Abrégé de théologie · Saint Thomas d'Aquin

    Chapitre IV : Que Dieu est immuable

    Il est évident, d’après ce que nous venons de dire, que Dieu, qui donne le mouvement à tout, doit être lui-même immuable. Car, comme il est le premier moteur, s’il recevoit le mouvement, ce seroit nécessairement, ou de lui-même, ou de quelque cause étrangère. Or, il ne peut recevoir le mouvement d’un autre, car, dans ce cas, il y auroit un moteur supérieur à lui, ce qui répugne à la nature d’un enim omnia quæ moventur, ab aliis m o - principali agente. Simile enim est hoc, ac veri, inferiora quidem per superiora, si- ] ] si aliquis circa constitutionem a rc æ, vel eut elem enta per corpora cœlestia, et in | j le c ti, ponat se rra nt, vel securim absque elementis quod fortius est, movet ici quod carpentario operante. Oportet igitur pridebilius est, et in corporibus etiam cœles- primum movens esse, quod sit omnibus sutib us, inferiora à superioribus aguntur. primum., et hoc dicimus Deum.

    premier moteur. Si c’est de lui-même qu’il reçoit le mouvement, on peut faire à cet égard deux hypothèses : ou il se donne et reçoit le mouvement sous le même rapport, ou il se le donne sous un rapport, et le reçoit sous un autre. De ces deux hypothèses, la première n’est pas admissible ; car tout ce qui est moteur est par là même in potentia, et tout ce qui reçoit le mouvement in actu; s’il se donnoit et recevoit le mouvement sous le même rapport, il devroit être aussi, sous le même rapport, in potentia et in actu, ce qui est impossible. La seconde supposition n ’a non plus aucuue valeur. Si, en effet, il étoit en partie actif et en partie passif dans la communication et la réception du mouvement, il ne seroit pas son premier moteur d’une manière absolue, mais seulement pour la partie motrice. Or, ce qui est absolu l’emporte sur ce qui ne l’est pas : il ne peut donc pas être son premier moteur, s’il n’a qu’un droit partiel à cette qualité.

    Il est donc prouvé que le premier moteur doit posséder l’immobilité absolue. On peut élucider cette vérité par une considération tirée de la nature des choses qui donnent et reçoivent le mouvement. Tout mouvement semble procéder d’une cause immobile, laquelle n ’a pas en elle un mouvement de même nature que celui qu’elle imprime. C’est ainsi que, dans les corps inférieurs, l’activité productrice de la détérioration, de la génération, de la dissolution, est rapportée à quelque corps céleste comme à son premier moteur, quoique celui-ci ne soit pas sous l’influence d’un mouvement d’une nature identique, puisqu’il n’est susceptible ni de génération, ni de corruption, ni d’altération. Il est donc rigoureusement nécessaire que le premier principe de tout mouvement jouisse de l’immobilité la plus complète.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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