Discours (tome 2) · Bienheureux Pie IX
Discours CCIII : Aux députations des enfants des écoles chrétiennes, 11 juillet 1872
Cette audience eut lieu dans la salle du Consistoire. Lorsque le Saint-Père entra, il fut salué par un chœur de tendres voix qui chantaient un vivat au Pontife. C'étaient les élèves de l'Institut musical, fondé par le Saint-Père dans la paroisse de S. Salvatore in Lauro. Après l'exécution du chœur, l'un des jeunes gens lut l'adresse suivante :
TRÈS SAINT-PÈRE, a La joie dont surabondent nos cœurs dans un moment de si grande allégresse, en nous trouvant respectueusement réunis aux pieds de Votre Sainteté, me fait prendre la parole pour exprimer les sentiments de la confiance toute filiale et de la sincère reconnaissance dont
nos esprits sont animés. Cette troupe de jeunes gens qui entoure le trône de Votre Sainteté comme une guirlande de fleurs choisies ne doit sa vie, sa culture, son épanouissement qu'à la munificence des Pontifes! En effet, à partir du moment où l'Institut des frères des écoles chrétiennes fut canoniquemenL approuvé à Rome sous la glorieuse protection de l'auguste pontife Pie VI, cet Institut n'a cessé d'être un objet privilégié dos bénédictions apostoliques et des soins particuliers du Père commun des fidèles. Si des ouvriers aussi remarquables par leur zèle que par leur nombre se sont appliqués à procurer le bien spirituel de la jeunesse, si plusieurs maisons ont été fondées, si le bien-être matériel s'est augmenté dans les écoles, tout cela n'est dû qu'à la souveraine protection du Vicaire de Jésus-Christ.
« Mais la gloire la plus éclatante des écoles chrétiennes devait surtout briller de nos jours par la munificence sans borne dont le cœur magnanime de Votre Sainteté a bien voulu si largement les enrichir.
« Les écoles chrétiennes du Traslever savent surtout jusqu'à quel point s'est étendue la sollicitude paternelle do Votre Sainteté pour que rien ne leur manquât ; et c'est avec raison qu'elles se glorifient de rendre publique la charité du Pontife et de s'enorgueillir du titre le plus envié, Ici que celui d'Ecoles Maîtres, encore que toutes les autres écoles puissent à bon droit se glorifier d'un si grand nom en raison des bienfaits sans nombre qu'elles ont reçus de Votre Sainteté.
« Oh ! que notre sort est digne d'envie ! Nous appartenons à des écoles placées sous la direction de notre véritable souverain ! Oh! quelle prédilection particulière de Dieu envers nous que de nous avoir confiés à des Écoles chrétiennes dans des temps aussi malheureux! Dieu nous a éloignés de ces écoles d'iniquité et d'irréligion, où tant de malheureux jeunes gens de notre condition trouvent leur perte irréparable, pour nous placer dans un lieu de bénédiction où sa grâce descend chaque jour dans nos âmes pour y produire de nouveaux fruits et en plus grande abondance. Là, toutes nos études ne tendent qu'à la plus grande gloire de Dieu; là, l'exercice des bonnes œuvres, la fréquentation des sacrements nous rendent agréable et facile la pratique des vertus chrétiennes ; là, surtout, où nous initie à une dévotion tendre envers Marie immaculée, qui est aussi notre Mère, le soutien le plus ferme de l'innocence du cœur et le gage de notre salut éternel.
« Dans ces écoles chrétiennes, nous jouissons de cette douceur de concerts harmonieux qui contribuent à l'embellissement et à la solennité de nos fonctions saintes, et qui inspirent aux jeunes cœurs des sentiments sublimes de religion, non moins que ceux de la piété la plus tendre, et c'est l'angélique sollicitude de Votre Sainteté qui a pourvu à ce qu'un exercice de chant et de musique fût institué dans les écoles chrétiennes, pour être un ornement à notre pieux institut et lui servir comme de couronne.
« Après avoir été ainsi comblés par Dieu de tant de grâces, et par Votre Sainteté de tant de faveurs, nous ne pourrons nourrir dans nos cœurs d'autres sentiments et d'autres vœux que ceux de croître dans la pratique des vertus chrétiennes, afin de devenir des enfants d'édification pour l'Église, de consolation pour nos familles, de bon exemple et d'utilité publique pour la société.
« Aussi, Très-Saint-Père, à l'occasion du vingt-septième anniversaire de votre glorieux pontificat, adressons-nous au bon Jésus et à la Vierge immaculée les vœux les plus ardents pour que notre Père et auguste souverain nous soit conservé encore pendant de longues années, heureux et plein de santé pour le bien de l'Église, dont les enfants et les jeunes gens sont une partie si souriante et si féconde d'espérances. Ah ! puissions-nous voir se dissiper bientôt ce tourbillon qui dévaste le beau jardin de l'Église! Puisse notre Père, lorsque la tempête sera calmée, nous apparaître de nouveau tout radieux de l'auréole de paix, au milieu du triomphe de sa souveraine majesté.
« Agréez, Très Saint-Père, la faible obole de notre amour filial, et bénissez les vœux sincères de vos écoles chrétiennes.
« Vous qui êtes le Vicaire de Jésus-Christ, bénissez-nous dans nos âmes, bénissez-nous dans nos sentiments; bénissez nos écoles, et en particulier nos instituteurs, leur zèle, leurs fatigues et leur charité; bénissez nos familles, bénissez-nous dans le temps, pour que nous soyons bénis par Dieu dans l'éternité. »
Le Saint-Père répondu :
Je suis tout prêt à vous donner la bénédiction apostolique. Je veux certainement vous montrer mon amour paternel; mais je désire surtout que vous soyez des enfants bons, pleins de soumission et d'amour envers Jésus-Christ et la très-sainte Vierge Marie, afin de recevoir d'eux-mêmes la faveur d'être tels envers l'Église.
Votre âge, aussi bien que les voix que vous venez de me faire entendre, me rappellent le jour où Jésus-Christ entrait dans la ville de Jérusalem, précédé d'une multitude d'enfants qui l'introduisirent triomphalement et en chantant dans la ville, où ils désiraient qu'il établît sa résidence. Mais Jésus-Christ était venu sur la terre pour racheter le monde et sauver les pécheurs, et ce court triomphe était à peine passé, qu'il dut endurer les tourments de sa passion, et mourir attaché à une croix.
Quant à moi, je reste ici, toujours disposé à faire, comme Jésus-Christ, la volonté du Père Éternel; mais vous, en entrant dans Jérusalem, ne vous laissez ni vaincre ni détourner par les scandales de ce monde coupable qui occupe aujourd'hui la ville sainte. Rappelez-vous ce que fit un certain aveugle qui demandait à Jésus-Christ la faveur de l'usage de la vue, et qui ne cessait de pleurer, de crier et de prier. Les personnes qui entouraient Jésus voulaient faire taire cet aveugle et le réprimandaient; mais lui, ne faisant nul cas de ce qu'on lui disait, répétait continuellement ses prières.
Il vous en arrivera autant à vous-mêmes, chers enfants. Vous aussi, vous entendrez bien des personnes qui voudraient vous détourner de la prière et de toute sorte de bonnes œuvres, et qui vous traiteront de bigots et d'enfants de sur perdition. Mais n'écoutez pas ce monde. Continuez toujours sagement comme l'aveugle, qui finit enfin par obtenir de Jésus-Christ la grâce qu'il demandait. Fermez vos oreilles, et ne tenez aucun compte des mauvais conseils et des insinuations perverses des impies qui cherchent à vous tromper et à vous perdre.
Que Dieu vous bénisse, mes enfants. En rentrant chez vous, dites à vos parents que le Pape les bénit tous : vos pères, vos mères, vos frères et vos sœurs. Que Dieu vous bénisse, et que cette bénédiction maintienne dans vos cœurs les sentiments de la simplicité chrétienne, afin de vous rendre dignes de le bénir dans le ciel pendant toute l'éternité.
Benedictio, etc.
— Les écoles du Trastevere, dites Écoles Mastai, celles de la Trinité-des-Monts, de la Madonna-dei-Monti et de S. Salvatore in Lauro, tenues par les Frères des écoles chrétiennes, envoyèrent à cette audience leurs députations accompagnées du vicaire général de Rome et de toute la province, M. D. Roinualdo Canori, et de plusieurs instituteurs. L'un de ces enfants présenta l'obole dans une élégante bourse brodée en or. Le chant de La Speranza de Rossini, et de La Benedizione de Battaglia, exécuté par ces enfants eux-mêmes, termina cette joyeuse audience.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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