation ; mais qu'ayant reconnu plus tard la grande utilité de la prière, ainsi que sa nécessité, il faisait en sorte de prier le plus qu'il pouvait. Mais comment se fait-il que plusieurs prient sans obtenir ensuite? Ils prient, mais ils ne prient pas comme ils devraient prier, et voilà pourquoi ils n'obtiennent pas. Pelilis el non accipitis, eo quod male petatis. (Jac. iv. 3.) Plusieurs demandent la grâce, mais ils ne la demandent pas avec les conditions requises. Voyons donc quelles sont les conditions nécessaires à la prière, pour qu'elle nous obtienne la grâce.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de Petit traité de la nécessité de la prière, de son efficacité et des conditions avec lesquelles on doit la faire

    3 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.