Onze discours pour la neuvaine de Noël · Alphonse de Liguori
IIe discours : Le Verbe éternel de grand s’est fait petit
Parvulus natus est nobis, Filius datus est nobis. (Is. xi. 6.)
L’amour, disait Platon, est l’aimant de l’amour. De là est sorti le proverbe rapporté par S. Jean Chrysostôme : Si vis amari, ama. Le meilleur moyen, en effet, d’obtenir l’affection d’une personne c’est de l’aimer et de lui faire connaître qu’elle est aimée. Mais cette règle, ô mon Jésus, commune à tous, ne paraît pas être faite pour vous, car les hommes sont reconnaissans envers tous excepté envers vous. Il n’est pas possible que vous fassiez plus que vous n’avez fait pour prouver votre amour aux hommes et vous en faire aimer. Et pourtant, combien peu vous aiment ! O mon Dieu le plus grand nombre, disons mieux presque tous, vous négligent, vous oublient, vous offensent, vous dédaignent. Faut-il que nous aussi, nous soyons au nombre de ces ingrats? Oh! non, il ne le mérite point ce Dieu si bon, si aimant, qui de grand et d’infini qu’il était, a voulu se faire petit pour que nous l’aimassions. Demandons à Jésus et à Marie qu’ils nous éclairent.
Pour bien entendre combien il a fallu d’étendue, dans l’amour divin, pour se faire homme et prendre la forme d’un petit enfant, il faudrait connaître aussi toute la grandeur de Dieu. Mais quel homme, quel ange même pourrait concevoir la grandeur de Dieu qui est infinie. Dire de Dieu qu’il est plus grand que les cieux, que les rois, que les saints, que les anges, ce serait, dit S. Ambroise, faire injure à Dieu, comme se serait offenser un prince puissant que de lui dire qu’il est plus grand qu’un brin d’herbe ou qu’un moucheron. Dieu est la grandeur même, et toutes les grandeurs de l’univers ne sont qu’une infiniment petite parcelle de la grandeur de Dieu. David réfléchissant à la grandeur divine, et ne pouvant parvenir à la concevoir, ne pouvait que s’écrier : Domine quis similis tibi! (Psal. xxxiv. 10.) Quelle grandeur, ô mon Dieu, est comparable à la vôtre. Mais comment David, dont l’intelligence était finie, aurait-il pu comprendre une qualité infinie? Magnus dominus et laudabilis nimis; et magnitudinis ejus non est finis. (Psalm. cxxxxiv. 3.) Cælum et terram ego impleo. (Jerem. xxiii. 24.) Ainsi nous tous, nous ne sommes que des êtres pleins de misère qui, semblables à d’imperceptibles mollusques, vivons dans cet immense océan de l’essence de Dieu. In ipso vivimus, movemur et sumus. (Act. xvii. 28.)
Que sommes-nous donc respectivement à Dieu ? Que sont tous les hommes, tous les monarques de la terre, tous les saints, tous les anges du ciel, en comparaison de l’infinie grandeur de Dieu ? Tous ensemble, nous sommes mille fois moins que n’est un grain de sable comparé à tout l’univers: Ecce gentes quasi stilla situlæ ; quasi pulvis exiguus. (Isa. xl. 15.) Omnes gentes quasi non sint, sic sunt coram eo. (Ibid. xvii.)
Or, ce Dieu si grand s’est fait petit enfant; et pour qui ? Parvulus natus est nobis ; pour nous donc.
Pourquoi ? Ille parvulus, répond S. Ambroise, ut vir possis esse perfectus; ille involutus pannis, ut tu a mortis laqueis absolutus sis, ille in terris ut tu in cœlis. (In Lucam, lib. 2. cap. 2.) Il s’est fait petit pour nous faire grands; il a voulu être enveloppé de langes, pour nous délivrer des chaînes de la mort; il est descendu sur la terre, pour que nous puissions monter au ciel.
Voilà donc l’être immense devenu faible enfant, celui que les cieux ne peuvent contenir, le voilà couvert de lambeaux, dans une crèche où mangeaient la veille de vils animaux, sur un peu de paille qui lui sert de lit et d’oreiller: Videas potentiam regi, dit S. Bernard, sapientiam instrui, virtutem sustentari, Deum lactantem et vagientem, sed miseros consolantem. Regardez un Dieu qui peut tout, pressé dans des langes qui ne lui permettent pas de se mouvoir; un Dieu qui sait tout et qui ne peut parler; un Dieu qui gouverne le ciel et la terre, qu’on doit porter dans ses bras; un Dieu qui pourvoit tous les hommes et tous les animaux, qui a besoin d’un peu de lait pour se nourrir; un Dieu qui console les affligés et qui est la joie du paradis, pleurant, gémissant, cherchant qui le console lui-même.
En un mot, dit S. Paul, en descendant sur la terre, le fils de Dieu s’est en quelque sorte anéanti : Semetipsum exinanivit. (Philip. ii. 5.) Et pourquoi? pour être aimé de l’homme et le sauver : Ubi te exinanivisti, dit S. Bernard, ibi pietas, ibi caritas magis effulsit. Oui, mon Rédempteur chéri, plus vous vous abaissâtes en devenant homme et enfant, plus vous nous prouvâtes la grandeur de votre miséricorde et de votre amour qui voulait nous sauver. Les Hébreux avaient la connaissance du vrai Dieu qui s’était manifesté à eux par plusieurs signes; ce n’était pas assez pour eux : ils voulaient voir Dieu face à face. Dieu trouva le moyen de satisfaire ce désir. Il se fit homme pour se rendre visible : Sciens Deus visendi se desiderio cruciari mortales, unde se visibilem faceret, hoc elegit. (S. Petr. Chrysol. serm. 47.) Pour se rendre plus cher aux hommes, il voulut qu’on le vît sous la forme d’un enfant; l’aspect d’un enfant est toujours agréable : Se parvulum exhibuit, ut seipsum faceret gratum. (Id.) Il s’humilia au point de paraître sous la forme d’un enfant pour mieux obtenir notre affection : Exinanitio facta ad usum nostrum. (S. Cyr. Alex.) Le prophète Ezechiel eut donc raison de dire: O Verbe incarné, que le temps de votre venue sur la terre serait le temps de l’amour : Ecce tempus tuum, tempus amantium. (Ezech. xvi. 8.) N’est-ce pas en effet pour être aimé de nous que Dieu nous a donné tant de marques d’amour : Ad nihil amat Deus nisi ut ametur, dit S. Bernard. Dieu lui-même l’avait dit dès les premiers temps : Et nunc, Israël, quid Dominus Deus tuus petit a te, nisi ut timeas... et diligas eum. (Deuter. x. 12.)
Pour nous contraindre à l’aimer, Dieu n’a pas voulu s’en rapporter à d’autres que lui; il est venu lui-même se faire homme pour nous racheter. S. Jean Chrysostôme fait une belle réflexion sur ces paroles de l’apôtre : Non enim angelos apprehendit, sed semen Abrahæ. Quare, demande-t-il, non dixit : Suscepit, sed apprehendit. Pourquoi S. Paul n’a-t-il pas dit simplement que Dieu prit chair humaine, au lieu d’employer le mot apprehendit qui semble signifier qu’il la prit en quelque sorte par force ? S. Chrysostôme répond que ce mot a été employé ex metaphora insequentium eos qui versi sunt, pour faire entendre que Dieu désirait être aimé des hommes qui lui tournaient le dos et ne lui tenaient aucun compte de son amour; ce qui fut cause que Dieu descendit du ciel et s’incarna pour se faire aimer comme par force par l’homme ingrat qui le fuyait.
Nous avons vu pourquoi le Verbe se fit homme et enfant; il aurait pu venir sur la terre, homme parfait, comme le premier homme Adam ; mais la forme gracieuse de l’enfance lui parut plus propre à exciter l’amour. Les enfans par eux-mêmes se font aimer et s’attirent la bienveillance de ceux qui les regardent, c’est ce que dit S. François de Sales : Le Verbe se fait voir sous la forme d’un enfant pour exciter plus d’intérêt chez les hommes : Et qualiter venire debuit, dit S. Chrysostôme, qui voluit pellere timorem, quærere caritatem. Infantia hæc, quam barbariem non vincit, quam duritiem non solvit, quid non amoris expostulat? Sic ergo nasci voluit, qui amari voluit, non timeri. (Serm. 158.) Si notre Seigneur, veut dire le saint, avait prétendu en venant sur la terre se faire craindre et respecter, il se serait plutôt présenté sous la forme d’un homme accompli, entouré de la dignité royale; mais comme il ne cherchait qu’à gagner les cœurs, il se montra comme un pauvre enfant, né dans une caverne entre deux animaux, placé dans une crèche, étendu sur la paille, sans langes et sans feu : Sic nasci voluit, qui amari voluit, non timeri. Oh ! Seigneur qui peut donc vous avoir porté à descendre du trône du ciel pour venir naître dans une étable? L’amour que vous avez pour les hommes, qui de la droite du Père où vous êtes assis, vous a placé dans une crèche? qui, de votre royaume placé au-dessus des étoiles, vous a étendu sur cette paille? qui, du milieu des anges, vous a conduit entre deux animaux? c’est l’amour. Vous embrasez les chérubins, et vous tremblez de froid ! vous soutenez les cieux, et il faut qu’on vous porte ! vous nourrissez les hommes et les bêtes, et un peu de lait vous est nécessaire ! Vous donnez le bonheur aux autres, et vous poussez des cris, vous pleurez ! Qui vous a donc réduit à tant de misère? l’amour. Sic nasci voluit, etc.
Aimez donc, aimez, ames chrétiennes, s’écrie S. Bernard, aimez cet enfant si aimable : Magnus Dominus et laudabilis nimis. Parvulus Dominus et amabilis nimis. (Serm. 47. in Cant.) Oui ! continue le saint, ce Dieu était de toute éternité, comme il l’est aujourd’hui, digne de louange et de respect pour sa grandeur, comme le disait le roi David: Magnus et laudabilis. Maintenant que nous le voyons tout enfant, ayant besoin de lait, ne pouvant bouger, tremblant de froid, criant, pleurant, cherchant des bras pour le recevoir, quelqu’un qui le réchauffe et l’apaise, oh ! qu’il est devenu aimable et cher à nos cœurs ! Parvulus et amabilis nimis. Nous devons l’adorer comme Dieu, mais l’amour en nous doit égaler le respect : Puer cum pueris, nous dit S. Bonaventure, cum floribus, cum brachiis libenter esse solet. Si nous voulons plaire à cet enfant, veut dire le saint, il faut avant tout que nous devenions enfans avec lui, c’est-à-dire, simples et humbles; que nous lui portions ensuite des fleurs de vertu, de douceur, de pénitence, de charité, que nous le recevions avec amour dans nos bras. Que te faut-il encore, ô homme! ajoute S. Bernard ; vois les fatigues, les peines que son ardent amour lui a fait supporter depuis qu’il est venu du ciel sur la terre pour te chercher : Oh! quanto labore et quam ferventi amore quæsivit animam tuam amorosus Jesus! L’entends-tu, né à peine, t’appeller à lui par ses cris, comme s’il te disait : Mon ame, je te cherche; c’est pour toi, pour te gagner à moi que je suis venu du ciel sur la terre : Virginis uterum vix egressus dilectam animam tuam more infantium vocat, a, a, anima mea, anima mea, te quæro, pro te hanc peregrinationem assumo.
O Dieu, jusqu’aux bêtes, si nous leurs faisons du bien, si nous leurs donnons quelque chose, elle nous montrent leur reconnaissance; elles s’approchent de nous, elles nous obéissent à leur manière, elles montrent du plaisir en nous voyant. Et nous, comment sommes-nous si ingrats encore, Dieu qui s’est donné lui-même à nous, est venu du ciel, s’est fait enfant pour nous sauver et obtenir notre amour. Allons donc, aimons l’enfant de Bethléem: Amemus puerum de Bethlehem, s’écriait amoureusement S. François, aimons Jésus-Christ qui avec tant de peines et de souffrances a cherché à gagner nos cœurs.
Par amour pour Jésus-Christ nous devons aimer notre prochain, ceux mêmes qui nous ont offensés. Isaïe appelait le Messie Pater futuri sæculi; mais pour être enfant de ce père nous devons aimer nos ennemis; c’est Jésus-Christ lui-même qui nous le dit : Diligite inimicos vestros, benefacite his qui oderunt vos, ut sitis filii patris vestri. (Matth. v. 43.) Il nous a donné aussi l’exemple sur la croix, priant le Père éternel de pardonner à ceux qui le crucifiaient. Celui qui pardonne à son ennemi, dit S. Jean Chrysostôme, obtient de Dieu son pardon pour lui-même: Non est possibile quod homo qui dimiserit proximo, non recipiat remissionem a Domino. Nous en avons d’ailleurs la promesse émanée de Dieu lui-même : Dimittite et dimittemini. (Luc. vi. 17.) Pardonnez et l’on vous pardonnera. Un religieux, qui n’avait pas mené toujours une vie exemplaire, parvenu à sa dernière heure, déplorait ses péchés, toutefois il montrait une grande confiance en disant: Numquam injurias vindicavi. Voulant dire par-là: Il est vrai que j’ai offensé le Seigneur, mais il a promis le pardon à qui pardonnait à ses ennemis : j’ai pardonné à ceux qui m’ont offensé: je puis donc espérer que Dieu aussi me pardonnera.
Mais parlant en général pour tous les pécheurs, peuvent-ils craindre que le pardon leur soit refusé s’ils pensent à Jésus-Christ? C’est précisément pour obtenir de Dieu ce pardon que le Verbe éternel s’est abaissé à s’incarner : Non veni vocare justos, sed peccatores. (Matth. ix.) Nous pouvons répliquer avec S. Bernard : Ubi te exinanivisti, etc. S. Thomas de Villeneuve nous encourage en nous disant : Quid times peccator? Quomodo damnabit pœnitentes qui moritur ne damneris? Quomodo objiciet redeuntem qui de cælo venit quærens te? Que craignez-vous, pécheur? Si vous avez le repentir de vos fautes, serez-vous condamné par celui qui meurt pour vous soustraire à la condamnation? Si vous retournez sincèrement à lui, vous repoussera-t-il, lui qui n’est venu du ciel que pour vous chercher?
Que le pécheur cesse donc de craindre, s’il veut s’amender et aimer Jésus-Christ, qu’il ne s’épouvante pas, mais qu’il espère; s’il déteste le péché et qu’il cherche Dieu; qu’il cesse de s’affliger et que plutôt il se livre à la joie : Lætetur cor quærentium Dominum. (Psalm. ciii. 15.) Le Seigneur nous a promis formellement qu’il oublierait les injures reçues en faveur du repentir : Si impius egerit pœnitentiam, omnium iniquitatum ejus non recordabor. (Ez. xviii. 21.) Afin de nous inspirer plus de confiance, notre Seigneur s’est fait enfant : Ad parvulum quis accedere formidat? Dit S. Thomas de Villeneuve ; qui craignit jamais de s’approcher d’un enfant? Les enfans n’inspirent ni la terreur ni le mépris, mais la bienveillance et l’amour. Puer nescit irasci, et si irascitur, facile placatur, dit S. Pierre Chysologue. Les enfans ne savent point se mettre en courroux, et si quelquefois ils s’emportent, ils s’apaisent bien aisément; il suffit de leur donner un fruit, une fleur, de leur faire une caresse, de leur dire un mot affectueux, aussitôt ils oublient ou pardonnent. Une larme de douleur, un sentiment de repentir suffisent pour calmer Jésus enfant : Parvulorum mores agnoscitis, dit encore S. Thomas de Villeneuve, una lacrymula placatur offensus, injuriam non recordatur. Accedite, ergo ad eum dum parvulus est, dum majestatis videtur oblitus. Il a déposé sa majesté divine, et se montre enfant pour nous enhardir et nous conduire à ses pieds : Nascitur parvulus ut non formides potentiam, non justitiam, dit S. Bonaventure. Il se présente comme un enfant, tout plein de douceur et de miséricorde pour nous délivrer de la crainte que pourrait nous causer l’idée de sa puissance et de sa justice : Celavit Deus, dit Gerson, sapientiam in infantuli ætate, ne accuset. Dieu de miséricorde, vous avez caché votre divine sagesse sous les formes d’un jeune enfant, afin qu’elle ne nous accusât pas de nos péchés : Justitiam in humilitate, ne condemnet; la justice sous les apparences de l’abaissement pour qu’elle ne nous condamnât pas; potentiam in infirmitate ne cruciet, la puissance sous le voile de la faiblesse, pour qu’elle ne nous châtie point. Lorsque Adam, après son péché, entendit la voix de Dieu qui l’appelait : Adam, ubi es? Il se remplit d’épouvante : Vocem tuam audivi et timui. Mais le Verbe incarné, dit le même saint, homo natus terrorem deposuit, en comparaissant sous la forme humaine, a déposé tout ce qui lui pouvait donner l’aspect effrayant : Noli timere; non puniendum sed salvandum requirit. Bannissez toute crainte; votre Dieu ne vient point pour punir, il vient pour sauver : Ecce infans est sine voce. Nam infantis vox magis est miseranda quam timenda, tenera membra Virgo mater pannis alligat, et adhuc trepidas? (Serm. i. in Nat.) Ce Dieu qui devait vous punir s’est fait enfant; sa voix n’a plus rien qui vous effraie; car la voix d’un enfant, voix de douleur et de souffrance, est plus digne de pitié qu’elle n’est capable d’inspirer de la crainte. Ne craignez pas que Jésus étende la main pour vous punir, tandis que sa mère enchaîne ses mains sous les langes pour qu’il ne vous punisse pas. Réjouissez-vous donc, ô pécheurs, dit S. Léon, le jour de Noel est un jour de paix. La naissance de Jésus est marquée d’allégresse, Isaïe appela le Messie Princeps pacis. En effet Jésus-Christ est prince, non de vengeance contre les pécheurs, mais de miséricorde et de paix, en se constituant médiateur entre Dieu et les pécheurs : Si peccata nostra superant nos, dit S. Augustin, sanguinem suum non contemnit Deus. Si nous pouvons satisfaire la dette que nous avons contractée envers la justice suprême, le Père éternel ne dédaigne pas le sang de Jésus-Christ qui paie pour nous. Un gentilhomme, appelé don Alphonse Albukerque, ayant fait naufrage dans un voyage sur mer, croyait déjà toucher à sa dernière heure, lorsque apercevant près de lui un enfant qui pleurait, il le prit dans ses bras, et l’élevant vers le ciel : Seigneur, s’écria-t-il, je ne mérite point que vous m’exauciez, mais que les pleurs de cette innocente créature vous apaisent, et sauvez-nous. La tempête s’étant calmée presque aussitôt, ce gentilhomme se sauva. Faisons de même, nous pécheurs, nous avons offensé Dieu, nous sommes condamnés à la mort éternelle; la justice divine demande avec raison à être satisfaite ! Offrons à Dieu ce tendre enfant, et disons-lui avec confiance: Seigneur, si nous ne pouvons expier nos offenses, entendez cet enfant qui gémit, qui se plaint, qui tremble de froid dans cette grotte; cet enfant paie pour nous notre dette, il vous demande grâce. Si nous ne méritons pas le pardon, vous l’accorderez aux larmes de votre fils innocent; voilà ce que nous conseille S. Anselme; il dit d’abord que Jésus-Christ qui désire ardemment que nous puissions nous sauver, encourage ceux d’entre nous qui se trouvent coupables envers Dieu; pécheurs, leur dit-il, ne perdez point toute confiance. Si vos péchés vous ont rendus esclaves du démon, si vous ne trouvez aucun moyen de vous soustraire à cette servitude, faites ainsi : prenez-moi dans vos bras, offrez-moi à mon père et vous échapperez à la mort éternelle. Qui misericordias intelligi valet, quod filius dicat: tolle me, et redime te. La divine mère a donné le même conseil à sœur Françoise Farnèse ; elle plaça dans ses bras Jésus enfant : Voilà mon fils, lui dit-elle ensuite, sachez-vous en servir utilement en l’offrant souvent à Dieu.
Si nous voulons nous assurer encore mieux du pardon, réclamons l’intercession de cette sainte mère elle-même, car elle est toute-puissante auprès de son fils pour obtenir le pardon des pécheurs, comme le dit S. Jean Damascène; et ses prières ont la force d’un ordre, dit à son tour S. Antonin sur l’esprit de Jésus qui l’aime si tendrement et qui veut la voir honorée. Oratio Deiparæ habet rationem imperii. Cela fait dire à S. Pierre Damien que lorsque Marie va implorer Jésus-Christ en faveur de quelqu’un de ses serviteurs en quelque sorte, accedit imperans, non rogans; domina, non ancilla; nam filius nihil negans honorat. (Serm. i. de nat. B.V.) S. Germain ajoute que la très-sainte Vierge, par l’autorité qu’elle a comme mère, ou plutôt qu’elle eut pendant quelque temps sur son fils, peut demander le pardon en faveur du pécheur le plus désespéré. Tu autem materna auctoritate pollens, etiam iis qui enormiter peccant, eximiam remissionis gratiam concilias. (In encom. B. V.)
COLLOQUE.
O doux, aimable et saint enfant, vous avez tout fait pour vous faire aimer des hommes ; il suffit de dire que de fils de Dieu vous vous êtes fait fils d’Adam, et que vous êtes né sur la terre comme tous les enfans, mais plus pauvre et plus avili que les autres, puisque vous avez choisi pour maison une étable, pour berceau une crèche, pour lit un peu de paille. Vous avez voulu vous montrer d’abord sous cette forme de pauvre petit enfant, pour commencer à gagner nos cœurs dès l’instant même de votre naissance ; vous avez ensuite continué durant tout le cours de votre vie de nous donner les plus grandes preuves d’amour, jusqu’à vouloir mourir ignominieusement sur un infâme gibet. Comment donc se fait-il que vous ayez trouvé tant d’ingratitude chez la plupart des hommes, puisque je vois que peu vous connaissent et que ceux qui vous aiment sont moins nombreux encore. O mon Jésus, je veux être au moins compté au nombre de ces derniers. Autrefois je vous ai méconnu, et, oubliant votre amour, je n’ai cherché qu’à me satisfaire, sans me mettre en peine de vous ni de votre amitié. Je connais maintenant le mal que j’ai fait ; je m’en repens de tout mon cœur. O enfant chéri, ô mon Dieu ! pardonnez-moi par les mérites de votre sainte enfance. Je vous aime, ô mon Jésus, et je vous aime tant que, si je savais que tous les hommes doivent renoncer à vous et à votre loi, je vous serais fidèle, dussé-je mille fois perdre la vie. Je sais que ces lumières et cette volonté que j’ai maintenant c’est vous qui me les avez données, je vous en remercie, objet divin de mon amour, et je vous prie de me les conserver de même que votre grâce. Mais vous connaissez ma faiblesse, vous savez que plus d’une fois je vous ai trahi ; ne m’abandonnez point par pitié, autrement je retomberai dans mes erreurs, et je serai pire encore peut-être. Acceptez mon cœur qui vous aime, bien qu’il vous ait autrefois dédaigné; mais, ô divin enfant, il est épris aujourd’hui de votre bonté; ô Marie, glorieuse mère du Verbe incarné, ne m’abandonnez pas non plus, vous qui êtes mère de la persévérance et dispensatrice des grâces divines. Aidez-moi toujours, avec votre secours, ô mon espérance, je serai fidèle à Dieu jusqu’à ma mort.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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