Onze discours pour la neuvaine de Noël · Alphonse de Liguori
IIIe discours : Le Verbe éternel de Seigneur s’est fait esclave
Humiliavit semetipsum formam servi accipiens. (Phil. ii. 8.)
En considérant la miséricorde infinie de Dieu dans l’œuvre de la rédemption, S. Zacharie s’écrie avec raison : Benedictus Dominus Deus Israel, quia visitavit et fecit redemptionem plebis suæ. (Luc. i. 68.) Bénissons à jamais le nom de Dieu qui a daigné descendre sur la terre et se faire homme pour racheter les hommes. Ut sine timore, de manu inimicorum nostrorum liberati, serviamus illi. Afin que dégagés des chaînes du péché et de la mort, et libres de l’esclavage où nous tenaient nos ennemis, nous puissions d’abord, sans crainte et en qualité d’enfans de Dieu, servir et aimer notre père dans cette vie, et ensuite le posséder et jouir face à face de sa présence dans le royaume des bienheureux, qui, d’abord fermé pour nous, nous a été ouvert par notre Sauveur. Nous étions tous esclaves de l’enfer ; mais qu’a fait le Verbe éternel, notre Seigneur suprême, pour nous délivrer de cet esclavage? De Seigneur il s’est fait esclave lui-même. Considérons dans cet acte l’esprit de miséricorde et le sentiment d’amour infini qui l’ont produit. Prions d’abord Jésus et Marie de nous éclairer.
Dieu est Seigneur de tout ce qui est, de tout ce qui peut être dans le monde. In ditione tua cuncta sunt posita; tu enim creasti omnia. Qui peut contester à Dieu le domaine suprême, universel, puisqu’il est le créateur et le conservateur de tout? Et in vestimento et in femore suo scriptum : rex regum et Dominus dominantium. (Apoc. xix. 16.) Maldonat expliquant ces mots in femore donne à entendre que la grandeur et la majesté viennent au roi de la terre des objets extérieurs, par faveur ou concession du roi suprême qui est Dieu ; mais que ces qualités sont inhérentes à la nature même de Dieu qui, étant Dieu, ne peut pas ne pas être Seigneur du monde entier. Ce roi suprême dominait au ciel sur les anges, et ici-bas sur toutes les créatures, excepté sur le cœur des hommes qui malheureusement vivaient sous l’esclavage du démon. Oui, le démon, avant l’avènement de Jésus-Christ, était le Seigneur ou le tyran des hommes, et il se faisait adorer par eux comme Dieu; on l’encensait, on lui offrait des sacrifices, non-seulement de victimes choisies parmi les animaux, mais encore de victimes humaines ; les pères immolaient leurs enfans, des insensés s’immolaient eux-mêmes. Et le tyran infernal, que rendait-il aux hommes qui le servaient pour prix de leurs sacrifices? Il tourmentait leurs corps, aveuglait leur esprit, et par un chemin de douleur il les conduisait misérablement à la mort éternelle. Ce fut pour abattre sa tyrannie que le Verbe éternel s’incarna. Ainsi le Verbe est venu pour tirer les hommes de l’horrible servitude où ils étaient plongés, leur faire éviter les ténèbres de la mort, briser à jamais leurs ignominieuses chaînes et leur montrer la véritable voie de salut, afin qu’ils pussent servir exclusivement leur maître légitime qui les aimait comme un père. En un mot, il a voulu d’esclaves de Lucifer faire de tous les hommes des enfans de Dieu, ut sine timore, etc. Le prophète Isaïe avait déjà prédit que notre Rédempteur devait détruire l’empire du démon sur les hommes : Sceptrum exactoris ejus superasti. (Isa. ix. 4.) Pourquoi Isaïe appelle-t-il le démon exactor? Parce que ce tyran, répond S. Cyrille, exige des pauvres pécheurs sur lesquels il domine un tribut considérable de passions, de ressentimens et d’inclinations perverses, avec lesquelles il les attache à lui de plus en plus en même temps qu’il les tourmente. Mais comment le Seigneur est-il venu pour nous délivrer de la servitude de cet ennemi? comment a-t-il opéré notre délivrance. Cum in forma Dei esset, dit l’apôtre (ad Philip. II. 5.), non rapinam arbitratus est esse se æqualem Deo ; sed semetipsum exinanivit, formam servi accipiens, in similitudinem hominum factus. Il était déjà fils unique de Dieu, égal à son père, éternel comme son père, sage, tout-puissant, immense, heureux, Seigneur suprême du ciel et de la terre, des anges et des hommes, de même que son père; mais pour l’amour des hommes il s’est abaissé jusqu’à prendre la forme d’un esclave en se revêtant de chair humaine, et en se faisant semblable aux hommes ; et comme ceux-ci, par suite de leurs péchés, étaient devenus esclaves du démon, il a fallu qu’il prît leurs formes afin de les racheter au prix de son sang et de sa vie, et satisfaire la justice divine en souffrant lui-même la peine qui leur était due. O si la sainte foi ne nous assurait tous ces prodiges, qui pourrait y croire? qui aurait pu les espérer? Mais la foi nous enseigne et nous rend certains que ce Seigneur suprême de tout exinanivit semetipsum, formam servi accipiens.
Depuis sa plus tendre enfance, le Rédempteur voulut, en se faisant esclave, commencer à dépouiller le démon de l’empire qu’il avait sur l’homme comme Isaïe l’avait prédit: Voca nomen ejus, accelera, spolia, detrahere festina, prædare. (Is. viii. 5.) Ce que S. Jérôme explique par ces termes : Hoc est; ne ultra patiatur regnare diabolum. A peine Jésus est-il né, dit Bède, que pour obtenir notre délivrance de l’esclavage du démon, il commence à prendre la forme et les fonctions d’esclave, en se faisant inscrire au nombre des sujets de César pour le paiement du cens : Mox natus censu Cæsaris adscribitur et ob nostri liberutionem ipso servitio adscribitur. (Beda in Luc. 2.) Pour commencer à payer notre dette au moyen de ses souffrances et pour montrer en même temps par quelque signe qu’il s’est soumis aux charges de la servitude où il vient d’entrer, il se laisse emprisonner dans son maillot, symbole des liens dont les bourreaux devaient un jour l’entourer pour le conduire à la mort. Patitur Deus, dit un auteur, se pannis alligari, eo quod venerat mundi debita soluturus. Il se soumet ensuite et pour tout le temps de sa vie à l’obéissance envers un homme et une Vierge : Erat subditus illis. (Luc. 2.) Le voilà plus tard comme ouvrier dans cette pauvre maison de Nazareth, employé par Joseph et par Marie, tantôt à dégrossir le bois que Joseph devait travailler, tantôt à recueillir les fragmens qui ne pouvaient servir que pour le feu, ou à balayer la maison, à puiser de l’eau, à ouvrir et à fermer la boutique. Comme Marie et Joseph étaient pauvres, dit S. Basile, et qu’ils étaient obligés de vivre de leur travail, Jésus, pour s’exercer à l’obéissance, et leur montrer en même temps le respect qu’il avait pour eux, cherchait à faire, autant qu’il le pouvait, tout ce qu’il y avait de pénible dans la maison : In prima ætate, subditus parentibus omnem laborem corporalem obedienter sustinuit. Cum enim illi essent pauperes, merito laboribus dediti erant. Jesus autem, his subditus, omnium etiam simul perferendo labores, obedientiam declarabat. (Instit. monach. cap. 4.) Un Dieu qui sert, qui balaie la maison, qui se livre à des travaux pénibles ! Oh ! qu’une seule de ces pensées devrait nous embraser d’amour!
Lorsqu’ensuite le Sauveur commença de prêcher il devint serviteur de tout le monde, déclarant lui-même qu’il n’était pas venu pour être servi, mais pour servir les autres : Filius hominis non venit ministrari sed ministrare. (Matth. xx. 28.) Comme s’il eût dit, suivant le commentaire de Cornelius à Lapide : Ita me gessi et gero ut velim omnibus ministrare quasi omnium servus. Même Jésus-Christ à la fin de sa vie ne se contenta pas, dit S. Bernard, d’avoir la forme d’un serviteur, il voulut même ressembler à un méchant serviteur afin d’être plus rigoureusement châtié, et de souffrir ainsi la peine qui nous était due comme esclaves que nous étions de l’enfer en punition de nos péchés. Non solum formam servi accipiens, ut subesset, sed etiam mali servi, ut vapularet, et servi peccati pœnam solveret. Voici enfin que le Seigneur, dit Grégoire de Nisse, serviteur obéissant de tous, se soumet à la sentence de Pilate tout injuste qu’elle est, et se livre aux bourreaux qui le tourmentent et le crucifient. Omnium Dominus judicis sententiæ subjicitur, omnium rex carnificum manum experiri non gravatur. (Tom. ii.cap.7.) S. Pierre avait dit: Tradebat autem judicanti se injuste. (I.Petr.ii.23.) Tel qu’un serviteur qui se soumet sans murmure au châtiment qu’il mérite, cum malediceretur, non maledicebat; cum pateretur, non comminabatur. Ainsi ce Dieu nous a tant aimés que jusqu’à sa mort il a voulu obéir comme serviteur, et mourir ensuite douloureusement par un supplice ignominieux, tel que celui de la croix, qui n’était infligé qu’aux esclaves. Factus obediens usque ad mortem, mortem autem crucis. (Philip. xi. 8.) Il obéit non comme Dieu, mais comme homme, comme esclave, formam servi accipiens, etc. Quand S. Paulin se dévoua à la servitude pour racheter le fils d’une pauvre veuve, il fit admirer cet acte généreux de charité. Mais qu’est-ce que cette charité au prix de celle de notre Rédempteur qui, étant Dieu, et voulant nous racheter de l’esclavage du démon et de la mort qui nous était due, se fait esclave lui-même, se laisse garrotter avec des cordes et attacher sur une croix où il perd la vie au milieu d’un océan de douleur et d’ignominie. Afin que le serviteur devînt maître, dit S. Augustin, Dieu voulut se faire serviteur : Ut servus in Dominum verteretur, formam servi Dominus accepit.
O mira circa nos tuæ pietatis dignatio! O inestimabilis dilectio caritatis! s’écrie la sainte Église (In sab. S. Exult.) ô œuvre admirable de miséricorde ! O complaisance inappréciable de l’amour divin ! Ut servum redimeres, filium tradidisti. O Dieu de majesté infinie, vous avez eu tant d’amour pour les hommes, que pour racheter ses serviteurs ingrats, vous avez livré à la mort votre propre fils! Mais s’écrie Job à son tour : Quid est homo quia magnificas eum? aut quid apponis erga eum cor tuum? (Job.vii.1.) Qu’est-ce que l’homme, vile créature ingrate, que vous veuilliez le rendre si considérable en l’honorant et en l’aimant autant que vous le faites? Que vous importe le salut de l’homme ou sa perte? Pourquoi votre cœur semble-t-il n’avoir de sentiment que pour aimer l’homme et le rendre heureux?
Réjouissez-vous donc, ames dévotes qui aimez Dieu et qui espérez en lui, rejouissez-vous. Si le péché d’Adam et vos propres péchés surtout vous ont fait un grand tort, considérez le bien immense de la rédemption, bien mille fois plus grand que ce que vous avez perdu. Ubi abundavit delictum superabundavit gratia. (Rom. v. 20.) Le bien que nous avons acquis, dit S. Léon, par la grâce du Rédempteur est bien plus grand que ce que nous a fait perdre la malice du démon : Ampliora adepti sumus, per Christi gratiam, quam per diaboli amiseramus invidiam. (Ser. i. de Ascens.) Isaïe avait déjà prédit que par le moyen de Jésus-Christ l’homme recevrait de Dieu de plus grandes grâces que n’étaient graves les peines qu’il aurait encourues par ses péchés. Suscepit de manu Domini duplicia pro omnibus peccatis suis. (Isa. xl. 2.) L’interprète Adam dans Cornelius à Lapide, explique ainsi ce texte : Deus ita dimisit Ecclesiæ iniquitates per Christum, ut duplicia (id est multiplicia bona) susceperit pro pœnis peccatorum quas merebatur. Le Seigneur a dit : Ego veni ut vitam habeant et abundantius habeant. (Jo. x. 10.) Je suis venu donner la vie à l’homme et une vie plus abondante que celle qu’il avait perdue par le péché : Non sicut delictum ita et donum. (Roman. v. 15.) Le péché de l’homme a été grand, mais le bienfait de la rédemption, dit l’apôtre, a été plus grand encore; car elle n’a pas seulement apporté au mal un remède suffisant, mais elle a fourni au pécheur une grâce surabondante. Et copiosa apud eum redemptio. (Psal.cxxix.) Le sacrifice de la vie de Jésus-Christ, dit S. Anselme, a excédé de beaucoup la dette des pécheurs. Vita hominis illius superat omne debitum quod debent peccatores (De red. hom. c. v.) De là cette expression de l’Église qui appelle heureuse la faute d’Adam : O felix culpa quæ tantum meruit habere Redemptorem. Le péché, il est vrai, a obscurci pour nous la connaissance des verités éternelles, et il a introduit dans notre ame l’appétit et le désir des biens sensibles, defendus par la loi divine ; oui, mais combien de secours, combien de moyens Jésus-Christ ne nous a-t-il point procurés par ses mérites pour acquérir les lumières nécessaires pour nous conduire et la force de vaincre tous nos ennemis et de nous avancer dans les voies de la vertu. Les sacremens, le sacrifice de la messe, la prière à Dieu par l’intermédiaire de Jésus-Christ, oh! que ce sont là des armes puissantes pour obtenir la victoire sur les tentations et en même temps pour parcourir sans obstacle la carrière de la perfection. Il est certain que c’est avec ces mêmes moyens qui nous sont donnés que tous les saints de la loi nouvelle ont acquis le rang qu’ils occupent. C’est donc notre faute, si nous ne voulons pas nous en servir.
Oh ! combien nous devons rendre grâce à Dieu qui nous a fait naître depuis la venue du Messie! Que de plus grands biens nous avons reçus depuis notre rédemption ! Combien Abraham, les prophètes et les patriarches de l’ancienne loi ne désiraient-ils pas la naissance du Rédempteur! mais ils ne la virent pas ; ils importunèrent presque le ciel par leurs soupirs et par leurs prières : Rorate cœli desuper, s’écriaient-ils, et nubes pluant justum. (Isa.xlv.8.) Ouvrez votre sein, ô cieux, et envoyez-nous le juste, afin qu’il puisse apaiser le courroux de Dieu, puisque nous ne pouvons, nous misérables pécheurs, obtenir notre pardon. Emitte agnum dominatorem terræ. (Isa. xvi. 1.) Envoyez, Seigneur, l’agneau sans tache, qui s’immolant lui-même, satisfera pour nous votre justice, et régnera ainsi sur le cœur des hommes qui maintenant vivent misérablement sous les chaînes du démon. Ostende nobis misericordiam tuam et salutem tuum da nobis. (Psalm. viii. 8.) De toutes vos miséricordes, Seigneur, montrez-nous celle que nous désirons avec le plus d’ardeur, celle que vous nous avez promise: montrez-nous notre Rédempteur. Ils priaient, ils soupiraient, mais c’était en vain. Quatre mille ans devaient s’écouler depuis la création du monde avant l’apparition du Messie. Ce bonheur nous était réservé: mais helas! que faisons-nous? quel parti savons-nous tirer de ce grand événement. Ah ! aimons bien cet aimable Rédempteur qui est déjà venu, qui nous a rachetés des mains de nos ennemis, qui en mourant lui-même nous a délivrés de la mort éternelle que nous avions méritée, nous a ouvert le paradis, nous a donné tant de sacremens, nous laisse tant de secours, tant de moyens de le servir et de l’aimer en paix dans cette vie, pour aller ensuite dans l’autre le chercher et le posséder! Fuit ille, dit S. Ambroise, pannis involutus, ut tu laqueis absolutus sis ; illius paupertas meum patrimonium est; infirmitas Domini mea est virtus; lacrymæ illæ mea delicta lavarunt. Tu serais trop ingrate envers Dieu, ô mon ame, si tu ne l’aimais point après tout ce qu’il a fait, il a voulu être enveloppé dans ses langes pour te délivrer des lacs de l’enfer; il s’est fait pauvre pour que tu pusses prendre part à ses richesses ; il s’est montré faible pour te donner de la force contre tes ennemis ; il a souffert ; il a versé des larmes, pour que ces larmes lavassent tous tes péchés.
Mais ô mon Dieu, qu’il est borné le nombre de ceux qui ont été reconnaissans envers vous, et que vous avez trouvés fidèles à votre amour. Hélas! la plus grande partie des hommes, après un tel bienfait, un tel acte de miséricorde et d’amour, disent à Dieu : Non, Seigneur, nous ne voulons point vous servir ; nous aimons mieux être les esclaves du démon, dévoués aux peines de l’enfer, que d’être vos serviteurs. Mais le Seigneur à son tour répond à ces ingrats : Rupisti vincula mea; dixisti : non serviam. (Jer. ii. 20.) Que dites-vous? Mon frère, avez-vous été un de ces malheureux? Eh! bien, dites-moi : qu’avez-vous gagné à vivre éloigné de Dieu, et dans l’esclavage du démon? Votre cœur a-t-il goûté la paix? Ah prenez-y garde: la parole divine ne manque pas : Eo quod non servieris Domino Deo tuo in gaudio, servies inimico tuo in fame et siti et nuditate, et omni penuria. (Deuter. xxviii 47.) Puisque tu n’as point voulu servir ton Dieu, tu serviras ton tyran; mais jette les yeux sur toi-même : vois comme il t’a traité. Il t’a fait gémir comme un esclave sous le poids des chaînes, pauvre, affligé, privé de toute consolation intérieure. Mais relève-toi, Dieu te parle, tu peux encore te dégager de ces chaînes de mort qui t’oppressent : Solve vincula colli tui, captiva filia Sion. (Is. lii. 2.) Hâte-toi, maintenant qu’il en est temps encore, romps les liens, pauvre ame captive, qui t’es volontairement rendue l’esclave de l’enfer; brise ces nœuds qui te retiennent et te poussent vers l’enfer. Viens, dit le Seigneur, et désormais ne porte que mes chaînes; chaînes d’or, chaînes d’amour, chaînes de paix, chaînes de salut. Vincula ejus alligatura salutaris. (Eccl. vi. 31 )
Mais de quelle manière les ames s’unissent-elles à Dieu ? Par l’amour : Caritatem habete quod est vinculum perfectionis. (Coloss. iii. 14.) Quand une ame n’a pas d’autre aiguillon que la crainte du châtiment, et que cette crainte seule l’empêche de pécher, elle est toujours en grand péril de rechute. Mais celui qui s’attache à Dieu par amour peut être assuré qu’il ne le perdra jamais tant qu’il l’aimera ; et pour cela il est nécessaire que nous demandions toujours à Dieu le don de son saint amour, en le priant toujours, et en lui disant: Seigneur, retenez-moi toujours, ne souffrez pas que je me sépare de vous et de votre amour. La seule crainte que nous pouvons désirer et demander à Dieu c’est celle de déplaire à ce bon père. Ayons aussi recours à notre Mère, prions la très-sainte Vierge Marie d’obtenir pour nous la grâce de n’aimer que Dieu seul, et de nous unir si bien à son fils par l’amour, que le péché ne puisse plus nous diviser.
Colloque.
O mon Jésus, pour l’amour de moi, et pour me délivrer des chaînes de l’enfer, vous avez voulu vous faire esclave, non-seulement de votre père, mais encore des hommes et des bourreaux jusqu’à perdre la vie; et moi, pour de vils plaisirs, je me suis dégagé de votre service, et je suis devenu esclave du démon. Je maudis mille fois ces momens, où usant si mal de ma liberté, j’ai méprisé votre grâce, ô majesté infinie ! Ah ! pardonnez-moi, et attachez-moi à vous avec cette aimable chaîne d’amour que vous employez pour réunir vos ames bien-aimées. Je vous aime, ô Verbe incarné, mon souverain bien ! Je ne désire aujourd’hui que vous aimer, je ne crains que d’être privé de votre amour. O mon Jésus ! par toutes les peines de votre vie et de votre mort, ne souffrez pas que je vous quitte jamais : Ne permittas me separari a te. Ah ! mon Dieu, si après tant de grâces que vous m’avez faites, tant de fois que vous m’avez pardonné, que vous m’avez envoyé la lumière, que vous m’avez invité si affectueusement à vous aimer, si je vous tournais encore une fois le dos, malheureux que je suis, quel pardon pourrais-je encore espérer do vous ! comment n’aurais-je pas à craindre d’être précipité par vous aux enfers? Ah! je le répète, Ne permittas me separari a te. O Marie, mon refuge, vous avez été jusqu’à présent l’heureuse médiatrice qui a obtenu pour moi miséricorde; aidez-moi maintenant, et demandez pour moi mille morts avant que j’aie le malheur de perdre de nouveau la grâce de Dieu.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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