Discours (tome 2) · Bienheureux Pie IX
Discours CCIV : Aux employés fidèles du ministère du commerce et des travaux publics, 13 juillet 1872
M. le commandeur Luigi Tosi, substitut de ce ministère, prit la parole au nom de tous les employés en Usant l'adresse suivante :
TRÈS SAINT-PERE, « Les employés de votre Ministère du commerce et des travaux publics ont encore une fois l'honneur et la consolation de se présenter devant le trône auguste de Votre Sainteté, pour déposer à vos pieds sacrés, non seulement les sentiments de leur dévouement sincère et de leur reconnaissance pour tout ce que vous avez daigné faire pour les secourir et les consoler dans les temps si tristes dans lesquels nous vi-
vons, mais aussi pour vous offrir l'expression de leur joie la plus respectueuse et la plus vive pour la prolongation toute providentielle de votre Pontificat, si plein de tribulations, de grandeurs et de gloire. Vous avez surpassé pour la première fois depuis dix-neuf siècles les années de saint Pierre, et vous entrez heureusement dans la vingt-septième année de votre règne admirable ; et vous y entrez, grâce à Dieu, plein de santé, de vigueur et de force. Dieu a permis que des hommes pervers vous enlevassent votre royaume pour un temps, et pour leur propre malheur ; mais plus que jamais vous régnez toujours sur vos fidèles sujets ; et pendant que l'heure de Dieu s'approche visiblement pour votre triomphe et celui de l'Église, vous ne cessez, du milieu de vos chaînes, d'annoncer aux orgueilleux du siècle les vérités éternelles qu'ils ont méconnues, et de condamner leurs iniquités dont la terre n'est déjà que trop couverte.
« Votre courage vraiment apostolique, votre magnanimité, votre foi nous soutiennent, nous consolent, et sont pour nous le gage certain d'un triomphe imminent qui ne peut manquer, et que Dieu (nous en avons la ferme confiance) accordera à votre respectable et glorieuse vieillesse.
<c Si les prières de quelques milliers de fidèles ont suffi pour faire descendre l'ange du Seigneur dans la prison de Jérusalem et sauver saint Pierre, que ne pouvons-nous pas espérer, nous, de la miséricorde de Dieu, à laquelle les prières et les vœux de millions de fidèles font une douce violence depuis déjà deux ans ? Et la Vierge Immaculée, à qui vous avez rendu un si bel honneur, se laissera-t-elle vaincre en générosité ?
« Ah ! Saint-Père ! vous qui êtes l'objet de notre amour le plus tendre, nous souffrons avec vous : oui, c'est avec vous que nous bénirons le Seigneur à l'heure du triomphe.
« Que votre bénédiction, Très Saint-Père, descende sur nous et sur nos enfants, et qu'elle nous console et nous soutienne jusqu'au dernier moment, à ce moment de la dure épreuve, afin de nous maintenir toujours dignes de vous et du Saint-Siège que nous avons eu le bonheur de servir. »
Sa Sainteté répondit à cette adresse:
Je vous remercie de ces sentiments. La présence des employés qui faisaient dernièrement partie du Ministère du commerce, et le souvenir de celui qui était autrefois à sa tête, me reportent maintenant au mois de novembre 1848.
Nous étions alors dans des temps non moins agités que ceux d'aujourd'hui ; toutefois, ils ne laissèrent pas de produire, peu de temps après, une ère de tranquillité et de paix. Le Ministre du commerce et des travaux publics se présenta alors dans mon cabinet, au palais du Quirinal (palais que l'on m'a désormais enlevé). Cet homme est mort, et je crains qu'il ne soit malheureusement mort dans les plus mauvais sentiments dont il était animé pendant sa vie.
Ce Ministre se présenta donc devant moi, et tout républicain qu'il était, et avec tous les caractères que peut avoir un tribun de la plèbe, il se présenta timide et peureux, me disant tout bas que le tintamarre qu'il y avait alors dans Rome, et le bouleversement qui régnait (disait-il) dans la population, étaient occasionnés par une certaine encyclique que j'avais faite, et qui faisait savoir au monde entier que je refusais de m'unir à ceux et avec ceux qui avaient déclaré la guerre à l'Autriche. Je lui dis que le Vicaire de Jésus-Christ devait demeurer en paix avec tout le monde.
Mais vous pourriez, me répliqua ce pauvre et infortuné Ministre, vous pourriez souffrir de graves dommages, Saint-Père. — Je les souffrirai, lui répondis-je ; mais pour éviter des maux, même les plus graves, je ne ferai jamais rien qui soit contraire à l'honneur, à la justice, à la conscience, rien qui soit contraire à la religion.
C'est ainsi que je fus ensuite obligé de partir de Rome; et c'est ainsi que je pourrais dire que, pour n'avoir pas voulu commettre un acte contraire à la justice, je dus perdre mon trône.
Ce n'est pas ce qui est arrivé de nos jours, où mon trône m'a été enlevé par la violence. Mais il faut bien dire que cet acte de justice que j'accomplis n'a été pris en considération ni alors, ni aujourd'hui.
De qui donc, chers enfants, pouvons-nous attendre du secours? De ceux qui sont dominés par les sectes, et de gouvernements qui sont enfants de ténèbres ? Non ; il n'y a rien à attendre d'eux. De qui donc? Du Seigneur. Le monde catholique tout entier est en prières ; il est tout entier aux pieds de Jésus-Christ pour demander pardon et miséricorde. Il n'y a rien à espérer d'aucun autre. Et pourquoi? Lorsque saint Jean-Baptiste voulut rassurer ses disciples qui désiraient savoir si Jésus-Christ était ou non le Messie, il leur dit : Allez trouver Jésus, et demandez-lui s'il est le Messie, ou s'il doit en venir un autre. Ils y allèrent; mais Jésus-Christ se garda bien de leur dire : C'est moi qui suis le Messie. Il leur dit tout simplement : Dites à Jean que les aveugles voient, que les sourds entendent, que les muets parlent, que les boiteux marchent, que les morts, enfin, ressuscitent.
Jésus-Christ voulait dire par là : Apprenez à connaître quelqu'un par ses œuvres. Pourquoi voudrions-nous donc maintenant aller frapper aux portes des puissants de l'Europe pour avoir du secours? Les œuvres que produisent ces hommes au dehors sont tout à l'opposé de ce que disait alors Jésus-Christ à ces bons disciples de saint Jean, qui furent édifiés de la réponse qu'ils avaient reçue, et s'en retournèrent tranquilles.
C'est précisément le cas où nous sommes. Les œuvres, vous les voyez tous ; vous voyez les œuvres d'un soi-disant gouvernement en Italie ; d'un gouvernement qui se fait du moins passer pour tel à Madrid ; d'un gouvernement que l'on appelle du moins ainsi à Paris. Regardez, examinez ces œuvres, et puis dites s'il y a quelque chose à espérer de ce monde.
En haut donc les cœurs : sursum corda! Élevons nos pensées et nos cœurs vers Dieu, puisque c'est uniquement de lui que nous pourrons attendre du soulagement, un appui, des conseils, une protection, maintenant et toujours.
Ce sont là les quelques mots que je voulais vous dire avant de vous donner à tous cette bénédiction que vous m'avez demandée. Que cette bénédiction soit pour tous un sujet d'encouragement ; au milieu de toutes ces incertitudes, tenons-nous toujours dans le droit sentier, et fermement attachés au service de Dieu. Voyez-vous ce qui arrive, dans ces jours, de la part de ces hommes qui commandent? Ils disent qu'il y a ici des garanties; qu'il est libre à chacun de s'approcher des urnes pour les élections administratives.
Je vois bien, moi, [que cette liberté n'existe pas. Je vois un ministre qui écrit des circulaires pour faire peur ; je vois que l'on crie et que l'on blasphème ; que l'on menace, que l'on insulte horriblement sur les places publiques, tellement que cette liberté n'existe nullement, ni pour les honnêtes gens, ni pour les catholiques. Toutefois, que chacun fasse ce qu'il pourra; que chacun suive l'inspiration que lui suggérera le Seigneur, et selon le conseil que lui donneront les personnes capables de juger sur ce sujet. Ce sera une preuve de plus contre l'hypocrisie de ces prétendues garanties. (Le Saint-Père faisait allusion aux élections communales.)
Recevez, chers enfants, les bénédictions de Dieu. Que Dieu vous bénisse dans vos personnes et dans vos familles ; et que cette bénédiction soit pour vous un sujet de soulagement et d'encouragement, maintenant et pour toujours.
Benedictio, etc.
— Nous croyons devoir rapporter ici la circulaire que Jean Lanza communiqua aux préfets du royaume, à propos des élections communales de Rome, et auxquelles les catholiques voulaient prendre part, comme le discours le fait entrevoir :
« Rome, H juillet 1872.
« On a coutume de faire chaque année, comme vous le savez, dans ce mois-ci, les élections administratives, pour le renouvellement des conseillers communaux et des conseillers provinciaux.
« On se plaint généralement et avec raison du peu d'empressement que mettent les électeurs à se faire inscrire, et du manque d'intervention de ceux qui sont inscrits pour donner leur vote.
« Une telle abstention nuit tout à la fois à la bonne administration, à l'intérêt des corps administratifs et à l'efficacité du prestige que doivent avoir nos institutions libérales. En effet, lorsque la grande majorité des électeurs ne concourt pas à la nomination des conseillers, la vérité représentative s'en trouve altérée ; les administrateurs n'acquièrent pas toute l'autorité requise pour le bon effet de leurs actes, et ^indifférence qui se manifeste relativement aux affaires publiques dénote peu d'intérêt pour l'affranchissement et les améliorations civiles de toute sorte, qui constituent essentiellement la vie des peuples libres et amis du progrès.
« C'est surtout aux préfets qu'il appartient de prévenir ces graves inconvénients, en excitant les maires à promouvoir, autant que possible, l'inscription dans les listes électorales de tout citoyen qui y a droit, et en leur montrant qu'il n'est pas seulement de leur devoir de concourir au choix de bons conseillers, mais qu'il y va même de leur propre avantage ; car ce serait principalement sur eux que retomberait le dommage d'une mauvaise administration.
« Bien que de telles élections, qui n'ont qu'un but exclusivement administratif, ne doivent pas être déterminées par des vues politiques, toutefois, cette maxime ne doit pas être poussée jusqu'au point qu'il ne faille pas se prémunir contre ceux qui cherchent à envahir ce camp pour y travailler à la ruine des institutions libres de l'État. Il ne convient donc pas de tenir sous silence que parmi ceux qui jusqu'ici n'avaient point pris part aux élections, il s'est formé un parti qui, par hostilité déclarée contre le gouvernement national et contre les libertés qui nous régissent, croyait devoir s'abstenir en masse, affectant d'appliquer le fameux mot d'ordre : Ni électeurs, ni élus. Il semble qu'aujourd'hui les hommes de ce parti veuillent changer de système, prendre part à la lutte, et exercer à leur tour le droit électoral que leur accorde la loi, avec une intention évidemment anti-libérale et anti-nationale.
« Forts comme nous sommes, et sûrs de notre cause et de notre droit, nous ne pouvons pas les craindre. Nous devons même nous réjouir de leur nouvelle résolution, qui servira une fois de plus à montrer toute la faiblesse de ce parti qui a refusé son exaltation à l'Italie, et la voudrait encore une fois divisée et soumise à une domination odieuse.
« Toutefois, c'est un devoir sacré pour tout citoyen libre d'aller déposer son vote, non pas pour disputer aux adversaires de l'unité et de la liberté italienne une victoire qu'ils n'auront jamais, mais pour montrer à l'Europe civile comment ces hommes ont à lutter contre l'immense majorité des Italiens prêts à tout sacrifier pour défendre les droits de la nation, et à rendre vains les efforts d'un parti qui, sous prétexte de soutenir la religion, voudrait en réalité reconquérir le pouvoir temporel irrémissiblement perdu pour le bien de l'Italie, de la civilisation et de la religion elle-même.
« Veuillez, Monsieur le préfet, faire part de cette circulaire aux fonctionnaires qui dépendent immédiatement de vous, et particulièrement aux maires de votre province, et veuillez m'en accuser réception. Le Président du Conseil, Ministre de l'intérieur,
« J. LANZA. »
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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