Courte dissertation contre les erreurs des incrédules modernes, connus sous les noms de matérialistes et de déistes · Alphonse de Liguori
Introduction
La vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu véritable et Jésus-Christ que vous avez envoyé.
Haec est autem vita œterna, ut cognoscant te solum Deum verum, et quem misisti Jesum Christum.
( Jean. xvn. 3.)
Que tous les peuples, ô Dieu, publient vos louanges : que tous les peuples vous aiment et vous rendent grâces.
Confîteantur tibi populi, Deus ; confiteantur tibi populi omnes. (Ps. lxvi. 8. )
INTRODUCTION.
Puisque de nos jours les incrédules repandent un nombre infini d’erreurs, par lesquelles les uns privent Dieu de sa divinité, ou de quelques-uns de ses attributs ; d’autres nient la spiritualité et l’immortalité de l'âme : d’autres enfin ne veulent pas reconnaître la révélation divine, ou la vérité de notre religion chrétienne, qui est la seule véritable ; j’ai cherché à me procurer plusieurs livres qui traitent spécialement cette matière, tels que l’ouvrage du P. Moniglia, du P. Dut ertra, du P. Gjucina, du P. Veslini, du P. del Giudice, la Méthaphysique du savant Génois, le Gentilhomme instruit de M. Dorrel, les Lettres du comte Mag;>lotti, et d’autres. Mais ayant remarqué que tous ces ouvrages étaient très-prolixes, et qu’ils ne réfutaient pas ces diverses erreurs avec les mêmes raisons, je me suis efforcé, autant que ma faiblesse me l’a permit», de réunir, à l'usage de nos jeunes lecteurs, dans cette courte dissertation, les arguments les plus forts qui établissent la vérité de notre religion, et les réponses les plus propres à réfuter les objections de nos adversaires. Si mes lecteurs désirent trouver cette matière plus approfondie, ils pourront lire les livres que nous venons de citer. En attendant j’espère qu'ils ne dédaigneront pas ce petit écrit, dans lequel ils auront sous les yeux tous les points les plus essentiels, éclaircis brièvement, et avec autant de clarté que j’ai pu y en mettre pour me rendre intelligible à toute personne. Si toutefois il ne m’a pas été permis de m ’exprimer plus clairement que je ne l’ai fait, il faut l’attribuer à la difficulté des questions qui sont, pour la plus grande partie, méthaphysiques et abstraites, soit par la matière en elle-même, soit par l’obscurité cl la confusion de systèmes de nos contradicteurs.
Dans la première partie je tacherai de réfuter les matérialistes qui nient la divinité ; dans la seconde partie, les déistes qui reconnaissent ‘la divinité, mais qui nient la vérité et. l’unité de notre religion chrétienne révélée. Il est utile de connaître les auteurs qui sont, infectés par ce poison. Voici leurs noms : Spinosa, Hobbes, Bayle, Collins, Toland, Evremond, Voltaire, Schanfrcrbuiy, Loke,Wolsfon.Tindall, Montaigne. Il doit y en avoir encore beaucoup d’autres, puisque, dans une lettre pastorale citée par Le Moine, le prétendu évêque de Loudre se plaint des livres nombreux et perfides, publiés depuis peu de temps en Angleterre, et souillés du matérialisme, ou du déisme, sans compter ceux qui ont été imprimés en Hollande ; mais je ne puis en donner la nomenclature, puisque je ne les connais pas encore.
M. Dorrel, Anglais catholique, se plaint de ce qu'au moins, dans l'ancien temps, les athées se cachaient pour ne pas être accusés d’impiété et de folie, et que s’ils étaient infectés d’athéisme, ils n’osaient pas le montrer ; mai«» que les incrédules modernes se montrent à découvert, et qu’ils ne font pas difficulté, pour obtenir la réputation d’esprits forts et sans préjugés, d’émettre leurs sentiments sur la divinité et sur la religion. C’est ainsi qu’ils s'efforcent de détruire toute loi, et toute bonne règle de mœurs, car l’existence d’un Dieu rémunérateur, du bien et vengeur du crime étant détruite, et les vérités de la religion abolies ; dès lors les seuls freins du péché sont brisés, et toutes lois, et toute moralité est anéantie. Alors l’homme serait semblable aux brutes, et même pire ; les sens deviendraient maîtres de la raison, le droit serait décidé par la force, l’honnêteté serait déterminée par le plaisir, la justice par l’intérêt, l’honneur par la vengeance. De façon que chacun pourrait se rendre esclave de ses passions, et se laisser entraîner à toute espèce de vices, pourvu que le vice se montrât sous l’aspect de l’utilité, ou du plaisir.
Jü! c’esf parce que les incrédules modernes ne rougissent pas de parler ouvertement contre la religion chrétienne, qu’ils ne cessent (selon le témoignage de M. Dorrel) de mettre au jour des livres remplis de leurs erreurs. Mais plût à Dieu que ces écrits empoisonnés ne fussent agréables qu’aux hérétiques, qui, n’ayant plus foi à l’Église véritable, n’ont pas de peine à ne rien croire ! Ce qui désole véritablement c’est de voir ces mêmes livres recherchés avec empressement, et lus avec des marques d’approbation par les catholiques, dans le sein même de notre Italie, et de savoir qu’il est impossible que ces lectures ne laissent quelques traces dans leur esprit. C’est par suite de telles réflexions, que j’ai publié ce petit ouvrage, afin que les confesseurs, ainsi que tous ceux, qui ont quelque zèle pour la gloire de Dieu, et qui n’ont pas, peut-être, la faculté de lire les auteurs que nous avons indiqués, aient quelques connaissances de? erreurs qui circulent aujourd’hui, et des arguments, qui les combattent.
PREMIÈRE PARTIE. CONTRE LES MATÉRIALISTES-
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.