Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Constitutions pour les Sœurs religieuses de la Visitation · Saint François de Sales

    De la fin pour laquelle cette Constitution a esté instituée

    De la fin pour laquelle cette Congrégation a esté instituée.

    Plus ie urs filles et femmes divinement inspirées, aspirent bien souvent à la vie religieuse, qui toutes, ou par imbécillité1 de leur complexion naturelle, ou pour estre desjà affoiblies par l’aage, ou enfin pour n’estre pas attirées à la prattique des austeritez et rigueurs extérieures, ne peuvent pas entrer és Religions esquelles on est obligé à de grandes penitences corporelles, comme sont la pluspart des Congrégations reformées qu’on void par deçà ; et par ce moyen sont contrainctes de s’arrester parmy le tracas ordinaire du monde, exposées aux continuelles occasions de pecher, ou du moins de perdre la ferveur de la dévotion. En quoy certes elles sont dignes de grande compassion : car, qui ne plaindrait, je vous prie, une ame genereuse, laquelle, désirant extrêmement de se retirer de la presse de ce siecle pour vivre tout à Dieu, ne peut neantmoins le faire, faute d’avoir un corps assez fort, une complexion assez saine, ou un aage assez vigoureux : la poursuitte qu’elle voudrait faire, pour acquérir une plus grande sainctete, demeurant ou empeschée, ou retardée par le manquement de la santé?

    Afûn donc que telles âmes eussent désormais quelque asseurée retraitte en ces Contrées de deçà, ceste Congrégation a esté erigée, en sorte que nulle grande aspreté ne puisse divertir les foibles et infirmes de s’y ranger, pour y vacquer à la perfection du divin amour. Ensuitte de quoy on pourra premièrement recevoir les veufves esgalement comme les filles, pourveu que, si elles ont des enfans, elles en soyent bien et légitimement deschargées, et qu’elles ayent suffisamment pourveu à leurs affaires, selon qu’il sera jugé expedient par le Pere spirituel, et autres personnes de qualité, sur l’advis'desquels on se puisse reposer, afïin d’oster aux gens du monde toute occasion de murmurer, autant que faire se pourra, et de destourner l’inquiettude que l’ennemy a accoustumé de donner par le soing inutile et indiscret qu’il suggère aux veufves, des choses qu’elles ont laissées au monde.

    On pourra secondement recevoir celles qui, pour leur aage, ou pour quelque imbécillité corporelle, ne peuvent avoir accez aux monasteres plus austeres, pourveu qu’elles ayent l’esprit sain et bien disposé à vivre en une profonde humilité, obeyssance, simplicité, douceur et résignation; neantmoins on excepte celles qui seroient atteintes de quelque mal contagieux, comme de lepre, escroüelles, et autres semblables, ou qui auroient des iniirmitez si pressantes, qu’elles fussent tout à fait incapables de suivre la Réglé et les exercices ordinaires de la Congrégation.

    Tiercement, celles qui seront de bonne et forte complexion y seront receuës, comme appellées de Dieu au secours et soulagement des infirmes, et tout ainsi que les foibles joiiyront du fruict de la santé des robustes, les robustes joüyront réciproquement du mérité de la patience des imbecilles ; et affin que tant les unes que les autres puissent tousjours avoir accez à cette Congrégation, la Supérieure prendra soigneusement garde à ce qu’on n’y introduise ny directement, ny indirectement aucunes austeritez corporelles, oultre celles qui y sont maintenant, qui puissent estre d’obligation ou de coustume generale. A quoy le glorieux Pere S. Augustin a visé, marquant si cordialement en la Réglé le support des infirmes, et tesmoignant assez par là qu’il veut que les infirmes soyent receuës, et qu’à leur considération on n’amplifie point les aspretez. Et semble que, selon la parabolle, il fasse entrer en Testât religieux, comme au festin nuptial de l’Espoux celeste, non-seulement les sains et gaillards, mais aussi les infirmes, boiteux, et aveugles; en sorte que sa mayson se remplisse d’invitez.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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