Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Instructions ou conférences pour les missions · Saint Léonard de Port-Maurice

    Instruction II : De la confession générale

    I. Il sera bon d'observer dans nos conférences la règle que suivent les pèlerins : cette règle consiste en ce que celui qui a les jambes plus faibles marche en avant, et que celui qui est plus fort accommode son pas au pas des autres: ainsi devrons-nous en agir nous-mêmes, c'est-à-dire que ceux qui ont plus de capacité voudront bien se plier aux exigences de ceux qui ont la mémoire ingrate, et ne trouveront pas mauvais d'entendre parfois répéter des choses déjà dites; car pour les personnes simples ne dire les choses qu'une fois c'est comme si l'on ne disait rien; c'est écrire sur l'eau, les caractères à peine tracés s'évanouissent aussitôt.

    Pour accomplir la promesse qui vous a été faite hier matin, je vous rappellerai d'abord cette grande vérité, savoir, que celui qui cache un péché grave en confession, ne se confesse pas comme il faut. L'exemple que je vais rapporter servira à vous prémunir contre un mal si dangereux. Le père François Rodriguez rapporte qu'Hugubert, roi d'Angleterre, avait une fille d'une si rare beauté qu'on l'appelait la merveille du monde. Elle fut demandée en mariage par plusieurs princes d'Europe, mais elle refusa tous les partis, et, à force d'instances, elle obtint de son père de pouvoir, en compagnie de plusieurs autres jeunes filles nobles, s'enfermer dans une maison solitaire pour s'y livrer à un genre do vie plus parfait. Celle qui avait été admirée jusque-là comme un prodige de la nature devint un prodige de la grâce. Au bout de quelques années d'une vie sainte et exemplaire, elle mourut; après sa mort, elle apparut à sa gouvernante, mais elle lui apparut tout environnée de feu. La demoiselle fut épouvantée à la vue d'un si horrible spectacle et voulut prendre la fuite. « Non, non, arrête, lui cria une voix, et sache que je suis l'âme de la fille du roi Hugubert, morte récemment, et que je suis malheureusement damnée. — Comment damnée!... Et où est donc la justice, où est la miséricorde de Dieu? — Hélas ! c'est ma faute, et non celle de Dieu. Tu dois savoir qu'étant encore enfant, je m'affectionnai beaucoup à la lecture des livres spirituels; lorsque j'étais fatiguée, je me faisais lire par un page, qui en recevant le livre me baisait la main; cet acte se réitéra si souvent qu'un jour, plus fortement tentée que d'habitude, je succombai avec lui au péché. La faute à peine commise, je courus trouver mon confesseur et lui dis : Mon père, je m'accuse d'avoir commis une légèreté avec un page. Le confesseur me gronda en disant que pareille conduite était indigne d'une personne de ma condition. Alors je cherchai à atténuer ma faute en disant que je n'avais péché que par pensée. Ces pensées mêmes, reprit-il, ne conviennent pas à votre rang. Atterrée par ces reproches, je dissimulai tellement mon péché que je le fis passer pour un rêve, et depuis lors, je n'eus jamais plus le courage de m'en confesser; voilà pourquoi je suis damnée, et Dieu m'a ordonné de venir malgré moi te le manifester, afin que mon malheur serve d'exemple à d'autres. »

    Souffrez que je m'élève, à cette occasion, contre ces confesseurs inconsidérés qui, à chaque péché de cette espèce qu'ils entendent, se mettent à gourmander le pénitent. Imprudents, vraiment dignes du châtiment le plus sévère ! — Mais vous, seriez-vous si insensés que de vous exposer à être plongés pour toute l'éternité dans une mer de feu, en refusant de supporter un moment de honte en cette vie? Que chacun songe à soi, prenne sa résolution, et se garde de laisser passer une si belle occasion.

    II. Dans l'instruction de ce jour nous avons à traiter de la confession générale. A ces mots quelques-uns d'entre vous se disent en eux-mêmes : à quoi bon me troubler la conscience avec cette confession générale? Pour moi, grâce à Dieu, je n'ai jamais rien caché; j'ai toujours tâché d'avoir une sincère contrition, et à chaque confession j'ai formé un ferme propos de ne plus retomber. J'ai vécu jusqu'ici dans la bonne foi; que sert-il donc de me mettre à la torture pour faire cette confession générale? — S'il en était réellement ainsi, vous auriez parfaitement raison de tenir ce langage. Cependant un missionnaire très-zélé, dont je puis vous garantir le témoignage, avait coutume de rapporter qu'il avait entendu, dans le cours de sa vie, bien des pénitents commencer leur confession générale par cette déclaration : « Mon père, si je fais une confession générale, ce n'est point par nécessité, c'est purement par dévotion et par conseil; » mais qu'ensuite, après avoir été aidés par le confesseur à descendre jusqu'au fond de leur conscience, et à réfléchir sur les égarements de leur vie passée, une fois la confession générale terminée, ils s'écriaient en soupirant : « Malheureux que je suis ! comme je me faisais illusion en affirmant que je n'avais jamais caché de péchés en confession, que j'avais toujours eu la contrition requise et un ferme propos de m'amender? Non, certes, je ne disais pas la vérité. Malheur à moi si j'étais mort avant ma confession générale! Non, je ne voudrais pas pour tout l'or du monde ne l'avoir pas faite. » Savez-vous ce qui arrive ordinairement dans une confession générale? Précisément ce qui arrive à celui qui s'en va chasser dans une épaisse forêt, peuplée d'une multitude d'animaux. Vous le verrez quelquefois courir une journée entière dans les broussailles sans rencontrer une seule pièce de gibier; à peine aura-t-il la chance do tirer un coup, ou deux. Mais si enfin, fatigué de courir en pure perte, il vient à mettre le feu aux quatre coins du bois, et que la flamme, excitée par un vent propice, se propage rapidement, vous verrez bientôt s'élancer de toutes parts des sangliers, des loups, des cerfs, des daims, en un mot, des animaux de toute espèce. Alors, étonné d'un pareil spectacle, vous vous écrierez : voyez, voyez combien il y avait de gibier dans cette forêt! qui l'aurait jamais cru? Je le comprends maintenant, pour connaître le terrain, il faut mettre le feu aux quatre coins à la fois. — La même chose a lieu dans la confession générale. Que de choses reviennent au jour, auxquelles on n'avait jamais pensé, surtout quand on a été peu soucieux de son salut, et qui eussent été, au moment de la mort, un sujet d'inexprimables angoisses! Vous voyez donc ce qu'on fait par une confession générale; on met le feu aux quatre coins de sa conscience, et on la purifie complètement. — Vous me dites que vous avez toujours vécu dans la bonne foi. Vous! vous qui avez toujours été plongé dans la fange jusqu'aux yeux, sans donner jamais le moindre signe d'amendement! Comment peut-on présumer la bonne foi de votre part? Que si vous avez au contraire des motifs si forts et si raisonnables de douter de la validité de vos confessions passées, peut-on dire que vous aimiez votre âme, tandis que vous ne prenez pas le parti de les revalider toutes au plus tôt par une bonne confession générale?

    III. Toutefois, il faut remarquer que la confession générale est nuisible pour quelques-uns, utile à un grand nombre, et strictement nécessaire à d'autres.

    Elle est nuisible à quelques-uns. Mais quelles sont les personnes auxquelles la confession générale peut nuire? Ce sont certaines personnes scrupuleuses, d'ailleurs pénétrées de la crainte de Dieu, qui ont déjà fait maintes fois des confessions générales, et qui recommencent toujours à se tourmenter elles-mêmes et leur confesseur. Les personnes de ce caractère sont en petit nombre de nos jours; mais s'il s'en présentait, c'est au confesseur à les éclairer et à leur faire comprendre que refuser d'obéir en ce point à son directeur spirituel ce n'est pas dévotion, mais entêtement; que si elles ne se décident pas à soumettre leur jugement, elles ne trouveront jamais la paix du cœur. Ces sortes de personnes se persuadent qu'elles parviendront à se guérir de leurs scrupules en refaisant leurs confessions générales; c'est au contraire le bon moyen d'accroître leurs inquiétudes. La maladie des scrupules, en effet, ressemble assez à certaines fluxions dont les yeux sont quelquefois affectés : plus on se frotte les yeux, et plus on augmente le mal. De même, plus on frictionne la conscience en répétant les confessions générales, plus on développe les scrupules et les peines d'esprit. Par conséquent, on se fera une règle inviolable de ne jamais permettre la confession générale à ceux qui, après en avoir déjà fait, se sont corrigés, ont ou la conscience satisfaite, et n'ont actuellement aucune raison particulière de douter de la validité de leurs confessions passées. Une chose excellente cependant, ce serait d'exhorter ces pénitents à faire une revue depuis leur dernière confession générale, afin de tenir toujours les comptes de la conscience parfaitement en ordre. Si à cette occasion on jugeait bon d'accorder quelque soulagement à ces âmes affligées, on pourrait leur permettre de dire ce qui les inquiète le plus, en leur imposant silence sur tout le reste. Mais un excellent conseil que l'on doit donne? à tous, c'est de répéter souvent l'acte de contrition; on ramènera bien mieux le calme dans l'âme par ce moyen que par des accusations et des examens sans fin. Il faut bien faire comprendre au pénitent, conformément à la doctrine de saint Thomas, que lorsqu'une personne, animée d'un sincère désir de se réconcilier avec Dieu, a fait tout ce qu'elle a pu pour faire une bonne confession, qu'elle a employé tous les moyens d'avoir une véritable contrition, et qu'elle a cru l'avoir en effet, en premier lieu, sa confession a été exempte de faute, en second lieu, il n'y a nulle obligation de la refaire ; il suffit pour en assurer la valeur de renouveler l'acte de contrition, et de suppléer à tout ce qu'il y aurait eu d'involontairement défectueux. Il est donc avantageux de renouveler souvent cet acte, car de cette manière nous réussirons quelquefois, avec la grâce de Dieu, à le bien faire, et cela suffit, sans qu'il faille redire des péchés déjà soumis au pouvoir des clefs. Mais cela doit s'entendre de ceux qui ont apporté tous leurs soins à faire une bonne confession, et à se pénétrer d'un sincère repentir. Je veux dire qu'il s'agit des scrupuleux véritables, dont la conscience est timorée, et non de ces scrupuleux faux et dissimulés, qui se sont vautrés toute leur vie dans les plus honteux désordres, et présentement se forgent des inquiétudes pour des minuties, puis recommenceront à boire l'iniquité comme l'eau, scrupuleux et libertins tout à la fois. Ceux-ci ont besoin que la crainte de Dieu leur perce le cœur, les décide à changer de vie tout de bon, et à faire une salutaire confession générale qui répare tant de confessions mal faites et invalides.

    IV. Il est ensuite un grand nombre d'âmes à qui la confession générale est utile, et l'on ne peut dire tous les avantages qu'elle procure quand elle est bien faite. Avantages pendant cette vie, avantages beaucoup plus grands encore pour le moment de la mort. — Pendant cette vie, elle est pour plusieurs le principe d'une vie sainte. L'expérience nous apprend qu'après une confession générale un grand nombre persévèrent, du moins pendant longtemps, et se corrigent sur plusieurs points. Il en est de ceux qui font une confession générale comme de celui qui revêt un bel habit neuf : il a un soin particulier pendant longtemps de ne le pas souiller. Ainsi l'âme qui, au moyen de la confession générale, s'est ornée de la grâce comme d'un vêtement neuf, prend bien plus de précautions pour ne plus retomber dans la fange du péché. C'est pourquoi le premier conseil que l'on donne ordinairement à ceux qui veulent embrasser un nouvel état de vie, c'est de se dépouiller du vieil homme et de se revêtir du nouveau, en faisant une confession générale. C'est ce qu'on fait avec ceux qui embrassent l'état religieux, ou l'état ecclésiastique, ou qui choisissent l'état du mariage ; car il n'y a point de moyen plus efficace pour opérer ce renouvellement intérieur qu'une bonne confession générale. La raison en est que celui qui fait une confession générale conçoit une plus vive douleur de ses péchés passés et un plus grand désir de se corriger à l'avenir. Autre chose est de voir tous ses péchés à la fois et d'un seul coup d'œil, autre chose de les considérer un à un. Une troupe de soldats débandés çà et là inspirent bien moins de terreur qu'une armée rangée en ordre de bataille. C'est pour ce motif que beaucoup de saints ont fait plusieurs fois pendant leur vie des confessions générales. Dans la vie du vénérable archevêque de Valence, Don Juan de Ribera, dont la sainteté fit l'admiration de toute l'Espagne, on lit qu'il fit sa confession générale jusqu'à six fois. Saint Charles Borromée avait coutume de la faire tous les ans. Or, ces saints personnages en agissaient ainsi, non par scrupule, comme quelques-uns voudraient le faire, mais à cause des grands avantages qu'ils en retiraient; ils puisaient dans cette pratique un plus grand mépris d'eux-mêmes, une contrition beaucoup plus vive de leurs fautes passées, et un redoublement d'ardeur pour travailler à leur perfection. Aussi saint François do Sales, entre autres louanges qu'il donne à la confession générale, dit « qu'elle nous inspire une salutaire confusion de notre vie passée, et nous fait admirer les traits de la miséricorde de Dieu, qui nous portent à l'aimer et à le servir avec plus de ferveur. » Il y a plus : la confession générale d'une âme pénitente réjouit extrêmement le cœur de Dieu. Sainte Marguerite de Cortone désirait que Notre-Seigneur lui donnât le doux nom de fille, au lieu de celui te pauvre petite qu'il lui avait donné jusque-là; le Sauveur lui fit savoir qu'elle n'entendrait ce beau nom qu'après avoir fait une confession générale, aussi exacte que possible, de tous les péchés de sa vie passée. Elle la fit en effet avec beaucoup de larmes. Alors Dieu lui dit avec une douceur ineffable. Filia mea Margarita, remittuntur tibi omnia peccata tua. « Marguerite, ma fille, en vertu de la confession générale que tu as faite, je te pardonne tous tes péchés. » O sainte et bienheureuse confession! qui n'éprouverait le désir de la faire avec toute l'exactitude possible, afin de s'enrichir de tant de biens !

    V. L'autre avantage de la confession générale concerne l'avenir, je veux dire l'heure de la mort. Qui est-ce qui à ce moment suprême ne voudrait l'avoir faite avec quelque soin? Oh! quelle consolation pour un moribond d'avoir réglé tous ses comptes ! Mais si l'on tarde jusqu'à la dernière extrémité, qui peut se flatter de réussir? Le devoir le plus important de la prudence chrétienne, c'est de prévoir ce qui doit arriver et d'y pourvoir à temps. C'est là proprement agir en homme, et en homme sensé. Dans le royaume d'Aragon, un gentilhomme de la cour vint se jeter aux pieds d'un missionnaire, et lui dit: « Mon père, si vous le trouvez bon, je voudrais faire une confession générale. » Le missionnaire lui demanda quel motif il avait de faire cette démarche. « Ah ! mon père, répondit-il en soupirant, ne dois-je pas mourir? Or, comment, après une vie si criminelle, pourrais-je mourir tranquille, sans avoir fait une confession générale avec tout le soin possible? Si j'attends le dernier moment, ma femme, mes enfants, les affaires, la crainte de la mort, la violence du mal, m'ôteront la présence d'esprit : quelle serait mon imprudence de remettre à la faire au milieu de tant de peines et d'embarras! Souffrez donc que je profite d'une si belle occasion. » Ainsi parlait ce sage gentilhomme. Et ce ne sont pas seulement les personnes sensées, mais les plus négligentes elles-mêmes, qui, lorsqu'elles se voient en face de la mort, pensent parfois à faire une confession générale. Un bon religieux étant allé visiter les prisonniers, en trouva un qui devait être exécuté le lendemain. Ce malheureux le pria aussitôt d'entendre sa confession générale : « Mais qu'est-ce qui vous porte à cela? » lui demanda le religieux. » Ah ! mon père, lui répondit-il, c'est que demain je dois passer de ce monde en l'autre, et si je viens à manquer ce pas décisif, qu'on sera-t-il de moi? N'est-il donc pas bon que je prenne toutes les précautions possibles? » Vous le voyez, il n'y a pas jusqu'aux voleurs et aux assassins qui ne reconnaissent que la confession générale est d'un grand avantage à l'article do la mort. Permettez donc que je stimule votre courage en vous indiquant un moyen très-efficace pour achever de vous déterminer. Ce soir en vous couchant, prenez dans votre lit la position que vous aurez bientôt dans le cercueil ; fermez les yeux, étendez les pieds, croisez les mains sur la poitrine, et dites-vous ensuite : Dans quelque temps, je serai étendu de cette façon dans une bière, on me portera à l'église, on chantera mes obsèques, et puis on me jettera dans une fosse. Or, que voudrai-je avoir fait avant de me trouver dans cet état? Et s'il vous vient à l'esprit que ce serait un bonheur pour vous d'avoir fait une bonne confession générale, ne différez pas davantage; ne vous laissez pas tromper par le démon : voit-il quelqu'un disposé à la faire, il lui insinue aussitôt qu'il en sera toujours temps, et en attendant il lui suscite des embarras et des soucis ; tantôt, c'est une affaire, et tantôt une autre, jusqu'à ce qu'il survienne une maladie mortelle; le pauvre pécheur, pris au dépourvu, n'a plus les forces ni la présence d'esprit nécessaires pour s'occuper de son salut, et meurt comme étourdi. Tenez-vous en garde contre ces ruses infernales. Soyez sûr que nul ne se repentit jamais d'avoir fait sa confession générale à temps, tandis que beaucoup ont éprouvé d'amers regrets de l'avoir, par une déplorable négligence, différée jusqu'à la mort.

    VI. Il en est d'autres enfin pour qui la confession, générale est tellement nécessaire, qu'il y va de leur, salut éternel. Mais quels sont-ils? — Je les distinguerai en sept classes. Que chacun de vous soit bien attentif, et examine s'il appartient à l'une ou l'autre de ces catégories, afin d'en venir aussitôt au remède.

    1° Ce sont ceux qui, par honte ou par tout autre motif, ont malicieusement caché en confession quelque péché mortel, ou qu'ils croyaient mortel, ou que du moins ils soupçonnaient tel, et qui ont ensuite continué à le cacher par malice dans les confessions subséquentes.

    2° Ceux qui, ayant la conscience chargée de péchés mortels, se confessent sans examen, ou ne s'examinent qu'avec une négligence notable, s'exposant par là à ne pas faire une confession entière.

    3° Ceux qui ont à dessein partagé leur confession, disant leurs fautes graves, partie à un confesseur partie à un autre, pour ne pas tout faire connaître au même.

    4° Ceux qui se confessent sans douleur, sans avoir fait auparavant un acte de contrition ou d'attrition, n'allant à confesse que par habitude ou par pure formalité, comme s'il suffisait de réciter tous ses péchés au prêtre; de même ceux qui cherchent un confesseur sourd ou muet, qui ne sache ouvrir la bouche que pour proférer les paroles de l'absolution.

    5° Ceux qui se confessent sans un ferme propos, et ne s'appliquent jamais à se corriger de leurs mauvaises habitudes ; qui changent de confesseur tout exprès pour ne pas changer de vie, et veulent vivre et mourir dans leurs dispositions criminelles.

    6° Ceux qui ont vécu dans une occasion prochaine de péché qu'ils pouvaient et qu'ils n'ont pas voulu quitter, et se sont confessés en persévérant dans cette attache au vice.

    7° Ceux qui, ayant à restituer un bien mal acquis, ne l'ont pas fait quoiqu'ils le pussent; ou ceux qui, ayant quelque inimitié contre le prochain, n'ont jamais pardonné et ont continué pendant plusieurs années do se confesser dans ces mauvaises dispositions.

    Tous ceux-là sont strictement tenus de faire une confession générale de tous les péchés mortels commis depuis qu'ils ont commencé, avec advertance, à se confesser si mal. Or, qu'on réfléchisse ici à l'illusion de certains confesseurs, qui, lorsqu'un pauvre pénitent leur témoigne le désir de faire une confession générale, se bornent à lui demander : avez-vous quelquefois caché des péchés en confession? — Non, dit le pénitent. — p. u. v.

    Renoncez donc à l'idée de faire une confession générale, laquelle n'est propre qu'à casser la tête et aux confesseurs et aux pénitents; — comme s'il n'y avait point d'autre motif qui pût rendre cette confession nécessaire que le défaut de sincérité. Quelle inconcevable imprudence, ou quel manque excessif de charité ! Au revoir, au tribunal de Dieu. Toutefois, j'avoue que ceux qui cachent leurs péchés, par honte ou autrement, forment la première classe de ceux qui sont dans la nécessité de refaire leurs confessions. Citons-en un exemple.

    Il y a dix, vingt, trente ans que vous cachez un péché en confession; chaque fois que vous vous présentez au saint tribunal, ce péché vous revient à la mémoire, et vous connaissez l'obligation que vous avez de le confesser, malgré cela vous continuez de le cacher par honte ou par un autre motif quelconque; je dis que vous êtes tenu de faire une confession générale de ces dix, vingt ou trente années ainsi passées. — S'il en est ainsi, mon père, il faudra donc que je fasse une confession générale de toute ma vie, quoique je sois dans la soixantième ou la soixante-dixième année de mon âge? —- Et pourquoi? — Parce qu'étant enfant j'ai commis quelques péchés, dont je me suis toujours souvenu et que je n'ai jamais déclarés en confession. — Mais pourquoi ne les avez-vous jamais déclarés? — Eh ! il me semblait que n'étant qu'un enfant, je n'étais guère capable de pécher. — Quoi îj,ge aviez-vous quand vous avez commis ces péchés? — Sept ou huit ans, plus ou moins. — Vous cachiez-vous pour n'être point vu quand vous faisiez ces mauvaises actions?— Oui, mon père. — Craigniez-vous d'en être puni par vos parents? — Oui, mon père. — Ce sont là des signes bien probables que vous aviez une malice suffisante pour pécher. Mais en outre, n'aviez-vous pas quelque doute que ces actions ne fussent gravement coupables? — J'en doutais un peu. — Et pourquoi, pendant tant d'années, n'avez-vous pas interrogé un bon confesseur pour éclaircir vos doutes? — Ah! c'est qu'une certaine honte m'a retenu. — Cela suffit; vous avez besoin de faire une confession générale de toute votre vie. Douter si l'on a péché et avoir la malice de ne pas éclaircir ses doutes, c'est une preuve suffisante de culpabilité. Puis, supposez même que vous vous en fussiez confessé, quelle contrition, quel bon propos pouviez-vous avoir à l'âge de douze ou treize ans, lorsque vos parents ou vos maitres ne vous faisaient aller à l'église qu'à force de menaces? Quelle espèce de confession faisiez-vous à cet àge-là? Pesez bien toutes ces choses, et voyez si vous oseriez vous dispenser de faire une confession générale.

    VII. Ah! çà, je vous suppose suffisamment convaincus et de la nécessité et de l'utilité d'une confession générale; il ne nous reste plus qu'à vous tracer une méthode courte et facile pour que l'on mette la main à l'œuvre. Il ne faut pourtant pas se le dissimuler, le démon vous suscitera des montagnes de difficultés pour vous détourner d'un si grand bien. Les uns croient qu'ils ne parviendront jamais à débrouiller une conscience, dont les inextricables embarras font leur tourment; les autres se sentent glacés au seul nom de confession générale. Eh bien ! laissez-moi faire, et, avec la grâce de Dieu, toutes ces montagnes seront bientôt aplanies. En somme, les difficultés se réduisent à deux; l'une regarde l'examen à faire, l'autre le nombre des péchés à déclarer. Quant à l'examen, c'est une chose facile pour celui qui a mené un genre de vie uniforme, et il pourra en quelques mots faire une confession générale de plusieurs années. Il y a, par exemple, dix, vingt et trente ans que vous commettez certains péchés, et vous les avez toujours commis avec la même fréquence et les mêmes circonstances; voici comment vous pouvez vous expliquer en peu de mots : Mon père, je m'accuse d'avoir commis tel péché pendant trente années, autant de fois par mois ou par semaine, et dans telles circonstances. S'il en est de même des autres péchés, si vous les avez commis avec la même uniformité, vous voyez qu'en un quart d'heure vous pouvez faire une confession générale de bien des années. Ceux qui n'ont pas eu cette uniformité de vie rencontreront plus de difficultés dans la pratique, notamment pour deux raisons : premièrement, ayant la conscience fort embrouillée à cause de la multitude des péchés commis et des confessions mal faites, ils ne sauront ni par où commencer, ni comment achever leur examen, tant ils auront la tête pleine de confusion. On en a vu en effet qui, après avoir travaillé plusieurs jours à écrire leurs péchés et noirci plusieurs feuilles de papier, se trouvaient plus embrouillés que jamais, ne sachant ni ce qu'ils avaient écrit, ni ce qu'il leur restait à écrire, parce qu'ils avaient tout écrit pêle-mêle et sans ordre. L'autre source de difficultés, c'est que, lorsqu'ils auront peu à peu retrouvé leurs péchés, ils n'auront pas les termes propres pour en exprimer l'espèce, les circonstances et les suites. Ainsi, tel vous racontera quatorze histoires pour s'accuser de quatorze péchés, qui pourraient être dits en quatre paroles. Pour éviter ces deux écueils, je vous proposerai un expédient : c'est de choisir un bon confesseur, un prêtre prudent, instruit et charitable ; remettez-vous entre ses mains et priez-le de vous assister : Mon père, dites-lui, quoique je sois un homme assez capable pour tout le reste, dans cette affaire-ci néanmoins, je suis fort ignorant; c'est pourquoi je vous prie de m'interroger et de m'assister; — et vous trouverez qu'avec son secours tout vous deviendra aisé, pourvu que vous vous soyez examiné de manière à pouvoir répondre et donner les explications convenables sur les questions qu'il vous fera. Que si après cela vous me demandez si vous ferez bien d'écrire vos péchés, et si vous pouvez faire usage à cet effet des examens de conscience qu'on trouve dans les livres, je vous dirai que je ne blâme point que vous écriviez vos péchés, pourvu que vous ne dressiez point de longs procès-verbaux; car en ce cas le confesseur n'aurait pas la patience de vous écouter, et il aurait raison, mais que vous fassiez une note succincte, indiquant seulement les espèces et le nombre des péchés, si bien que vous puissiez décrire toute votre confession générale sur un simple carré de papier. Quant à l'usage d'un livre, il faut des précautions ; car s'il y a des examens de conscience composés avec prudence et discrétion, et vraiment propres à rendre service, il en est d'autres qui, confondant les péchés mortels avec les péchés véniels, et détaillant une foule de circonstances qu'on devrait négliger, ne font qu'engendrer la confusion dans l'esprit des pénitents. Ajoutez que tous ne savent pas s'en servir avec un sage discernement. Ainsi je ne voudrais pas vous voir imiter cette jeune pensionnaire, qui, ayant demandé et obtenu de son confesseur la permission de faire sa confession générale et de se servir d'un livre pour faire son examen de conscience, serait à lire ce livre; puis tous les péchés, même les plus énormes qu'elle y trouva indiqués, elle les transcrivit sur une feuille de papier, et elle alla ensuite les débiter sans sourciller à son confesseur. Celui-ci, frémissant d'horreur en entendant ces énormités, lui dit : « Mais, ma chère enfant, avez-vous vraiment commis tous ces péchés? — Dieu m'en garde, mon père, répondit-elle; je les ai écrits, parce que je les ai trouvés dans le livre. » — Pour vous, si vous voulez, je vous indiquerai un livre qui ne trompe point, c'est le livre de votre conscience : lisez-le avec attention, et il vous découvrira fidèlement tous vos péchés, surtout avec le secours que vous procurera un bon confesseur en vous interrogeant, comme je l'ai dit plus haut; Ceci s'applique spécialement aux personnes simples, qui n'ouvriraient pas la bouche si on ne les interrogeait. A cette occasion, je ferai observer aux confesseurs que ces personnes sont tenues à moins que les autres, et que leurs confessions générales peuvent s'expédier beaucoup plus vite. Nous ne sommes obligés de les interroger qu'en proportion de leur capacité, pour suppléer à l'examen qu'elles devraient faire par elles-mêmes : c'est pourquoi, si peu d'assistance qu'on leur prête, c'en est assez pour satisfaire au devoir et les renvoyer tranquilles.

    VIII. La plus grande difficulté qui se présente dans une confession générale, est celle qui regarde le nombre des péchés à déclarer au confesseur. Voici une règle claire qui ôtera toute confusion. Si vous savez le nombre certain de vos péchés, vous devez le déclarer comme certain. Plusieurs pénitents manquent en ce point, lorsque, leur confesseur leur demandant combien de fois ils ont commis tel péché, ils lui répondent quatre ou cinq fois, quoiqu'ils sachent d'une manière certaine qu'ils l'ont fait cinq fois ; ce n'est pas là se bien confesser, il faut dire simplement : cinq fois, sans laisser planer de doute. Si vous ne savez pas le nombre juste et précis, tâchez au moins de dire un nombre probable, en cherchant à approcher autant que possible de la réalité. Dites, par exemple : j'ai commis ce péché dix ou douze fois environ; vingt ou vingt-cinq fois environ. Ce mot environ laisse subsister une certaine latitude et ôte tout péril de mensonge. Mais si l'on ne peut indiquer un nombre probable, sans danger de se tromper notablement, que faire? Alors il faut expliquer le temps qu'on a vécu dans l'habitude du péché et la fréquence des actes coupables, en disant, par exemple : Lorsque j'avais quinze ans, un mauvais camarade, pire que le démon, m'apprit à commettre tel péché, et j'ai continué à le commettre jusqu'à l'âge de trente ans, deux ou trois fois par semaine ; il y avait des semaines où je ne le commettais qu'une fois et d'autres où je m'en abstenais tout à fait. — A l'âge de vingt ans j'ai contracté une liaison criminelle, et j'y ai persévéré jusqu'à trente-cinq ans; d'ordinaire j'offensais Dieu une fois la semaine, quelquefois je passais quinze jours et parfois même un mois sans retomber. — Et si vous aviez la tête tellement troublée que vous ne pussiez manifester ni le nombre certain, ni un nombre probable, ni même la durée de l'habitude et la fréquence des actes, il suffirait de déclarer que vous avez été sujet à une mauvaise habitude, pour que le confesseur conjecturât de lui-même un nombre vraisemblable d'après ce qui arrive communément en pareil cas, attendu que personne n'est tenu à l'impossible. — Mais suffit-il, mon père, de se confesser de cette façon? — Et pourquoi pas ? Plût à Dieu que tous se confessassent de la sorte ! De là vient que nous autres missionnaires nous expédions une confession générale dans l'espace d'une demi-heure et moins encore. Il suffit que vous ayez le courage de répondra oui ou non; si cela vous paraît facile, ne vous mettez en peine de rien, car il nous sera très-aisé de débrouiller toute la trame de vos péchés. En vous interrogeant sur les préceptes qu'ont coutume de transgresser les personnes de votre état, et en vous demandant le nombre certain de vos transgressions, ou, si vous l'ignorez, le nombre probable, ou bien la durée et la fréquence des transgressions, ou à défaut d'autre indication la violence de l'habitude, on parviendra très-facilement à dénouer tous les liens qui enlacent votre conscience. Et n'allez pas vous étonner de cette manière de procéder, car elle tout à fait sûre; saint Thomas dit clairement que le confesseur ne doit pas exiger du pénitent plus que celui-ci ne peut moralement faire : In confessione non exigitur ab homine plus quam possit.

    IX. Voilà donc la matière de la confession générale parfaitement éclaircie. Qui de vous, après cela, ne se résignera pas volontiers à s'imposer quelque peine pour jouir d'un si grand bien? Saint Jean Chrysostôme appelle la confession générale un second baptême, qui • purifie notre àme de toutes les fautes passées, et la rétablit en quelque sorte dans l'heureux état de l'innocence baptismale, en la rendant belle, pure et candide aux yeux de Dieu. C'est ce que prouve le trait que raconte Césaire d'un étudiant de l'université de Paris, qui s'était abandonné au désordre. Ce jeune homme, touché un jour par la parole de Dieu, alla trouver un religieux de l'Ordre de Citeaux, pour lui faire sa confession générale. Mais sa douleur était si grande, ses larmes si abondantes, qu'à peine pouvait-il proférer une parole. Le bon religieux lui conseilla alors de mettre tous ses péchés sur le papier, et de revenir avec sa confession écrite, ce qu'il fit. Le confesseur en la lisant y trouva des crimes si énormes, des cas si extraordinaires, que, n'osant rien décider par lui-même, il demanda au pénitent la permission de pouvoir en conférer avec son abbé, homme d'une science et d'une prudence consommée; ce qu'il obtint sans peine. Il alla donc trouver l'abbé, et lui remettant la feuille de papier, il le pria de la lire pour dire ensuite son avis. L'abbé l'ayant ouverte afin de l'examiner, la trouva toute blanche; il n'y était resté que quelques traces de ratures, comme sur un papier dont on a effacé l'écriture. « Que voulez-vous donc que je lise? dit l'abbé; je ne vois rien d'écrit. » Le confesseur, qui venait de l'avoir lue, resta stupéfait, et appelant le pénitent, il lui demanda si c'était bien là la feuille sur laquelle il avait écrit sa confession générale : Certainement, » dit le jeune homme. — « Je vous en félicite, reprit le confesseur; Dieu, par un miracle évident, a effacé de ce papier tous vos péchés, pour vous montrer comment il les a effacés du livre de sa justice, et la blancheur de cette feuille dénote la blancheur de votre âme, devenue belle et pure à ses yeux par la vivacité de la contrition qu'il vous a si miséricordieusement inspirée. Il ne vous reste plus qu'à confesser vos péchés tels que vous les avez dans l'esprit, afin d'en recevoir la sainte absolution. » Le pauvre pénitent, après l'avoir reçue, se prosterna, attendri et fondant en larmes, et prit la résolution de réparer, par un changement de vie complet, les scandales qu'il avait donnés par l'énormité de ses dérèglements.

    O sainte pratique de la confession générale, qui produit dans l'âme des effets si admirables! Elle valide les confessions précédentes, faites sans les dispositions nécessaires; elle excite dans l'âme une contrition plus efficace des péchés commis; elle arrache du cœur tous les vices tt toutes les attaches criminelles, elle incline la miséricorde divine à nous accorder un plus ample pardon de nos iniquités, elle console enfin le pauvre pénitent, le rend pur comme au sortir des eaux du baptême, et le dispose à recevoir de nouvelles grâces, do nouvelles faveurs en cette vie, et la gloire éternelle dans l'autre. Que chacun médite ces magnifiques prérogatives de la confession générale, et puis qu'il se dispense de la faire s'il en a le courage.

    Il pourrait encore se présenter une difficulté touchant la confession générale, c'est celle de découvrir et de confesser les péchés de pensée. Oh! quelle confusion engendre dans certains esprits cette foule de pensées qui les troublent, sans qu'ils puissent arriver à comprendre quand la pensée est coupable ou ne l'est pas, et comment il faut déclarer de pareils péchés à confesse ! Venez donc tous à l'instruction de demain, dans laquelle je traiterai cette matière si importante; je vous apprendrai comment on pèche par pensée, quelle est la gravité de cette sorte de péché, et quel en est le remède. Ne perdez pas cette instruction, je vous en prie : elle est extrêmement nécessaire pour toute espèce de personnes. Qui est-ce qui n'est pas tourmenté d'une façon ou d'une autre par les mauvaises pensées, puisque les saints eux-mêmes pour la plupart ont été sujets à ces sortes de tentations? Venez lune sans manquer. Agimus tibi gratias, etc.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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