Traité de la prédication · Saint François de Sales
III. Ce que le prédicateur doit prescher
Il y a à dire entre 1'Escriture saincte et la doctrine des Peres, comme entre une amande entière et une amande cassée, de laquelle le noyau peut estre mangé d'un chacun ; ou comme d'un pain entier et d'un pain mis en pièces et distribué. Áu contraire doncques il faut s'en servir ; car ils ont esté les instrumeñs par lesquels Dieu nous a communiqué le vrai sens de sa parolle.
Mais des histoires des saincts, s'en peut-on pas servir? Mais, mon Dieu ! y a-t-il rien de si utile, rien de si beau? Mais aussi qu'est-ce autre chose, la vie des saincts, que l'Evangile mis en œuvre? Il n'y a non plus de différence entre l'Evangile escrit et la vie des saincts qu'entre une musique notée et une musique chantée.
Des histoires profanes, quoi? Elles sont bonnes : mais il s'en faut servir comme l'on fait des champignons, fort peu, pour seulement reveiller l'appétit; et lors encore faut-il qu'elles soient bien apprestées, et, comme dit S. Hierome, il leur faut faire comme faysoient les Israélites aux femmes captives, quand il les vouloient espouser : il leur faut rogner les ongles et couper les cheveux, c'est-à-dire les faire entièrement servir à l'Evangile et à la vraie vertu chrestienne, leur oster ce qui se treuve de reprehensible és (1) actions païennes et profanes; et il faut, comme dit la saincte parolle, Separare pretiosum à vili (Jer. 15). En la valeur de Cesar, l'ambition doit estre séparée et remarquée; en celle d'Alexandre, la vanité, la fierté et superbe; en la chasteté de Lucrèce, sa désespérée mort.
Et des fables des poetes? Oh! de celles-là point du tout, si ce n'est si peu et si à-propos, et avec tant de circonspection, comme contre-poison, que chacun voie qu'on n'en veut pas faire profession; tout cela si b ri èvement que ce soit assez.
Leurs-vers sont utiles : les anciens les ont parfois employez, pour dévots qu'ils fussent; mesme jusqu'à S. Bernard, lequel je ne sçay pas où il les avoit appris. S. Paul fut le premier à citer Aratus et Menander.
Mais quant aux fables, je n'en ay jamais rencontré en pas un sermon des anciens, sauf une seule d'Ulysse et des sirennes employée par S. Ambroise en un de ses sermons (2). C'est pourquoy je dy, ou du tout point, ou si peu que rien. Il ne faut mettre l'idole de Dagon avec l'arche d'alliance.
Et des histoires naturelles? Tres-bien: car le monde, fait par la parolle de Dieu, ressentie de toute part cette parolle; toutes ses parties chantent la louange de l'Ouvrier. C'est un livre qui contient la parolle de Dieu, mais en un langage que chacun n'entend pas. Ceux qui l'entendent par la méditation font fort bien de s'en servir, comme faysoit S. Antoine, qui n'avoit nulle autre bibliothèque. Et S. Paul dit : Invisibilia Dei per ea quœ facta sunt intelleeta conspiciuntur (Rom. 1). Et David : Cœli enarrant gloriam Dei (Psal. 18'.
Ce livre est bon pour les similitudes, pour les comparaisons, à minori ad majus, et pour mille autres choses. Les anciens Peres en sont pleins, et l'Escriture sainte en mille endroicts : Vade ad formicam (Prov. 6) ; Sicut (1) Dans les — — (2) Notre Saint tire aussi'de là une comparaison.
- gallina congregai pulbs suos (Matth. 23); Quemadtnodùm desiderai cervus (Psal. 41 ) ; Quasi struthio in deserto (Jer. 4 ) ; Considerate lilia agri (Luc. 12); et cent mille semblables.
Mais surtout que le prédicateur se garde bien de raconter de faux miracles, des histoires ridicules, comme certaines visions tirées de certains autheurs de basse ligne, choses indécentes, et qui puissent rendre notre ministère vituperable et mesprisable.
Voilà ce qu'il me semble touchant la matière en gros : reste neantmoins à dire en particulier des parties de la matière du sermon.
La premiere partie de cette matière, ce sont les passages de l'Escriturej lesquels à la vérité tiennent le premier rang, et font le fondement de l'édifice : car enfin nous preschons la parolle, et notre doctrine gist en l'aucthorite'. Ipse diasit, Hœc dicit Dominus (Isa. 21), disoient tous les prophètes; et notre Seigneur mesme : Doctrina mea non est mea, sed ejus qui misit me (Joan. 7). Mais il faut, tant qu'il en sera possible, que les passages soient naïïVement et clairement bien interprétez. Or on peut bien user des passages de l'Escriture, les expliquant en l'une des quatre manières que les anciens sont remarquées :
Littera facta docet ; quid credas, allegoria ; Quid speres, anagoge, quid agas, tropologia (1). Il n'y a pas trop bonne quantité; mais il y a de la rime, et encore plus de raison. Pour le regard du sens littéral, il se doit puiser dans les commentaires des docteurs. C'est tout ce qu'on peut dire; mais c'est au prédicateur de le faire valoir, de peser les mots, leur propriété, leur emphase (2); comme, par exemple, hier j'expliquois en ce village le commandement Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde, ex totâ anima, ex totâ mente (Matth. 22). Je pensois, avec notre saint Bernard, ex toto corde, c'est-à-dire courageusement, vaillamment, fervemment, parce qu'au cœur appartient le courage; ex totâ anima, c'est-à-dire affectueusement, parce que l'ame, en tant qu'ame, est la source des passions et affections; ex totd mente, (4) Voici les mêmes vers tournés d'une façon plus régulière : Littera gesta docet ; quid credas, allegoria-; Moralis, quid agas quo tendos, anagogia. • C'est-à-dire : La lettre enseigne les faits, l'allégorie ce qu'il faut croire, la morale ce qu'il faut faire,, et l'anagogie ce qu'il faut espérer. Ainsi, le sens littéral est celui qui est immédiatement contenu dans les paroles. Le sens allégorique est celui par lequel un passage de l'Ancien Testament signifie, outre le sens littéral, quelque mystère de la foi.qu'il fallait croire dans le Nouveau; par exemple, l'histoire de Melchisôdech -signifiait le mystère de l'Eucharistie Le sens anagogique est-celui par lequel un passage de l'Ecriture, outre le sens littéral qu'il contient, signifie quelque chose à espérer dans l'autre vie; ainsi la cène eucharistique signifie cette nourriture invisible dont parlait l'ange Raphaël. Le sens moral est celui qui, outre le sens littéral, signifie qu'il y a quelque chose à faire pour Dieu; ainsi, toute la vie de Jésus-Christ doit être le modèle de.la nôtre. Le sens allégorique répond à la foi, le sens aoagogique a rapport à l'espérance, et le sens moral tient à la charité. (2) Emphase, Explication, développement.
c'est-à-dire spirituellement, discrètement, parce que mens c'est l'esprit et partie supérieure de Pâme, à laquelle appartient le discernement et jugement pour avoir le zele secundùm scientiam et discretionetn (Rom. 10).
Ainsi ce mot diligere doit estre pesé parce qu'il vient de eligo, et represente naïfvement le sens littéral, qui est qu'il Faut que nostre cœur, nostre ame, et nostre esprit choisisse et préfère Dieu entre toutes choses, qui est Je vrai amour appréciatif duquel les théologiens interprètent ces parolles.
Quand il y a diversité d'opinions entre les Peres et docteurs, il se faut abstenir d'apporter les opinions qui doivent estre refutées : car on ne monte pas en chaire pour disputer contre les Peres et docteurs catholiques; il ne faut pas révéler les infirmitez de nos maistres, et ce qui leur est eschappé comme hommes, ut sciant gentes quoniam homines sunt.
Mais on peut bien apporter plusieurs interprétations, les louant et faysant valoir toutes l'une après l'autre, comme je fis, le caresme passé, de six opinions et interprétations des Peres sur ces parolles : Licite quia servi inutiles sumus (Luc. 17), et sur ces autres paroles, Non est meum dare vobis (Matth. 20); car, si vous vous en ressouvenez, je tirai de chacune de tres bonnes conséquences : mais je tus celle de S. Hilaire, ce me semble; ou, si je ne le fis, je fis faute, et le devois faire, parce qu'elle n'estoit pas probable (1).
Pour le sens allégorique, il faut que le prédicateur observe quatre ou cinq poincts.
Le premier est de tirer un sens allégorique qui ne soit point trop forcé, comme font ceux qui allegorisent toutes choses ; mais il faut qu'il soit naïfvement (2) tiré, sortant de la lettre, comme S. Paul fait, allegorîsant d'Esaü et Jacob au peuple juif et gentil, de Sion ou Jérusalem à l'Eglise (Rom. 9).
Secondement, où il n'y a pas une tres grande apparence que l'une des choses ait esté la figure de l'autre, il ne faut pas trait ter les passages l'un comme figure de l'autre, mais simplement par maniere de comparaison; comme, par exemple : le genévrier, sous lequel Elie s'endormit de détresse, est interpreté aïlegoriquement par plusieurs de la croix; mais moi, j'aimerois mieux dire ainsi : Comme Elie s'endormit sous le genévrier, ainsi nous devons reposer sous la croix de Nostre-Seigneur par le sommeil delà saincte méditation; et non pas ainsi, qu'Elie signifie le chrestien, et le genévrier signifie la croix. Je ne voudrois pas asseurer que l'un signifie l'autre, mais je voudrois bien comparer l'un à l'autre; car ainsi le discours est plus ferme et moins reprehensible.
Tiercement, il faut que l'allégorie soit bienséante, en quoi sont reprehensibles plusieurs qui allegorisent la deífense faite en TEscriture à la femme de ne point prendre l'homme par ses parties deshonnestes, au Deuteronome, chapitre 25 : Si kabuerint inter se jurgium viri duo, et unus contra alterum rixari cœperit; volensque uxor alterius eruere virum suum {i) Mgr l'Archcvesque de Bourges assistait aux sermons que S. François fit à Dijon pendant le caresme.
(2) Naturellement.
de manu fortioris, miseritque manum, et appréhendent verenda ejus, abscides manum illius, nec flecteris super eam ullâ misericordiâ. Et disent qu'elle représente le mal que fait la synagogue de reprocher aux Gentils leur origine, et qu'ils n'estoient pas enfans d'Abraham : cela peut avoir de l'apparence; mais il n'y a pas de la bienséance, à cause que cette deffense porte une imagination dangereuse en l'esprit de l'auditeur.
Quartement, il ne faut point faire d'allégorie trop grande; car elles perdent leur grâce par la longueur, et semblent tendre à l'affectation.
Cinquiesmement, il faut que l'application se fasse clairement et avec grand jugement, pour rapporter dextrement les parties aux parties.
Il faut presque observer les mesmes règles aux sens anagogique et tropologique, dont l'anagogique rapporte les histoires de l'Escriture à ce qui se passera en l'autre vie, et le tropologique les rapporte à ce qui se passe en l'ame et dans la conscience. J'en mettrai un exemple qui servira pour tous les quatre sens.
Les paroles de Dieu parlant d'Esau et de Jacob : Dude gentes sunt in utero, et duo populi ex ventre tuo dividentur; populmque populum superabit, et major serviet minori (Gen. 25 ), littéralement s'entendent des deux peuples sortis, selon la chair, d'Esau et de Jacob, c'est à sçavoir, les Idumeens et les Israélites, dont le moindre, qui fut celui des Israélites, surmonta le plus grand et l'aisné, qui fut le peuple d'Idumée, au temps de David.
Allegoriqueraent, Esau représente le peuple Juif, qui fut l'aisné en la cognoissance du salut; car les Juifs furent les premiers preschés. Jacob représente les Gentils, qui furent les puisnez ; et neantmoins les Gentils ont enfin surmonté les Juifs.
Anagogiquement, Esaii représente le corps, qui est l'aisné; car avant que l'ame fust créée, le corps fut fait et eu Adam et en nous. Jacob signifie l'esprit, qui est puisné. En l'autre vie, l'esprit surmontera et dominera sur le corps, lequel servira pleinement à l'ame et sans contradiction.
Tropologiquement, Esaû c'est l'amour-propre de nous-mesmes; Jacob, l'amour de Dieu en notre ame. L'amour-propre est l'aisné, car il est né avec nous; l'amour de Dieu puisné, car il s'acquiert par les sacremens et pénitences : et neantmoins il faut que l'amour de Dieu soit le maistre, et quand il est en une ame, l'amour-propre sert et est inférieur.
Or ces quatre sens donnent une grande, noble, et bonne matière à la prédication, et font merveilleusement bien entendre la doctrine : c'est pourquoy il s'en faut servir, mais avec les mesmes conditions que j'ay dit estre requises à l'usage du sens allégorique.
Apres les sentences de l'Escriture, les sentences des Pères et Conciles tiennent le second rang; et pour le regard d'icelles ( i ), je dy seulement que, si ce n'est bien rarement, il faut les choisir courtes, aiguës et fortes : les prédicateurs qui en allèguent de longues allanguissent leur ferveur et l'attention de la pluspart des auditeurs, outre le danger auquel ils s'exposent de manquer de mémoire. Les courtes sentences et fortes sont comme (i) D'elles.
celle de S. Augustin : Qui fecit te sine te, non salvabit te sine te; et l'autre : Qui pœnitentibus veniam promisit, tempus pœnitendi non promisit, et semblables. En vostre S. Bernard, il y en a une infinité; mais il faut, les ayant citées en latin, les dire en françois avec efficace et les faire valoir, les paraphrasant et déduisant vivement.
S'ensuivent les raisons qu'une belle nature et un bon esprit peuvent fort bien employer; et pour celles-ci, elles se treuvent chez les docteurs, et surtout chez S. Thomas plus aisément qu'ailleurs. Estant bien déduites, elles font une fort bonne matière. Si vous voulez parler de quelque vertu, allez à la table de S. Thomas; voyez où il en parle; regardez ce qu'il dit; vous treuverez plusieurs raisons qui vous serviront de matière : mais au bout de là il ne faut pas employer cette matière, sinon qu'on puisse fort clairement se faire entendre, pour le moins aux médiocres auditeurs.
Les exemples ont une merveilleuse force, et donnent un grand goust au sermon : il faut seulement qu'ils soient propres, bien proposez et mieux appliquez. Il faut choisir de belles histoires et éclatantes, les proposer clairement et distinctement, et les appliquer vivement, et comme font les Pères, proposant l'exemple d'Abraham* qui immole son fils (Gen. 22), pour monstrer que nous ne devons rien épargner pour faire la volonté de Dieu ; car ils remarquent tout ce qui peut rendre recommandable Pobeyssance d'Abraham.
Abraham, disent-ils, vieil; Abraham qui n'avoit que ce fils si beau, si sage, si vertueux et si aymable; neantmoins sans répliquer, sans murmurer et hésiter, il le mené sur la montagne, et veut lui-mesme de ses propres mains l'immoler.
Et certes ils font l'application encore plus vive. Et toi, chrestien, tu es si peu résolu à immoler, je ne dy pas ton fils, ta fille, tous tes biens, ni une grande partie, mais un seul escu pour l'amour de Dieu, à secourir les pauvres, une seule heure de tes passe-temps pour servir Dieu, une seule petite affection, etc.
Mais il faut prendre garde à ne pas faire des descriptions vaines et flasques, comme font plusieurs escholiers qui, au lieu de proposer l'histoire naïfvement et pour les mœurs' se mettront à descrire les beautez d'Isaac, l'espée tranchante d'Abraham, l'enceinte du lieu du sacrifice, et semblables choses impertinentes. Il ne faut estre aussi ny si court que l'exemple ne pénètre pas, ny si long qu'il ennuyé.
Il faut aussi se garder de faire des introductions de colloques entre les personnes de l'histoire, sinon qu'elles soient tirées des parolles de l'Escriture ou très probables : comme, en cette histoire, qui introduit Isaac se lamentant sur l'autel, implorant la compassion paternelle pour s'eschapper de la mort; ou bien Abraham disputant en soi-mesme, et se plaignant : il fait mal et tort à la valeur et resolution de l'un et de l'autre. Ainsi ceux qui, par la méditation, ont rencontré des colloques, doivent observer deux règles en la prédication : l'une, de voir s'ils sont solidement fondez sur une apparente probabilité ; l'autre, de ne point les proposer fort longs, car cela refroidit et le prédicateur et l'auditeur.
Les exemples des saincts sont admirables, et surtout de ceux de la province où l'on presche, comme de S. Bernard à Dijon.
Il reste un mot à dire des similitudes : elles ont une efficace incroyable à bien esclairer l'entendement et à esmouvoir la volonté.
On les tire des actions humaines, passant de l'une à l'autre; comme, de ce que font les bergers, ce que doivent faire les evesques et pasteurs ; comme fit Nostre-Seigneur, en la parabole de la brebis perdue (Luc. 15);
Des histoires naturelles, des herbes, des plantes, des animaux, de la philosophie, et enfin de tout.
Les similitudes des choses triviales, estant subtilement appliquées, sont excellentes; comme notre Seigneur fait en la parabole de la semence (Luc. 8).
Celles qui sont tirées des histoires naturelles, si l'histoire est belle et l'application belle, c'est un double lustre; comme celle de l'Escriture, de la rénovation ou rajeunissement de l'aigle pour notre pénitence (Psal. 102).
Or il y a un secret en cecy, qui est extrêmement profitable au prédicateur : c'est de faire des similitudes tirées de ['Escriture, de certains lieux où peu de gens les sçavent remarquer; et cecy se fait par la méditation des parolles.
Exemple, David, parlant du mondain, dit : Periit memoria eorum cum sonitu (Psal. 9). Je tire deux similitudes de deux choses qui se perdent avec le son. Quand on casse un verre, en se cassant il périt en sonnant : ainsi les mauvais périssent avec un peu de bruit, on parle d'eux à leur mort; mais comme le verre cassé demeure du tout inutile, ainsi ces miserables, sans espoir de salut, demeurent à jamais perdus.
L'autre, quand un grand riche meurt, on sonne toutes les cloches, on lui fait de grandes funérailles; mais, passé le son des cloches, qui le bénit, qui parle de lui? personne.
S. Paul parlant de celui qui n'a point de charité et fait quelques œuvres, il dit que, factus est sicut œs sonans, aut cymbalum tinniens (i. Cor. 43). On tire une similitude de la cloche, qui appelle les autres à l'église et n'y entre point; car ainsi un homme qui fait des œuvres sans charité, il édifie les autres et les incite au paradis, et il n'y va point lui-raesme.
Or, pour rencontrer ces similitudes, il faut considérer les mots, s'ils ne sont point métaphoriques; car quand ils le sont, tout aussitost il y a une similitude à qui les sçayt bien découvrir. Par exemple : Viam mandatorum tuorùm cucurri, cùm dilatasti cor meum (Psal. 118) : il faut considérer ce mot dilatasti, et celui de cucurri, car il se prend par métaphore. Or maintenant il faut voir Jes choses qui vont plus vite par dilatation; et vous en treuverez quelques unes, comme les navires quand le vent estend-leurs voiles. Les navires donc qui chosment au port, sitqst que lèvent propice les saisit aux voiles, et qu'il les emplit et fait enfler, ils cinglent. Ainsi, lorsque le vent favorable du Sainct-Esprit entre dans nostre cœur, nostre ame court et cingle dans la mer des commandemens.
Et certes, qui observera cecy fera fructueusement beaucoup de belles similitudes, esquelles similitudes il faut observer la décence à ne dire rien de vil, abject et sale.
Apres tout cela, je vous advise qu'on se peut servir de l'Escriture par application, avec beaucoup d'heur (1), encore que bien souvent ce qu'on en tire ne soit pas le vray sens; comme S. François disoit que les aumosnes estoient panis angelorum, parce que les anges les procuroient par leurs inspirations; et applique le passage : Panem angelorum manducavit homo (Psal. 77). Mais en ceci il faut estre discret et sobre.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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