Abrégé de théologie · Saint Thomas d'Aquin
Chapitre III : Qu’il y a un Dieu
La première chose à croire sur l’unité divine, c’est qu’il y a un Dieu, vérité que la raison humaine elle-même démontre évidemment. Nous voyons, en effet, que toutes les choses qui se meuvent reçoivent le mouvement d’une force étrangère, celles qui sont inférieures de celles qui leur sont supérieures, comme les éléments sont mus par les corps célestes; et, dans les éléments, ce qui est plus foible, l’est par ce qui a une puissance supérieure, et, même dans les coq>s célestes, les plus petits reçoivent l’impulsion des plus grands. Or, cette communication du mouvement ne peut pas se prolonger dans l’infini : comme, en effet, tout ce qui reçoit le mouvement devient une espèce d’instrument du premier moteur ; s’il n’y a pas de premier moteur, tout ce qui communique le mouvement, sera instrument. Or, si cette communication du mouvement s’opère par une succession infinie, nécessairement il n’y a pas de premier moteur, et conséquemment il ne faudra plus voir que des instruments dans cette série infinie d’ètres qui donnent le mouvement et qui le reçoivent. Les ignorants eux-mêmes traitent d’absurde la pensée de supposer à un instrument une activité qu’il n’auroit pas reçue d’un agent principal; ce seroit effectivement vouloir faire confectionner un meuble quelconque par les instruments d’une profession mécanique, sans l’action de l’ouvrier : il faut donc de toute nécessité qu’il y ait un premier moteur, principe de tout mouvement, et c’est ce premier moteur que nous appelons Dieu.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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