Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    De l'honneur dû aux lieux saints · Saint Jean Eudes

    De l'honneur dû aux lieux saints : première partie (1/2)

    De l'honneur et de la vénération qui est due aux saints temples et autres

    lieux sacrés.

    Entre les privilèges et avantages signalés de la religion chrétienne, l'un des plus considérables c'est la dignité, la sainteté et la majesté de ses temples, qui contiennent en soi des trésors immenses et des merveilles incomparables. Plût à Dieu que les chrétiens voulussent un peu ouvrir les yeux de la foi, pour envisager la gloire, la beauté et les richesses incompréhensibles de la maison du Seigneur ! Certainement ils diraient avec Jacob: Vraiment ce lieu-ici est saint, et nous ne le savions pas 4.

    Qu'est-ce, je vous prie, qu'un temple des chrétiens ? Le voulez-vous savoir: jetez les yeux sur cet ancien et fameux temple de Salomon, et écoutez ce qu'en dit un des plus célèbres et des plus pieux auteurs de ce temps, le Révérend Père Jean-Baptiste de Saint-Jure de la Compagnie de Jésus:

    « De tous les bâtiments, dit-il, tant saints que profanes, qui ont jamais été, le plus beau, et le plus riche, et le plus magnifique a été sans controverse le très renommé temple de Salomon. Car il avait seul plus de richesses, plus d'ornements et de perfections, que les sept tant fameux miracles du monde n'en avaient tous ensemble. Il était si riche, qu'à le faire et pour l'achever, on dépensa bien, selon la plus exacte supputation des hommes savants, fondés sur l'Écriture sainte, trois mille millions d'or, c'est-à-dire, trente fois cent millions d'or, qui est le plus grand et le plus prodigieux trésor qui ait encore été en l'univers. Après quoi il y avait au moins quatre cent mille vases, comme coupes, plats, encensoirs, tables, trompettes et autres, tous de fin or; et un million cinquante mille de pur argent. Pour les bois et les pierres, les communes en étaient bannies; il n'y avait que le cèdre, le marbre, le porphyre, le jaspe et autres pierres de prix, qui y fussent mises en oeuvre, le tout arrangé avec un si bel ordre, avec une proportion si exquise et avec un rapport si agréable des parties, que l'artifice surpassait de beaucoup la matière 5. »

    Or que pensez-vous que ce fût que cet édifice incomparable ? Rien autre chose qu'une figure et une ombre de nos temples. Car saint Paul nous assure que tout le corps de la Loi mosaïque n'était qu'une figure de la Loi évangélique: Omnia in figura contingebant illis 6. Si bien que et la loi, et son temple, et ses sacrifices, et ses cérémonies, et toutes les choses qui étaient dans le temple, n'étaient que les ombres de la religion chrétienne et de notre sacrifice, de nos temples et des choses admirables qui y sont contenues. Jugez donc de là quelle est la dignité et la sainteté d'un temple des chrétiens. Certainement cela est indicible et incompréhensible à toute langue et à tout esprit. C'est une chose si noble, si précieuse et si admirable, qu'elle peut être comparée au sein divin du Père éternel, puisque le même Fils unique de Dieu, qui est demeurant de toute éternité dans le sein de son Père, est aussi résidant et reposant continuellement dans nos temples et sur nos autels il y a plus de seize cents ans, et y sera jusques à la consommation des siècles. C'est un ciel de gloire et de grandeur, et un paradis de délices pour celui qui a dit, parlant des hommes et de son Église : Mes délices sont d'être avec les enfants des hommes 7. C'est ici que je veux prendre mon « Vere Dominus est in loco isto, et ego nesciebam. » Gen. XXVIII, 16.

    Saint-Jure: De la connaissance et de l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

    I. Cor. X, 11.

    « Et deliciae mea esse cum filiis hominum. » Prov. VIII, 31.

    repos aux siècles des siècles; c'est ici que je ferai ma demeure, d'autant que je l'ai choisie1. Aussi n'entendez-vous pas cette grande voix du ciel, qui part du trône de Dieu, et qui vous dit, parlant de chaque église chrétienne: Voilà les tabernacles de Dieu avec les hommes, et il demeurera avec eux, et ils seront son peuple, et le même Dieu leur sera Dieu habitant avec eux2 ?

    Ce n'est donc pas sans raison que je dis que tous nos temples sont autant de cieux et de paradis terrestres, puisque le même Dieu qui est au ciel y est résidant actuellement et véritablement, et que tout ce qu'il y a de plus saint et de plus admirable dans le ciel et dans le paradis, se trouve réellement sur nos autels. Car la même foi qui nous oblige de croire que Jésus-Christ Notre-Seigneur, l'amour et les délices du ciel et de la terre, est assis dans le ciel à la dextre de son Père, environné de ses Anges, nous commande-t-elle pas aussi de l'adorer comme présent réellement et personnellement dans nos églises: là où il est accompagné de son Père et de son Saint-Esprit, d'un million de milliasses de Chérubins et d'autres esprits célestes; là où il contient en soi tout ce qu'il y a de grand, de riche, de précieux, de glorieux et d'estimable dans la divinité, et dans tous les Anges et Saints du ciel empyrée.

    O mon Dieu, que vos bontés sont excessives au regard des hommes, qui ont si peu d'amour pour vous ! Oh ! quelle obligation nous vous avons, d'avoir ainsi fait descendre et renfermé le ciel dans la terre, et d'avoir ainsi changé la terre en un ciel ! O chrétien, ouvre les yeux et regarde où tu vas, quand tu t'achemines en une église; et lorsque tu y entres, souviens-toi que tu entres dans un ciel et dans un paradis.

    Après cela, je ne m'étonne pas si les premiers chrétiens et tant de saints qui se conduisaient non selon les sens comme des bêtes, mais selon la foi comme fidèles, ont eu tant de respect et de vénération pour les lieux saints.

    Je ne m'étonne pas si l'empereur Constantin voulut être enterré devant le portail du temple de saint Pierre et saint Paul, qu'il aurait fait bâtir en la ville de Constantinople, par honneur et par respect à la maison de Dieu. À raison de quoi saint Chrysostome dit, qu'au lieu que les grands de ce monde tiennent à grande gloire d'être les gardes et les portiers des palais des empereurs, les empereurs se tiennent bien honorés d'être les portiers et les gardes de la maison des pêcheurs qui ont suivi Jésus-Christ, le Roi des rois et le souverain monarque de l'univers3.

    Je ne m'étonne pas de ce qu'on écrit de l'empereur Théodose, qu'il respectait tellement les lieux saints, que jamais il n'y entrait avec son diadème, ou avec des armes, laissant tout cela au portail4.

    Je ne m'étonne pas qu'anciennement, ni les princes, ni les rois, ni les empereurs n'entraient jamais dans le choeur de l'église, que pour y venir à l'offrande. Témoin ce qui arriva au susdit empereur Théodose, comme il est écrit en la vie de saint Ambroise, que pendant qu'il était à Milan, étant entré dans le choeur pour y venir à l'offrande, et ensuite s'y étant arrêté pour y entendre le reste de la messe, parce que personne ne l'avait encore instruit en cette matière: saint Ambroise lui envoya dire qu'il sortît, et que ce n'était pas là sa place, ains seulement des prêtres; et que la pourpre peut bien faire des empereurs, mais non pas des prêtres. A quoi il obéit humblement et promptement, et depuis ne se voulut jamais seoir dans le choeur5.

    Je ne m'étonne pas si saint Martin se comportait dans l'église avec tant de révérence et de dévotion, que jamais on ne le vit assis, mais toujours à genoux ou debout, la face pâle et tout tremblant; et lorsqu'on lui demandait pourquoi il tremblait: « Comment, disait-il, n'aurais-je pas crainte et ne tremblerais-je pas, étant devant la face de mon Dieu et de mon juge6 ? »

    Je ne m'étonne pas si saint Grégoire de Nazianze loue sa mère Nonna, de ce que jamais elle n'a parlé en l'église, jamais elle n'a tourné le dos à l'autel, jamais elle n'a craché sur le pavé de l'église 14.

    Je ne m'étonne pas de ce que, comme saint Chrysostome nous l'apprend, la coutume était, dans la primitive Église, que les chrétiens par respect baisaient la porte de l'église, auparavant que d'y entrer 15.

    Je ne m'étonne pas de ce que sainte Radegonde, reine le France, comme il est rapporté en sa vie, se tenait bien heureuse de baiser le marche-pied de l'autel, et se croyait très honorée d'avoir la liberté de le balayer et l'essuyer de ses habits royaux; ensuite de quoi elle ramassait dans sa robe la poussière qui en sortait, et ne voulait pas qu'on la mît parmi les ordures ordinaires, mais dans un lieu à part, comme une chose sacrée et honorable7.

    Je ne m'étonne pas s'il s'est trouvé même des évêques, qui ont voulu et ont tenu à grand honneur d'être enterrés sous les gouttières de l'église, comme le bon Geoffroy, évêque de Coutances, ainsi qu'il est écrit dans les archives de l'église cathédrale dudit lieu8.

    Je ne m'étonne pas, dis-je, de toutes ces choses; mais je m'étonne et ne puis assez m'étonner de ce que les chrétiens d'aujourd'hui, qui adorent le même Dieu et le même Jésus-Christ que tous ceux-là, qui sont dans la même Église, qui entendent prêcher le même Évangile, et qui sont dans la même créance, se comportent néanmoins avec moins de respect dans les temples du vrai Dieu, que les païens et infidèles ne font dans les temples du diable.

    Oui, qu'on lise les histoires anciennes des profanes, et on verra que les idolâtres rendaient beaucoup plus d'honneur aux temples de leurs faux dieux, qui étaient de vrais enfers et les cavernes des dragons infernaux, que les chrétiens n'en rendent aux églises du vrai Dieu, qui sont autant de paradis dans lesquels Dieu est continuellement résidant, accompagné d'une armée innombrable d'Anges.

    Qu'on aille parmi les Turcs, et on verra qu'ils feront honte aux chrétiens en ce sujet, et qu'ils leur feront leçon du respect qu'ils doivent porter aux lieux sacrés; car ils n'entrent jamais dans leur mosquée que nu-pieds et tête nue. D'y tourner la tête ce serait un crime pour eux, aussi bien que d'y tousser, ou cracher, ou dire un mot à l'oreille de son compagnon.

    Grand Dieu, où en sommes-nous, qu'il faille renvoyer des chrétiens à l'école des païens et des Turcs, pour apprendre d'eux les devoirs qu'ils sont obligés de vous rendre dans votre maison ? Faisons mieux; apprenons dans l'école de la foi et de l'Église chrétienne, en laquelle les Anges mêmes ont appris des secrets qu'ils ne savaient pas, apprenons, dis-je, qu'un temple des chrétiens, c'est un ciel, un paradis, et l'habitation de Dieu et de ses Anges; et que par conséquent ceux qui y entrent devraient, s'il était possible, être purs comme des Anges, puisqu'il est écrit que rien de souillé n'entrera dans le ciel 18.

    Apprenons que lorsque nous allons à l'église, et que nous nous sentons coupables de quelque crime, nous devons avoir soin de nous purifier par un vrai esprit de pénitence, imitant le pauvre Publicain qui demeure au bas du temple, n'osant lever les yeux au ciel, mais frappant sa poitrine et disant: O Dieu, soyez propice à ce misérable pécheur9, afin que par ce moyen nous paraissions devant la face de Dieu, non pas comme ses ennemis, et comme rebelles ayant les armes au poing pour lui faire la guerre; mais comme sujets qui viennent rendre leurs hommages à leur roi, comme serviteurs qui se présentent à leur maître pour accomplir ses volontés, comme enfants qui viennent rendre leur obéissance et leurs devoirs à leur père, ou au moins comme criminels repentants qui implorent la clémence de leur prince qu'ils reconnaissent avoir offensé.

    Apprenons que, lorsque nous entrons dans l'église, la première disposition que nous devons avoir, c'est une disposition d'humiliation et d'abaissement très profond, non pas seulement en la vue de nos péchés, mais en la vue de l'anéantissement de Jésus-Christ Notre-Seigneur au très saint Sacrement de l'autel. Car de quelle grâce pouvons-nous paraître devant le Roi de gloire anéanti pour nous, sinon en nous prosternant d'esprit et de coeur à ses pieds, et en nous anéantissant autant qu'il est possible, pour rendre hommage à son anéantissement ?

    Apprenons enfin que la maison de Dieu est la maison d'oraison, et partant qu'on n'y doit venir que pour le prier, l'adorer, le louer, lui rendre grâces, lui demander pardon de nos péchés, lui offrir avec les prêtres le très saint Sacrifice de l'autel, assister avec dévotion au service divin, entendre sa sainte parole avec attention, et impétrer de sa bonté toutes les grâces qui nous sont nécessaires pour accomplir en tout et partout sa très aimable volonté. Et pendant qu'on y est, s'y comporter avec toute sorte de piété et de révérence, tant en l'intérieur qu'à l'extérieur, se maintenant dans une posture respectueuse, dans un silence profond et dans une modestie et dévotion digne de la sainteté du lieu, digne de la grandeur des saints et redoutables mystères qui s'y traitent, digne de la majesté de Dieu qui est présent, et digne de la présence des Anges et des Puissances célestes qui tremblent devant sa face: Tremunt Potestates.

    Oui, les Anges et les Archanges, les Puissances et les Dominations, les Chérubins et les Séraphins plus purs que le soleil, qui ne l'ont jamais offensé et qui ne lui ont jamais rendu que tout honneur et obéissance, tremblent néanmoins devant sa face. Et toi, criminel de mille crimes, qui es tout pourri des ordures de tes vices, et qui mérites mille enfers, tu entres dans le sanctuaire du Dieu vivant, la tête levée, les yeux égarés et sans aucune crainte. Tu te présentes devant le tribunal formidable de ton Juge, par les mains duquel ton âme passera bientôt, et qui la fera rendre compte jusques à une parole oiseuse, avec aussi peu de retenue que s'il n'était rien. Tu es si osé que de paraître devant Dieu, les mains toutes sanglantes du sang de son Fils unique et bien-aimé, que tu as crucifié et massacré autant de fois que tu l'as offensé mortellement. Tu ne pâlis point, tu ne rougis point, tu ne trembles point; mais tu causes, tu ris, tu prends des postures indécentes et même insolentes, comme si tu venais là exprès afin de l'outrager et d'allumer le feu de sa colère contre toi. Il te voit, il te considère, il te souffre pour un temps, il t'attend à pénitence; mais si tu méprises les richesses de sa bonté, si les excès de sa miséricorde et de sa patience ne servent qu'à endurcir ton coeur impénitent, sache que tu fais un amas de colères, de châtiments et de malédictions, qui tout d'un coup viendront à fondre sur ta tête, et à te précipiter dans le gouffre de la perdition éternelle; et tant plus que Dieu aura exercé sa patience au regard de toi, tant plus, il te fera sentir les terribles rigueurs de sa divine vengeance.

    II. - Contre plusieurs sortes de personnes qui profanent les saints temples.

    Je ne puis, en cette occasion en laquelle il est question des temples et des lieux consacrés à Dieu, que je ne témoigne plus, amplement et plus fortement les douleurs très sensibles qui me navrent le coeur, de voir les maisons de mon grand Maître et de ma très chère Maîtresse, si horriblement profanées comme elles sont aujourd'hui en toutes les parties du monde. C'est une chose épouvantable d'entendre ce qui s'est passé en nos jours, dans les guerres d'Allemagne, là où les hérétiques ont pillé, saccagé, brûlé tant de milliers d'églises; mais c'est encore une chose plus effroyable de voir tous les jours profaner nos temples par les catholiques, en mille manières.

    À la vérité, c'est un grand sujet de joie de voir quelle a été la piété et le zèle de nos ancêtres, qui ont bâti tant de si belles églises à la gloire de Dieu et à l'honneur de sa très sainte Mère et de ses Saints. Mais c'est un malheur digne d'être déploré à larmes de sang, de les voir profanées en tant de façons par ceux-mêmes qui se disent enfants de l'Église. Ne voit-on pas aujourd'hui les chrétiens entrer dans les églises et y demeurer avec moins de respect que dans une maison profane ? Au lieu d'y venir pour adorer Dieu et pour trembler devant sa face, comme des criminels qui ont mérité mille fois l'enfer, et pour pleurer leurs péchés et apaiser son ire par leurs larmes, vous diriez qu'ils y viennent pour se moquer de lui. Car vous les voyez entrer dans sa maison la tête levée, sans aucune retenue ni modestie, et se comporter devant sa divine Majesté avec aussi peu de crainte et de religion que si c'était un Dieu de néant. Vous les voyez tourner la tête et jeter les yeux tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, par la légèreté, curiosité et vanité, pour voir et pour être vus, et bien souvent pour repaître leurs yeux sacrilèges d'infamies et d'abominations. Vous les voyez tantôt assis insolemment, pendant même que Jésus-Christ, le Roi du ciel, est prosterné et anéanti pour eux devant la face de son Père sur son autel; tantôt debout et se promener impudemment, comme s'ils étaient dans une rue; tantôt mettre un genou en terre et l'autre en l'air, comme s'ils voulaient morguer le souverain Seigneur du ciel et de la terre, et le traiter ainsi que les Juifs l'ont traité, lorsqu'après avoir fléchi les genoux devant lui, ils lui crachaient au visage et le meurtrissaient de coups.

    Vous y entendez les uns causer et discourir, les autres rire, les autres crier tout haut comme dans une halle. Vous voyez les pauvres, qui devraient demeurer à la porte des églises, environner les autels, non pas pour y adorer Dieu, mais pour troubler ceux qui l'adorent, parlant souvent plus haut que les prêtres qui célèbrent les divins mystères; et ce nonobstant les défenses très expresses de plusieurs saints Conciles dont voici les propres termes: Nous défendons aux pauvres mendiants, dit le Concile d'Aix, de chercher l'aumône dans les églises, et leur ordonnons de demeurer à la porte de dehors10. Nous ordonnons, dit le Concile de Bourges, à ceux qui doivent avoir le soin des églises, d'empêcher que les pauvres mendiants n'y cherchent l'aumône; mais de les obliger de l'attendre dehors à la porte11.

    Vous y voyez souvent des troupes de chiens, qui s'entremordent, qui aboient, qui font leurs ordures contre les autels, qui troublent le service divin, et qui contraignent quelquefois les prédicateurs de se taire, à cause du grand bruit qu'ils font. Et non seulement personne n'a soin de les chasser, mais plusieurs les amènent avec eux dans les lieux saints; voire même il y en a qui les y apportent. Ils auraient honte que l'on vît un chapelet en leur main, ou un livre de dévotion sous leur bras, dans le lieu d'oraison; et ils ne rougissent point d'y porter des chiens, comme s'ils craignaient de n'avoir pas assez de distractions en leurs prières, et comme s'ils allaient à l'église ainsi qu'à un lieu de divertissement. Je voudrais bien demander si ces personnes, s'ils avaient à se présenter devant un roi terrestre, ou en qualité de criminels pour lui demander grâce, ou en qualité de suppliants pour obtenir de lui quelque faveur, ou même en qualité de bons et fidèles sujets pour lui faire la révérence et lui rendre leurs devoirs, s'ils mèneraient avec eux où s'ils porteraient des chiens sous leurs bras. Je ne le pense pas. Qu'ils considèrent donc de quelle façon ils traitent le Roi des rois, et que ce n'est pas sans raison que plusieurs saints Conciles, et spécialement le susdit Concile de Bourges, défendent à toutes personnes d'introduire des chiens dans l'église: Nemo canes in ecclesiam introducat 22.

    Ce n'est pas tout: vous voyez les laïques, tant hommes que femmes, entrer dans le choeur et dans le sanctuaire, prendre la place des prêtres, se placer quelquefois au dessus d'eux, se mettre contre les autels et même s'y appuyer. De sorte qu'au lieu qu'ils ne doivent être environnés que d'Anges, non seulement invisibles, mais aussi visibles (qui sont les ecclésiastiques), ils sont assiégés d'hommes et de femmes, qui ont moins de respect pour Dieu que les démons, puisque ceux-ci tremblent devant sa face: Daemones contremiscunt12 et que ceux-là n'y apportent que de l'irrévérence et de l'impiété.

    Ce qui paraît davantage aux fêtes solennelles dans les églises cathédrales. Car c'est alors que vous y voyez accourir une multitude de peuple, composée d'hommes et de femmes, de grands et de petits, qui entrent à la foule dans le choeur, non pas pour y adorer Dieu, mais pour s'y tenir debout entre l'autel et les prêtres qui célèbrent le divin office, ayant le dos tourné au Saint-Sacrement, afin de regarder ceux qui chantent, par une curiosité impertinente et injurieuse à sa divine Majesté. Et cependant on n'apporte point de remède à ce désordre.

    Chose étrange, on approuve, on aime, on désire l'ordre partout, excepté dans la maison de Dieu, là où il doit être néanmoins en souverain degré. On veut qu'il soit gardé exactement dans les maisons particulières, dans les compagnies et assemblées civiles et politiques, et même dans les armées qui ne sont que dérèglement. Mais les chrétiens d'aujourd'hui ne peuvent s'assujettir à aucun ordre, non pas même dans l'église. Tout y est en confusion; il n'y a plus ni règle, ni discipline; chacun y est maître, tout y est égal. Il n'y a plus de discernement entre les prêtres et les laïques; et, ce qui est honteux, les prêtres et les femmes n'ont plus qu'une même place.

    Il n'y a plus de sanctuaire, ni de lieu réservé aux sacrés ministres du Saint des saints. Tout y est ouvert, non seulement aux hommes laïques, aux femmes mondaines, aux mauvais pauvres, qui n'entrent dans les lieux saints que pour les profaner; mais même aux chiens qu'on souffre s'y promener et y faire tout ce qu'ils veulent. Ce n'est plus la maison d'oraison; c'est une caverne de larrons, une retraite de bêtes et un lieu de profanation, là où Dieu est plus déshonoré et traité avec plus de mépris que dans les lieux les plus profanes et les plus indignes.

    Saint Paul a beau crier: Que toutes choses se fassent avec ordre 24 ; on n'a point d'oreilles pour l'entendre, non plus que pour la voix des sacrés Conciles de l'Église, qui parlent en cette façon: Que personne ne soit si hardi, dit le Concile d'Aix, que de se promener dans l'église, ou d'y causer, ou d'y badiner, ou d'y traiter des affaires, ou de se mettre contre les autels et contre les fonts baptismaux, ou de s'arrêter à la porte ou devant le portail de l'église, ou de tourner le dos au Saint Sacrement, ou de troubler les choses divines en quelque façon que ce soit, ou de faire quelque autre irrévérence13.

    Que les laïques, dit le Concile de Tours, n'aient jamais la présomption de demeurer entre l'autel et les clercs qui sont dans le choeur, lequel ne doit être ouvert qu'à ceux qui célèbrent le divin office, si ce n'est pour recevoir la sainte communion14.

    Que les femmes, dit le Concile d'Aix, ne se mettent point proche des autels; et que jamais, pour quelque cause que ce soit, elles n'entrent dans le choeur, ou dans les lieux qui sont élevés sur le choeur, pendant que l'on célèbre l'office ou que l'on prêche la parole de Dieu, ou aux Heures que les clercs, tant séculiers que réguliers, s'y doivent trouver. Que si, après avoir été averties, elles ne veulent pas sortir, ou qu'elles aient la présomption d'y rentrer, nous les déclarons excommuniées. Et si ceux qui président au choeur consentent même tacitement, qu'elles y entrent, ou étant entrées, ne les avertissent, par eux ou par autrui, de se retirer, outre l'excommunication qu'ils encoureront en même temps, nous les dénonçons suspens de leur office ou bénéfice pour six mois15. Nous voulons, dit le Concile de Chartres, que dans les églises, les femmes soient hors le choeur et qu'elles soient séparées d'avec les hommes, et qu'autant que faire se pourra, elles se mettent en la partie postérieure de l'église16.

    Les mêmes saints Conciles ordonnent, sous peine de punition exemplaire, qu'on ne mette et qu'on ne fasse point d'ordures, non seulement contre les murailles des églises par dehors, mais même contre celles des cimetières: Qu'on ne profane point, dit le Concile de Toulouse, les murailles extérieures des églises, des oratoires et même des cimetières, en y faisant de l'eau, ou en les salissant par du fumier ou par quelques autres ordures. Et que celui qui violera ce décret soit châtié au jugement de l'évêque17. Et cependant combien voit-on de chrétiens qui ont assez d'impudence et d'impiété pour faire effrontément leurs saletés, non pas seulement contre les murailles des cimetières, mais même contre celles des temples sacrés du grand Dieu; des temples, dis-je, qui ont été consacrés si solennellement et si saintement par la main des évêques; des temples, qui sont l'objet de la vénération des Anges et de la frayeur des démons; des temples, qui sont des lieux contenant en soi tout ce qu'il y a de plus grand et de plus admirable dans le ciel empyrée; des temples, qui sont l'habitation des esprits célestes et la demeure de la très sainte Trinité; des temples, qui sont la figure et l'image de l'humanité adorable du Fils de Dieu, laquelle est le temple vivant de la divinité; des temples enfin, dans lesquels tout est saint et vénérable, jusques aux [plus] petites choses. À raison de quoi les saints Conciles ont fait ces belles et saintes ordonnances.

    Que les églises, dit le Concile de Toulouse, les chapelles, les oratoires, les autels, les linges, les vaisseaux, les vêtements et toutes les autres choses qui sont à l'usage des lieux saints, soient conservés dans une grande netteté, jusqu'au pavé même de l'église; qu'elles ne servent jamais à des usages communs; que l'on ne les prête point aux séculiers, et qu'elles ne soient pas profanées en permettant indifféremment à toutes sortes de personnes de les toucher 30.

    Que désormais, dit le même Concile, on ne bâtisse point de boutiques ni d'autres petites maisons contre les murailles des temple, ni même des cimetières; et que l'on démolisse peu à peu celles qui y sont bâties 31.

    Que les linges, dit le Concile de Saumur, qui servent tant à l'autel qu'aux prêtres dans les fonctions cléricales, c'est-à-dire, les nappes, les aubes, les amicts, les surplis, soient conservés blancs et entiers; et que lorsqu'on les blanchira, on ne les mette pas avec d'autres linges communs 32.

    Que les cloches, dit le Concile d'Aix, qui sont consacrées par la bénédiction de l'Église, ne soient pas employées à appeler le peuple pour des affaires séculières; et qu'il ne soit point permis de les sonner à d'autres qu'à des clercs, autant que faire se pourra 33. Et qu'on ne leur fasse jamais dire, non plus qu'aux orgues, dit le Concile de Bourges, des airs, ou des chants mondains et profanes 34.

    Que la sacristie, dit encore le Concile d'Aix, ne soit pas ouverte aux laïques, si ce n'est pour chose nécessaire; et que le silence y soit gardé soigneusement 35.

    Qu'il ne soit pas permis, dit le Concile de Toulouse cité par ci-devant, d'employer les matériaux d'une église ruinée, en des choses indécentes et qui ne sont pas honnêtes. Voire même, qu'il ne soit pas loisible de les appliquer à des usages communs, quoique honnêtes, sans en avoir une licence expresse de l'évêque.

    Vous voyez par tous ces saints décrets, avec quel respect le Saint-Esprit veut que l'on traite toutes les choses qui appartiennent à l'église; et que ce n'est pas sans raison que l'on a fait écrire ces paroles sur les murailles

    Ecclesias, capellas, altaria, oratoria, quaque ad illorum ornatum apponi sanctissima majorum pracepit religio, tabulas sanctorumque imagines, justo nitore relucere, imo et pavimentum etiam nitidum conservari severe episcopi pracipiant.. Quae, sacris rerum divinarum usibus, vestes, vasa, aliaque id genus erunt comparata, ea sollicita nitoris custodia asserventur, nec unquam profanis usibus inservienda mutuo concedantur, nec promiscua saecularium attrectatione polluantur. » Conc. Tolos. 1. c. n. 1, 3.

    31 « Domunculae, et officina, ad templorum aut coemeterii parietos deinceps non extruantur; extrucla paulatim diruantur » Conc. Tolos.1.c. n. 8.

    32 « Altaris linteamina, indumenta sacerdotalia... sine appositione aliorum pannolum, quoties opus fuerit, abluantur, et munda et integra serventur. " Concil. Salmuriense, an. 1253, cap. 3.

    33 Et ubi commode fieri potest, ne ab alio quam a clericis [campana pulsari permittantur: neque earum sonitu et clangore, quae consecrata sunt, convocentur homines ad sacularia pertractanda.» Conc. Aqyense, an. 1585, De ecclesiis, can.11.

    34 « Profanas autem cantilenas [campana] non resonent» Concil. Bituricense, nn. 1585, De ecclesiis, can. 11.

    35 « In sacristia ipsa silentium servetur accurate, neque in ea pateat aditus laicis, nisi necessarium fuerit.» Conc. Aquense, an. 1585, De Sacristia.

    de plusieurs églises de Paris:

    CE LIEU EST SAINT: MALHEUR À CEUX QUI LE PROFANENT PAR LEURS ORDURES ET SALETÉS.

    Vous en voyez d'autres, en quelques endroits, qui ont si peu de respect pour la maison de Dieu, qu'ils la traitent comme une maison profane, y mettant des pailles, du foin, des bois, des coffres, des tonneaux et d'autres choses semblables, quoique les saints Conciles n'aient pas oublié d'en faire une défense très sévère. Nous défendons absolument, dit un Concile tenu à Saumur, d'introduire désormais dans les maisons de Dieu, des coffres, des tonneaux, des blés, des pailles, ni d'autres choses temporelles, quelles qu'elles soient, si ce n'est pour la fabrique et utilité de l'église, et au temps de la guerre et d'une juste crainte. Et nous ordonnons que ceux qui, après avoir été dûment avertis par les Ordinaires des lieux, de cette salutaire défense, y contreviendront, soient frappés d'anathème et déclarés excommuniés 36.

    Il y en a d'autres qui ne font point de difficulté de faire de la maison d'oraison, un chemin passant, et de passer au travers avec des fardeaux sur leurs épaules, avec des vaisseaux et autres choses profanes; ce qui a été un des sujets de la colère du Fils de Dieu contre ceux qui profanaient le temple de Jérusalem, qui n'était que l'ombre de nos temples. Car lorsque son Évangéliste saint Marc nous annonce qu'il en chassa à coups de fouet ceux qui vendaient et achetaient même des colombes nécessaires aux sacrifices, il nous dit au même temps ces paroles: Et non sinebat ut quisquam transferret vas per templum 37 : «Et il ne souffrait point que personne transportât aucun vaisseau par le temple », tant il a voulu nous recommander et graver dans nos coeurs la révérence qui est due aux saints lieux. III. - Sur le même sujet.

    Outre les désordres précédents, en voici un autre qui n'est point des moindres. C'est la coutume qui s'est introduite en quelques endroits, de tenir les écoles dans l'église, contre ce décret du susdit Concile de Toulouse: Qu'il ne soit point permis de tenir école dans les églises; mais qu'on n'y enseigne rien aux enfants que la doctrine chrétienne 38. Coutume très pernicieuse: car c'est apprendre aux chrétiens, dès leur enfance, à se comporter dans les temples avec peu de respect, à les traiter comme des lieux indifférents, et à y causer, jouer et badiner, comme dans une halle.

    De là vient en partie, que la plupart des enfants des chrétiens, qui devraient être des anges, et imiter, autant qu'il se peut en cet âge, l'innocence et la dévotion des Anges, vivent comme des petits démons, et en font les actions, même dans la maison de Dieu. Car vous les y voyez assis proche de l'autel, sans aucune marque de modestie ni de piété, mais au contraire ayant le dos tourné vers le Saint-Sacrement pendant la célébration du divin service et du saint sacrifice de la Messe. Vous les y voyez parler, crier, courir, jouer, quelquefois s'entrebattre, troubler le divin office, et faire mille « Prohibemus ne de cetero arca, dolia, blada, stramina, aut quavis alia temporalia, nisi ad fabricam, aut ad aliam utilitatem ecclesiarum ipsarum, et non ministrorum earum, pertineant, introducantur in ipsis, guerrarum et justi timoris temporibus duntaxat exceptis... Nos enim in illos qui contra hoc salubre statutum, post monitiones per locorum Ordinarios super hoc in generali legitime factas, venire praesumpserint, excommunicationis sententiam pracipimus promulgari.» Conc. Salmuriense, an. 1276, can. 2.

    Marc. XI, 16.

    38 « Sola in ipsis ecclesiis christianae doctrina, elementa pueris ediscenda proponantur; scholas alias in iis habere non liceat. Conc. Tolos. an. 1590, De ecclesiis, n. 5.

    insolences, qui obligent Dieu à donner souvent sa malédiction et aux enfants, et aux pères et mères, et aux maîtres qui les doivent instruire, parce qu'ils n'ont pas soin de les corriger de ce dérèglement, ni de leur enseigner, par leur exemple et par leurs paroles, la manière en laquelle il faut converser dans les lieux consacrés à Dieu, suivant ce saint décret du Concile de Chartres sus-allégué: Nous enjoignons aux curés et aux maîtres d'école, qu'ils enseignent diligemment et soigneusement les enfants de se comporter avec révérence dans les églises; et afin qu'ils apprennent de bonne heure à servir Dieu avec humilité, nous ordonnons qu'on leur assigne un lieu convenable, là où ils soient à genoux, lisant et récitant des psaumes ou quelques autres prières 39.

    Ce sont les belles leçons que non seulement les pasteurs et les maîtres, mais aussi les pères, les mères et les nourrices devraient faire et réitérer souvent aux enfants. Mais tant s'en faut qu'ils le fassent, qu'au contraire on voit des mères et des nourrices qui leur apprennent à jouer, à badiner et à courir dans l'église, jusque-là que, pour les y exciter, elles jettent quelquefois devant eux leurs chapelets, quoiqu'ils aient été bénits de l'Église: leur faisant ainsi un jouet d'une chose sainte, pour les provoquer à en profaner une plus sainte qui est le temple de Dieu, et pour les exercer de bonne heure à la profanation et des lieux et des choses sacrées.

    Vous me direz peut-être que cela n'est pas un si grand mal. Mais il n'est pas si petit, puisque le susdit Concile de Chartres, ou plutôt le Saint-Esprit qui préside dans les Conciles, a bien voulu prendre la peine de faire ce décret, qui devrait être écrit en grosses lettres dans toutes les églises: Nous ordonnons à tous les curés et vicaires, de ne permettre point aux femmes de faire promener leurs enfants dans l'église, durant le divin service, ni de les y laisser pleurer ou crier. Mais, nous leur enjoignons de leur défendre ce désordre, sous peine d'encourir les châtiments qui sont ordonnés par les saints canons, contre les profanateurs des lieux sacrés.

    Remarquez, je vous prie, que le saint Concile ne conseille et n'exhorte pas seulement, mais qu'il enjoint et qu'il commande et sous peine de châtiment; ce qu'il ne ferait pas s'il n'y avait point de mal. Certainement il y en a plus qu'on ne pense; car toutes les irrévérences qui se font dans l'église, vont au mépris de Dieu, lequel est traité avec beaucoup moins de respect dans sa maison, que les princes du siècle ne le sont dans leurs palais.

    C'est pourquoi, si les enfants qui vont ou qu'on mène à l'église, sont en un âge auquel ils soient capables de péché mortel, et qu'ils y fassent un bruit notable durant le divin service, qui peut douter qu'ils ne pèchent grièvement ? Et s'ils n'en sont pas capables, qui peut ignorer que ce péché retombe sur la tête des pères et mères, ou des nourrices, lorsqu'ils en sont cause en quelqu'une des manières susdites, et qu'ainsi la malédiction de Dieu ne descende souvent sur les uns et sur les autres ? Malédiction qui est la source d'une infinité d'autres malheurs et malédictions corporelles et spirituelles, qui leur arrivent durant le reste de leur vie. Car si Notre-Seigneur a maudit le figuier qui ne portait point de fruit, quelle malédiction donnera-t-il à ceux qui ne portent que des fruits d'iniquité et d'impiété ? Et si parmi les chrétiens, les pères et mères et même les enfants sont maudits de Dieu dès leur enfance, hélas ! que deviendra désormais la religion chrétienne, si la miséricorde et la justice divine ne s'unissent ensemble pour exercer un châtiment exemplaire sur quelques-uns, qui soient capables de donner terreur aux autres et les obliger à se convertir ?

    Et les femmes lesquelles, selon le langage du prince des Apôtres, saint Pierre, doivent être en tous lieux et en tout temps, mais spécialement dans l'église, ornées d'une telle pudeur, simplicité et modestie, que leur sainte conversation et l'exemple de leur vertu et de leur piété soient capables de convertir les coeurs des Concile de Chartres. 1526.

    hommes les plus endurcis et sur lesquels la prédication de la divine parole n'a eu aucun pouvoir18, en quel équipage viennent-elles dans les lieux saints? Quels y sont leurs comportements? Au lieu d'y être voilées, comme Dieu leur ordonne par saint Paul19, elles s'y présentent, voire même elles entrent souvent dans le sanctuaire, comme si elles venaient à un bal et à une danse, avec des habits pompeux, des cheveux frisés, crêpelés, annelés, et avec la gorge et le sein découverts 42. Est-ce vouloir plaire à Dieu cela, ou au monde qui est son ennemi, et par conséquent au prince du monde qui est Satan ? Est-ce porter les marques d'une chrétienne, ou d'une païenne ? Est-ce être parée des livrées de Jésus-Christ, ou des livrées de l'Antéchrist? Est-ce porter l'image de la pureté, modestie et humilité de la plus noble de toutes les femmes, qui est la Reine du ciel, ou le portrait de la vanité et impiété de l'infâme Jésabel, laquelle par un juste jugement de Dieu a été écrasée sous les pieds des chevaux et mangée des chiens 43 ? Dirait-on pas qu'elles viennent à l'église, pour y désavouer publiquement et à la face de Dieu et de ses Anges, la promesse qu'elles ont faite en leur baptême, de renoncer aux pompes du diable, et pour protester hautement, qu'encore qu'elles confessent Jésus-Christ de bouche, elles le renient néanmoins par leurs oeuvres, pour adhérer à son ennemi ? O effronterie ! ô impudence insupportable ! voir les chrétiennes paraître devant Jésus-Christ couronné d'épines, déchiré à coups de fouet, démembré, crucifié, tout couvert de plaies et de sang: revêtues des pompes de Satan, armées de pied en cap de vanité, de mondanité, d'afféterie et de mille flèches empoisonnées pour faire la guerre à la chasteté, et pour tuer les âmes pour lesquelles il est mort; ou pour mieux dire armées de fouets, d'épines et de clous, pour flageller, tourmenter et crucifier de rechef celui qu'elles adorent en apparence comme leur Dieu, et qu'elles renient en effet.

    Que vous a-t-il fait, misérables, ce très aimable Sauveur, que vous le traitez si indignement dans sa propre maison ? Combien y en a-t-il d'entre vous, lesquelles, si d'une oreille elles écoutent la prédication de sa divine parole, prêtent l'autre aux cajoleries de quelque malheureux tison d'enfer ? Combien y en a-t-il qui, au lieu de s'humilier devant la majesté du grand Dieu, et d'avoir les yeux baissés en terre, comme vers le lieu d'où elles sont sorties, où elles doivent rentrer pour être mangées des vers et changées en pourriture, lancent des regards envenimés de tous côtés, qui empoisonnent les coeurs et massacrent les âmes rachetées de sang de Jésus-Christ ? Elles n'y pensent pas en mal, disent-elles; mais le diable y pense pour elles, et se sert de leur afféterie pour faire commettre quantité de péchés.

    Combien y en a-t-il, qui voulant être vues de toutes parts, et donner plus de facilité à leurs yeux de se promener de tous cotés, se perchent, s'il faut ainsi dire, sur des bancs haut élevés, comme des oiseaux de mauvais augure ! Combien y en a-t-il qui sont assises sur des carreaux, ou plutôt sur des trônes de velours, ornés de passements d'or et d'argent, ou enrichis de broderies ! Comme si le pavé de la maison de Dieu n'était pas digne de porter les unes et les autres; et comme si elles venaient à l'église, non pour lui rendre leurs adorations, mais pour s'y faire adorer elles-mêmes; non pour offrir et donner leurs âmes à celui qui les a achetées de son sang, mais pour exposer et faire parade d'un fumier revêtu de soie; non pour s'humilier devant sa divine Majesté, mais pour triompher et pour faire triompher avec elles les pompes de Satan, devant sa face, et au lieu même où elles ont fait voeu d'y renoncer.

    Ne savez-vous pas, ingrates que vous êtes, que le Roi de la gloire se présentant devant son Père afin de le prier pour vous, s'est prosterné la face contre terre, selon ces paroles du saint Évangéliste: Procidit in faciem suam orans 44 ; et qu'il a mis sa divine bouche dans la poussière pour votre salut, suivant ce témoignage de son Prophète: Ponet in pulvere os suum 45 ; et que la bonté infinie qu'il a pour vous l'a réduit, depuis seize cents ans et plus, dans un continuel et prodigieux anéantissement sur ses autels, dans la sainte Eucharistie et dans le saint sacrifice de la Messe ? Comment est-il donc possible que vous ayez tant d'amour pour vous-même, et si peu de respect pour votre Dieu; tant de vanité et si peu de piété, que vous ne puissiez vous résoudre ni de fléchir les genoux en terre, pour rendre l'honneur que vous devez à celui qui y a mis sa face pour vous; ni de souffrir que vos habits touchent la poussière, dans laquelle le Dieu du ciel a voulu mettre sa bouche pour vous tirer de l'enfer; ni de vous humilier en un lieu où les Séraphins ne sont qu'avec tremblement, et où le souverain Monarque de l'univers est tant humilié et abaissé pour votre sujet ?

    Que dirons-nous de celles qui, au matin assistent au saint sacrifice de la Messe, et l'après-dîner vont au bal et à la comédie, comme si elles voulaient joindre l'arche du Dieu vivant avec l'idole Dagon ?

    Quelles foudres méritent celles qui s'approchent de la table de Dieu, pour trahir son Fils, comme Judas, et pour le mettre dans une caverne de serpents et de dragons, c'est-à-dire, dans un coeur rempli de l'esprit du monde, de l'esprit d'ambition, d'avarice et d'impureté, et asservi à toutes sortes de passions déréglées ? C'est ainsi que le Fils de la Vierge est traité par celles qui le devraient adorer comme leur Dieu, l'aimer comme leur Père et le craindre comme leur Juge.

    Mais combien y a-t-il d'hommes impies, ou plutôt des monstres d'impiété, qui l'outragent encore plus cruellement! Combien en voit-on devant les autels avec aussi peu de respect que dans un cabaret ! « C'est là, dit un grand Prélat de nos jours, écrivant contre ces insolents, qu'ils font gloire des actions qui les devraient faire rougir de honte, faisant passer leurs profanations pour des galanteries, et leurs impiétés pour des gentillesses 46 ; c'est où leurs yeux sont plus lascifs, leurs gestes plus désordonnés, leur bouches plus sacrilèges. Si on les voit à genoux, c'est devant ces idoles Matth. XXVI, 39.

    Thren. III, 29.

    46 On lit dans toutes les éditions que nous avons eues entre les mains: « Faisant passer... leurs impiétés pour des sacrilèges.» Il y a là manifestement une faute d'impression que nous avons essayé de corriger en substituant le mot gentillesses au mot sacrilèges.

    de plâtre et de rouge20, auxquelles il donnent si libéralement le nom de divinités. À peine le Dieu qui les doit juger en a en a-t-il un salut quand ils entrent dans son temple: Que dis-je à peine en a-t-il un salut? Ils l'honorent quand ils ne le blasphèment point; ils révèrent sa maison quand ils n'y font que des impiétés ordinaires; le prêtre qui leur demande silence est à leur avis un extravagant, et si quelqu'un des assistants ose dire une parole pour les reprendre, son zèle pour le moins est indiscret. Cependant leur crime n'est pas petit, puisqu'au dire de saint Augustin, ceux qui causent dans l'église et qui s'y comportent sans respect non tantum flagella, sed fulgura merentur, sont dignes que Dieu, non seulement prenne en main les verges pour les châtier en père benin, mais qu'il s'arme de foudres et de carreaux pour les punir en juge terrible, et pour les écraser et réduire en poudre. » IV. - Contre les gens du faux honneur, qui apportent leur idole et qui mettent

    l'abomination de la désolation dans le lieu saint.

    Mais ce qui est bien plus étrange, c'est que ces Messieurs qu'on appelle ordinairement gens d'honneur, mais qu'il faut appeler, pour parler plus proprement, les gens de l'honneur, puisque l'honneur est leur maître absolu et qu'ils sont ses esclaves, au lieu de venir dans le temple du vrai Dieu pour lui rendre leurs adorations, ils y viennent planter l'idole abominable de leur faux dieu, qui est le point d'honneur, le mettant en la place et même au-dessus de Dieu, et lui sacrifiant leur coeur et leurs plus tendres affections.

    Je ne veux point ici parler de cette vanité, qui les oblige à mettre leurs armes en parade, je ne dis pas seulement sur les murailles ou sur quelques bancs de l'église, pour marques de leurs droits, mais sur les choses même les plus sacrées, comme les enseignes de leur ambition:

    je veux dire sur les tabernacles où repose le très saint Sacrement, sur les ciboires et sur les calices. Vanité qui les possède tellement, que s'ils donnent ou s'ils font faire la moindre chose dans l'église, il faut qu'elles portent leurs armes ou leurs noms, afin de publier tout le bien qu'ils font faire, à la mode des Pharisiens, oubliant ce que Notre-Seigneur a dit en ces termes: Lorsque tu fais l'aumône (ce qui s'entend de toutes sortes de bonnes oeuvres), ne le publie pas au son de la trompette, comme font les hypocrites; mais que ta main gauche ne sache pas ce que fait la droite 48. Ils ne considèrent pas qu'en faisant ainsi, ils se paient par leurs mains, selon ces paroles du Sauveur: En vérité je vous dis qu'ils ont reçu leur récompense21 ; qu'ils sacrifient à l'idole de l'ambition, et par conséquent au prince de la superbe, tout ce qu'ils ont de meilleur, et qu'ils font survivre leur faste et leur orgueil après leur mort. Étrange folie de la vanité des enfants du siècle, dit saint Bernardin de Sienne, de ne se contenter pas seulement de pécher durant leur vie, mais encore de s'efforcer en quelque façon de pécher après leur mort.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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