Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Encyclique Ad catholici sacerdotii (20 décembre 1935) · Pie XI

    Encyclique Ad catholici sacerdotii : Sur le sacerdoce catholique

    I

    A NOS VÉNÉRABLES FRERES LES PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHE-VEQUES, ÉVÊQUES ET- AUTRES ORDINAIRES DES LIEUX, EN PAIX

    ET COMMUNION AVEC LE SIEGE APOSTOLIQUE : Sur le sacerdoce catholique

    PIE XI, PAPE VÉNÉRABLES FRÈRES, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.

    Depuis que par un mystérieux dessein de la divine Providence Nous Nous sommes vu élevé à ce sommet suprême du sacerdoce catholique. Nous n'avons jamais cessé de consacrer Nos soins les plus empressés et les plus affectueux, parmi les innombrables fils que Dieu Nous a donnés, à ceux qui, revêtus du caractère sacer- (1) A. A. S., vol. XXVIII, 1936, p. 5. La traduction française que nous publions de l'Encyclique « Ad calholici sacerdotii fastigium » (20. 12. 35) est celle qui a été éditée par la Typographie polyglotte vaticane. (Cf. « D. C. », t. XXXV, col. 131.)

    dotal, ont la mission d'être le sel de la terre et la lumière du monde, et d'une manière encore plus spéciale à ceux qui sont élevés à l'ombre du sanctuaire et se préparent à cette très noble mission.

    Déjà dans les premiers mois de Notre Pontificat, avant même d'adresser.Notre parole solennelle à tout l'univers catholique, Nous Nous sommes empressé, parla Lettre apostolique Offtciorum omnium du l a o û t 1922, adressée à Notre très cher Fils le cardinal préfet de la Sacrée Congrégation des Séminaires et des Universités, de tracer les directives dont doit -s'inspirer la formation sacerdotale des jeunes lévites. Et toutes les fois que la sollicitude pastorale Nous pousse à considérer d'une façon plus particulière les intérêts et les besoins de l'Eglise, Notre attention, avant toute autre «chose, se dirige vers les prêtres et les clercs, qui forment toujours l'objet principal de Nos soins.

    De cet intérêt spécial que Nous 'portons au sacerdoce, sont la preuve éloquente les nombreux Séminaires que Nous avons érigés, là où ils n'existaient pas encore, ou bien munis, et non sans grande dépense, d'édifices nouveaux et imposants, ou bien mieux pourvus de moyens et de personnes qui leur permettent d'atteindre plus dignement leur but élevé.

    Si ensuite, à l'occasion de Notre jubilé sacerdotal, Nous avons consenti à ce que l'on fêtât solennellement cet heureux anniversaire, et si avec une paternelle complaisance Nous avons secondé les manifestations d'affection filiale qui Nous venaient de toutes les parties du monde, ce fut parce que, plus que comme un hommage à Notre personne, Nous considérions cette célébration comme une juste exaltation de la dignité et du caractère sacerdotal.

    Et encore la réforme des études dans les Facultés ecclésiastiques, que Nous avons décrétée par la Constitution apostolique Deus scientiarum Dominus du 24 mai 1931, fut voulue par Nous surtout dans le but d'accroître et d'élever toujours davantage la culture et la science des prêtres.

    Mais le sujet est d'une importance si grande, on pourrait dire universelle, qu'il Nous semble opportun de le traiter plus expressément dans cette Lettre encyclique, afin que non seulement ceux qui déjà possèdent le don inestimable de la foi, mais encore tous, ceux qui avec droiture et sincérité de cœur recherchent la vérité, reconnaissent la sublimité du sacerdoce catholique et sa mission providentielle dans le monde, et par-dessus tout afin que ceux qui y sont appelés le reconnaissent et l'apprécient ; sujet particulièrement opportun â la fin de cette année qui, à Lourdes, aux purs rayons de l'Immaculée et dans la ferveur du Triduum eucharistique ininterrompu, a vu le sacerdoce catholique de toute langue et de tout rite, auréolé d'une lumière divine dans la splendide clôture du Jubilé de la Rédemption étendu de la Ville de Rome à l'univers catholique, de cette Rédemption dont Nos prêtres chers et vénérés sont les ministres, jamais plus actifs et bienfaisants qu'en cette Année Sainte extraordinaire, par laquelle on célébrait aussi le XIX centenaire de l'institution du sacerdoce, comme Nous l'avons dit dans la Constitution apostolique Quod nuper du 6 janvier 1933.

    Et, de plus, comme cette Encyclique se relie harmonieusement à Nos précédentes par lesquelles Nous avons voulu projeter la lumière de la doctrine catholique sur les plus graves problèmes qui travaillent la vie moderne, Nous avons conscience de donner à Nos enseignements solennels un complément opportun. En effet, le prêtre est par vocation et par commandement divin l'apôtre principal et le promoteur infatigable de l'éducation chrétienne de la jeunesse ; le prêtre, au nom de Dieu, bénit le mariage chrétien et en défend la sainteté et l'indissolubilité contre les attentats et 3es déviations suggérés par la cripMStté et l a.sensualité le prêtre porte la plus solidje contribution -à la solution va, du moins, à raflitëaaoraitïoin.des cûmifUts sociaux, les prêchant l a fraternité chrétienne, en rappelant à tous Je.s devoirs mutuels de la justice et de l a charité évangélique», en pacifiant les esprits aigris par le malaise moral et économique, en nnota.tr an t anix ri due s et aux pauvres les uniques biens véritables auxquels tous peuvent et doivent aspirer ; le prêtre finalement est le plus efficace héraut de cette croisade d'expiation et de pénitence à. laquelle Nous avons invité tous les gens de bien pour xëjpOTer" les blasphèmes, ï<es trcur-] pifcu*die5 et les crimes, «pu deshonoireiai l'humanité à l'heure présente, une Jheune qui, comme peu d'autres dans l'histoire, ageanjdcnnîEnt besoin de la Miséricorde divine et »de ses îpardjons- Et les ennemmas "dm i'Eg'lise isavent bien I âmpG)irt'a!mce vitale du sacerdoce, contre lequel précisément, comme Nows l'avons déjà déploré pour Notre cher Mexique, ils dirigent en premier lieu leurs eorap's, afin a d cathalicuin îramcmi jaenituis- delemiatom viam sibi. stcrnant; qucid ut-Âquc éiscupiùioitr vehementer; et procul diubio» nunirqnaan assccuturi sunt.

    de le supprimer et se frayer la voie à la destruction, toujours désirée,, et jamais &htiesBme de l'Eglise elle-même.

    Le genre loiunnawai a* tofujn&ijprs. êp»r©;ureë le besoin d'avoir des prêtres c'est-à-dire des hommes çjuâ, par une.- mission officielle à. eus' confiée, seraient des médiaiLeiiLFs-, eiaiLire Dt-L&u. et les hommes et qui, consacrés entièrement à cette médiation, eaa< fiassent la» flâclae de leur vie, choisis pour offrir su Meui &vs pid'èrejs (Diffieiel'l»es eU des sacrifices au ©ora' de lai aocËélé,, cgiai,, elle aussi comme telle, a l'obligation de rendre à Dieu un culte public et social, de reconnaître: en lui le suprême Seigneur et le premier principe de tendre à lui comme à sa fin dernière, en le remerciant et en cherchant à se le rendre propice~ fait, chez tous les peuples dftDmnt nous-' connaissons* les usages*, loirsq^vcc dm moins: ils ne: sonil» paisi eontraiuaitia par l a violences à violer les lois les plus sacrées de la nature humaine, on trouve des prêtres, quoique souvent au service de; fausses divinités ; partû/uit où- I ' O E L pEofcsffe 'urne; religion, partout oui i&& dressent des autels, il y a également un sacerdoce, entouré de; marques; spéciales d'hon-iaensar' eA de: vear*eraiti©flaj.,

    Mais à. l a splenidieuïï d o lat réTélajtiom davïnie, l e p-mÊIire apparaît revêtu, d'un e digmiLé b catu ci ^ pp luisi gjra nd'e dé j à aaa n ®sm£e é& loin par la mystérieuse èt vénérable figure de Melchisédech, prêtre et roi, que rappelle saint Paul, en le rapprochant de l a personne et du sacerdoce de Jésus-Christ lui-même. Le prêtre, suivant la magnifique définition qu'en donne le même saint Paul, est, sans doute, un homme choisi parmi les hommes, mais établi pour les hommes dans les choses qui regardent Dieu : sa fonction n'a. pas pour objet les choses humaines et transitoires, aussi hautes et estimables puissent-elles sembler, mais les choses divines et éternelles ; choses dont, - par ignorance, on peut se moquer et que. l'on peut mépriser, auxquelles aussi on peut faire obstacle avec une malice et une fureur diaboliques, comme une triste expérience l'a souvent prouvé et le prouve même aujourd'hui, mais qui occupent toujours l a première place dans les aspirations individuelles et sociales de l'humanité, cette humanité qui sent irrésistiblement qu'elle est faite pour Dieu et ne peut se reposer qu'en lui.

    Dans la loi mosaïque, au sacerdoce i n s t i t u é p a r u n e d i s p o s i t i o n divine positive promulguée par Moïse sous l'inspiration de Dieu, sont minutieusement assignés ses devoirs, ses fonctions et ses rites déterminés. Il semble que Dieu dans sa sollicitude ait voulu imprimer dans l'esprit encore primitif du peuple hébreu une Atqui Veteris Testamenji sacerdotium maiestatem gloriamque suam non aliunde sumebat, nisi quod illud praenuntiabat novi aeternique Testamenti a Iesu Cbristo datum, veri scilicet Dei verique hominis sanguine constitutum.

    Gentium Apostolus, de christiani sacerdotii amplitudine, grande idée centrale qui, dans l'histoire du peuple élu, répandît sa lumière sur tous les événements, les lois, les dignités, les emplois ; l'idée de sacrifice et de sacerdoce, afin que parla foi dans le Messie futur cette idée devînt source d'espérance, de gloire, de force et. de libération spirituelle. Le temple de Salomon, admirable de richesse et de splendeur, et encore plus admirable dans son ordonnance et dans ses rites, élevé à l'unique vrai Dieu comme tabernacle de la divine Majesté sur la terre, était aussi u n p o è m e très élevé chanté en l'honneur de 'ce sacrifice et de ce sacerdoce, qui, n'étant pourtant qu'une ombre et un symbole, renfermait un mystère assez grand pour faire incliner avec respect le vainqueur Alexandre le Grand devant l a figure hiératique du grand - prêtre ; et Dieu lui-même. faisait sentir sa colère au roi impie Balthasar, parce que dans une orgie il avait profané les vases sacrés du temple. Et cependant ce -sacerdoce ancien' tirait uniquement sa majesté et sa, gloire du fait qu'il était une préfiguration du sacerdoce chrétien, du sacerdoce du Nouveau et éternel Testament, confirmé parle sang du Rédempteur du monde, de Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme I

    L'Apôtre des gentils résume en termes lapidaires tout ce qu'on peuL dire au sujet de l a grandeur, de la dignité et des devoirs du sacerdoce chrétien, en écrivain! ; Que i'Jkomme ÎVOJÉS i^egosrde Ckoximie des mininines du Christ et des dispensateurs des mystères divins. Le prêtre est ministre de Jésus-Christ, d o o e i n s t r u m e n t entre les mains du divin Rédempteur pour la wooaûniuaitifGM *de -son œuv^eïêdemptrioe.dans' toute son u n i v e r s a l i t é m o n d i a l e tel sa divise efficacité, pour la ^©mstmetion de tcctAe œuvre aânairaMe qui transforma le monde ; bien plus, le prêtre, 'comme avec Tais-oin o n a.oaatrame <d<e l e ' d i r e, est vraiment « un autre Christ », parce qu'il continue en quelque manière « Jésus-Christ même : Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie, continuant lui aussi, comme Jésus, à rendre, selon le chant « des anges, gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes de bonne volonté.

    Et en premier lien, comme l'enseigne le Concile de Trente, Jésus-Christ pendant l a dernière C&ae institua le sacrifice et le sacerdoce de l a Nouvelle Alliance •: « -"Notre Dieu, et Seigneur", bien qu'il devant s'offrir lui-même par sa mort sur Faute! de l a Croix à Dieu son Père pour y opérer l a rédemption éternelle, cependant parce que son sacerdoce ne devait pas 's'éteindre par sa mort, àladeraïère Cène, la nuit où il était livré, voulant laisser à son épouse bien - aimée l'Eglise uni sacrifice visible,, comme l'exige; l a nature des hommes, sacrifice qui serait l a représentation de ce sacrifice sanglant qu'il allait accomplir sur l a Croix, voiatlaiat que Je souvenir en* demeurât jusqu'à l a fin des siècles, et que sa vertu fût appliquée en rémission, de ces péchés que n&us, commettons tous les jours» se déclarant prêfcie pour l'éternité selon l'ordre de Melchisedech, offrit à Dieu le Père son corps» et son sang sous les espèces du pain et du vin,, et sous-les symboles de ces. mêmes espèces les présenta,, pour qu'ils les prissent* aux apôtres qu'il constituait alors- prêtres^ du Nouveau Testament,, et à eux. et - à leurs successeurs dans le sacerdoce» il. commanda de l e s o & i r p a a r ces » m&ts «. Faites ceci en mémoire de moi. »

    Depuis lors, les apôtres et leurs successeurs dans le sacerdoce commencèrent à élever vers le ciel cette oblation pose p r é d i t e ' p a r Malachie grâce à laquelle le nom de Dieu est grand parmi les nations et qui, offerte désormais dans toutes les parties de la terre, et à chaque heure du jour et de la nuit, continuera à l'être d'une façon permanente jusqu'à la fin du monde. C'est un vrai sacrifice et non un pur symbole, quia urne réelle efficacité pour la réconciliation des pécheurs avec la divine Majesté, « car Je Seigneur, apaisé par cette oblation, accorde la grâce et le don de la pénitence et pardonne des péchés et des crimes énormes ». Le même Concile nous en dit la raison par ces paroles : « Il y a en effet une seule et même hostie, une même personne qui s'offre maintenant par le ministère des prêtres et qui s'est offerte autrefois sur la Croix ; seule la manière de l'offrir est différente. »

    Là apparaît lumineuse l'ineffable grandeur du sacerdoce humain, qui a pouvoir sur le corps même de Jésus-Christ, le rendant présent sur nos autels et au nom du Christ lui-même l'offrant en victime infiniment agréable à la divine Majesté. « Chose admirable, s'écrie justement saint Jean Chrysostome, chose admirable qui nous frappe d'étonnement ! »

    Outre ce pouvoir qu'il exerce sur le corps réel du Christ, le prêtre a reçu d'autres pouvoirs très hauts et sublimes sur son corps mystique. Nous n'avons pas besoin, Vénérables Frères, de Nous étendre sur cette belle doctrine du corps mystique de Jésus-Christ, si chère à saint Paul ; cette belle doctrine qui Nous montre la personne du Verbe fait chair unie à tous ses frères chez qui se répand l'influence surnaturelle qui dérive de lui, formant avec lui comme Chef un seul corps dont ils sont les membres. Or, le prêtre est constitué dispensateur des mystères divins en faveur de ces membres du corps mystique de Jésus-Christ, puisqu'il est le ministre ordinaire de presque tous les sacrements qui sont les canaux par lesquels coule pour le bien de l'humanité la grâce du Rédempteur. Le chrétien, presque à tous les moments importants de sa carrière mortelle, trouve à ses côtés le prêtre pour lui communiquer ou accroître en lui avec le pouvoir reçu de Dieu cette grâce, qui est la vie surnaturelle. A peine est-il né à la vie du temps, le prêtre le fait renaître par le baptême à une vie plus noble et plus précieuse, la vie surnaturelle, et il le fait fils de Dieu et de l'Eglise de Jésus-Christ ; pour le fortifier et le préparer à combattre généreusement dans les luttes spirituelles, un prêtre, revêtu d'une dignité spéciale, le fait soldat du Christ par la confirmation ; dès qu'il est capable de discerner et de goûter le Pain des anges, le prêtre le lui donne, nourriture vivante et vivifiante descendue du ciel ; s'il est tombé, le prêtre le relève au nom de Dieu et avec lui le réconcilie par la pénitence ; si Dieu l'appelle à former une famille et à collaborer avec lui à la transmission de la vie humaine dans le monde, pour augmenter d'abord le nombre des fidèles sur la terre et ensuite celui des élus dans, le ciel, le prêtre est là pour Bénir son mariage et ses chastes amours ; et quand le chrétien, parvenu au seuil de F é t e m i t ê, a besoin de force et de courage avant de se p r é s e n t e r a u ' t r i b u n a l ' du Juge divin, le prêtre s'incline sur les m e m b r e s c r f o l o r r s du malade, il le cons-acre de nouveau et le fortifie par l'extrême-onction. Après avoir ainsi accompagné le chrétien à travers le pèlerinage terrestre jusqu'aux portes du ciel, le prêtre accompagne soin corps*, à) lia sépulture- avec les rites et les prières de l'espérance immortelle, et il suit son âme au delà du seuil de l'éternité pour lui assurer l'aide des suffrages chrétiens, si jamais elle a encore besoin d'être purifiée et soulagée. Ainsi du berceau à la tombe, ou plutôt jusqu'au ciel, le prêtre est auprès des fidèles guide, i*écoGiiiort -tmiasiîsitTe du salut, distributeur de grâces et de bénédictions.

    Mais, parmi tous ces pouvoirs qui a le prêtre sur le corps mystique du Christ au profit des fidèles, il en est un pour lequel Nous ne pouvons Nous contenter ç?c l a s i m p l e a-llïrsion faite tout à l'heure ': c'est le pouvoir « que 'Dieu n'a donné ni aux anges ni aux archanges comme dit saint Jean Chrysostome, c'est-à-dire le pouvoir de remettre les péchés : Ceux à qui vous aurez remis tes péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. Pouvoir formidable, tellement propre a. Dieu que l'orgueil humain lui-même ne pouvait admettre qu'il pût être communiqué à l'homme : Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ? Et le voyant exercé par un simple homme, il y a vraiment lieu de se demander, non par scandale pharisaïque, mais par un -respectueux étonnement pour une si grande dignité •: Quel est celui qui remet même les péchés'? Mais précisément l'Homme-Dieu, qui avait et -a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, a voulu le transmettre à ses prêtres pour aller au-devant, avec une libéralité et une miséricorde divines, de ce besoin de purification morale qui est inné à la conscience humaine. Quel réconfort pour l'homme coupable, brisé par le remords et le repentir, d'entendre la parole du prêtre qui au nom de 'Dieu lui dit : « Je t'absous de tes péchés » ! Et l'entendre de la bouche de quelqu'un qui, à son tour, aura besoin lui aussi de la réclamer pour lui à un autre prêtre, non seulement n'avilit pas le don miséricordieux, mais le fait apparaître plus grand, en faisant mieux entrevoir, à travers la créature fragile, la main de Dieu par la vertu de laquelle s'opère la merveille. C'est pourquoi — pour Nous servir des paroles d'un écrivain qui traite aussi des choses sacrées avec une compétence rare chez un laïque, — « quand un prêtre, frémissant intérieurement à la pensée de son indignité et de la hauteur de ses fonctions, a posé sur notre tête ses mains consacrées ; quand, humilié de se trouver le dispensateur du Sang de l'Alliance, étonné chaque fois de proférer des paroles qui donnent la vie, pécheur il a absous un pécheur, nous relevant de ses pieds, nous sentons que nous n'avons pas commis une bassesse. Nous avons été aux pieds d'un homme qui représentait Jésus-Christ... nous y avons été pour acquérir la qualité d'hommes libres et d'enfants de Dieu ».

    Et ces pouvoirs élevés, conférés au prêtre par un sacrement institué spécialement dans ce but, ne sont pas en lui transitoires et passagers, mais stables et perpétuels, unis qu'ils sont à un caractère indélébile imprimé dans son âme, par lequel il est devenu « prêtre pour l'éternité », à la ressemblance de Celui qui possède le sacerdoce éternel dont il est fait participant, caractère que le prêtre, même dans les plus déplorables aberrations où il peut tomber par l'humaine fragilité, ne pourra jamais effacer de son âme. Mais avec ce caractère et ces pouvoirs le prêtre reçoit aussi par le sacrement de l'Ordre une grâce nouvelle et spéciale, avec des secours particuliers, par lesquels, si sa coopération libre et personnelle seconde fidèlement l'action divinement puissante de la grâce elle-même, il pourra dignement s'acquitter de toutes les obligations difficiles de l'état sublime auquel il a été appelé et porter, sans en être accablé, les redoutables responsabilités, qui sont inhérentes au ministère sacerdotal et qui faisaient trembler même les plus forts athlètes du sacerdoce chrétien, comme saint Jean Chrysostome, saint Ambroise, saint Grégoire le Grand, saint Charles, et tant d'autres.

    Mais le prêtre catholique est encore ministre du Christ et dispensateur des mystères divins par la parole, par ce ministère du verbe qui est un droit inaliénable et à la fois un devoir imprescriptible qui lui est imposé par Jésus-Christ lui-même : Allez donc, enseignez toutes les nations... leur enseignant à garder tout ce que je vous ai ordonné. L'Eglise du Christ, dépositaire et gardienne infaillible de la divine révélation, par le moyen de ses prêtres, répand les trésors des vérités célestes, prêchant Celui qui est la vraie lumière illuminant tout nomme venant en ce monde; répandant avec une divine profusion cette semence, petite et méprisée au regard profane du •monde, mais qui, comme le grain de sénevé, a « n-elle ï a v e r t u de pousser des racines solides et profondes, dans 'les âmes sincères et altérées de vérité » et les rend capables de résister, comme des arbres vigoureux, même aux plus fortes tempêtes.

    Au milieu de toutes les aberrations de la ^pensée humaine ivre d'une fausse liberté qui l'exempte de toute loi et de tout * ï r e i n, au milieu' de la corruption incroyable de la malice humaine, se dresse, phare lumineux, l'Eglise qui c o n d a m n e t o n t e d é v i a t i o n à droite ou à '.gauche de la vérité, qui indique à tous et à chacun la voie -droite a suivre •; et malheur si même ce phare,, Nous ne disons pas* venait à s'éteindre, ce qui est impossible grâce aux promesses infaillibles -sur 'lesquelles al est 'fonde, mais venait^ à 'être - gêné dans *La large diffusion de 'ses rayons bienfaisant s '1 Nous voyons déjà de nos yeux *ou.-a- conduit l e m o n d e l e ï a ï t d'avoir rejeté 'orgueilleusement la révélation divine et d'avoir suivi, fût-ce même 'sous *le 'titre spécieux de -science, »de fausses théories philosophiques *et morales ! Que si sur la pente de Terreur et du vice on n"est pas encore tombé plus bas, on le doit aux rayons de la vérité chrétienne qui sont encore- toujours répandus dans le rnion'de. Or, l'Eglise exerce son « ministère du verbe » par le moyen des prêtres, sagenieu-i! répartis à travers"" Tes degrés variés de l'a hiérarchie sacrée. Elle envoie sur' toute- place- des hérauts infati-gaftles de la bonne nouvelle qui seule peut conserver ou porter ou faire revivre l'a v r a i e c i v i l i s a t i o n. La parole d'un prêtre, même au milieu des tourbillons des passions, s'élève sereine, annonce sans crainte l a vérité et inculque le bien : cette vérité qui éclaire et résout les plus graves problèmes delà : vie' humaine ; ce bien qu'aucun maïheur, p-as même la mort, ne peut enlever, que l a mo*?t plutôt assure et rend immortel. >

    Si ensuite on considère, une à une les vérités que l'e prêtre* doit plus souvent inculquer pour être fidèle aux devoirs de S O T Ï iremistèare,. et si nous en pesons la force intime, on. comprend c a m b î e n est grande et combien bienfaisante pour l'élévation morale, la pacification: et l a tranquillité, des peuples, l'influence du prêtre, quand, par exemple, il rappelle aux grands et aux petits-le caractère éphémère de la vie présente, la caducité des biens terrestres, l a valeur des biens spirituels et de l'âme immortelle, la sévérité des jugements divins, l a sainteté incorruptible de l'œil divin qui scrute les cœurs de tous et rendra à chacun selon ses œuvres. Rien de plus approprié que ces enseignements et autres semblables pour tempérer cette avidité fébrile de jouissance, cette cupidité effrénée des biens temporels, qui dégradent aujourd'hui tant d'âmes et poussent les diverses classes de l a société à se combattre comme ennemies, au lieu de s'aider tour à tour par une collaboration mutuelle. Au milieu de tant d'égoïsmes qui s'entre-choquent, de tant de haines qui s'enflamment, parmi tant de sombres projets de ' vengeance, rien de plus opportun et de plus efficace que de proclamer hautement le commandement nouveau de Jésus, le précepte de la charité qui s'étend à tous, ne connaît ni barrières ni frontières de nations ou de peuples, n'excepte pas même l'ennemi.

    Une expérience glorieuse vieille déjà de vingt siècles démontre toute l'efficacité salutaire de la parole sacerdotale, qui, étant l'écho fidèle et la répercussion de cette « parole de Dieu » qui est vivante et efficace et plus pénétrante qu'aucune épée à deux tranchants, atteint elle aussi jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit suscite des héroïsmes de tout genre, dans toute classe et en tout lieu, et crée l'action désintéressée des coeurs les plus généreux. Tous les bienfaits que la civilisation chrétienne a portés dans le monde sont dus, du moins à leur origine, à la parole et à l'action du sacerdoce catholique. Et un tel passé suffirait par lui-même à donner confiance même pour l'avenir, si nous n'avions « une parole plus ferme » dans le& promesses infaillibles du Christ.

    L'œuvre missionnaire aussi, qui manifeste d'une manière si lumineuse la puissance d'expansion dont est dotée l'Eglise par vertu divine, est fomentée et réalisée principalement par le prêtre, qui, pionnier de la foi et de la charité, au prix d'innombrables sacrifices, étend et dilate le royaume de Dieu sur la terre.

    Le prêtre finalement, continuant encore en cela la mission du Christ qui passait la nuit entière à prier Dieu et vit toujours pour intercéder en notre faveur, à titre d'intercesseur public et officiel de l'humanité auprès de Dieu, a la charge et le mandat d'offrir à Dieu au nom de l'Eglise, non seulement le sacrifice proprement dit, mais aussi le « sacrifice de louange » avec la prière publique et officielle ; par des psaumes, des prières et des cantiques, empruntés, en grande partie aux livres inspirés, il paye à Dieu chaque jour a. plusieurs- reprises ce tribut obligatoire d'adoration, et accomplit ce devoir nécessaire d'impétration pour l'humanité, aujourd'hui plus que jamais affligée et qui a plus que jamais besoin de Dieu. Qui peut dire combien de châtiments la prière sacerdotale éloigne de l'humanité prévaricatrice et que de bienfaits elle lui procure et lui obtient ? Si la prière même privée a des promesses divines aussi magnifiques et aussi solennelles, que celles que Jésus-Christ lui a faites, combien plus, puissante sera la prière récitée par office, au nom de l'Eglise, Epouse bien-aimée du Rédempteur ? Et le chrétien, même, si trop souvent il oublie Dieu dans la prospérité, conserve a u fond de l'a m e l a confiance e n l a prière, il :sent que celle-ci peut tout, et par une sorte d'instinct 'surnaturel, en toute difficulté, en tout péril privé ou public, il recourt avec une singulière confiance à la prière sacerdotale. C'est à elle qu'on demande un réconfort les malheureux de toute sorte ; c'est à elle que l'on recourt pour implorer l'aide divine dans toutes les vicissitudes de cet exil terrestre. Vraiment « le prêtre est placé entre Dieu et l a nature humaine, nous communiquant les biens qui viennent de lui, lui portant nos prières, apaisant le Seigneur irrité ».

    Du reste, comme Nous l'indiquions dès le début, les ennemis eux-mêmes de l'Eglise, à leur façon, montrent qu'ils sentent toute la dignité et l'importance du sacerdoce catholique, dirigeant contre lui leurs premiers coups, et les pins féroces*, sachant parfaitement combien est i n t i m e l e l i e n q u i u n i t l'Eglise et ses prêtres. Les ennemis les plus acharnés du sacerdoce catholique sont aujourd'hui les ennemis mêmes de Dieu : voilà un titre d'honneur qui rend le sacerdoce plus digne de respect et de vénération.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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