Lettres spirituelles · Alphonse de Liguori
Lettre I
Noccra, 27 janvier 1732.
Je réponds brièvement. D’un côté j ’ai du déplaisir d’apprendre vos peines, de l'autre je me console de voir votre révérence et les autres ainsi placés sur la croix. Je n ’apprends néanmoins qu’avec déplaisir l ’inquiélude de vos sœurs, qui me paraît excessive. Il est vrai, comme vous m ’écrivez, qu’elles sonlrésignées ; mais la résignation n’est pas parfaite quand elle est unie avec l’inquiétude. Pourquoi ne trouvent-elles pas un directeur comme elles le désirent? Mais quand Dieu le veut ainsi, pourquoi ce qui plaît à Dieu leur déplairait-il ? il n ’y a en cela aucune faute de leur part. Il est certain que Dieu le veut ainsi, parce qu’ainsi le commande l ’évêque. Il ne sert de rien de dire que l ’évêque a été mal informé, parce que, encore que l ’évôque se trompât en cela, il est certain que Dieu veut cette chose de vous? outre qu’il me paraît certain que l ’éveque aura eu quelque juste motif d’en agir ainsi, savoir pour mettre fin à quelques propos, etc. Mais, comment ferons-nous sans directeur ? Et n ’avez-vous pas Dieu? Comment tant de gens sont-ils devenus des saints, dans les grottes, dans les déserts, où ils n ’avaient pour directeur que les oiseaux et les arbres ? quand nous avons le directeur à portée, et que nous ne voulons pas nous en servir, Dieu ne nous aide pas. Mais quand ce directeur vient à manquer, ( comme le plus souvent il manque dans les monastères hors de Naples, au grand regret de plusieurs bonnes âmes) alors Dieu se charge de tout. Dieu ne peut manquer à qui le cherche de tout son cœur. Lisez celle Ici ire aux sœurs, et au bout de quelque temps écrivez-moi une autre fois, et consolez-moi en m ’apprenant que votre révérence et toutes vos sœurs, vous vous êtes abandonnées dans les bras amoureux de Jésus, qui se laisse bien trouver de quiconque le veut. Dites donc à vos sœurs qu’elles ne parlent jamais, jamais des grâces surnaturelles à un tel confesseur, comme aussi je dis à votre révérence; dites-lui seulement vos fautes pour recevoir l’absolution de temps en temps. Que les sœurs vous disent tout à vous, et vous, généralement parlant, après les avoir entendues, vous leur répondrez que ce doivent Cire des songes et des imaginations ; que la seule chose importante est de vouloir ce que Dieu veut, d ’embrasser et d’aimer la souffrance, les mépris, la pauvreté et les contradictions. Faites en sorte dans la communauté de pratiquer parfaitement l’obéissance, l’oraison et la pauvreté; avec ces trois choses la perfection ira toujours croissant dans le monastère; ce sont ces trois choses que vous rebâtirez le plus souvent dans les entretiens familiers et les réunions du chapitre.
Après cela, les craintes que vous témoignez sont pour moi une consolation. Les âmes qui ont trop de sécurité sur leur propre état me font trembler. Mais je ne veux pas d’inquiétude. La véritable crainte de Dieu ne donne pas d ’inquiélude, mais elle est accompagnée de paix et de joie. Pour moi, j ’ai l ’assurance que Dieu est avec vous: que voulez-vous do plus? Donnez-moi communication de toutes les choses qui vous concernent : je crois que pour la plupart ces choses viennent de Dieu. Il suffit. Dans toutes vos craintes, dites : Mon Dieu, je ne veux que vous seul, et tranquillisez-vous. Chassez toute inquiétude ; car dans votre ame elle-même j ’ai reconnu, d ’après ce que vous m ’avez écrit, quelque inquiétude superflue qui ne déplaît pas à Dieu. Demeurez dans le cœur de Jésus et de Marie. Vive Jésus, Marie, Joseph et Thérèse!
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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