Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Encyclique Ad catholici sacerdotii (20 décembre 1935) · Pie XI

    Encyclique Ad catholici sacerdotii : Sur le sacerdoce catholique

    II

    Elle est donc très sublime, Vénérables Frères, la dignité du sacerdoce, et les faiblesses de quelques indignes, si déplorables et douloureuses qu'elles soient, ne peuvent obscurcir la splendeur d'une si haute dignité ; elles "ne doivent pas faire oublier les mérites de tant de prêtres remarquables par leur vertu, leur savoir, les oeuvres de leur zèle, leur martyre. D'autant plus que l'indignité du sujet ne Tend pas invalides les actes de son ministère : l'indignité du ministre ne porte pas préjudice â l a validité des sacrements, qui tirent leur efficacité du Sang du Christ indépendamment de la sainteté de l'instrument : comme on dit en langage théologique, ils produisent leur effet ex opère operato., Il est pourtant très vrai qu'une pareille dignité exige par elle-même de celui qui en est revêtu une élévation de pensées, une pureté de cœur, une sainteté de vie qui répondent à la sublimité et à la sainteté de la fonction sacerdotale. Celle-ci, comme Nous l'avons dit, fait du prêtre un médiateur entre Dieu et l'homme, au nom et par délégation de Celui qui est le seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus homme. Le prêtre doit donc s'approcher autant qu'il est possible de la sainteté de Celui dont il tient l a place et se rendre toujours plus agréable à Dieu par la sainteté de sa vie et de ses œuvres ; car, plus que le parfum de l'encens, plus que l'éclat des temples et des autels, Dieu aime la vertu et s'y complaît. « Ceux qui sont médiateurs entre Dieu et le peuple, dit saint Thomas, doivent briller devant Dieu par leur bonne conscience et devant les hommes par ' l e u r b o n n e renommée. » D'autre part, si celui qui touche et administre les choses saintes mène une vie coupable, il les profane et devient sacrilège : « Ceux qui ne sont pas saints ne doivent pas toucher les choses saintes. »

    C'est pourquoi, déjà sous l'ancienne loi, Dieu commandait à ses prêtres et à ses lévites : Qu'ils soient saints, parce que moi le Seigneur qui les sanctifie, je suis saint. Et Salomon le Sage, dans le cantique pour la dédicace du temple, demandait précisément ceci pour les fils d'Aaron : Que tes prêtres se revêtent de la justice, et que tes saints exultent. Or, Vénérables Frères, « si une telle justice, une telle sainteté et une telle promptitude — dirons-Nous bienfaits temporels, qu'est-il exigé, je vous le demande, de prêtres qui sacrifiaient des brebis et des bœufs et louaient Dieu pour des avec saint Robert Bellarmin — étaient demandées à ces prêtres qui sacrifient l'Agneau divin et rendent grâces pour des bienfaits éternels » ? « La dignité des prélats est grande assurément, s'écrie saint Laurent Justinien, mais leur charge est plus grande encore ; placés sur un degré si élevé aux yeux des hommes, il faut aussi qu'ils s'élèvent au sommet de la vertu aux yeux de Celui qui voit tout ; autrement ce n'est pas pour leur mérite, mais pour leur condamnation qu'ils sont au-dessus des autres. »

    Et, en vérité, toutes les raisons que Nous avons invoquées plus haut pour démontrer la dignité du sacerdoce catholique reviennent ici comme autant d'arguments pour démontrer le devoir qui incombe aux prêtres d'une sublime sainteté ; car, comme l'enseigne le Docteur angélique, « pour s'acquitter dignement des fonctions sacerdotales, i l n o suffit pas d'une vertu quelconque, mais il faut une vertu excellente, afin que, de même que ceux, qui reçoivent les Ordres sont placés au-dessus des autres par le rang, ils leur soient aussi supérieurs par le mérite de leur sainteté ». De fait, le sacrifice eucharistique, dans lequel s'immole la Victime immaculée qui enlève les péchés du monde, exige d'une façon particulière que le prêtre, par une vie sainte et droite, se rende le moins indigne possible du Dieu à qui tous les jours il offre cette Victime adorable, le Verbe de Dieu lui-même incarné par amour pour nous. « Reconnaissez ce que vous faites, imitez ce que vous accomplissez » dit l'Eglise par la bouche de l'évêque aux diacres qui vont être ordonnés prêtres.

    En outre, le prêtre distribue la grâce de Dieu dont les sacrements sont les canaux ; mais il répugnerait par trop que ce dispensateur fût lui-même privé de cette grâce si précieuse, ou même qu'il en fît une piètre estime et s'en montrât gardien négligent; De plus, il doit enseigner la vérité de la foi ; la vérité religieuse ne s'enseigne jamais si dignement et si efficacement que lors - ' qu'elle es | enseignée par la vertu ; car, «comme dit l'adage : « Les paroles émeuvent, les exemples entraînent. » Il doit ^annoncer la loi évangélique ; mais p » n r obtenir que les autres l'embrassent, l'argument le plus -accessible c l l e p l u s persuasif, avec la grâce de Dieu, c'est i a v u e d e cette loi mise en pratique dans la vie de celui qui les prêche l'observation. Et saint Grégoire le Grand en donne la raison : « La voix -qui pénètre le plus facilement dans le cœur des auditeurs est celle que la vie du prédicateur appuie, parce que, montrant par l'exemple comment il faut agir, il aide à faire ce qu'il prêche. » Aussi la Sainte Ecriture dit précisément du divin Rédempteur qu'il 'commença par faire et enseigner, et si les foules l'acclamaient, ce n'est pas tant parce que personne n'a jamais parlé comme cet homme, mais bien plutôt p a r c e qu'ff a bien fait toute chose. Et, au contraire, ceux qui disent et ne font pas se rendent semblables aux scribes et aux pharisiens, pour le blâme desquels le divin Rédempteur, sauvegardant cependant l'autorité de la parole divine qu'ils prêchaient légitimement, dit au peuple qui l'écoutait : Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse ; faites donc et -observez tout ce qu'ils vous disent, mais ne faites pas comme ils font. Un prédicateur qui ne s'efforcerait pas de confirmer par- l'exemple de sa vie la vérité qu'il annonce détruirait d'une main ce qu'il bâtirait de l'autre. En revanche, Dieu bénit largement les fatigues des hérauts de l'Evangile qui, avant tout,.s'appliquent sérieusement à leur propre sanctification. Ceux-ci voient s'épanouir abondamment les fleurs et les fruits de leur apostolat, et au jour de la moisson, s'approchant, ils viendront avec joie portant les gerbes de leur récolte Ce serait une erreur très grave et très dangereuse si le prêtre, entraîné par, un faux zèle, négligeait sa propre sanctification,, pour se plonger entièrement dans les œuvres extérieures, si bonnes soient-elles, du ministère sacerdotal. En agissant ainsi, non seulement il mettrait en péril son propre salut éternel, comme le grand Apôtre des gentils le craignait pour lui-même : Je châtie mon corps et je le tiens en servitude, de peur qu'après avoir' prêché' aux autres, je ne sois moi-même réprouvé ; il s'exposerait aussi à perdre sinon la grâce divine, du moins cette onction du Saint-Esprit qui donne à l'apostolat extérieur une force et une efficacité, merveilleuses.

    Du reste, s'il est dit à tous les chrétiens : Soyez... parfaits comme votre Père céleste est parfait, combien plus les prêtres doivent considérer comme leur étant adressées ces paroles du divin Maître, eux qui- sont appelés par spéciale vocation à le suivre de plus près ! C'est pourquoi l'Eglise inculque ouvertement à tous les clercs ce très grave devoir, en l'insérant dans le code de ses lois : « Les clercs doivent mener une vie intérieurement et extérieurement plus sainte que celle des laïques et leur être un exemple sublime par la vertu et la rectitude de leurs actions. » Le prêtre s'acquitte d'une mission au nom du Christ, il doit donc vivre de manière à pouvoir faire siennes les paroles de l'Apôtre : Soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ II doit vivre comme un autre Christ qui, par l'éclat de ses vertus, illuminait et illumine encore le monde.

    Mais ici toutes les vertus chrétiennes doivent fleurir dans une âme sacerdotale, il y en a cependant certaines qui conviennent au prêtre de façon plus particulière et lui sont comme propres. La première de toutes est la piété, selon l'exhortation de l'Apôtre à son cher Timothée : Exerce-toi à la piété. De fait, si les rapports du prêtre avec Dieu sont si intimes, si ' f r é q u e n t s et si délicats, ils doivent être accompagnés et comme embaumés du parfum de la piété ; si la piété est utile à tout, elle est utile par-dessus tout pour M'en -exercer Te ministère sacerdotal. Sans la piété, les plus saintes pratiques, 'les plus augustes rites d u m b i i s t è r e sacré seront exécutés mécaniquement et avec routine. Il leur manquera l'esprit. Fonction, la vie. Aussi la piété dont Nous parlons, Vénérables Frères, n'est pas cette fausse piété, inconstante et superficielle, qui plaît, mais ne nourrit pas ; qui flatte, mais ne sanctifie pas. Il s'agit de 'cette piété 'solide, qui i f e s l p a s.soumise *aux fluctuations incessantes du sentiment, mais s'appuie sur les principes de la doctrine la plus sûre, et est faîte de convictions solides qui résistent aux assauts e l aux séductions de 3a tentation. Si elle doit en premier lieu avoir pour objet le Père qui est dans les cieux, cette piété doit a u s s i s é t e n d r e a l a Mère de Dieu - et elle droit chez le ".prêtre dépasser en tendresse celle du simple fidèle, d'autant que sont plus véritables et profondes le-s ressemblances entre les rapports du prêtre et du Christ et ceux de Marie avec son divin Fils.

    Intimement unie à la piété dont elle doit recevoir éclat et fermeté, l'autre perle brillante du sacerdoce catholique, c'est la chasteté : à l'observer totalement les clercs de l'Eglise, latine qui ont reçu les Ordres majeurs -sont tenus, et cela sous une obligation si grave que, s'ils la transgressaient, ils se rendraient coupables jusqu'au sacrilège.

    Si une même loi ne règne pas dans toute sa rigueur, les clercs de l'Eglise orientale, chez eux aussi, poiior fiant: le célibat catholique es* en> honneur' : et dans certains cas, spécialement pour l'es* plus Ifiiaufis' diegrég-. de la- MevoreMe, c'est urne* eondfflîcKn nécessaire et obligatoire.

    La seule; lumière de la raison fait percevoir un lien indubitable entre cette vertu et le ministère sacerdotal :• puisque Dieu est esprit, il œoaavieaili que c e M i q u i s e dtëdae et se consacre^ à son service « se dépouille de son corps » en q n e l q u e manière. ÏD'ïîju les anciens Romains a vai en-t errfir evu- ectite eo n venance. Et l'une de leurs lois qu'il se formulait ainsi r '« Qu'on* s'approche- c h a s i e m e n i éest d'îeux », est extee? pair* î e u r plus- grand orateur avec ce commentaire : « La loi ordinaire de s'approcher chastement des dieux, c'est-à-dire, « l'âme chaste, l'âme, en qui tout réside ; ce-ïa n'exclut" cepejad-ant p a a l a chasteté dn coa?p^ mais cela veut dire que, l'âme étant supérieure au corps, -s-ï PtaM ëoiït gaaj-der l a pureté du corps, celle de l'homme doit être gardée bien mieux encore. » Sous l'ancienne loi, Moïse commanda aux yeux de Dieu Aaron et à ses fils de ne pas sortir du tabernacle et donc d'observer la continence pendant les sept jours durant lesquels se faisait leur consécration.

    Mais au sacerdoce chrétien, si supérieur à l'ancien, convenait une pureté beaucoup plus grande. De fait, la loi du célibat ecclésiastique, dont la première trace écrite, qui suppose évidemment une coutume plus ancienne, se rencontre dans un canon du Concile d'Elvire au début du iv siècle, alors que la persécution sévissait encore, ne fait que rendre obligatoire une certaine exigence morale, pourrions-Nous dire, qui ressort de l'Evangile et de l a prédication apostolique. Constater la haute estime dont le divin Maître avait fait montre pour l a chasteté en l'exaltant comme une chose qui dépasse les forces ordinaires ; savoir qu'il était « fleur d'une mère vierge » et depuis l'enfance élevé dans la famille virginale de Marie et de Joseph ; voir sa prédilection pour les âmes pures, comme les deux Jean, le Baptiste et l'Evangéliste ; entendre le grand apôtre Paul, fidèle interprète de la loi évangélique et des pensées du Christ, prêcher le prix inestimable de l a virginité, spécialement dans le but d'un service de Dieu plus assidu : Celui qui est sans épouse se préoccupe des choses du Seigneur, il cherche comment plaire à Dieu ; tout ceci devait pour ainsi dire nécessairement faire sentir aux prêtres de la Nouvelle Alliance l'attrait céleste de cette vertu choisie, leur faire chercher d'être du nombre de ceux à qui il a été donné de comprendre cette parole, et leur faire adopter spontanément cette observance, sanctionnée ensuite bien vite par une loi très grave dans toute l'Eglise latine, « afin que ce que les apôtres ont enseigné — comme l'affirme à la fin du iv* siècle le III* Concile de Carthage — et ce que nos prédécesseurs ont observé, nous aussi, nous y soyons fidèles ».

    Il ne manque pas de témoignages d'illustres Pères orientaux qui exaltent la beauté du célibat ecclésiastique et montrent qu'à cette époque il y avait, là où la discipline était plus sévère, accord entre l'Eglise latine et l'Eglise orientale. Saint Epiphanc, à la fin du iv* siècle, atteste que la loi du célibat s'étendait déjà aux sous-diacres. « (L'Eglise) n'admet cependant pas au diaconat, à la prêtrise, à l'épiscopat, au sous-diaconat, celui qui est encore dans les liens du mariage, mais seulement celui qui a renoncé à la vie conjugale ou est veuf ; et cela principalement là o ù on observe avec soin les canon» de l'Eglise. » Mais le plus éloquent en cette matière, c'est le saint diacre d'Edesse, le Docteur de l'Eglise universelle Ephrem lé Syrien, « appelé à juste titre la cithare de l'Esprit-Saint Il s'adresse dans un de ses- chants il son ami l'évêque Abraham : « Tu es digne de ton nom, Abraham, lui dit-il, parce que tu es devenu le père de nombreux enfants. Mais parce que tu n'as pas d'épouse comme Abraham avait pour femme Sarah, ton épouse à toi c'est ton troupeau. Elève «ses fils dans ta vérité, qu'ils deviennent pour toi fils de l'esprit et fils de la promesse afin qu'ils, deviennent héritiers dans le paradis. O beau fruit de la chasteté en qui le sacerdoce s'est complu..., l'huile sainte a coulé" et il t'a oint, il t'a imposé les mains et il t'a choisi, l'Eglise t'a discerné et t'aime, -at E l ailleurs : « Il ne suffît pas au prêtre et à sa dignité de se purifier l'âme, de se purifier l a langue, les mains et tout le corps, quand il offre le corps vivant (du Christ), mais c'est en tout temps qu'il doit être pur, parce qu'il est établi comme médiateur entre Dieu et le genre humain*. Louange à celui qui a voulu une telle pureté chez ses ministres. % Et saint Jean Chrysostome affirmé que, «r pour, cette raison, celui qui exerce le sacerdoce doit être pur comme s'il se trouvait dans les cieux au milieu des Puissances ».

    Du reste, la sublimité même, ou pour employer l'expression do saint Epiphane, « l'honneur et la dignité incroyable » du sacerdoce chrétien, que Nous avons déjà brièvement exposée,- démontre l a convenance suprême du célibat ecclésiastique et de la loi qui l'imposte a u x m i n i s t r e s d e l^autel : celui qui remplit un office qui dépasse d'une certaine manière celui des purs esprits qui se tiennent devant le Seigneur, n'est-il pas juste qu'il soit obligé de vivre autant qu'il est possible comme un pur esprit ? Celui qui doit être tout entier aux affaires du Seigneur, n'est-il pas juste qu'il soit entièrement détaché, des choses terrestres et que sa vie soit toujours dans les deux ? Celui qui doit être continuellement préoccupé du salut éternel des âmes et continuer vis-à-vis d'elles l'œuvre du Rédempteur, n'est-il pas juste qu'il se libère des préoccupations d'une famille propre qui absorberaient une grande partie de son activité ?

    Et, en vérité, c'est un spectacle qui mérite une admiration émue, quelque fréquent qu'il soit dans l'Eglise catholique, que de voir de jeunes lévites qui avant de recevoir l'Ordre sacré du sous-diaconat, c'est-à-dire avant de se consacrer entièrement au service et au culte de Dieu, renoncent librement aux joies et aux satisfactions qu'ils pourraient légitimement se permettre dans un autre genre de vie ! Nous disons « librement » parce que si, après l'ordination, ils me seront plus libres de contracter un mariage terrestre, à l'ordination même ils se présentent sans y être contraints par aucune loi ni par aucune personne, mais spontanément et de leur propre mouvement.

    Tout ce que Nous avons dit pour recommander le célibat ecclésiastique, Notre intention n'est pas qu'on l'interprète comme un blâme et une remontrance à l'égard de la discipline différente légitimement admise dans l'Eglise orientale. Nous le disons uniquement pour exalter dans le Seigneur cette vérité que Nous considérons comme une des gloires les plus pures du sacerdoce catholique et qui Nous paraît répondre mieux aux désirs du Cœur de Jésus et à «es desseins sur les âmes sacerdotales.

    Non moins que par la chasteté, le prêtre catholique doit se faire remarquer par son désintéressement. Au milieu d'un monde corrompu, où tout se vend et tout s'achète, il doit passer exempt de tout égoïsme, 'saintement dédaigneux de toute basse cupidité, de gain terrestre, se donnant à la recherche des âmes, non de l'argent ; de la gloire de Dieu, non de la sienne. Il n'est ni le mercenaire qui travaille pour bénéficier d'une récompense temporelle, ni le fonctionnaire qui, tout en s'appliquant consciencieusement à remplir les devoirs de son emploi, pense aussi à sa carrière et à son avancement ; il est le « bon soldat du Christ » qui ne s'embarrasse pas dans les affaires du monde, pour plaire à celui auquel il s'est consacré ; il est le ministre de Dieu et le père des âmes. Il sait que son travail et ses soucis ne peuvent trouver une juste compensation dans les trésors et les honneurs de l a terre. Il ne lui est pas interdit de recevoir ce qui est convenable pour son entretien, selon cette parole de l'Apôtre : Ceux qui servent à l'autel participent à l'autel... ; le Seigneur lui-même prescrit à ceux qui annoncent l'Evangile de vivre de l'Evangile ; mais, appelé dans l'héritage du Seigneur, comme l'indique son nom même de clerc, qu'il n'attende aucune autre récompense que celle que Jésus promettait à ses apôtres : Votre récompense est grande dans les deux.

    Malheur au prêtre si, oublieux de si divines promesses, il commençait à se montrer avide d'un gain honteux et s'il se confondait avec la foule de ces mondains sur qui l'Eglise gémit avec l'Apôtre : Tous cherchent leurs propres intérêts, non ceux de Jésus-Christ. En pareil cas, outre qu'il manquerait â sa vocation, le prêtre ne recueillerait que le mépris de son peuple "lui-même, qui verrait en lui une déplorable contradiction entre sa conduite et la doctrine évangélique si clairement exprimée par Jésus, qu'il doit prêcher. Ne vous faites pas de trésors sur terre oh la rouille.et les vers les attaquent et oh les voleurs fouillent et dérobent. Faites-vous des trésors dans les deux. Si l'on pense qu'un apôtre du Christ, « un des douze », comme notent tristement les évàngéî ï s t e s, Judas, fut conduit à T'abîme de T i h i q u ï t è, précisément par l'esprit de cupidité des biens terrestres, on comprend facilement que ce même -esprit ait pu causer tant de dommages d a n s l'Eglise à travers les siècles : la cupidité, qui est appelée p a r ï e Saint-Esprit la racine de tous les vices, peut entraîner -à n'importe quelle faute et, même s'il nie va pas si loin, un prêtre atteint d'un pareil vice, consciemment ou inconsciemment, fait cause commune avec les «ennemis de Dieu et de l'Eglise et coopère â leurs desseins iniques.

    Et, au contraire, un désintéressement sincère concilie au prêtre toutes les âmes, d'autant plus que ce détachement des biens de la terre, quand il provient de l a force 'intime de l a foi, est toujours accompagné de celle tendre compassion pour tous les malheureux, qui transforment le prêtre en un vrai père des pauvres ; se souvenant de ces paroles touchantes du Seigneur : Tout ce que nous auarejs. fait. amte. plus- pe£tts de- mes frë&es, c'est à moi-même que uo-us- Uaarvz fait, Il voit, vénère et aime en eux: Jésus-Christ lui-même avec: une affection toute particulière.

    Libéré ainsi des principaux liens qui pourraient le tenir attaché à la terre liens de famille personnelle, liens de l'intérêt propre; le prêtre catholique sera mieux disposé à être enflammé de ce feu céleste qp.1 s'echa^rpo' ée l'intime du Cœur de Jésus et ne cherche qu'à se communiquer aux cœurs apostoliques pour embraser toute la terre ; à savoir le vrai zèle. Ce zelfe pour la. gloire de Dieu et le salut des âmes doit, c o m m e o n ï-e lie dîe Jésus dans IfEciriimm-. ^aiinitte, consumer le prêtre, faire qu'il s'oublie lui-même et qu'il oublie toutes; les choses terrestres, l'inciter puissamment k' seî consacrer tout entier à s a s u M i m e m*i ssâ'an, en cherchant sans cesse des moyens; pîîiiîf eififîcaces pour la remplir toujours plus largement et fowjf&arsi nïieus:^

    Gonaammt - um prê-lr& peut - i l m«dT4ier P Evang il ^ entendre la plainte du bon Pasteur ^ J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de ce bercail et il faut que je les y conduise, voir les champs déjà blanchis pour la moisson, et ne pas sentir son cœur s'enflammer du désir de conduire ces- âmes au cœur du bon Pasteur, ne pas s'offrir au Maître de l a m o i s s o n c o m m e u n ouvrier infatigable ? Comment un prêtre peut-il. voir tant de "-pauvres malheureux, non seulement dans les pays de Missions, mais aussi, hélas 1 dans des pays chrétiens depuis des siècles, gisant comme des brebis sans pasteur, et ne pas entendre en lui un écho profond de cette divine compassion dont le Cœur du Fils de Dieu fut tant de fois ému ? Nous parlons d'un prêtre qui sait qu'il possède la parole de vie et qu'il a dans ses mains les moyens divins de régénération et de salut. Mais, Dieu en soit loué, cette flamme du zèle apostolique est précisément un des plus brillants rayons, qui resplendissent au front du sacerdoce catholique, et c'est avec le cœur débordant de consolation paternelle que Nous voyons Nos Frères et Nos très chers Fils les évêques et les prêtres, comme une milice choisie, toujours prête à courir, à l'appel du Chef, aux différents fronts de l'immense champ de bataille où se livrent les pacifiques combats de l a vérité contre l'erreur, de la lumière contre les ténèbres, du règne de Dieu contre le règne de Satan.

    Mais du fait même que le sacerdoce catholique constitue une milice agile et valeureuse, découle la nécessité de l'esprit de discipline, ou, pour employer un mot plus profondément chrétien, la nécessité de l'obéissance, de cette obéissance qui unit harmonieusement entre eux les différents degrés de l a hiérarchie ecclésiastique. Comme dit l'évêque dans une admonition aux ordinands : « Une variété admirable règne dans la constitution et dans le gouvernement de l'Eglise, celle-ci consacre des Pontifes et des prêtres d'un ordre inférieur, et cependant un seul corps, celui du Christ, est constitué par cette multitude de membres de dignité inégale. » Cette obéissance, les prêtres l'ont promise à leur évêque au moment où ils s'éloignaient de lui immédiatement après avoir reçu l'onction sacrée ; cette obéissance, les évêques à leur tour l'ont jurée le jour de leur consécration au Chef suprême visible de l'Eglise, au successeur de Pierre au Vicaire de Jésus-Christ.

    Que l'obéissance lie donc toujours plus fortement les différents membres de la sainte hiérarchie entre eux, qu'elle les lie toujours plus fortement à leur Chef, rendant ainsi l'Eglise militante vraijn en t :terribiLe aux ennemis de Dieu ••c&mme ~ume armée. rai\g'é&.en bataille : que l'obéissance -tempère le zèle peut-être trop ardent -des USAS,.cL qu'elle stimule l a rfMblcs-SC e i l a Jaungueiar des autres ;.qu'ELLE assigne à chacun son (poslc eL s r s aiLtrihutions, et 'CPARE chacun les accepte sans des résistances - qori me f e r a i e n t q u ' e n t r a v e r l'œuvre magnifique qu'accomplit L'Eglise dans le monde, ; que chacun veille IDANS les.nrcsaares IPRÂSES par ses supérieurs hiér-arc h i q u e s.les aaaesurcs du JVRAI «et u n i q t œ ;Ghcf, À q u i FLOUS VOBÉ'issc'nîl,. Jésus - Christ Kot're-Scignicur, qui s'est fait pour nous obéissant jusqu'à la :I77CU?£ «if juisqu'à iha JSVQTÎ &e la araize.

    •De fait, le divin EL •siiprcm-E IP^arLafc a ' v o u l u cfite ROTI foHDéis-- sance très parfaite a u J°ère éternel :n-ous f.ût nnsinàinesl/ÉE d'une manière particulière, et. C'JPJSIL Q>OURQÎUOÀ OI-OJNBREUK sont JL.ES ^. CIITOUgna^es des prophètes e t d e s ë ^ a n g é l i s t e s $jpA AAFIRAAAICTI.t ODBTE emlîère •soumission du Fils DE.'Dieu Àla VOLONTÉ-.001 Père : 3Sn-enixnEni dans le monde il a Ait » Vous n'avez voulu ni sacrifice ni oblation, mais vous m'avez formé un corps... Alors j'ai dit me voici'; il est écrit de moi en tête du livre que je fasse, znv>m D&en, votre volontés Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé. Et même sur la Croix, il NE voulut pas orerncLtre - S O T I / âme entre les m a k i s o u jPèrc sans AVOIR d'abord déclaré q u e t o u t ice que les Saintes Ecritures avaient prédit de lui était accompli, c'est-à-dire toute la mission qui lui avait été confiée par le Père, jusqu'au dernier et si profondément mystérieux Sîtïo, qu'il prononça, pour que l'Ecriture fût accomplie, en voulant montrer par là que même le zèle le plus ardent doit être toujours profondément soumis à la volonté du Père, c'est-à-dire toujours réglé par l'obéissance à l'égard de ceux qui tiennent pour nous la place du Foie et nous f o n l connaître 'ses volontés, les supérieurs hiérarchiques légitimes.

    Mais la figure du prêtre catholique, que Nous voulons mettre en lumière au regard du monde entier, serait incomplète si Nous omettions de faire mention d'une autre qualité très importante que l'Eglise exige de lui : la science. Le prêtre catholique est constitué maître en Israël, ayant reçu de Jésus le devoir et' l a m i s s i o a d'enseigner l a vérité : Enseignez toutes les nations. Il doit enseigner l a doeLrmer du salut. et de cet enseignement, à l'image de l'Apôtre des. gentils, il est redevable aux sages- et aux ignorants. Mais - comment pourrait-il l'enseigner s'il ne la possède pas ? Les lèvres du prêtre sont les gardiennes de la science, et c'est de sa bouche qu'on demande l'enseignement, dit le Saint-Esprit dans Malachie, et personne ne pourrait, pour recommander la science sacerdotale, prononcer une parole plus grave que celle que la Sagesse divine elle-même dit un jour par la bouche d'Osée : Parce que tu as rejeté la science, je te rejetterai de mon sacerdoce.

    Le prêtre doit posséder pleinement la doctrine de la loi et de la morale catholique ; il doit savoir la proposer, il doit savoir rendre raison des dogmes, des lois, du culte de l'Eglise dont il est le ministre ; il doit dissiper l'ignorance, qui, malgré les progrès de la science profane, enténèbre en matière de religion l'esprit de tant de nos contemporains. Jamais n'a été si opportun qu'aujourd'hui l'avertissement de Tertullien : « Parfois le seul désir de la vérité est de ne pas être condamnée sans être connue. » C'est le devoir du prêtre de débarrasser les intelligences des préjugés et des erreurs, accumulés par la haine des adversaires : à l'âme moderne qui cherche anxieusement la vérité, il doit savoir la montrer avec une sereine franchise ; à l'âme encore dans l'incertitude, travaillée par le doute, il doit inspirer courage et confiance; il doit la guider avec une tranquille assurance vers le port sûr de la vérité consciemment et fortement embrassée ; aux assauts de l'erreur opiniâtre et obstinée, il doit savoir opposer une résistance énergique et vigoureuse, mais tout à la fois calme et solide.

    Il est donc nécessaire, Vénérables Frères, que le prêtre, même au milieu des occupations pressantes de son saint ministère, et pour bien s'acquitter de celui-ci, continue l'étude sérieuse et profonde des disciplines théologiques, qu'il ajoute au bagage suffisant de science qu'il aura emporté du Séminaire une érudition sacrée toujours plus riche qui le rende toujours apte à la sainte prédication et à la direction des âmes. En outre, pour l'honneur de la fonction qu'il exerce, et pour s'attirer comme il convient la confiance et l'estime du peuple, qui sont si utiles pour l'efficacité de son œuvre pastorale, le prêtre doit posséder ce patrimoine de connaissances (même si elles ne se rapportent pas strictement aux sciences sacrées) qui sont communes aux hommes cultivés de son temps ; c'est-à-dire qu'il devra être sainement moderne à l'exemple de l'Eglise, qui embrasse tous les temps et tous les milieux, s'y adapte, bénit et favorise toutes les saines initiatives et n'a pas peur des progrès même les plus hardis de la science, pourvu qu'il s'agisse d'une science authentique. Dans tous les temps, le clergé catholique s'est distingué dans tous les domaines du savoir humain ; parmi les siècles d'autrefois, il en fut où il était tellement à l'avant-garde du savoir que clerc devint synonyme de savant.

    Et après avoir gardé et sauvé les trésors de la culture antique, qui sans elle et ses monastères se seraient presque entièrement perdus, l'Eglise a montré dans ses plus illustres docteurs comment toutes les connaissances humaines peuvent 'servir à illustrer et à défendre la foi catholique ; de cette vérité, Nous avons- Nous-même récemment donné au monde un© lumineuse illustration: en couronnant du nimbe des saints et de l'auréole des Docteurs ce grand maître de l'éminent saint Thomas d'Aquin,. cet Albert le Teutonïque, que ses contemporains honoraient déjà du nom de Grand et de Docteur universel.

    Aujourd'hui, évidemment, on ne peut demander que le clergé tienne pareillement la tête dans tous les domaines dû savoir : le patrimoine scientifique de l'humanité est devenu chose tellement vaste qu'aucun homme ne peut le posséder entièrement, encore moins devenir remarquable dans chacune de ses innombrables branches. Mais, d'une part, on doit avec prudence, encourager et aider ceux des membres du clergé qui,, par leurs goûts et leurs dons, spéciaux, se sentent appelés à cultiver et approfondir telle ou telle science,, tel ou tel art qui ne messied pas à leur profession ecclésiastique, parce que ces études, si on les maintient dans les limites nécessaires et sous la direction de l'Eglise, jtp-Tameinitt à l'honneur de cette même Eglise et à la gloire de son divin Chef, Jc sus - Ch ris i ; d'autre part tous les autres clercs ne doivent pas se contenter de ce qui suffisait peut-être en d'autres temps, jnaïs'-ÔMre <cn état d'acquérir,, ou plutôt posséder en fait, une culture générale plus vaste et plus complète, qui réponde au niveau plus. «élevé et k rcx.tens.ion pjtvjs oo-msidénabJe,.e-m comparaison avec les siècles passés, qu'à, généraiewusU parlau£, (atteints d e U O B jours la culture moderne.

    Que si parfois le Seigneur, qui se joue dans le monde, a voulu élever à la dignité sacerdotale et opérer des merveilles de Men p a r l ' i n i e r m ê d i a i r e d ' h o m w a e s p r e s q u e (entièneïneiiiit dépourynits de ce patrimoine de oouoiaî&sauiQQs dont Nous parlons, ce fut pour que nous apprenions tous à estimer plus la sainteté que l a science, à ne pas mettre plus de confiance dans les moyens humains que dans les moyens divins ; <eaa d ' a u t r e s I c ô n e s, c'est parce que le monde a besoin de temps à autre de s'entendre répéter cette leçon pratique ; Ce qui est fou aux yeux du monde, Dieu l'a choisi pour confondre les sages... pour qu'aucune chair ne se glorifie devant lui. Mais comme dans le domaine de l a nature, les miracles suspendent pour un moment l'effet des lois physiques sans les supprimer, ainsi l'existence de ces hommes, vrais miracles vivants, ne détruit pas la vérité et l a nécessité de ce que Nous venons de dire.

    Cette nécessité de la vertu et de l a science, cette exigence d'être un exemple et d'édifier, d'être cette bonne odeur du Christ que le prêtre doit par-dessus tout répandre autour de lui chez ceux qui l'approchent, est aujourd'hui d'autant plus aperçue et mise dans une évidence d'autant plus contraignante que l'Action catholique, ce mouvement si consolant, qui sait pousser les âmes vers le plus sublime idéal de perfection, met l'es laïques en contact plus fréquent et en collaboration plus intime avec le prêtre ; non seulement — ce qui est naturel — ils se tournent vers lui comme vers un guide, mais ils le regardent aussi comme un exemple de vie chrétienne et de vertu apostolique.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de Encyclique Ad catholici sacerdotii (20 décembre 1935)

    4 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.