Instructions ou conférences pour les missions · Saint Léonard de Port-Maurice
Instruction III : Des péchés de pensée
I. Savez-vous quel est le motif le plus efficace pour vous porter à découvrir en toute sincérité vos péchés au confesseur? C'est la nécessité. Que chacun se dise en soi-même : je dois demeurer éternellement dans le feu avec les démons, ou je dois déclarer mon péché au prêtre: sans cet aveu, je ne me sauverai jamais. Ici pas de milieu: ou me confesser ou me damner. Or, pour vous tenir parole, je vais vous citer en preuve un exemple fameux ; un prédicateur très-expérimenté avait coutume de dire qu'il avait produit plus de fruit par cet exemple seul que par plusieurs carêmes ; un prélat a même créé une fondation pour qu'on le prêchât ou qu'on le lût à certaines époques dans son église. Il est rapporté d'ailleurs par une multitude d'auteurs dignes de foi. Une femme mariée cachait en confession, depuis de longues années, un péché d'adultère, lorsque deux religieux dominicains vinrent à passer sur les lieux: l'un était pénitencier du pape, et l'autre un homme d'une grande sainteté. La femme jugea l'occasion favorable, et résolut de se confesser à ce pénitencier étranger et tout à fait inconnu. La confession commencée, le compagnon du pénitencier, qui se tenait en prière, vit qu'à chaque péché que la pénitente déclarait, il lui sortait comme un crapaud de la bouche ; sur la fin de la confession, il y en eut un, beaucoup plus monstrueux que les autres, qui avança la tête au dehors, puis la retira, et à peine se fut-il retiré que tous ceux qui étaient déjà sortis rentrèrent à leur tour. Le confesseur, qui ne voyait rien, lui donna l'absolution, et ensuite nos deux voyageurs se remirent en route. Chemin faisant, le compagnon du pénitencier lui raconta la vision qu'il avait eue; celui-ci voulut sans délai retourner sur ses pas, mais il apprit en arrivant que la malheureuse était morte subitement. Nos deux religieux passèrent trois jours dans l'endroit, en jeûne et en prière ; le troisième jour la défunte leur apparut, assise sur un dragon qui vomissait des flammes de toutes parts, avec une vipère qui lui rongeait le sein, deux crapauds sur les yeux, et deux chiens qui lui mordaient les mains. Elle poussa un cri aigu et dit: « Hélas! mon père, je suis damnée! et qui pourrait compter mes tourments? Cette vipère qui me pend au cou est le châtiment de mes nudités scandaleuses ; ces crapauds sur mes yeux, la punition de mes regards lascifs; ces chiens qui me mordent les doigts, celle de mes attouchements criminels : mais ce qui me tourmente le plus, c'est ce dragon de feu qui m'a été donné en punition d'un péché honteux d'adultère que je n'ai jamais confessé : c'est là le crapaud plus gros que les autres, aperçu par votre compagnon. J'eus la volonté de le déclarer, mais la honte me retint, et Dieu m'a punie par une mort subite. » Et ici, elle cria à haute voix : « Ah ! combien, combien se damnent parmi nous, misérables femmes! principalement à cause de quatre péchés : l'impureté, la vanité, les superstitions, et par-dessus tout le manque de sincérité en confession ! » A ces mots, elle disparut. L'exemple parle assez de lui-même, il ne faut pas de commentaire. Que celui qui a besoin de faire une bonne confession générale, s'y détermine et s'y prépare sans tarder; et comme la plus grande difficulté qui se rencontre dans la confession générale provient des péchés de pensée, nous en parlerons dans l'instruction de ce jour.
IL La plus grande peine qu'éprouvent les âmes même les plus timorées, c'est de ne pouvoir se rendre compte de leurs pensées. Oh! dans quel trouble les jette cette obscurité qui ne leur permet pas de discerner quand la pensée atteint ou non les limites du péché! On pourrait comparer la tête de certaines personnes à une fourmilière, où les pensées vont et viennent, entrent et sortent sans cesse, sans qu'on sache lesquelles ont été admises en amies, ou repoussées comme ennemies. De là naissent les scrupules, les doutes, les inquiétudes, parce qu'on ne sait comment s'expliquer en confession. Vous voyez par là combien cette instruction est nécessaire pour tirer les difficultés au clair et mettre le cœur en paix, — J'ai donc trois choses à vous expliquer ce matin, savoir ; comment on pèche par pensée, quelle est la gravité de cette sorte de péchés, et quels en sont les préservatifs.
Or, par péché de pensée on n'entend point toute pensée mauvaise qui se présente à l'esprit, car il s'en est présenté, ou il peut s'en présenter à l'esprit des plus grands saints ; mais on entend une pensée coupable à laquelle vous adhéroz volontairement. Cela peut arriver de deux manières: la première, c'est quand la volonté désire efficacement d'en venir à l'exécution et de réaliser cette pensée; ce consentement de la volonté se nomme péché de désir. L'autre, c'est quand la volonté ne désire pas véritablement aller jusqu'à faire le mal, mais s'entretient néanmoins de propos délibéré dans la représentation de l'objet criminel, et y prend plaisir; cette complaisance de la volonté se nomme péché de délectation. Tout cela s'éclaircira beaucoup mieux par un exemple. Quelqu'un reçoit une injure de son ennemi ; saisi de colère, il désire intérieurement s'en venger en lui rendant le mal pour le mal : voilà un péché de désir. Si p. M. v.
par esprit de vengeance, mais sans désirer lui faire aucun mal, il se réjouissait du mal qui lui est fait par un autre, ou d'une maladie, ou d'un accident fâcheux qui lui est survenu, ce serait un péché de délectation. Ce que je viens de dire des péchés de haine, appliquez-le vous-mêmes aux impudicités et à tous les péchés déshonnêtes. S'il vous vient une pensée impure à l'esprit, et qu'avec une volonté délibérée vous désiriez la mettre en action, c'est un péché de désir. Que si vous ne désirez pas d'en venir à l'exécution, mais que vous vous y arrêtiez volontairement, et que vous y preniez plaisir avec advertance, c'est un péché de délectation. Faites bien attention à cette doctrine, car elle servira à vous ôter beaucoup de scrupules de la tête. Vous pouvez déjà conclure de ce qui a été dit que si une mauvaise pensée vous revient cent fois à l'imagination, et que vous la chassiez cent fois, en vous recommandant à Dieu, en implorant son assistance par ces mots : Mon Jésus, miséricorde ! ou que vous y résistiez de toute autre manière, il n'y a pas de péchés au moins mortel, et partant pas de sujet de vous inquiéter. Mais si vous vous y arrêtiez avec complaisance, et surtout si vous désiriez en venir à l'acte ou à l'exécution, alors vous pécheriez. C'est comme au jeu de balle : si sur cent fois que votre adversaire vous livre la balle, vous la lui renvoyez cent fois, vous ne perdez pas au jeu, vous êtes vainqueur : mais si la balle vous reste, vous perdez.
III. Permettez donc que je vous donne deux avis d'où dépend principalement le fruit de cette instruction. Le premier, c'est qu'en examinant votre conscience, vous ne devez pas rechercher seulement les actions et les paroles, mais aussi les pensées : si vous trouvez que vous y ayez consenti volontairement, soit en prenant plaisir au mal, soit en désirant le commettre, vous devez vous en accuser, comme vous accusez les actions mêmes; car devant Dieu le mal qui séjourne au fond du cœur est aussi manifeste que celui qui se produit au dehors par des actes. — L'autre avis très-important que j'ai à vous donner, c'est de vous habituer à résister promptement aux mauvaises pensées, et à faire comme lorsque vous vous tenez près d'un feu pétillant en hiver et que des étincelles volent sur vos vêtements : que faites-vous alors? dès que vous sentez l'odeur de brûlé, ou que vous apercevez la moindre étincelle, vous vous empressez de l'éteindre avec la main. Ainsi devez-vous vous comporter dans un cas d'autant plus grave, que la vie de votre âme l'emporte davantage sur le vêtement du corps. Oh ! quel bien résultera pour vos âmes de cette promptitude à repousser les mauvaises pensées ! Jugez-en par ce que je vais dire. Nos chroniques rapportent une vision qu'eut un de nos religieux. Il vit des démons tout occupés à lancer des traits contre certaines personnes qui s'adonnaient à la perfection; mais quelques-uns de ces traits, sans faire le moindre mal, rejaillissaient contre les démons eux-mêmes et les mettaient en fuite de désespoir; d'autres faisaient une légère blessure et tombaient à terre; il y en avait enfin qui pénétraient la chair, causaient une plaie et faisaient couler le sang. Les premiers traits sont la figure do ces mauvaises pensées qui sont repoussées sur-le-champ avec énergie, et qui, loin de blesser ou d'être imputées à péché, tournent au contraire à notre avantage; car toutes les fois que vous chassez une mauvaise pensée, votre ange gardien vous dépose une couronne sur la tête; aussi Dieu a-t-il quelquefois permis que les plus grands saints fussent tentés de la sorte, afin de leur fournir plus ample matière de mérite. Les seconds traits sont ces pensées qu'on repousse avec négligence, et qui deviennent péchés véniels. Les derniers enfin, qui causent une blessure réelle, représentent ces pensées coupables auxquelles on donne un plein et entier consentement, et qui, la matière étant grave, constituent autant de péchés mortels, dont cependant bon nombre de personnes ne se font aucun scrupule. Ainsi, par exemple, une personne donne rendez-vous à une autre avec mauvaise intention, en lui disant : je t'attends en tel endroit, tel jour, à telle heure; mais ensuite, il survient un accident qui fait avorter le projet, et le péché n'est pas commis en action : tous deux vont à confesse, et comme le péché n'est pas passé en acte, ils ne s'accusent pas de cette intention criminelle qu'ils avaient conçue dans leur cœur; n'est-il pas évident qu'ils se confessent mal? Ils sont obligés de dire : mon père, j'ai désiré de commettre tel péché, et j'ai formé ce désir autant de fois, ou environ. — Tel autre, sans avoir l'intention, à la vérité, de commettre aucune mauvaise action, s'arrête avec pleine advertance et délibération à penser à des choses mauvaises et déshonnêtes, à cause du plaisir qu'il trouve dans ces sortes de pensées ; il va à confesse, et parce qu'il n'a pas eu l'intention de pécher en action, il ne s'accuse pas de s'être entretenu avec pleine et entière délibération dans ces pensées coupables: celui-là encore se confesse mal; il doit dire : mon père, j'ai eu telle délectation déshonnête, et je l'ai eue tant de fois, plus ou moins. Les dards qui font plaie, ce sont ces pensées mauvaises auxquelles on adhère avec pleine advertance et entier consentement. — Mais que faire avec ces pensées importunes qui vous assaillent comme des mouches? — Il faut les chasser sur-le-champ, et ne pas vous arrêter à raisonner avec la tentation, ni avec le démon ; il faut aussitôt leur tourner le dos. Quel bonheur si vous preniez l'habitude de cette prompte et généreuse résistance! Qu'un misérable aille frapper la nuit à la porte d'une femme vertueuse, celle-ci, bien loin de lui ouvrir, ne veut pas même l'entendre ; elle le gronde, le chasse, le menace. Si elle s'arrêtait à s'entretenir agréablement avec lui, et prenait goût à ses discours libres, ce ne serait plus une femme vertueuse; par cela seul, elle offenserait gravement son mari. De même, si l'âme s'arrête à parlementer avec le démon, et prend plaisir à ce que lui représente la tentation, par cela seul elle offense Dieu, en se délectant volontairement dans ce qu'il défend. Voici donc l'avis capital que vous devez bien vous fixer dans la tête et qui sera le fruit unique de cette instruction : aussitôt que vous vous apercevez que le démon vous suggère à l'esprit une mauvaise pensée, faites un acte contraire, tel que le signe de la croix, ou l'invocation : Mon Jésus, miséricorde! comme je vous l'enseignerai plus tard, ou bannissez-la promptement d'une autre manière quelconque. Si une araignée vous mord au visage, n'y portez-vous pas la main sur-le-champ pour la chasser? Et pourquoi n'en feriez-vous pas autant d'une pensée criminelle? De cette façon, soyez sûrs que vous ne serez jamais blessés.
IV. Ce n'est pas tout de vous avoir instruits et de la manière dont on pèche par pensée, et de l'obligation que vous avez de vous accuser en confession de ces sortes de péchés; j'ai bien plus à cœur de vous éclairer sur leur gravité ; car, faute d'y réfléchir, il arrive que vous commettez ces péchés tous les jours, et que trop souvent vous n'en tenez aucun compte. Le saint Concile de Trente nous enseigne deux choses : la première, c'est que les péchés de pensée font une blessure plus profonde dans l'âme que les péchés d'action; la seconde, c'est que parfois ces péchés sont plus dangereux que tous les autres : Non nunquam animam gravius sauciant, et periculosiora sunt Us quae manifeste admittuntur. — En premier lieu, ils font une blessure plus profonde. Vous devez savoir, en effet, que, selon la doctrine de saint Thomas d'Aquin, le mauvais désir ne diffère pas essentiellement, pour la gravité, de l'action mauvaise qui en est l'objet; mais qu'il est seulement moins grave «matériellement. Or, vous comprenez que si le péché de désir est aussi grave que le péché d'action, il devient en pratique une charge bien plus lourde, et une blessure bien plus perfide pour la conscience, à cause de la facilité et de la fréquence excessive avec lesquelles on y tombe. Il se commet, en effet, cent fois plus de péchés de pensée que d'action ; attendu que pour les péchés de pensée il ne faut ni complices, ni circonstances favorables de temps, de lieu, comme pour les péchés d'action. Par suite, on boit ces péchés-là comme l'eau, et on n'en fait guère de cas, parce qu'ils ne paraissent pas aussi grands ni aussi révoltants que les péchés d'action. Si quelqu'un proposait à cette honnête jeune fille une vilaine action, supposé qu'elle soit réellement honnête, il la ferait rougir et de pudeur et d'indignation, témoin cette célèbre disciple de saint Jean, Drusienne, qui, étant sollicitée au mal, tomba morte subitement d'effroi. Néanmoins, il peut se faire que cette même jeune fille, qui a une si grande horreur des actions déshonnêtes, rumine continuellement en elle-même une foule de mauvaises pensées et y consente avec pleine délibération; et comme ces péchés intérieurs ne paraissent point et ne peuvent frapper ses regards, il y a danger qu'elle se croie innocente tandis qu'aux yeux de Dieu elle est plus criminelle, elle est plus misérable qu'un démon. Les démons, vous savez bien ce qu'ils étaient avant d'être démons; c'étaient des anges aussi beaux que bons. Et que firent-ils pour devenir des démons? Ils commirent un seul péché de pensée, et pour cet unique péché do pensée, d'anges ravissants qu'ils étaient, ils devinrent d'horribles et affreux démons. Jugez de là quel grand mal ce doit être de commettre des péchés de pensée sans nombre, comme le fait cette jeune personne, ce jeune homme, particulièrement dans ces liaisons dangereuses, ces bals, ces soirées, ces fréquentations ! Il faut convenir que si un seul péché de pensée suffit pour métamorphoser un ange en diable, cette jeune fille et ce jeune homme qui ont sur la conscience des centaines et des milliers de péchés semblables, y ont autant de difformités qu'il en faudrait pour faire de toutes pièces des centaines et des milliers de démons. Et pourtant vous les voyez, avec cette troupe de démons autour d'eux, rire et badiner, et s'en aller dormir tous les soirs comme si rien n'était. Oh! quel déplorable aveuglement !
V. L'autre vérité que nous enseigne le Concile de Trente, c'est l'immense danger que portent avec eux les péchés de pensée. Réfléchissons-y, de grâce, car il s'agit ici d'un point d'une haute importance. Les tentations à l'article de la mort seront beaucoup plus violentes qu'elles ne l'ont été pendant la vie ; l'Ecriture sainte nous en avertit en maint endroit, et le même Concile le déclare pareillement dans une autre session. Or, je vous le demande, comment alors tiendrez-vous ferme contre tant de secousses, vous qui succombez maintenant sans secousse? Il y a beaucoup de jeunes gens qui ne disent jamais non à quelque suggestion que ce soit; on dirait qu'ils tiennent les portes de leur cœur constamment ouvertes à deux battants, comme ces portes de palais qu'on ne ferme pas même la nuit. Un de ces jeunes gens dissolus se met au lit et s'endort : le démon, qui ne dort jamais, vient, en vertu du pouvoir qu'il exerce sur l'imagination de ce malheureux, lui susciter mille fantômes impurs; le jeune homme enfin se réveille, et, au lieu de faire le signe de la croix, il prend plaisir à ce mauvais rêve, et le raconte en riant à ses compagnons : mais le démon rit bien plus encore de son côté, à cause du péché de ce malheureux et de l'espoir qu'il en conçoit de l'entrainer un jour avec lui en enfer. — Quoi! direz-vous, pour un songe? Non pas pour le songe qui, en soi, n'est point péché, mais pour la délectation qu'il a prise à penser à l'objet criminel après qu'il était éveillé; c'est là ce qui le condamne. Or, cela étant, je vous le demande encore une fois, comment résisterez-vous, à l'article de la mort, aux secousses réitérées des plus horribles tentations? Car il est certain que, si vous ne mourez pas subitement, ou n'êtes pas privés par la violence du mal de l'usage de la raison, vous serez tentés terriblement en ce moment-là, le démon faisant alors comme un joueur au désespoir qui risque tout son avoir ; quelle attention ne met-il pas à gagner la partie! Aussi le démon fait-il un effort suprême pour triompher de l'âme à ce moment décisif, attendu que s'il la perd alors, elle est perdue pour toujours, et s'il la gagne, elle est pareillement gagnée pour toujours. Or, je me demande sur quoi le démon pourrait bien vous tenter à l'heure de la mort : ce n'est point sur les mauvaises paroles, car probablement vous ne pourrez plus parler ; ce n'est pas davantage sur les mauvaises actions, car, cloués sur un lit, vous pourrez à peine vous remuer; il ne lui reste donc qu'une guerre de pensées, c'est contre votre cœur qu'il dirigera tous ses assauts ; une fois maître de cette forteresse, il est en possession de la victoire. Souffrez donc que je vous réitère ma question : que ferez-vous à ce terrible moment, vous qui êtes si esclaves de vos mauvaises habitudes, vous qui êtes si faibles? Comment combattrez-vous si vous n'apprenez jamais à manier les armes? Comment résisterez-vous à cette formidable canonnade, vous qui n'avez jamais songé à la défense? Ne voyez-vous pas, plus clair que le jour, l'effroyable danger de damnation où vous vous trouvez? C'est alors que vous toucherez de la main le préjudice immense que vous vous causez par cette détestable habitude de penser continuellement à des choses obscènes. Méditez attentivement l'exemple que je vais vous citer, car il me semble que c'est une image assez frappante de ce qui peut vous arriver à vous-mêmes.
VI. Il y avait dans la ville de Padoue un gentilhomme qui, après avoir mené une vie tout animale, se vit enfin réduit à l'article de la mort. Les religieux et les prêtres qui l'entouraient s'efforçaient de l'encourager au terrible passage, et lui suggéraient des motifs de componction pour l'aider à bien mourir. « Baisez le crucifix, lui disait l'un. — Voici l'image de la sainte Vierge, » ajoutait l'autre. Mais le malade ne paraissait pas y prendre garde : son œil ardent était continuellement fixé sur un petit tableau qui paraissait représenter une sainte, sans qu'on distinguât bien quelle sainte c'était, « C'est sans doute, dit un des prêtres présents, une de ses saintes patronnes. Eh bien! puisqu'il lui témoigne tant de dévotion, détachons le cadre de la muraille et suspendons-le au pied de son lit pour exciter davantage sa dévotion. — Très-bien, » reprirent tous les assistants. Et en effet, il sembla que ce fût une inspiration d'en haut, car le malade, comme s'il eût été ressuscité de la mort à la vie par l'intercession de sa chère sainte, se redressa avec transport pour saisir l'image et la couvrir de ses baisers. « Miracle! miracle! » allaient crier ces religieux dans leur étonnement, mais ils n'en eurent pas le temps, car le miracle finit trop tôt. Au milieu de ses embrassements, le malade s'évanouit subitement et mourut. La famille qui se tenait dans une pièce voisine accourut précipir. M. v.
tamment, et un serviteur qui était dans les confidences de son maître et connaissait les miracles de cette peinture si vénérable, s'écria, en la voyant sur le lit du défunt : « Hélas ! comment cette misérable créature est-elle arrivée ici! — Que dites-vous? reprirent les prêtres, que dites-vous? comment osez-vous parler ainsi d'une sainte? — Une sainte! une sainte! Ah! mon maître est damné! ceci est le portrait de la complice de ses désordres. Il est damné, le malheureux, il est damné, car il tient en main le portrait rie son infâme créature! » Tenez pour certain, mes bien-aimés, qu'il arrivera quelque chose de semblable à ceux qui, habitués à se laisser aller à toutes sortes de mauvaises pensées, seront en butte, aux approches de la mort, aux tentations du démon. Vous pouvez vous figurer leur esprit comme une chambre tapissée de peintures obscènes; le démon, qui a le pouvoir d'agir sur l'imagination de l'homme, détachera, non pas des murailles de la chambre matérielle, mais de cette chambre bien plus intime de l'âme, telle et telle pensée détestable; il leur mettra sous les yeux l'image de cette créature qui les préoccupe davantage, et les malheureux, que feront-ils :dors? Vous venez d'entendre ce que fit notre gentilhomme avec son portrait peint. Ainsi feront ceux dont nous parlons avec l'objet de leur passion représenté en imagination : ils s'y attacheront avec une sorte de frénésie et tomberont morts en le contemplant. Voyez combien les péchés de pensée sont excessivement, oui excessivement dangereux, surtout à ce moment suprême ! Retenez bien ce que je vous dis : si vous mourez mal, ce sera à cause des péchés do pensée, à moins que vous n'y remédiiez à temps.
VIL Mais quel serait bien le remède le plus propre pour éviter tant de péchés de pensée, et ne pas remplir la chambre de notre esprit de toutes ces peintures obscènes, qui, habilement représentées par le démon à l'article de la mort, mettraient notre salut éternel en si grand danger?— Je pourrais vous en indiquer un grand nombre, mais le temps ne me le permet pas; je me bornerai donc à vous en proposer quelques-uns des plus efficaces, que je réduirai à trois classes. — Dans la première classe, je vous proposerai la garde des yeux qui consiste à s'abstenir, non-seulement de fixer les regards sur des personnes de différent sexe, mais même de contempler des peintures obscènes et de lire des livres dangereux. — Celui qui serre ses fenêtres n'est pas incommodé par le vent; or, vous le savez, les yeux sont les fenêtres par où la mort entre dans nos âmes. Fermez donc les fenêtres, fermez-les, je vous en prie; imitez le saint homme Job, qui avait mis un frein à ses yeux, et fait un pacte avec eux, pour ne jamais regarder une vierge, de peur de souiller son esprit de mauvaises pensées. Que de fois, jeune homme, vous avez expérimenté qu'étant seul et retiré dans votre chambre, votre cœur cependant parcourait les places publiques, les promenades, les appartements, où vos yeux avaient rencontré des objets dangereux? — C'est bien vrai, mon père, mais comment ça se fait-il? Voici le comment, et c'est une doctrine que je recommande à votre attention. Lorsque vous fixez les regards sur un objet trop avenant et fort séduisant, cet objet laisse son image imprimée dans votre âme, et quoique éloigné de vous, il ne laisse pas de vous faire la guerre; car cette image que vous en avez emportée, suscite en vous de mauvaises pensées et vous fait trébucher. Voilà comment il n'est que trop vrai qu'un simple regard cause parfois la ruine de l'âme, comme il arriva à David. Fermez donc, fermez vos fenêtres, je veux dire ces yeux si curieux et si libres. Au moins, au moins détournez les regards de tous les objets qui peuvent plus facilement exciter en vous des convoitises et des délectations criminelles ; abstenez-vous tout particulièrement de regarder des femmes parées avec vanité, et surtout celles qui affectent des nudités scandaleuses : c'est la recommandation de l'Esprit-Saint lui-même : Avertè faciem tuam a muliere compta;... propter speciem mulieris multi perierunt.
Voilà le premier remède, mais il ne suffit pas ; car il en est sur qui les objets inanimés, tels que portraits, statues et peintures obscènes, ne font pas moins d'impression que les objets vivants. Tel père de famille se garderait bien de laisser son fils seul à seul avec une courtisane, et il ne craint pas de laisser dans sa chambre une Vénus toute nue, peinte avec un art infernal:ne voyez-vous donc pas que cette maudite peinture lance des dards d'impureté dans le cœur de cet innocent? Saint Charles Borromée, ce pasteur si vigilant, défendit très-sévèrement aux pères et aux mères de tenir dans leurs maisons de semblables peintures, ou des portraits lascifs : il savait parfaitement combien ces objets sont efficaces pour ternir la candeur de la pureté. Et en effet, on rapporte qu'un serviteur de Dieu vit un jour une troupe de démons entrer dans la cour d'un gentilhomme, et y demeurer assez longtemps pour offrir de l'encens à une statue indécente qui s'y trouvait, et dont l'enfer retirait grand profit. Malheur à vous, peintres et sculpteurs mal avisés, qui, abusant du talent que Dieu vous a donné, au lieu de l'employer à sa plus grande gloire, en peignant ou en sculptant des objets édifiants, le faites servir à l'outrager et à scandaliser tant d'âmes. Attendez-vous à de terribles châtiments et dans ce monde et dans l'autre.
Le dernier remède de la. première catégorie, pour éviter les pensées coupables, c'est de s'abstenir des livres obscènes. La seule lecture d'un bon livre a donné plus d'un saint à l'Eglise, comme on le voit par le bienheureux Jean Colombini, saint Ignace de Loyola et autres. Mais en revanche, un écrit lascif suffit pour précipiter une infinité d'àmes en enfer. Cependant ce jeune homme imprudent tient un roman au chevet de son lit, sous l'oreiller, pour le lire jusqu'après minuit, quand tous les autres sont endormis : faut-il s'étonner que son âme soit embrasée de flammes impures? Un écrivain moderne rapporte qu'un jeune débauché ayant tenté tous les moyens, mais vainement, pour séduire une jeune fille, réussit enfin à la faire tomber en lui faisant passer un roman licencieux. Voyez s'il n'est pas vrai qu'un seul livre de cette espèce peut causer la ruine d'une multitude d'âmes innocentes ! Allons donc, mes bien-aimés, animez-vous d'un saint zèle, et en rentrant chez vous, détachez de la muraille ces peinture? obscènes, et jetez-les au feu si vous ne voulez pas brûler vous-mêmes en enfer; faites ensuite un paquet de ces maudites publications et apportez-les-moi pour que j'en fasse un sacrifice à Dieu. Oh! que de péchés, de pensée vous empêcherez par-là ! Oh ! que le Seigneur en sera glorifié ! Faites seulement une chasse sévère à tous ces romans licencieux, à ces livres de superstitions, à ces chansons impudiques, à ces écrits, à ces publications impies et autres semblables, et apportez-les-moi toutes : c'est un présent qui me sera extrêmement agréable, et qui le sera beaucoup plus encore à Dieu, de qui vous en recevrez une récompense éternelle en l'autre vie.
VIII. La seconde classe des remèdes à employer pour se prémunir contre les mauvaises pensées, comprend la fuite des spectacles, des comédies profanes, des bals, des soirées et des entretiens dangereux. — Que sont en effet ces théâtres et ces spectacles, où l'on n'entend qu'une musique lascive, ou s'étalent des comédiennes et des cantatrices, véritables sirènes, qui blessent les cœurs par leurs regards et les séduisent par leurs chants obscènes; que sont-ils, sinon des écoles d'impudicité, où l'esprit va se souiller de pensées infâmes, où l'on n'a en vue, où l'on ne trame que le naufrage de la pudeur? Saint Augustin était inconsolable de la perte de son ami Alypius, dont les bonnes dispositions, fruit d'une excellente éducation, s'étaient évanouies pour avoir assisté une seule fois, par but de récréation, au spectacle des jeux du cirque; mais ils pleureront bien autrement ces chefs de famille qui laissent toute liberté, non-seulement à leurs fils, mais même à leurs filles, d'aller au spectacle pour assister à d'infâmes comédies, où il ne s'agit que d'intrigues amoureuses et de complots impudiques. — Il est vrai, mon père, que j'envoie ma fille à la comédie, mais je ne l'envoie jamais qu'en compagnie de sa mère. — Ah! vraiment, et vous ne voyez pas que, quoique si bien accompagnée, elle reviendra au logis, possédée par le démon de l'amour qui lui remplira la tète de mauvaises pensées? Tertullien rapporte qu'une dame, jouissant d'ailleurs d'une bonne réputation, alla un jour seule à la comédie, et n'eut pas plutôt mis le pied dans la salle qu'elle se trouva tout à coup possédée. Le démon sommé de dire pourquoi il avait envahi cette dame de mœurs si irréprochables: « Je l'ai fait en toute justice, répondit-il, parce que je l'ai trouvée dans un lieu qui est sous ma juridiction. » Le théâtre est donc un lieu où le démon a plein pouvoir, et moissonne des âmes à foison.
Que si, non content de laisser aller vos filles au spectacle, vous les conduisez aussi dans les soirées, les réunions dangereuses, les fêtes et les bals, qui ne voit que leur ruine est inévitable? Que se passe-t-il dans ces bals et ces divertissements maudits, si ce n'est des entretiens lascifs, des plaisanteries sans retenue, des propos obscènes ? Qu'y apprendra votre fille, si ce n'est à se souiller de toute sorte d'iniquités? — Mais doucement, mon père, il n'y a pas aussi grand mal que vous l'imaginez; on rit et on s'amuse, il est vrai, mais en toute simplicité. — Quelle réponse insensée! Pourriez-vous jouer avec un serpent dans le sein sans danger d'en être mordu? — Non. — A bien plus forte raison vous exposerez-vous à vous souiller l'esprit de pensées infâmes en fréquentant ces assemblées où préside le démon. C'est ce qu'éprouva le premier compagnon du vénérable Jean-Baptiste Vitellio. Il voulut contre la volonté de son maître aller à Narcia pour faire plaisir à je ne sais quel personnage, en assistant à un bal; mais il revint avec l'imagination tellement obsédée de mauvaises pensées, qu'arrivé à Poligno, il renonça à la discipline de la vie religieuse qu'il avait menée jusqu'alors, devint un scandaleux éhonté, et finit par être tué de la main de son propre frère. Voilà où aboutissent ces jeux inventés par l'enfer : après avoir soulevé dans le cœur un tourbillon de mauvaises pensées, ils vous précipitent finalement dans un abîme éternel. Fuyez donc, mes bien-aimés, fuyez ces divertissements diaboliques; ne les souffrez jamais chez vous, et n'allez point les chercher ailleurs, si vous voulez ôter tout aliment aux mauvaises pensées et assurer le salut de votre âme.
IX. Pour la troisième classe de remèdes contre le mal que nous combattons, je me borne à deux avis, mais tous deux bien dignes d'être mûrement pesés, puisque tout le fruit de cette instruction en dépend : renouvelez donc votre attention pour écouter ce qui me reste à dire. — Le premier avis, c'est d'entretenir continuellement dans l'esprit des pensées honnêtes et vertueuses ; et le second, c'est de recourir à Dieu par une priera continuelle. —• Par rapport au premier, il faut réfléchir à une sentence commune des théologiens, savoir que le démon, loin de pouvoir contraindre notre volonté au mal, ne peut pas même forcer notre entendement à avoir de mauvaises pensées. Lorsque nous sommes actuellement occupés de bonnes pensées, le démon, selon le docteur angélique, peut bien nous suggérer, mais il ne peut nous forcer, au moins pour le moment, de penser au mal; attendu que notre esprit ne peut s'appliquer en même temps à des objets divers, et passer d'un extrême à l'autre sans intermédiaire. Or, s'il en est ainsi, reprend Saint Grégoire, voulez-vous vous délivrer des mauvaises pensées, conservez continuellement à l'esprit des pensées bonnes et salutaires. Comment chasse-t-on un clou? par un autre clou. Et de même comment chasse-t-on une mauvaise pensée? par une bonne. Oh ! quel important conseil! Venons-en à la pratique. Le démon vous suggère-t-il une mauvaise pensée? ne vous mettez pas à disputer corps à corps avec elle, non, vous vous rompriez la tête sans aucun fruit; c'est même alors que la pensée se fixerait plus profondément dans votre esprit. Voici le remède : faites doucement diversion en.vous occupant de choses bonnes et honnêtes ; pensez, par exemple, aux plaies de Notre-Seigneur, à la mort, à l'enfer, mettez-vous sous le manteau de Marie Immaculée, représentez-vous un cadavre en pourriture au fond d'un sépulcre, et vous verrez bientôt s'évanouir toutes les pensées dangereuses. — Mais permettez, mon père, ces pensées font le plus grand tourment de ma vie : je crains toujours de consentir. — Aussi longtemps qu'une jeune fille dit non, dit saint François de Sales, on ne peut pas la déclarer épouse ; de même tant que notre âme dit non à la tentation, on ne peut pas dire qu'elle ait fait alliance avec le péché. — Pourtant j'ai beau dire non, je crains, à cause que cette pensée importune s'arrête quelque temps dans mon esprit. — Vous craignez? Bien ! quand une mouche en été bourdonne autour de vos oreilles» vous la chassez, n'est-ce pas? Si l'impertinente revient, vous la chassez de nouveau ; est-ce que, parce qu'elle s'arrête un instant sur votre front, vous y prenez plaisir? — Non. — Votre crainte vient donc de scrupules ; vous êtes un scrupuleux bel et bon. Et bien ! finissez-en. Voici un puissant motif de consolation : cette crainte même que vous éprouvez est un indice plus que suffisant que vous ne consentez pas ; car si la volonté redoute un mal, c'est bien signe qu'elle n'en veut pas ; tranquillisez-vous donc et ne me répondez plus.
Ce qu'il y a de vrai, c'est que tout ce qui a été dit jusqu'ici ne vous réussira pas si vous ne vous attachez au second remède, qui consiste à recourir à Dieu en implorant sa grâce pour surmonter toutes les tentations. Ce serait témérité, dit Saint Augustin, de s'attribuer à soi-même et à son industrie la victoire sur les mauvaises pensées : Nemo sibi cogitationum suarum victoriam attribuât. Dieu veut que nous cherchions un renfort en lui et par conséquent il faut le prier instamment. Or, ce recours à Dieu, je l'ai restreint à trois mots, à une invocation pleine de douceur et de suavité, et j'espère qu'en la répétant souvent, avec piété et du fond du cœur, vous serez victorieux contre tous les assauts du démon ; car notre divin Sauveur déclare dans son Evangile que si nous demandons son secours il nous l'accordera : Petite et accipietis ; et il est certain qu'avec son secours nous donnerons aisément la chasse à toutes les mauvaises pensées. Voici donc cette oraison jaculatoire, qui est un acte de demande à l'effet d'implorer le secours divin : Mon Jésus, miséricorde. Recourez fréquemment à la divine miséricorde en répétant ces mots : Mon Jésus, miséricorde! Mon Jésus, miséricorde! et vous en éprouverez d'admirables effets. Mais il faut le faire promptement et avec ferveur. A peine une pensée dangereuse se présente-t-elle à votre esprit,que vous dites aussitôt: Mon Jésus, miséricorde! mon Jésus, miséricorde! Si la mauvaise pensée revient, chassez-la de nouveau comme un insecte venimeux, on disant : Mon Jésus, miséricorde! Mon Jésus, miséricorde ! Si elle revient cent fois, repoussez-la cent fois, en répétant toujours avec un redoublement de ferveur : Mon Jésus, miséricorde! Qui persévère, triomphe, comme dit le proverbe. Soyez assurés que si vous persévérez à combattre de cette façon contre l'enfer, vous en remporterez une victoire complète. Faites même cette convention avec Dieu : toutes les fois, Seigneur, que je dirai de cœur ou des lèvres ces saintes paroles : Mon Jésus, miséricorde ! j'entends ne point consentir à quelque tentation que ce soit. Cet accord une fois fait, soyez attentif et fidèle à recourir promptement à votre oraison jaculatoire, et puis soyez tranquille, car c'est un signe manifeste que vous ne consentez point.
Terminons cette instruction par une parole de l'Esprit-Saint : Auferte malum cogitationum vestrarum : « Otez le mal de vos pensées. » Et remarquez ici que Dieu ne vous ordonne pas absolument de ne pas avoir de mauvaises pensées, c'est-à-dire, d'empêcher qu'elles ne viennent, car, comme je vous l'ai déjà dit, il n'est pas en votre pouvoir d'empêcher que le démon ne vous en suggère, mais bien de ne pas y consentir moyennant la grâce de Dieu; il vous commande donc seulement d'éviter le mal des pensées dangereuses : Malum cogitationum vestrarum, c'est-à-dire, de faire tous vos efforts pour ne point consentir à la tentation avec pleine délibération. Ah! rentrez en vous-mêmes, mes bien-aimés, et ne méprisez pas l'instruction de ce matin, qui est nécessaire à toute sorte de personnes, vu qu'il n'en est aucune, si sainte qu'elle puisse être, qui ne soit sujette aux mauvaises pensées. Les vérités dont nous venons de vous entretenir sont si pratiques, que nous aurions besoin que quelqu'un nous les rappelât à chaque instant. Désormais donc, mes bien-aimés, vous ferez tous vos efforts, vous emploierez tous les moyens, pour repousser avec énergie les mauvaises pensées. Prenez garde que le démon voudrait vous vendre son lot pour le prix qu'il lui a coûté à lui-même ; il s'est damné pour une mauvaise pensée, et c'est aussi pour une mauvaise pensée qu'il voudrait vous avoir damné; mais si vous voulez le faire enrager, faites en sorte que ces mauvaises pensées qu'il vous suggère rejaillissent comme autant de dards contre lui, et pour cela, dites aussitôt : Mon Jésus, miséricorde ! mon Jésus, miséricorde ! De la sorte vous serez certains de ne consentir ni pendant la vie ni à la mort; vous vivrez bien, vous mourrez mieux encore, et vous vous sauverez. C'est le bonheur que je vous souhaite. Agimus tibi gratias, etc.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.