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    Manière de converser familièrement avec Dieu · Alphonse de Liguori

    Manière de converser familièrement avec Dieu

    Ce chapitre est copié d'un petit ouvrage français, et augmenté par l'auteur de quelques saintes pensées, d'affections e l d e pratiques.

    I. Le saint homme Job était dans un profond étonnement quand il considérait que notre Dieu était tellement appliqué à faire du bien aux hommes que son cœur semblait n'éprouver d'autre désir que d'aimer et de se faire aimer de l'homme; c'est ainsi qu'il s'écriait en parlant: au Seigneur: Quid est homo, quia magnijicas eum? aut quidajiponis ergaeum cor tuum?(Job. vu. 17.) Cependant on tomberait dans l'erreur si l'on croyait que d'agir envers Dieu avec confiance et familiarité ce serait manquer de respect à sa majesté infinie. Vous devez sans doute, ô ame dévote, respecter Dieu humblement et vous abaisser en sa présence, en vous ressouvenant surtout des ingratitudes et des outrages dont vous l'avez abreuvé par le passé ; mais cela ne doit pas vous empêcher de traiter avec lui avec l'amour le plus tendre et le plus confiant qu'il vous soit possible. Il est la majesté infinie, mais il est aussi en même temps la bonté infinie cl Va mou r infini. Vous avez en Dieu le seigneur le plus sublime qui puisse exister, mais vous avez encore l'amant le plus ardent qu'il puisse y avoir. Il ne se plaint pas, il se réjouit au contraire de ce que vous traitez avec lui avec la confiance, la liberté et la tendresse avec laquelle les enfans se comportent envers leurs mères. Voyez comme il vous engage à aller à ses pieds, voyez les caresses qu'il vous promet : Ad iibcm portabimini, et super genua bkindietur vobis : quomodosi cid mater blandiutiir, ila ego consolabcr vos. (Isai. LXVI. 12.15 ) Comme une mère se plaît à mettre son enfant sur ses genoux, à le nourrir, à le caresser, c'est avec la même tendresse que Dieu se plaît à traiter une ame qui s'est donnée à lui tout entière et qui a mis en lui toute son espérance.

    II. Pensez que vous n'avez ni ami, ni frère, ni père, ni mère, ni époux, ni amant qui vous aime autant que votre Dieu. La grâce divine est ce grand trésor au moyen duquel nous, qui sommes de viles créatures et des esclaves, nous devenons les amis même de notre Créateur : Infinitus enim thésaurus est hominibus, quo qui usisunt, participes facti sunt amickiœ Dei. (Sap. vu. 14.) Le Sauveur, pour augmenter notre confiance dans celle intention, Exinanivil semetipsim, s'est annihilé et s'est humilié jusqu'à se faire homme pour converser avec nous d'une manière plus familière : Cum hominibus conversalus est. (Bar. m. 38.) Il s'est fait enfant, il s'est fait pauvre, et a été jusqu'à permettre qu'on le crucifiât publiquement. Il s'est caché sous les apparences du pain, afin de devenir notre compagnon et afin do s'unir plus intimement à nous : Qui manducat meam carnem, et bibit meum sanguinem, in me manet, et ego in eo. (loan. vi. 55.) En un mot, il nous aime tant qu'il semble n'avoir d'autre amour que pour nous. C'est pourquoi vous ne devez aimer que Dieu. Ainsi, vous pouvez et devez lui dire: Mon bien-aimé est à moi et je suis à lui : Dilectus meus mihi el ego illi. (Cant. n. 16.) Mon Dieu s'est donné tout à moi el moi je me donne tout à lui ; il m'a choisi pour son bien-aimé, et moi je le choisis pour l'objet de mon amour : Dilectus meus candidits et rubicundus, eleelus ex millibus. (Cant. v. 10.)

    III. Dites-lui donc souvent : O Seigneur, pourquoi m'aimez-vous tant! Que de bienfaits dont vous m'avez comblé! Vous oubliez les injures que je vous ai faites! Mais puisque vous m'avez imité avec tant d'amour, et qu'au lieu de m'envoyer en enfer, vous m'avez fait tant de grâces, qui voudrai-je aimer désormais, si ce n'est vous, ô mon bien, ô mon tout. O mon Dieu, si par le passé je vous ai offensé, ce qui m'afflige le plus, ce n'est pas tant la peine que j'ai méritée que le déplaisir que je Vous ai donné, à vous qui êtes digne d'un amour infini. Mais vous ne savez pas mépriser un cœur qui se repent et qui s'humilie : Cor conlrîlum et humiliaium, Deus, non tlcspicies. (Ps. L. 19.) Ah ! maintenant je ne désire plus rien dans cette vie ni dans l'autre que vous seul : Quid mihi est in cœlo, et a te r/ukl volai super terram ? Deus cordis mei etparsmeaDeusinœlernum.(Psalm.Lxxii.25. 26.) Vous seul êtes et serez toujours l'unique maître de mon cœur, de ma volonté, vous, mon unique bien, mon paradis, mon espérance, mon tout : Deus cordis mei, et pars mea Deus in œternum.

    IV. Pour augmenter notre confiance en Dieu, souvenez-vous souvent de l'amoureuse conduite qu'il a eue à votre égard, et des moyens qu'il a pris pour vous faire sortir de cette vie désordonnée que vous meniez et vous détacher des affections terrestres pour vous attirer à son amour. Ouï, craignez et tremble/: en traitant avec peu de confiance avec votre Dieu, maintenant que vous avez pris la résolution de l'aimer et de lui plaire autant que vous le pourrez. La miséricorde qu'il vous a faite est un gage certain de l'amour qu'il vous porte. La défiance des ames qu'il aime cl dont il est aimé déplaît à Dieu. Ainsi, si vous voulez plaire à son cœur amoureux, faites-le dorénavant avec le plus de confiance et le plus de tendresse que vous pourrez.

    In manibus meis descripsi te : mûri tui coram oculis meis semper. (Isai. x u x. 4G.) O ame chérie, dit le Seigneur, pourquoi trembles-tu ? Pourquoi tedéfies-lu? J'ai écrit ton nom sur ma main, pour ne pas oublier de le combler de bienfaits. Craindrais-tu peut-être quelque chose de la part de tes ennemis ? Mais sache que le soin de la défense est sans cesse devant mes yeux et que je ne puis pas l'oublier ! C'est pourquoi David se réjouissait en disant à Dieu : Ut scuto bonœ voluntatis inœ coronasti nos. (Ps. v. 43.) Qui pourra nous faire éprouver des pertes, si vous, ô mon Dieu, vous nous protégez de votre bonté et de votre amour, et si vous nous en entourez entièrement? Ranime/surtout votre confiance en pensant au don que Dieu vous a fait en vous donnant Jésus-Christ : Sic Deus dilexit mundum, ut filium suum unigenitum darct. (Joan. m. 46.) Comment, s'écrie l'Apôtre, pourrions-nous craindre qucDieupût nous refuser quelque bien, après qu'il a daigné nous donner son propre fils? Pro nobis omnibus tradidit illum : quomodo non etiam cum illo omnia nobis donavil ? (Rom. vin. 52.)

    V. Mes délices sont d'être avec les enfans des hommes : Deliciœ meæ, esse cum filiis hominum. (Prov. vin. 51.) Le cœur de l'homme est, pour ainsi dire, le paradis de Dieu. Dieu vous aime ! Aimez-le donc. Ses délices sont d'être avec vous, que les vôtres soient d'être avec lui, et de passer (oui le temps de votre vie avec ceux qui ont l'espérance de passerleternitébienheureusedans sonaimahlccompngnie.

    VI. Prenez l'habitude de lui parler seul à seul familièrement et avec confiance et amour, comme à votre ami le plus cher que vous ayez et qui vous chérit le plus. Si c'est une grande erreur, d'après ce que nous avons dit, de traiter avec Dieu avec défiance, et de vouloir paraître toujours en sa présence comme un esclave timide et honteux, tremblant et craintif, devant son prince, c'est encore une bien plus grande erreur de penser que la conversation de Dieu soit pleine d'ennui et d'amertume ; non, non, ce n'est pas vrai : Non habet amaritndincm conversatio illius, nec tœdium convictus illius. (Sap. vin. 10.) Demandez-le aux ames qui l'aiment d'un amour sincère, et elles vous diront que dans les peines de leur vie, elles n'ont pas d'autre consolation que de converser amoureusement avec Dieu.

    VII. On ne vous demande pas une application continuelle de votre esprit qui vous fasse oublier vos affaires et vos honnêtes récréations. On n'exige qu'une chose, c'est que, sans abandonner vos occupations, vous fassiez pour Dieu ce que vous faites dans toutes les occasions pour ceux qui vous aiment et que vous aimez.

    VIII. Votre Dieu est toujours auprès de vous et dans vous-même, car c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement cl l e l r c : In ipso vivimns, movemur et sumus. (Act. xvii. 28.) On ne trouve pas d'obstacle quand on veut lui parler; au contraire, Dieu désire que vous traitiez en confiance avec lui. Parlez-lui donc de vos affaires, de vos projets, de vos peines, de vos craintes et de tout ce qui vous appartient. Faites-le surtout, comme je l'ai dit, avec confiance, à coeur ouvert, car Dieu ne parle pas aux ames qui ne commencent pas ; et si l'ame n'est pas accoutumée à traiter avec Dieu, elle n'entendra pas sa voix lorsqu'il lui parlera; et c'est ce dont le Seigneur se plaint: Soror nostra parva est; quid facicmus sorori nostrœ in die quando ulhquenda est ? (fiant, vin. 8.) Notre sœur est encore enfant dans la vie de mon amour, que ferons-nous pour lui parler, si elle ne comprend pas? Dieu ne veut être regardé comme le Seigneur tout-puissant et terrible que lorsque nous méprisons sa grâce; mais, au contraire, il veut être traité comme l'ami le plus affectionné, lorsque nous l'aimons : il veut alors que nous lui parlions souvent avec familiarité et sans servitude.

    IX. Dieu, il est vrai, doit être toujours respecté; mais lorsqu'il vous fait la grâce de vous souffrir en sa présence, et qu'il désire que vous lui parliez comme à un ami qui vous aime par-dessus tout, dites-lui votre sentiment avec liberté et avec confiance : Prœoccupal, qui se concupiscunt ut illis se prior ostendat. (Sap. vi. 4-1.) Il n'attend pas que vous alliez à lui quand vous désirez son amour, il vous prévient et se présente à vous, portant avec lui les remèdes et les grâces dont vous avez besoin : il n'attend qu'une chose, c'est que vous lui parliez pour vous témoigner qu'il est tout proche et qu'il est prêt à vous écouter et à vous consoler : Et aures ejus in preces eorum. (Psal. xxxiii. 46-)

    X. Par son immensité, Dieu se trouve partout; mais il y a deux parties principales dans sa demeure : L'une est le ciel empyrée où il est présent par la gloire qu'il communique aux bienheureux; l'autre est sur la terre, et c'est dans les ames humbles qui l'aiment : Habitat cum rouiriio ct humilialo spiritn. (Isa. LVii. 45.) Notre Dieu habite dans les hauteurs du ciel, mais il ne dédaigne pas de passer les jours et les nuits «avec ses serviteurs fidèles dans leurs grottes ou leurs cellules, el de leur faire part de ses divines consolations, dont une seule surpasse toutes les délices que le monde peut donner el que l'on ne désire que lorsqu'on les goûte : Gustate et videte, quoniam suavis est Dominus. (Ps. xxxm. 9.)

    XL Entre les amis du monde, il y a des heures où l'on se voit, et des heures où l'on se sépare : mais entre Dieu et vous, il n'y aura jamais de moment de séparation, si vous le voulez : Quiesces, et suavis erit somnus tuns; Dominus erit in latere tuo. (Prov. ni, 24 el 2G.) Vous dormirez et Dieu sera à vos côtés et veillera sur vous : Conquiescam cum illa, et erit allocutio cogitationis mcœ. (Sap. vin. 9 cl 4 G.) Quand vous reposez, il ne qui lie pas le chevet de votre lit et pense continuellement à vous, afin que, lorsque vous vous éveillez pendant la nuit, il vous parle par ses inspirations et qu'il reçoive de vous quelqu'acte d'amour, d'offrande et d'actions de grâces, pour maintenir ainsi avec vous et dans ces heures, sa douce et aimable conversation. Quelquefois il vous parlera aussi pendant le sommeil et vous fera entendre sa voix, afin qu'en vous éveillant vous fassiez ce qu'il vous aura dit : Per somnium loquar ad illum. (Num. su. 6.)

    XII. Le matin, il est encore près de vous pour entendre quelque parole d'affection ou do confiance, et pour être le dépositaire de vos premières pensées et de toutes les œuvres que vous promettez de faire pour lui plaire, comme aussi de toutes les peines que vous lui offrez de souffrir volontiers pour sa gloire el son amour. Mais de même qu'il ne manque jamais de se présenter à vous au moment où vous vous éveillez ne manquez pas de votre côté de jeter sur lui un regard amoureux et de vous féliciter de ce qu'il n'est pas éloigné de vous, comme il l'avait été pendant un certain temps à cause de vos péchés; comme il vous aime et qu'il veut que vous l'aimiez, il vous rappelle en ce moment ce doux précepte : Diliges Dominum tuum ex toto corde tuo. (Deut. vi. 5.)

    XIII. N'oubliez pas, comme la plupart des hommes, de vous mettre en la présence de Dieu. Parlez-lui le plus souvent que vous pourrez, car le Seigneur ne s'en fatigue pas et ne dédaigne pas de nous écouter, comme font les princes de la terre. Si vous l'aimez sincèrement, vous ne serez pas en peine pour lui parler. Dites-lui, comme à un ami toutes vos affaires et tout ce qui vous arrive. Ne le considérez pas comme un prince altier qui ne veut traiter qu'avec des grands et qui ne veut s'entretenir que de choses grandioses. Dieu se plaît à se rabaisser jusqu'à traiter avec nous, et il aime que nous lui communiquions nos affaires les plus minutieuses elles plus triviales même. Il vous aime tant et a tant de désir de vous posséder que l'on dirait qu'il ne songe qu'à vous. Sans cesse appliqué à vos intérêts, il semble ne conserver sa providence que pour vous secourir, sa toute-puissance que pour vous aider, sa miséricorde et sa bonté que pour avoir pitié de vous, pour vous faire du bien et pour gagner, à force de bienveillance, votre confiance et votre amour. Découvrez-lui donc librement votre intérieur, et priez-le de vous guider et de vous enseigner à faire sa volonté. Que tous vos désirs, que tous vos projets n'aient d'autre but que de lui faireplaisir eldeconlentcr son coeur divin : Révéla Domino viam tuam, (Psal. xxxvi.5.) ctpetcab eo utvias tuas dhigat, et omnia consilia tua in ipso permancant. (Tob. iv. 20.)

    XIV. Ne dites pas : Mais à quoi sert-il de découvrir à Dieu tous nos besoins, si lui-même les voit et les connaît mieux que moi? Oui, sans doute, Dieu connaît vos besoins, mais il fait comme s'il ne les connaissait pas, laissant les choses dont vous ne lui parlez pas et pour lesquelles vous ne cherchez pas de secours. Notre Sauveur savait bien que Lazare était mort, mais il ne montra qu'il le savait que lorsque Madeleine le lui dit, et alors il la consola, en lui annonçant la résurrection de son frère.

    XV. Ainsi, lorsque vous êtes affligé de quelque infirmité, de quelque tentation, de quelque persécution, de toute autre peine, hâtez-vous d'aller le prier, et il vous prêtera secours de sa main. Il vous suffira de lui présenter vos tribulations en lui disant: Vide, Domine, quoniam tribulcr. Alors il ne manquera pas de vous consoler ou du moins de vous donner la force de souffrir ces peines avec patience; et il vous en reviendra plus de bien que s'il vous en avait délivré. Communiquez-lui toutes les pensées de crainte et de tristesse qui vous tourmentent, etdîlcslui : O mon Dieu, c'est en vous qu'est toute mon espérance, je vous offre cette tribulation et je me résigne à votre volonté ! mais ayez pitié de moi, et délivrez-moi de ces peines, ou donnez-moi la force de les supporter. Dieu tiendra la promesse qu'il a faite dans l'Evangile à tous les affligés de consoler et de guérir tous ceux qui recourent à lui : Venue ad me omnes, qui laboraiis et onerati estis, et ego rejiciamvos. (Matth. u. 28.)

    XVI. Dieu ne s'irritera pas si dans votre désolation vous allez vers vos amis pour trouver un soulagement; mais il veut que vous ayez principalement recours à lui. Mais lorsque les créatures ne peuvent pas consoler votre cœur, allez à votre Créateur, et dites-lui : Seigneur, les hommes n'ont que des paroles, verbosi amici mei; ils ne peuvent pas me consoler et je ne veux plus de leurs consolations. Vous êtes toute mon espérance et tout mon amour ; je ne veux être consolé que par vous, et ma seule consolation sera de faire en cette occasion ce qui vous plaira le plus : me voici prêt à souffrir cette peine pendant toute ma vie et pendant toute l'éternité, si cela vous plaît ainsi; mais vous, aidez-moi.

    XVII. Ne craignez pas qu'il se dégoûte si quelquefois aussi vous vous plaignez avec douceur, en lui disant : Ut quid Domine, recessisti longe! Seigneur, vous savez que je vous aime et que je ne désire que votre amour; par charité, secourez-moi, ne m'abandonnez pas. Et si la peine dure trop long-temps et qu'elle vous attriste, unissez vos cris à ceux de Jésus affligé et mourant sur une croix, et dites-lui en lui demandant pitié: Deus, Deus meus, ut quid dercliquisti me? (Matth. xxvu. A 6. ) Mais qu'elle ne vous serve qu'à vous humilier davantage, en pensant que celui qui a offensé ne mérite pas de consolation ; et pour mieux raviver votre confiance, en songeant que Dieu ne fait et ne permet rien que pour votre bien : Omnia cooperantur in bonum, (Rom. vnr. 2 8. ) dites avec courage, quand vous avez éprouvé de la confusion ou de la méfiance : Dominus illuminatio mea et salus mea, quem timebo? (Ps. xxvr. 1.) Seigneur, c'est vous qui devez m'éclairer, c'est vous qui devez me sauver, je me confie en vous; mon espérance ne sera pas trompée: In le, Domine, speravi, non confundar in æternum. (Ps. xxx. 2-) Tranquillisez-vous en pensant qu'il n'y a personne qui ait mis sa confiance en Dieu el qui se soit perdu : Nullus speravit in Domino, et confusns est. (Eccli. n. 11.)Songez que votre Dieu vous aime plus que vous ne pouvez l'aimer vous-même. Que craignez-vous ? David se consolait en disant : Dominus sollicitus est mei. (Ps. xxxix. 1 8. ) Dites-lui donc : Seigneur, je m'abandonne dans vos bras, je ne veux penser qu'à vous aimer cl à vous plaire; me voici prêt à faire ce que vous entendrez. Non-seulement vous désirez mon bien, mais vous êtes encore inquiet de mon bonheur; vous prenez soin de mon salut. Je me repose cl je me reposerai sur vous, puisque vous voulez que je molle en vous toute mon espérance : In pace in idipsum dormiam et requiescam. Quoniam tu, Domine, singulariter in spe constituisti me. (Ps. iv. 9. 10.)

    XVIII. Sentite de Domino in bonitate. (Sap. i. 1.) C'est ainsi que le Sage nous exhorte à avoir plus de confiance dans la divine miséricorde que de crainte de la justice divine; car Dieu est infiniment plus porté à faire du bien qu'à punir, comme dit S. Jacques (Epist. n. 13.) Superexallat autem misericordia judicium. Et l'apôtre S. Pierre nous dit que lorsque nous craignons pour nos intérêts temporels et éternels, nous devons-nous abandonner à la bonté de notre Dieu, qui a le soin de notre salut : Omnem solliciludinem vcs1rampi*ojicicnics in eum, quoniam ipsi cura est de vobis. Oh! qu'il est bien le lilrc que David donne à ce propos au Seigneur, lorsqu'il dit que notre Dieu est le Dieu qui n'a d'autre soin que de nous sauver : Deus noster, Deus salvos faciendi. (Ps. LXVII. 21.) Ce qui signifie, dit Bellarmin, que ce que fait le Seigneur, ce n'est pas de condamner, mais c'est de sauver; et puisqu'il menace de sa disgrâce ceux qui le méprisent, il promet ses miséricordes à ceux qui le craignent, comme le chantait Marie : Et misericordia ejus timentibus eum. Je vous cite tous ces passages de l'Écriture, ô ame dévote, afin que, lorsque vous penserez si vous devez Cire sauvée ou si vous êtes prédestinée, vous ranimiez votre courage au moyen des promesses que le Seigneur vous a faites, si vous êtes résolue à le servir et à l'aimer comme il le demande, en vous souvenant du désir qu'il a de vous sauver.

    XIX. Quand vous recevrez quelque satisfaction, ne faites pas comme certaines ames infidèles et ingrates, qui ont recours à Dieu dans la tribulation, et qui l'oublient et l'abandonnent dans la prospérité. Usez à son égard de cette fidélité dont vous useriez à l'égard d'un ami qui vous aime et qui se réjouit de votre bonheur. Allez aussitôt lui communiquer votre joie, louez-le, remerciez-le, et reconnaissez qu'elle vous vient de sa main comme un don gratuit; félicitez-vous de votre bonheur, parce qu'il vous arrive par la volonté de Dieu ; en un mot, ne vous consolez et ne vous réjouissez qu'en lui : Exultabo in Deo Jesu meo, (Ilabac.xiii. 18.) qui bona tribuit mihi. (Psal. xu. 6.) Dites-lui : O mon Jésus, je vous bénis et je vous bénirai toujours pour toutes les grâces que vous m'avez faites, quand je mériterais, au lieu de vos faveurs, mille châtimens pour les outrages que j'avais commis envers vous. Dites-lui avec l'épouse sacrée: Omnia poma nova et vetera servavi tibi dilecle mi. (Cant. vu. 15.) Seigneur, je vous remercie, je conserve le souvenir de vos bienfaits passés et présens, pour vous en rendre l'honneur et la gloire pendant toute l'éternité.

    XX. Mais, si vous aimez votre Dieu, vous devez plus vous réjouir de son bonheur que du vôtre : quand on aime un ami, on se réjouit de son bonheur plus que du sien propre. Consolez-vous donc en pensant que votre Dieu est infiniment heureux; dites-lui souvent : Seigneur bien-aimé, je me réjouis plus de votre bonheur que du mien, car je vous aime plus que moi-même.

    XXI. Un autre trait de confiance qui plaît extrêmement à Dieu, c'est de ne pas rougir aussitôt que vous avez commis une faute, d'aller vous jeter à ses pieds et de lui demander pardon. Pensez que Dieu est tellement porté à pardonner aux pécheurs qu'il gémit sur leur ruine lorsqu'ils s'éloignent de lui et qu'ils vivent dans la mort de la grâce. Alors il leur crie avec l'accent de l'amour : Quure rooriemini, domus Israël? Convertimini elvivite. (Ezech. xviii. 5 1. 52.) Et pourquoi mourriez-vous, ô maison d'Israël? Convertissez-vous et vivez. Il promet de bien accueillir l'ame qui l'a abandonné aussitôt qu'elle retournera dans ses bras : Convertimini, eteonvertaradvos. (Ezech. xxxvi. 9.) Convertissez-vous et je me convertirai vers vous. Oh ! si les pécheurs savaient avec quelle bonté le Seigneur attend pour les pardonner : Expectat Dominus ut misereatur vestri (Isa. xxx. 18.) O h ! s'ils comprenaient le désir qu'il a, non de les châtier, mais de les voir convertis, afin de les embrasser et de les presser sur son cœur ! Il leur d i l : Vivo ego, dicit Dominus Deus; nolo mortem impii, sed ni convertatur impius a via sua et vivat. (Ezech. xxxiii. 11.) Je vis, dit le Seigneur Dieu, je ne veux pas la mort de l'impie, mais je veux que l'impie se convertisse de ses voies, et qu'il vive. Puis il ajoute: Et venite, et argutie me, dicit Dominus: sifuerintpeccala veslra ul coccimon, quasi nix dealbabuntur. (Isa. i. 18.) C'est comme s'il disais : Pécheurs, repentez-vous de m'avoir offensé, et puis venez à moi ; si je ne vous pardonne pas, arguite me, faites-moi des reproches et traitez-moi d'infidèle. Mais non, je ne vous manquerai pas de parole, si vous venez. Sachez que quand bien même vos consciences seraient noires comme la semence du carmin, je les rendrai blanches comme la neige.

    XXII. Enfin, il a dit que lorsqu'une ame se repent de l'avoir offensé, il oublie tous ses péchés : Omnium iniquitatum ejus non recordabor. (Ezech. xviii. 22.) Dès que vous manquez à quelque chose, élevez les yeux vers Dieu, faites un acte d'amour, avouez votre faute et espérez-en le pardon, en lui disant : Seigneur, celui que vous aimez est malade : Ecce qucmamasinfirmaiur! Ce cœur que vous aimez est couvert de plaies : Sana animam meam, quia peccavi tibi. Vous allez chercher le pécheur repentant, eh bien ! en voici à vos pieds un qui vous cherche ; il a commis le mal, qu'y a-t-il à faire maintenant? Vous ne voulez pas que je désespère même après que j'ai péché; vous voulez mon bonheur, et moi je vous aime de tout mon cœur, je me repens du déplaisir que je vous ai donné, je me propose de ne plus le faire, vous qui êtes ce Dieu plein de douceur et de bonté : Suavis el milis, et copiosus in misericordia. Pardonnez-moi ; faites-moi entendre la parole que vous adressâtes à Madeleine : Tes péchés le sont remis : Remittuntur tibi peccata tua. Et donnez-moi la force de vous être fidèle â l'avenir.

    XXIII. Jetez surtout alors un regard sur Jésus crucifié afin de ne pas vous décourager ; offrez au Père éternel les mérites de son fils et espérez votre pardon avec confiance, puisque pour vous pardonner il n'a pas épargné son propre fils : proprio Filio tuo non peperçlt* Dites-lui : Jlcxjnce hifacièm Christi tui. O mon Dieu, regardez votre fils mort pour moi, et pardonnez-moi pour l'amour de lui. Souvenez-vous, ô âme dévote, de cet avis que donnent généralement tous les maîtres de la vie spirituelle: revenez à Dieu aussitôt après votre infidélité, quand vous en commettriez cent par jour, et tranquillisez-vous après votre chute, lorsque vous aurez eu recours au Seigneur, comme je vous l'ai déjà dit ; car si votre ame est découragée el troublée par la faute qu'elle a commise, bientôt vous ne converserez plus avec Dieu, vous n'aurez plus de confiance, el le désir d'aimer Dieu diminuera, et vous ferez peu de progrès dans le chemin du Seigneur. Si au contraire, vous recourez à Dieu, si vous lui demandez pardon et que vous lui promettiez de vous corriger, vos chutes vous serviront encore à faire plus de progrès dans l'amour de Dieu. Parmi les amis qui s'aiment de cœur, il n'est pas rare de voir que quand l'un a quelque tort envers l'autre, et qu'il en est fâché jusqu'à lui en demander pardon, leur amitié se resserre ensuite plus étroitement. Faites donc ainsi, faites que vos fautes vous servent à vous unir de plus en plus avec votre Dieu.

    XXIV. Quand vous aurez un doute, quel qu'il soit, pour vous ou pour un autre, faites comme les amis fidèles qui se consultent sur tout ce qu'ils entreprennent: ne manquez pas de confiance, demandez-la à Dieu, et priez-le de vous éclairer afin de vous faire prendre la résolution qui est le mieux selon son gré. Da verbum in ore meo, et in corde meo consilium. (Judith, ix. 4 8. ) Seigneur, dites-moi ce que vous voulez que je fasse, ou que je réponde, et je le ferai. Loquere, Domine, quia audit servus tuus.

    XXV. Recommandez-lui non-seulement vos besoins, mais encore ceux des autres. Dieu se plaît à voir que vous oubliez vos propres intérêts pour lui parler des grandeurs de sa gloire, des misères des autres et surtout de ceux qui sont dans les tribulations, qui gémissent, des ames qui sont dans le purgatoire et soupirent après sa présence, des pécheurs qui vivent privés de la grâce; dites surtout pour ceux-ci : Seigneur, vous êtes si aimable, vous méritez un amour infini, et comment supportez-vous de voir tant d'ames dans le monde auxquelles vous dispensez tant de biens, et qui cependant ne veulent pas vous connaître, ne veulent pas vous aimer, vous offensent et vous méprisent ? Ah ! mon Dieu, faites-vous connaître et faites-vous aimer: Sanctificelur nomen tuum, adveniat regnum tuum. Que votre nom soit adoré et aimé, que votre amour règne dans tous les cœurs. Ah ! ne permettez pas que je me retire sans m'avoir accordé quelque grâce pour ces ames malheureuses pour lesquelles je vous prie.

    XXVI. On dit que dans le purgatoire il y a une peine particulière appelée peine de langueur pour ces ames qui en cette vie Ont peu désiré le ciel ; et c'est avec toute raison car c'est estimer bien peu le royaume éternel que le Rédempteur nous a mérité par sa mort, que de n'avoir pas un grand désir pour lui. Aussi n'oubliez pas, ô ame dévote, de soupirer souvent après le paradis, en disant à votre Dieu que le moindre retard, avant de pouvoir le voir et l'aimer face à face, vous semble plus long que mille années. Soupirez après votre sortie de cet exil et de ce lieu de péchés et de dangers, où vous risquez de perdre la grâce, pour arriver à cette patrie d'amour où vous l'aimerez de toutes vos forces; dites-lui souvent z Seigneur, tant que je vis sur cette terre, je cours le péril de vous abandonner et de perdre votre amour. Mais en quittant cette vie où je vous offense, je pourrai vous aimer de toute mon ame et m'unir à vous sans crainte de vous perdre davantage ! C'est après cela que soupirait Sainte Thérèse; aussi elle se réjouissait quand elle entendait sonner l'horloge, en pensant qu'elle avait passé une heure de sa vie et une heure de danger de moins à courir de perdre Dieu ; aussi désirait-elle tellement la mort afin de jouir de Dieu, qu'elle se mourait du désir de mourir, et elle en composa cet hymne amoureux qui commence par ces mots : « Je me meurs du regret de ne <r pouvoir mourir. »

    XXVII. En somme, si vous voulez plaire au cœur aimant de votre Dieu, tachez de converser avec lui le plus souvent que vous pourrez, et avec toute confiance; car il ne dédaignera [ias de vous répondre el de parler avec vous. Il ne se fera pas entendre à vous au moyen de voix sensibles, mais avec une voix intelligible à votre cœur, lorsque vous vous détacherez des créatures pour parler seul à seul avec Dieu. Durant eam in soUliulinan, a ibi loquar ad cor ejus. (Os. n. 14.) Il vous parlera alors par l'inspiration, par les lumières intérieures, en vous montrant sa bonté, en faisant goûter à votre cœur des suavités ineffables; vous donnant des signes de pardon, des gages de paix, l'espérance du paradis, des joies intérieures, les douceurs de la grâce, en vous embrassant amoureusement; en un mot, il vous parlera avec cette voix d'amour que les ames qui l'aiment et qui ne cherchent que lui, entendent toujours.

    XXVIII. Enfin, pour vous rappeler ce que nous avons dit plus haut, je vous vous indiquer une pratique de dévotion au moyen do laquelle vous ferez toutes vos actions de manière à plaire à Dieu, l^e matin, en vous levant, que votre première pensée soit d'élever votre cœur à Dieu et de lui offrir tout ce que vous ferez et souffrirez dans la journée, en le priant de vous aider de sa grâce. Ensuite, faites tous les autres actes du chrétien, des actes de remerciement et d'amour, de piété et de résolution. Faites le bon propos de vivre ce jour comme si c'était le dernier de votre vie. Le bienheureux Tanière enseigne à faire le matin une conversation avec Dieu : c'est que toutes les fois que vous ferez certains signes, comme par exemple, lorsque vous mettrez la main sur le cœur, ou que vous élèverez les yeux vers le ciel ou vers le crucifix, vous ayez l'intention de faire un acte d'amour, de désir de le voir aimé de tous, d'offrande de vous-même. Après donc que vous aurez fait ces actes, que vous aurez mis voire ame sous la protection de Jésus et de Marie, el que vous aurez prié le Père éternel de vous garder pendant ce jour par l'amour de Jésus et de Marie. Tâchez avant toute autre chose de faire votre oraison ou voire méditation pendant une demi-heure; choisissez de préférence les douleurs et les mépris que Jésus-Christ a soufferts dans sa passion, c'est là le sujet le plus cher aux ames vraiment aimantes, celui qui les enflamme le plus de l'amour divin. Surtout ayez encore trois dévotions, si vous voulez avancer dans la vie spirituelle, la dévotion à la passion de Jésus-Christ, au saint sacrement el à Marie. Après l'oraison, attachez-vous beaucoup à faire souvent des actes de contrition, d'amour de Dieu, d'offrande de vous-même. Le révérend père Charles Caraffa disait qu'un acte fervent d'amour de Dieu fait le matin pendant l'oraison, sert à maintenir l'ame dans toute son ardeur pendant toute la journée.

    XXIX. Après vos autres actions de piété, vos confessions, vos communions, l'office, quand vous passez voire temps à des occupations extérieures d'étude, de travail et d'autres affaires qui concernent votre état, n'oubliez pas au commencement de chaque action l'offrande à Dieu en lui demandant la grâce de la faire sans défaut. Ne manquez pas de vous retirer dans la solitude de voire cœur pour vous unir à Dieu, comme le pratiquait sainte Catherine de Sienne; en un mot, tout ce que vous faites, que ce soit avec Dieu et pour Dieu. En sortant de votre chambre ou de voire maison et en y retournant, recommandez-vous à Marie par un Ave Maria. En allant à table offrez à Dieu tout le plaisir ou le dégoût que vous éprouverez en buvant ou en mangeant, et remerciez-le enfin en lui disant: Seigneur, quel bien ne faites-vous pas à celui qui vous a offensé. Pendant la journée, faites une lecture spirituelle, une visite au saint sacrement et à Marie ; le soir, récitez le rosaire, faites l'examen de conscience avec les actes chrétiens de foi, d'espérance, d'amour, de contrition, de bon propos ; prenez la résolution de recevoir pendant votre vie et à votre mort les sacremens de l'Église avec l'intention, les indulgences qui y sont attachées. En vous mettant au lit, pensez que vous devriez être dans le feu de l'enfer, el reposez ensuite dans les bras du crucifix, en disant : In pace in idipsnm rformiam et requiescam.

    XXX. Je crois utile de vous indiquer en peu de mots quelles sont les principales indulgences attachées aux diverses prières et aux actes de dévotion. Aussi, dès le matin, ayez l'intention de gagner toutes les indulgences que vous pourrez pendant le jour. Il y a chaque jour sept ans d'indulgence pour celui qui fait des actes théologaux de foi, d'espérance et de charité; quand on les continue pendant un mois, on gagne une indulgence plénière applicable aux ames du purgatoire et à soi-même in articulo mortis. Ayez encore l'intention de gagner celles qui sont attachées au rosaire et aux chapelets bénis, à l'Angélus, récité trois fois le jour, aux litanies de la Vierge, au Salve Regina, à l'Ave Maria, au Gloria Patri ; à ces mots : Bénie soit la très-sainte, immaculée et très-pure conception de la vierge Marie ; comme à ceux-ci : Sacré soit à jamais le saint sacrement de l'autel, à la récitation de l'oraison Anima Christi, quand on incline la tête au Gloria Patri et au saint nom de Jésus et de Marie; quand on entend la messe ou que l'on fait l'oraison mentale pendant une demi-heure. Cette dernière indulgence, qui est partielle, devient plénière quand on fait oraison pendant un mois et que l'on se confesse et que l'on communie ; quand on fait la génuflexion devant le saint sacrement ; quand on baise la croix : ayez toujours l'intention de gagner les indulgences qui sont attachées à toutes ces pieuses pratiques.

    XXXI. Afin que vous puissiez vous recueillir et vous unir avec Dieu dans cette vie, autant que possible, tâchez, dans toutes les choses que vous faites ou que vous entendez, d'élever votre cœur vers Dieu et de jeter un regard sur l'éternité : par exemple, lorsque vous voyez une liqueur qui découle, pensez que votre vie s'écoule ainsi, et que vous vous approchez de la mort ; quand vous voyez une lampe qui s'éteint, faute d'huile, pensez que c'est ainsi qu'un jour votre vie finira ; quand vous apercevez des tombeaux ou des cadavres, songez que c'est ainsi que vous deviendrez ; quand vous voyez les grands de cette terre se réjouir de leurs dignités ou des richesses, gémissez de leur folie, et dites : Dieu me suffit : Hi in curribus et hi in cquis : nos autem in nomine Domini. (Ps. xix. 8.) Qu'ils se glorifient dans la vanité, pour moi, je ne veux me glorifier que dans la grâce de Dieu el dans son amour. Lorsque vous voyez des obsèques pompeuses, des tombeaux magnifiques élevés en l'honneur de quelques grands seigneurs, dites : S'ils soi?t damnés, à quoi leur sert tout cela? Quand vous voyez la mer tranquille ou agitée, considérez la différence qu'il y a entre une ame en état de grâce ou de disgrâce avec Dieu; quand vous voyez un arbre sec, songez à une ame qui vit sans Dieu et qui n'est bonne qu'à être jetée au feu. Si vous voyez un grand criminel, tremblez de honte et de crainte devant son juge, devant son père ou devant son supérieur ; considérez quelle sera la crainte du pécheur lorsqu'il paraîtra devant Jésus-Christ, son souverain juge. Quand il tonne et que vous éprouvez de la crainte, pensez à celle qu'éprouvent les damnés en entendant continuellement, dans l'enfer, les tonnerres de la colère divine. Si vous entendez un condamné à mort s'affliger en disant : Il n'y a donc plus de remède à ma mort ! considérez quel sera le désespoir d'une ame qui sera condamnée à l'enfer, lorsqu'elle dira : Il n'y a donc plus de remède à ma ruine éternelle.

    XXXII. Quand vous jetez un coup d'oeil sur les campagnes, sur la mer, sur les fleurs, sur les fruits, et que vous éprouvez un plaisir en les sentant ou en les voyant, dites : Quelles sont belles ces créatures que Dieu a créées pour moi sur cette terre, afin quejeraime, et qu'elles sont encore bien plus douces les délices qu'il me réserve dans le paradis! Sainte Thérèse disait, en admirant les collines ou les vallons, que tout cela lui rappelait son ingratitude envers Dieu. L'abbé de Rancé fondateur de la Trappe, disait que toutes ces créatures lui imposaient l'obligation d'aimer Dieu. C'est encore ce que disait S. Augustin, quand il s'écriait : Cœlum et terra et omnia mihi dicunt ut amem te. On raconte do ce porc, qu'ayant rencontré dans les champs des fleurs et de l'herbe, il les frappait avec une baguette, en disant : Taisez-vous, ne me reprochez pas mon ingratitude envers Dieu ; je vous ai entendues, taisez-vous, c'est assez. Quand Sainte Madeleine de Pazzi tenait dans sa main un fruit ou une fleur, elle se sentait enflammée d'amour, et s'écriait : Mon Dieu a pensé de toute éternité à créer ce fruit et cette fleur, pour me donner une marque de l'amour qu'il me porte.

    XXXIII. Quand vous voyez les fleurs et les ruisseaux, pensez que de même que les eaux courent vers la mer et ne tarissent jamais, de même aussi vous devez toujours couru après Dieu, qui est votre unique bien. Quand il vous arrive d'être traîné par des chevaux, dites : Ces animaux innocens se fatiguent pour me servir, et moi, quelle peine est-ce que je prends pour servir Dieu et pour lui plaire? Quand vous voyez un petit chien qui pour un petit morceau de pain reste fidèle à son maître, pensez combien plus vous devez être fidèle à Dieu qui vous a créé, qui vous conserve, qui veille sur vous et vous comble de bienfaits. Quand vous entendez le chant des oiseaux, dites : O mon a m c, entends comme ces petits oiseaux louent leur Créateur, et toi, que fais-tu? Mais vous alors, louez Dieu par des actes d'amour. Quand, au contraire, vous entendez le chant du coq, rappelez-vous que, comme Pierre, il a été un temps où vous avez renié Dieu ; renouvelez alors vos larmes et vos gémissemens. Quand vous voyez la maison et le lieu où vous avez péché, tournez-vous vers Dieu, et dites-lui : DeUcta juvcnttitis meec cl iynoranliaê mens ne monineris, Domine. Seigneur, oubliez les péchés de ma jeunesse et mes ignorances.

    XXXIV. Quand vous voyez les vallées, considérez que comme elles sont fertiles, parce qu'elles sont arrosées par les eaux qui descendent des montagnes, de même les grâces du ciel descendent sur les humbles, et abandonnent les superbes. Quand vous voyez une belle église, songez à la beauté d'une ame en grâce, car c'est là le vrai temple de Dieu. Quand vous voyez la mer, songez à l'immensité et à la grandeur de Dieu. Quand vous voyez du feu, une lampe, un cierge allumé, dites : Depuis combien de temps ne mériterais-je pas de brûler dans l'enfer? mais puisque vous ne m'y avez pas jeté vous-même, Seigneur, faites que mon cœur brûle pour vous maintenant comme ce bois et ce cierge. Quand vous voyez le ciel étoilé, dites avec S. André d'Àvcllin: O mes pieds, un jour vous foulerez ces étoiles.

    XXXV. Pour vous rappeler ensuite plus souvent les mystères d'amour de notre Sauveur, quand vous voyez du foin, des crèches, des grottes, souvenez-vous de l'enfant Jésus dans l'étable de Bethléem. Quand vous voyez des ciseaux, des marteaux, des scies, souvenez-vous de Jésus travaillant comme simple ouvrier dans un atelier de Nazareth. Si vous apercevez des cordes, des épines, des clous, du bois, songez aux douleurs et à la mort de notre Rédempteur. Lorsque S. François d'Assise voyait un agneau, il gémissait aussitôt et s'écriait : Le Seigneur a été mis à mort pour moi comme un agneau. Quand vous apercevez des autels, des calices, des patènes, songez à l'amour que Jésus a eu pour nous, en se donnant à nous dans le sacrement de l'eucharistie.

    XXXVI. Pendant le jour, offrez-vous souvent à Dieu comme faisait sainte Thérèse en s'écriant: Seigneur, me voici, faites de moi ce qu'il vous plaira, dites moi ce que vous voulez que je fusse pour vous, car je veux le faire. Répétez ensuite, le plus souvent que vous pourrez, des actes d'amour de Dieu. La même sainte disait, que les actes d'amour sont le bois qui conserve dans notre cœur le feu du saint amour. La vénérable sœur Sérapbinc de Carpi, pensant un jour à ce que la mule du monastère ne pouvait pas aimer Dieu, plaignait son sort. Pauvre bête, disait-elle, tu ne sais, ni ne peux aimer Dieu. La mule aussitôt se mit à gémir, et des grosses larmes tombèrent de ses yeux. Ainsi, lorsque vous verrez un animal qui ne peut ni connaître, ni aimer Dieu, tâchez de faire alors un plus grand nombre d'actes d'amour, vous qui pouvez l'aimer. Quand vous tombez dans quelque faute, humiliez-vous aussitôt, et tâchez de vous en retirer par un acte d'amour plus fervent. Quand quelque chose de fâcheux vous arrive, offrez à Dieu votre peine, en vous conformant à sa sainte volonté; appliquez-vous à répéter toujours ces paroles : C'est ainsi que vous le voulez, ô mon Dieu, c'est ainsi que je le veux. Les actes de résignation sont les actes d'amour que Dieu aime le plus, et qui plaisent le plus à son cœur.

    XXXVII. Lorsque vous devez prendre une résolution quelconque, ou donner un conseil important, recommandez-vous d'abord à Dieu, puis opérez ou répondez. Répétez le plus souvent que vous pourrez pendant le jour cette prière : Deus, in adjutorium meum intende, comme faisait Sainte Rose de Lima : Aidez-moi, Seigneur, ne m'abandonnez pas entre mes mains. Ensuite tournez-vous souvent vers l'image du crucifix ou de la Vierge, surtout pendant les tentations. Dieu étant la bonté infinie, désire nous communiquer ses grâces. Le vénérable père Alphonse Alvarez vit un jour notre Sauveur les mains pleines de grâces et cherchant à les répandre ; mais Dieu veut que nous les demandions : Petite et accipietis, autrement il retire la main, tandis qu'il l'ouvre à ceux qui l'invoquent. Quel est celui, dit l'Ecclésiastique, qui a eu recours à Dieu et dont les vœux ont été méprisés? Quis invocavit eum et despexit illum. ( n. 12.) David a dit que le Seigneur a pour ceux qui l'invoquent, non pas de la miséricorde simplement, mais une grande miséricorde. Quoniam tu, Domine, suavis et milis, et multce miscrieordiœ invocantibus te. (LXXXV*)

    XXXVIII. Oh ! que le Seigneur est bon et généreux envers ceux qui le cherchent avec amour! Bonus est Dominus animæ qiucrenli illum. (Thren. m. 2 5. ) S'il se fait trouver par ceux qui ne le cherchent pas : lnventus sum a non quœi-enlibus me, (Rom. x. 20.) à combien plus forte raison se fera-t-il trouver par ceux qui le cherchent pour le servir et l'aimer?

    Enfin Sainte Thérèse dit que les ames fidèles doivent se conformer sur cette terre à l'amour des bienheureux dans le ciel. Les Saints dans le ciel ne traitent qu'avec Dieu, n'ont d'autre pensée que celle de Dieu, d'autre plaisir, d'autre gloire et d'autre amour que Dieu: c'est ainsi que vous devez faire. Que Dieu soit sur cette terre votre bonheur, l'unique fin de vos actions et de vos désirs, jusqu'à ce que vous arriviez au royaume éternel, où votre amour sera parfait et consommé et où vos désirs seront pleinement satisfaits.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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