Encyclique Ad catholici sacerdotii (20 décembre 1935) · Pie XI
Encyclique Ad catholici sacerdotii : Sur le sacerdoce catholique
III
De la dignité si éminente du sacerdoce et des qualités si relevées qu'il réclame, dérive, Vénérables Frères, l'inéluctable nécessité de donner aux candidats du sanctuaire une formation proportionnée.
Consciente de cette nécessité, l'Eglise n'a peut-être jamais, au cours des siècles, témoigné pour aucune autre œuvre une aussi tendre sollicitude, une aussi maternelle préoccupation que pour l a formation de ses prêtres. Elle n'ignore pas que si l'état religieux et moral des peuples dépend en grande partie du sacerdoce, l'avenir du prêtre lui-même dépend de la formation qu'il aura reçue ; pour lui aussi se vérifie la parole de l'Esprit-Saint : De la voie par laquelle il aura été acheminé dans son adolescence, il ne s'éloignera pas dans sa vieillesse. Aussi l'Eglise, conduite par l'Esprit-Saint, a voulu que partout fussent érigés des Séminaires pour y élever et y former avec un soin tout particulier les aspirants au sacerdoce.
Le Séminaire est donc, et il doit l'être, comme la pupille de vos yeux, Vénérables Frères, qui partagez avec Nous le redoutable fardeau du gouvernement de l'Eglise. Il est et il doit être l'objet principal de vos préoccupations. Avant tout, le premier soin doit être le choix des supérieurs, des maîtres et tout particulièrement du directeur spirituel auquel incombe une part si délicate et si importante dans la formation de l'âme sacerdotale. Donnez à vos Séminaires les prêtres-les meilleurs ; ne craignez pas de les dérober même à des charges d'apparence plus brillante, mais qui, en réalité, ne peuvent pas entrer en comparaison avec cette œuvre capitale et irremplaçable ; faites-les venir du dehors a u besoin, de pariant -où vous en (tnoaBTCrez MPakiaieaat «à la hauteur tafunic si noble tâche ; cito-oisis&ez-leis Lel*s q u e, par l'exempLe encore plus çra-c par l a parole, liîls leiiMgiaeial Je sv-ertus ^acfaidortîalcs et.qu'ils sachent dŒufuser, awec l a &CDLeînio.e, un.esparôl siolôéo, viril, a^osLoliqïic.; qu'ils Xassend. fleurir d'ans fte.SéfEnâdiadiPe ta piéllié, l a HMMHM 4, lai&iisciplime, les.études 5 qu'ils prendrais serti avec prudence les jjeumes lévites OMDKL 'js&uleaaofCMt tûcanire tes tt-enitations jpff»é*scntes„ iaaai's MIS si contre les {périls.avtacmcjoit gravies a*uxq»wels. ils -se "Lnoxtvertanait exposés dans le monde où ils sont appelés à vivre un jour « pour le salut de tous
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Et si — le cas se présente en. certaines régions — l'exiguïté des diocèses o u la douloureuse pénurie de vocations, ou le manque de ressource» et d'hommes capables ne permettaient p a s à chaque diocèse d'avoir son propre S é m i n a i r e bien organisé selon toutes les règles dur Droit canonique et les autres prescriptions ecclésiastiques, il est souverainement opportun que les évêques de la région se prêtent un fraternel concours pour unir leurs forces et les concentrer sur u n S é m i n a i r e c o m m u n correspondant pleinement à sa haute destination. Les grands avantages d'une telle concentration compenseront amplement les sacrifices qu'il faudra supporter pour les obtenir ; et si parfois le sacrifice doit être douloureux pour le cœur paternel d& l'évêque qui verra ses chers lévites s'éloigner m o m e n t a n é m e n t d u pasteur qui aurait aimé transmettre lui-même à ses futurs collaborateurs son esprit apostolique, s'éloigner aussi du sol même qui sera o n j o u r l e u r c h a m p d'apostolat, le sacrifice lui sera payé avec usure quand il les verra revenir mieux formés et plus riches de ce patrimoine spirituel qu'ils pourront ensuite dépenser en plus grande abondance et au plus grand profit de leur diocèse.
Voilà pourquoi Nous n'avons négligé aucune occasion d'encourager, de promouvoir, de favoriser pareilles initiatives ; souvent même Nous les avons suggérées et recommandées. Bien plus, pour Notre propre compte, là où Nous l'avons estimé nécessaire, Nous avons Nous-même érigé, perfectionné, amplifié quelques-uns de ces Séminaires régionaux, chacun le sait, et cela non sans de lourdes dépenses ni sans de gros soucis, et, Dieu aidant, Nous continuerons encore dans l'avenir à consacrer tout Notre zèle à une œuvre que Nous rangeons parmi les plus utiles au bien de l'Eglise.
Pourtant, tout ce magnifique effort pour l'éducation des élèves du sanctuaire servirait peu sans une soigneuse sélection des candidats eux-mêmes en faveur desquels sont érigés et entretenus les Séminaires. A cette sélection ont à concourir tous ceux qui sont préposés à la formation du clergé : supérieurs, directeurs spirituels, confesseurs, chacun selon le mode et dans les limites propres de sa charge. De même qu'ils doivent avec tout leur dévouement cultiver la vocation divine et l'affermir, ainsi doivent-ils avec non moins de zèle écarter et éloigner à temps d'une voie qui n'est pas la leur les jeunes gens qu'ils voient dépourvus des qualités nécessaires et qu'ils prévoient inhabiles à remplir dignement et honorablement le ministère sacerdotal. Et bien qu'il soit de beaucoup préférable que cette élimination se fasse dès le début, parce qu'en pareille affaire l'attente et les délais sont tout à la fois u n e grave erreur et un grave dommage, néanmoins, quelle qu'ait été la cause du retard, il faut corriger l'erreur aussitôt constatée, sans aucune considération humaine, sans cette fausse miséricorde qui tournerait en véritable cruauté, non seulement envers l'Eglise, à qui elle livrerait un ministre incapable ou indigne, mais également envers le jeune homme lui-même, qui, ainsi aiguillé sur une fausse route, se verrait exposé à devenir une pierre d'achoppement et pour lui et pour les autres au péril de la vie é t e m e l l e.
Il ne sera pas malaisé à l'œil vigilant et expérimenté de celui qui gouverne le Séminaire, qui suit et observe avec amour chacun, avec ses tendances, des jeunes gens confiés à ses soins ; il ne lui sera pas malaisé, disons-Nous, de s'assurer si quelqu'un a ou n'a pas une vraie vocation sacerdotale. Celle-ci, vous le savez bien, Vénérables Frères, se manifeste moins par un sentiment du coeur ou par un attrait sensible que par l'intention droite de l'aspirant au sacerdoce, intention jointe à cet ensemble de dons physiques, intellectuels, moraux, qui le rendent propre à cet état.
Quiconque aspire* au sacerdoce uniquement pour le noble motif de se consacrer au service do Dieu et au*.salut des âmes, et en même temps, possède ou du moins s'efforce sérieusement d'acquérir une solide piété, une pureté de vie à toute épreuve, une science suffisante au sens oh- Nous l'avons exposée plus haut, mon lire qu'il est appelé p a r D i e u à l ' é t a t. sacerdotal. Celui-là, au contraire, qui, poussé peut-être par des parents mal inspirés, voudrait embrasser cet état avec la perspective d'avantages temporels cl terrestres, qu'il entrevoit ou qu'il espère à travers le sacerdoce, ainsi qu'il arrivait plus fréquemment jadis ; celui qui est habituellement réfractaire à la dépendance et à la discipline, peu enclin à la piété, peu studieux et peu zélé pour les âmes ; celui surtout qui est porté à la sensualité et qu'une expérience prolongée montre incapable de la vaincre ; celui qui a si peu de disposition pour les études que l'on prévoit qu'il n'en pourra suivre, de manière à donner satisfaction, le cours normal ; tous ceux-là ne sont pas faits pour le sacerdoce, et les laisser avancer presque jusqu'au seuil du Sanctuaire, ce n'est qu'en leur rendant plus difficile le retour ien arrière, c'est peut-être les pousser à franchir ce seuil par respect humain, sans vocation et sans esprit sacerdotal. Que les supérieurs des Sëaminaires, que les directeurs spirituels et les confesseurs songent à la grave responsabilité qu'ils assument devant Dieu, devant l'Eglise, devant les jeunes gens eux-mêmes sâ, p o « r Jeur part, dis' me Œont pas tout le passible pour enaipôoher «une feusse 'O^ierata Liera,
Nous disons que les lewnfessEdirs et ' l e s directeurs spirituels pO(Uirralc]ût •aux.anissi êta*e.xcsponn'saibles.fl-uimc si Hwi'de wncur ' •: ^ce n'est pa-s qu'ils puissent icn aucuaie i'a'ÇTo.iîi agir au for externe, ce qui leur -est sévcrconient d<éîfEfûdti p-ar le fait de le tir inînîstèrc exb^cïnemeint délicat' el souvent même par l'inviolable sceau sacramentel mais- ils peuvent exercer une aoflnaencc pfpoffond-e 'sur l'esprit de chacun des élèves et ils doivent les guider cha-cun suivant les exigences de son bien -spirituel ; ils doivent par conséquent, notamment s'il arrive que pour une raison quelconque les supérieurs n'agissent point ou se montrent trop faibles, ils doivent, sans aucune considération humaine, faire aux inaptes comme aux indignes un devoir de conscience de se retirer, tandis qu'il en est encore temps, et ils doivent en cela s'en tenir à la solution la plus sûre, laquelle, en pareil cas, est aussi la plus avantageuse pour le pénitent, puisqu'elle le détourne de faire un pas qui pourrait lui être fatal pour l'éternité. Dans le cas même où le devoir de conscience n'apparaîtrait pas aussi clairement, qu'ils usent du moins de toute l'autorité qu'ils tiennent de leur charge et de leur affection paternelle envers leurs fils spirituels pour amener ceux qui n'ont pas les dispositions requises à se retirer spontanément. Que les confesseurs se rappellent ce que, en pareille matière, déclare saint Alphonse de Liguori : « Généralement parlant... (dans les cas de cette sorte) plus le confesseur usera de rigueur envers ses pénitents, plus il contribuera à leur salut ; tandis que plus il se montrera indulgent, plus il sera effectivement cruel, Saint Thomas de Villeneuve accusait les confesseurs trop indulgents d'une cruelle pitié, impie pios. C'est une charité contraire à la charité. »
Mais la responsabilité principale demeure toujours celle de l'évêque qui, selon la loi très grave de l'Eglise, « ne doit conférer les Ordres sacrés à personne sans avoir la certitude morale, fondée sur des raisons positives, de son aptitude canonique ; faute de quoi non seulement il se rend coupable d'un péché grave, mais il s'expose en outre à recevoir sa part de responsabilité dans les péchés d'autrui ». C'est l'écho fidèle de l'avis de l'Apôtre à Timothée qui résonne dans ce canon : Ne te hâte pas d'imposer les mains à personne pour n'avoir point part aux péchés d'autrui.
« Or, demande Notre prédécesseur saint Léon le Grand, qu'est-ce donc qu'imposer hâtivement les mains, sinon conférer la dignité sacerdotale à des candidats non éprouvés, sans attendre la maturité de l'âge, le temps de l'examen, le mérite de l'obéissance, l'expérience de la discipline ? Et que veut dire participer aux péchés d'autrui, sinon que le consécrateur devient semblable à celui qui ne méritait pas d'être consacré ? » En effet, dit saint Jean Chrysostome s'adressant à l'évêque : « Tu payeras la peine de ses péchés présents et futurs, toi qui l'as constitué en dignité. »
Dures paroles, Vénérables Frères, mais plus redoutable encore la responsabilité qu'elles somlignent, responsabilité qui faisait dire au grand évêque de Milan, saint Charles Borromée : « En cette matière, une légère négligence peut me charger d'une lourde faute, » Tenez-vonu-on dlornc sm coamseil de; saint Jiean G h r y s o s t o m e cité, plus haut « Ce n'est pas après une première, une seconde, une troisième épreuve,, mais après une-, ré-flexion praloisgée, après un minutieux examen que tu. imipcpseras,' l e s maims-. » En cela s'applique avant tout à la sainteté du candidat au sacerdoce : «; Ce n'es ! pas» assez, dit* le s-amt évèqnxe et d o c t e u r A l p & cnse-Maocie de L i g n o r i, que l'évêque ne trouve- rien de mal chez Fer dinand,, il doit être certain de sa vertu positive. »* craignez donc pas de paraître trop sévère, sA u s a i H d e voLre* • dvnîU voiws exigez, préalablement ces preuves positives et si, en cas de doute,, vous resaette2 à p i u s tatrd l'ordination. de quelqu'un, car, comme l'enseigne élégamment saint Grégoire le Grand ; <c II est vrai que l'on coupe dans la forêt les bois destinés à une construction, mais on ne les charge du poids des édifices que lorsqu'une attente leur a permis de sécher et de devenir aptes à cet usage ; si l'on ne prend pas cette précaution», M O T v i t e i l s c è d e n t s o u s l a c h a r g e », o u encore, poimr e m p r a s t e r Ie& paroles concises et claires du D o c t e u r o u g é l i q n e : « Les Ordres sacrés présupposent la sainteté... ainsi le fardeau des Ordres repose sur des murailles que la sainteté a déjà débarrassées de l'humidité des vices. »
Du reste, si l'on -observe,-avec s o i n t o u i e s l e s pre&criptiens jeanoniqx&es, si tous s'en tiennent aux règles de prudence qme N « s avons ifaâ;t promulguer., i l y a quelques -années, BUT ce sujet 5»* l a Sacrée Congrégation des Sacrements (1), on épargnera bien des larmes à l'Eglise, tout des scandales aux fidèles.
Et comme Nous avons voulu que des règles analogues fus-sent données pour lies religieux (2) en même temps que Nous en inculquons à qui de droit l'exacte observance, Nous rappelons à tous les Supérieurs généraux des ï n s i i t a t s religieux, qui ont des jeunes clercs se préparant au sacerdoce, qu'ils ont à regarder comme s'adressait également.à e u x ce que Nous avons recommandé jusqu'ici à propos de la formation du clergé, puisqu'ils présentent (1) Instruction du 27 décembre 1BS0< star l examen des- camâïdate avant râic ilics promouvoir aux Ordres.
(2) Instruction aux Supérieurs généraux des rct^ieux sur la formation ".des.clercs ( l décembre 1931).
leurs sujets à l'ordination et que l'évêque s'en rapporte d'ordinaire à leur jugement.
Que ni les évêques ni les supérieurs religieux ne se laissent détourner de cette nécessaire sévérité par la crainte que le nombre des prêtres du diocèse ou de l'Institut n'en vienne à décroître. Le Docteur angélique saint Thomas s'est déjà posé la question, et voici comme il y répond avec sa clarté et sa sagesse coutumières : « Dieu n'abandonne jamais tellement son Eglise qu'on n'y puisse trouver les hommes qu'il faut pour suffire aux besoins du peuple, pourvu qu'on fasse avancer ceux qui en sont dignes et que les indignes soient exclus. » Du reste, comme le remarque justement le même saint Docteur, en rapportant presque mot à mot les graves paroles du IV Concile oecuménique du Latran : « Si l'on ne pouvait plus trouver autant de prêtres qu'il y en a maintenant, mieux vaudrait avoir un petit nombre de bons prêtres que beaucoup de mauvais. » C'est ce que Nous-même Nous avons rappelé dans une circonstance solennelle quand, à l'occasion du pèlerinage international des séminaristes, l'année de Notre jubilé sacerdotal, Nous adressant a u groupe imposant des archevêques et évêques d'Italie, Nous disions qu'un seul prêtre bien formé vaut mieux qu'un grand nombre peu ou point préparés et sur lesquels l'Eglise ne peut guère compter, à supposer même qu'elle n'ait pas à pleurer sur eux. Quel compte terrible, Vénérables Frères, n'aurons-nous pas à rendre au Prince des pasteurs, à l'Evêque souverain des âmes, si jamais nous avons confié ces mêmes âmes à des guides incapables, à des chefs qui ne seraient pas à la hauteur de leur mission !
Et pourtant, bien qu'il faille tenir ferme ce principe que le nombre ne doit pas être pour lui-même la préoccupation primordiale de qui collabore à la formation du clergé, tous cependant doivent s'efforcer d'accroître le recrutement de vigoureux et vaillants ouvriers pour la vigne du Seigneur, d'autant plus que les besoins moraux de la société, loin de diminuer, vont toujours croissant. Et parmi tous les moyens de parvenir à un but si noble, le plus facile tout à la fois et le plus efficace comme le plus universellement à la portée de tous, et celui en conséquence que tous doivent employer, c'est la prière, selon le précepte de Jésus-Christ lui-même : La moisson est abondante, mais les ouvriers sont rares ; priez donc le Maître de la moisson pour qu'il y envoie des moissonneurs. Quelle prière pourrait être plus agréable au Cœur sacré du Rédempteur ? Quelle prière peut espérer d'être exaucée plus vite et plus pleinement que celle-là, si conforme aux ardents désirs de ce Cœur divin ? Demandez donc et on vous donnera ; demandez de bons et de saints prêtres, le Seigneur ne les refusera pas à son Eglise : il lui en a toujours donné au cours des siècles, aux époques mêmes qui semblaient moins propices à Féclosion des vocations sacerdotales ; bien plus, il les donnait alors en plus grande abondance, à ne conclure que des témoignages de l'hagiographie catholique.du xix° siècle si riches en gloires de l'un et l'autre clergés, parmi lesquelles brillent, comme des- étoiles de première grandeur, ces trois vrais géants de la sainteté pratiquée dans trois champs d'action si divers, que Nous avons eu la consolation d'honorer de l'auréole des Saints : saint Jean-Marie Vianney, saint Joseph-Benoît Gottolengo et saint Jean Bosco.
Il ne faudrait pas toutefois laisser de côté les moyens humains de cultiver le germe précieux de la vocation que Dieu a semé à pleines mains -dans les cœurs généreux de tant de jeunes gens ; et c'est pourquoi Nous louons, Nous bénissons et Nous recommandons de tout Notre cœur ces oeuvres pies qui, en mille formes et par mille saintes industries suggérées par l'Esprit-Saint, visent à conserver, à promouvoir, à seconder les vocations sacerdotales. « Nous aurons beau penser, affirmait l'aimable saint de la charité, Vincent de Paul, nous trouverons toujours que nous n'aurions jamais pu contribuer à quelque chose de plus grand qu'à faux de bons prêtres. ». De fait, rien n'est plus agréable à Dieu, plus honorable à l'Eglise, plus profitable aux âmes que le don d'un saint prêtre. Si donc celui qui offre un verre d'eau au plus petit des disciples du Christ ne perdra pas sa récompense, quelle ne sera pas la récompense de celui qui mot pour ainsi dire dans les mains pures d'un jeune lévite le calice sacré empourpré du S-ang de la Rédemption, et qui l'aide à élever vers le ciel ce calice, gage de pacification et de bénédiction pour l'humanité ?
C'est ici que Notre pensée reconnaissante se porte de nouveau vers cette Action catholique que Nous avons constamment voulue, promue et défendue, et qui, en tant qu'elle est la participation du laïcat à l'apostolat hiérarchique de l'Eglise, ne peut pas se désintéresser du problème vital des vocations sacerdotales. Et de fait, pour Notre profonde consolation, Nous la voyons en tous lieux se distinguer dans ce champ particulier de l'activité chrétienne comme en tous les autres ; certainement, la plus riche récompense de son dévouement est précisément de voir cette admirable floraison de vocations sacerdotales et religieuses au sein de ses organisations de jeunesse, prouvant par là qu'elles ne sont pas seulement un terrain fécond pour le bien, mais un jardin bien gardé et bien cultivé où les fleurs les plus belles et les plus délicates peuvent s'épanouir sans danger. Que tous les membres de l'Action catholique apprécient l'honneur qui en rejaillit sur leur association et qu'ils se persuadent que par la collaboration à ce recrutement du clergé séculier et régulier, mieux qu'en aucune autre manière, le laïcat participera effectivement à la haute dignité du sacerdoce royal dont le Prince des apôtres salue tout le peuple des rachetés.
Mais le premier jardin, et le mieux adapté, où doivent comme spontanément germer et éclore les fleurs du sanctuaire, c'est encore toujours la famille vraiment et profondément chrétienne. La majeure partie des évêques et des prêtres « dont l'Eglise proclame la louange » doivent l'origine de leur vocation et de leur sainteté aux exemples et aux leçons d'un père rempli de foi et de vertu virile, d'une mère chaste et pieuse, d'une famille dans laquelle, avec la pureté des mœurs, règne en souveraine la charité pour Dieu et pour le prochain. Les exceptions à cette règle courante de la Providence sont rares et ne font que confirmer la règle.
Quand, dans une famille, les parents, sur le modèle de Tobie et de Sara, demandent à Dieu une nombreuse postérité où soit béni le nom de Dieu dans les siècles des siècles et qu'ils la reçoivent avec gratitude comme un don du ciel et comme un dépôt précieux ; quand ils s'efforcent d'inculquer à leurs enfants dès les premières années la sainte crainte de Dieu, la piété chrétienne, une tendre dévotion à Jésus-Eucharistie et à la Vierge immaculée, le respect envers les lieux et les personnes sacrés ; quand de leur côté les enfants voient dans leurs parents le modèle d'une vie d'honneur, de travail et de piété ; quand ils les voient s'aimer saintement dans le Seigneur, s'approcher souvent des sacrements, obéir non seulement à la loi ecclésiastique de l'abstinence et du jeûne, mais, en outre, à l'esprit chrétien de la mortification volontaire ; quand ils les voient prier au foyer domestique, groupant autour d'eux toute la famille, afin que la prière en commun monte plus agréable vers le ciel ; quand ils les savent compatissants aux misères du prochain et qu'ils les voient partager avec les pauvres leur riche ou leur modique avoir, il est bien difficile que, tandis que tous les enfants s'efforceront de suivre les exemples des parents, il n'y en ait pas un au moins parmi eux qui n'entende au fond du cœur l'appel du divin Maître : Viens, suis-moi, et J& ferai de toi un pêcheur d'hommes. Bienheureux les parents chrétiens qui, même s'ils ne font pas de ces divines visites, de ces divins appels à leurs enfants l'objet de leurs plus ferventes prières, ainsi que jadis aux temps de plus grande foi il arrivait plus souvent qu'aujourd'hui, du moins n'en ont pas peur et savent y voir un honneur insigne, une grâce de prédilection et de choix du Seigneur pour leur famille'.
Il faut bien, reconnaître au contraire que, souvent, trop souvent, hélas ! les parents, même parmi ceux qui se font une gloire d'être sincèrement chrétiens et catholiques, et cela surtout dans les classes les plus élevées et les plus cultivées de la société, ne semblent pas pouvoir se résigner à la vocation sacerdotale ou religieuse de leurs enfants et ne se font aucun scrupule de combattre l'appel divin "par toutes sortes d'arguments, voire par des moyens qui peuvent mettre en péril, non seulement la vocation à un état plus parfait, mais la conscience même et le salut éternel de ces âmes qui, pourtant, devraient leur être si chères. Ce déplorable abus, comme celui qui régnait fâcheusement aux siècles passés de contraindre les enfants à l'état ecclésiastique même sans aucune vocation ou aptitude, n'est certes pas à l'honneur de ces mêmes*
IV
Nunc autem vos, dileçti filii, patris animo compellamus, q u o t q u o t e x utroque clero ubique gentium versamini. Atque
vobis gloriae nostrae et gaudio (/ Thessaï., n, 20) qui pondus
hautes» classes sociales aujourd'hui généralement si peu représentées dans les rangs du clergé. En effet, s'il est vrai que la dissipation de la vie moderne, les attractions qui, surtout dans les grandes villes, éveillent prématurément les passions de la jeunesse, les écoles si peu favorables en tant de pays au développement de ces vocations, sont en grande partie la cause et la douloureuse explication de leur rareté dans les familles aisées et distinguées, on ne peut par ailleurs nier que cette rareté témoigne également d'une déplorable diminution de foi dans les familles elles-mêmes. Et, de fait, s'ils regardaient les choses sous la lumière de la foi, quelle dignité plus haute des parents chrétiens pourraient-ils désirer pour leurs enfants, quel rôle plus noble que celui qui, Nous, l'avons dit, est digne de la vénération des hommes et des anges ? Une longue et douloureuse expérience nous enseigne du reste qu'une vocation trahie (et le mot n'est pas trop sévère) est la source de larmes non seulement pour les enfants, mais pour leurs aveugles parents. Dieu veuille que ces larmes ne soient pas tellement tardives qu'elles doivent être des larmes éternelles.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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