Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Sur les principes de la nature · Saint Thomas d'Aquin

    Sur les principes de la nature

    On appelle être en puissance ce qui peut exister, bien qu’il n’existe pas, comme ce qu'une chose peut être et qu’elle n’est pas dans le fait; ce qui est réellement s’appelle être en acte. Il y a deux espèces d’être, savoir, l’être essentiel ou substantiel d'une chose, par exemple, être homme; et c’est ce qu’on appelle simplement être. Il y a l’être accidentel, comme être un homme blanc, et ceci est l’être, relatif ou secundùm quid. Or, l’un et l'autre a quelque chose en puissance. Il y a quelque chose en puissance qui fait qu’un homme est, par exemple, le sperme et le sang menstruel; et quelque chose en puissance pour que le blanc existe, comme l’homme. Cependant ce qui est en puissance à l’égard d’un être accidentel, peut être appelé matière, tel que le sperme de l’homme et l’homme qui a la couleur blanche. Mais il y a cette différence entre les deux, que ce qui est en puissance par rapport à l’être substantiel est appelé matière de laquelle, et ce qui est en puissance par rapport à l’être accidentel est appelé matière dans laquelle. De même, ce qui est en puissance, à l’égard de l’être substantiel, est appelé matière première : et ce qui est en puissance, vis-à-vis de l’être accidentel, est appelé sujet. En effet, le sujet donne l’être à l’accident, c’est-à-dire l’existence, parce que l’accident n’a l’être que par le sujet. Aussi dit-on que les accidents sont dans le sujet, tandis qu’on ne dit point que la forme substantielle

    OPUSCULUM XXX. E j ü s d e m d o c t o b i s, d e p r i k c i p i i s n a t u b æ. AD f b a t r e m S y l v e s t r d m.

    est dans le sujet. D’après cela, la matière diffère du sujet, parce que le sujet est ce qui n’a.pas l’étre de ce qui lui est adjoint, mais de ce qu’il a l’être par lui-même. Ainsi, il a l’être complet, comme l’homme n’a point l’être par la blancheur. On dit que la matière a l’être par ce qui lui est surajouté, parce que d’elle-même elle est un être incomplet, ou plutôt elle n’est nullement un être, comme le dit le commentateur, dans le second livre du traité de l’Ame. En sorte, qu’à proprement parler, la forme donne l’étre à la matière, tandis que l’accident ne le donne point au sujet, mais bien celui-ci à l’accident, quoiqu’on prenne quelquefois l’un pour l’autre, c’est-à-dire la matière pour le sujet, et vice versâ. Et de même qu’on peut appeler matière tout ce qui est en puissance, de même tout ce dont elle tient quelque chose de l’être, qu’il soit accidentel ou substantiel, peut être appelé forme; comme, par exemple, l’homme qui est blanc en puissance, devient blanc en acte par le moyen de la blancheur; et le sperme qui est un homme, en puissance,, devient un homme, en acte, par l’adjonction de l’ame. Et comme la forme fait devenir l’homme en acte, dit-on que la forme est un acte. On appelle forme substantielle, ce qui produit l’être substantiel, en acte; et forme accidentelle, ce qui fait l’être accidentel, en acte. Et comme la génération est un mouvement vers la forme, une double génération correspond à une double forme.'La génération simpliciter correspond à Informe substantielle; et la génération secundum quid, à la forme accidentelle. Quand il s’agit de la forme substantielle, on dit qu’une chose est faite, simpliciter, comme quand on dit qu’un homme est fait, qu’un homme est engendré. Mais quand survient la forme accidentelle, on ne dit point qu’une chose est faite, simpliciter, mais qu’elle est faite de la même façon que quand on dit qu’un homme blanc est fait, on ne dit point simplement qu’un homme est fait ou engendré, mais qu’un homme est fait ou engendré Blanc. On oppose une double corruption à cette double génération, savoir ; simplement et secundum, quid. Or, la génération et la corruption simpliciter, n’existe que dans le genre de la substance, mais la génération et la corruption relatives, ou secundùm quid, existent dans tous les autres genres. Et comme la génération est une espèce de passage du non-être, ou d’un non-être antérieur à un être actuel ou à l’être, la corruption doit être au contraire le passage d’un être à un autre être, ou de l’être au non-être, ou au néant. Mais la génération ne sort point de toute espèce de non-être, mais d’un non-être qui est être en puissance, comme par exemple, une statue d’une masse de métal, qui est une statue en puissance, mais non en acte. Or, pour qu’il y ait génération, il faut trois choses, savoir : l’être en puissance, qui est la matière : le non-être en acte, qui est la privation : et ce qui réduit en acte, qui est la forme. Ainsi, quand on tire une statue d’une masse de cuivre, le métal qui est en puissance pour la forme de la statue, est la matière; et ce qui est informe et sans figure est l’absence ou la privation de l’être; et la figure qui fait que le métal est une statue, s’appelle la forme, mais non la forme substantielle, parce que le cuivre, avant l’adjonction des formes, a l’être en acte, lequel ne dépend pas de la figure qu’on lui donne, laquelle n’est qu’une forme accidentelle. Car toutes les formes produites artificiellement, sont accidentelles. En effet, l’art ne s’exerce que sur un objet constitué en être parfait par la nature. Il y a donc trois principes de la nature, savoir : la matière, la forme et la privation. La forme est ce par quoi s’opère la génération; les deux autres, ce d’où se tire la génération. En sorte que la matière et la privation sont la même chose à l’égard du sujet, mais elles diffèrent en raison, car le brutal bronze est une matière informe, avant d’être travaillée, sont la même chose; mais c’est pour des raisons différentes que l’un est appelé bronze et l’autre matière informe; en sorte que la privation est appelée principe, non en soi, mais par accident, parce qu’elle coïncide avec la matière, comme nous avons dit que c’est par accident qu’un médecin bâtit des maisons. Car ce n’est pas parce qu’il est médecin, mais parce qu’il bâtit une maison, qu’il coïncide avec le même sujet, dans la personne du médecin. Il y a deux espèces d’accidents, savoir: un nécessaire qui est inséparable de son objet, comme l’action du rire dans l’homme ; et le non nécessaire, comme la blancheur dans l’homme. En sorte que, malgré que la privation soit un principe par accident, il ne s’ensuit pas qu’il ne soit pas nécessaire pour la génération, parce que la matière n’est jamais dépouillée de privation. En effet, tant qu’elle est sous une forme, elle est dépourvue d’une autre, et en sens inverse. De même que dans le feu il y a privation d’air et dans l’air il y a privation de feu.

    Il faut savoir que puisque la génération se tire du non-être, nous ne disons pas que la négation soit un principe, mais seulement la privation, parce que la négation ne détermine point le sujet. La vue ne peut être affirmée du non-être : par exemple, on ne peut pas dire qu’une chimère voit, ainsi qu’on ne peut pas dire que les êtres qui ne sont pas nés ne jouissent de la vue, pas plus qu’on ne peut le dire des pierres. La privation ne s’affirme que d’un sujet déterminé, dans lequel a été créée une aptitude, comme on n’affirme la cécité que des êtres qui ont été créés pour jouir de la vue. Et comme la génération ne s'opère que du non-être absolu, ou simpliciter, et du non-être qui est dans un sujet déterminé, mais non dans tous; car on ne fait pas sortir du feu de tout ce qui n’est pas du feu, mais de telle matière qui n’est pas du feu, mais qui est destinée par sa nature à devenir la forme du feu ; de même, dit-on, que la privation est un principe et et înfiguratum ante adventum formæ, sed rins, et e contrario, sicut in igne est priex alla ratione dicitur æs, et ex alia infi- vatio aeris, et in aere est privatio ignis. guratum : unde privalio dicitur princi­ Est sciendum quod cum generatio sit ex pinm non per se, sed per accidens, quia non esse, non dicimus quod negatio sit scilicet coincidit cum materia, sicut dici­ principinm, sed privatio ; quia negatio non mus'quod est per accidens quod merlic'us déterminât subjectum. Non videre enim ædificat. Non enim ex eo quod medicus, potest dici etiam de non entibus, ut chised ex eo quod domiflcator est, quod coin­ mera non videt ; et iterum de entibus quæ cidit in medico in eodem subjecto. Sed non sunt nata habere visum, sicut de laduplex est accidens, scilicet necessarinm, pidibus ; sed privatio non dicitur nisi de quod non separatur a re, sicut risibile ho- determinato subjecto, in quo scilicet natus mini, et non necessarinm quod separatur, est fîeri habitus, sicut cæcitas non dicitur sicut album ab homine. Unde licet privatio nisi de his quæ sunt nata videre. Et quia sit principinm per accidens, non tamen generatio non fit ex non ente simpliciter, sequitur quod non sit necessarinm ad ge- sed ex non ente quod est in aliquo subnerationem, quia materia privationc nun- jecto, et non in quolibet, sed in determ iquam denudatur. In quantum enim est n ato, non enim ex quolibet non igne fit sub una forma, habet privationem alte- ignis, sed ex tali non igne, circa-quem non une négation, avec cette différence, que les autres sont des principes en être et en puissance. Car pour qu'il y ait une statue il faut qu’il y ait du bronze et qu’ensuite on y ajoute les formes d’une statue. Et ensuite, quand elle est devenue statue, il faut encore ces deux choses ; mais la privation est un principe en 'puissance et non dans l’être, car pour qu’elle devienne statue il faut d’abord qu’elle ne le soit pas. Car si elle l’étoit, elle ne pourrait pas être façonnée en statue, car tout ce qui est fait ne i’est que par voie successive de temps et d’action ; mais dèslors qu’elle est statue, il n’y a plus privation de statue ; parce qu’il ne peut y avoir, en même temps, affirmation et négation, pas plus que privation et possession. Ainsi la privation est un principe par accident, les autres, au contraire, sont des principes par eux-mêmes.

    Il est donc évident de tout ce que nous avons dit, que la matière diffère en raison, par elle-même, de la forme et de la privation. Car la matière est le sujet en qui on suppose la forme et la privation, comme on comprend dans le bronze la forme et l’informe. Il arrive cependant que l’on comprend la matière tantôt avec privation, tantôt sans privation, de même que le bronze en tant que matière d’une statue, n’implique pas l’idée de privation, parce que de ce que je nomme du bronze, on ne suppose pas u d objet sans forme et sans figure. Tandis que la farine, qui est la matière du pain, implique en soi la privation de la forme du pain, car qui dit farine, dit un être informe ou un désordre opposé à la forme du pain. Et comme dans la génération la matière ou le sujet reste, tandis que la privation disparaît, ainsi que le composé de matière et de privation, la matière qui n’implique point de privation, est permanente, et celle qui l’implique, est transitoire.

    On doit savoir qu’une certaine matière a la composition de la forme, comme le bronze, puisqu’il est matière relativement à une statue, car nata sit fieri forma ignis, ideo dicitur tionem. Materia enim est id in quo intelquod privatio est principium et nion ne- ligitur forma et privatio ; sicut in cupro gatio ; sed in hoc differt ab aliis, quia alia intelligitur forma et inflguratum; quansunt principia et in esse et in fieri. Ad hoc doque tamen materia denominatur cum enim quod fiat, idolum, oportet quod sit privatione, quandoque sine privatione, siæs et quod uiterius sit figura idola; et ite­ cut æs cum fit materia idoli non importât rum quando est jam idolum, oportet hæc privationem, quia ex hoc quod dico æs, duo esse, sed privâtio est principium in non intelligitur indispositum, sive intigufieri, et non in esse, quia dum fit idolum, ratum ; sed farina cum sit materia resoportet quod non sit idolum. Si enim esset, pecta panis, importât in se privationem nonfleret, quia quicquid fit; non est nisi formæ panis, quia ex hoc quod dico fain successivis, ut in tempore et motu, sed rina, signiûcatur indispQsitum, sive inorex quo jam idolum est, non est ibi priva­ dinatio opposita formæ panis. Et quia in tio idoli ; quia affirmatio et negatio non generatione materia, sive subjectum persunt simul, similiter nec privatio et ha­ manet, privatio vero non, nec compositum bitua. Item, privationem principium per ex materia et privatione, ideo materia quæ accidens, ut supra expositum, alia vero non importât privationem, est permanens, sunt principia per se. quæ autem importât est transiens. Et est Ex dictis ergo patet quod materia per se seiendum, quod quædam materia habet differt*a forma et privatione secundum ra- compositionem formæ sicut æs, cum sit il est un composé de matière et de forme ; aussi n’est-il point appelé matière première, puisqu'il a une forme. La matière qui est conçue sans forme aucune et sans privation, mais qui peut être soumise à la forme et à la privation, reçoit le nom de matière première, parce que hors d’elle il n’y a point d’autre matière, on l’appelle en grec üx», c’est-à-dire chaos ou confusion. Et comme on ne connoît et on ne définit un objet que par sa forme, la matière première ne peut être ni connue en soi, ni définie, mais seulement par comparaison avec la forme, de telle sorte que, lorsqu’on dit qu’une chose est une matière première, on veut dire qu’elle se prête à toutes les formes et à toutes les privations, comme elle se prête à la forme d’une statue et à tout ce qui est informe; c’est celle-là qu’on appelle simplement matière première. On peut encore dire qu’une chose est matière première à l’égard d’un certain genre, comme, par exemple, l’eau à l'égard des liquides, malgré qu’elle ne soit pas matière première simplement, parce qu’elle est un composé de matière et de formé, ce qui lui donne la qualité de matière première. Il est encore bon de savoir que la matière première ainsi que ja forme,' ne sont assujetties ni à la génération, ni à la corruption, parce que toute génération se tire d’une chose à une autre. Or, ce dont se dre la génération est la matière, et ce à quoi se rapporte la génération, est la forme. Aussi, si la matière et la forme étoient engendrées, la matière seroit engendrée de la matière et la forme de la forme, et ainsi de suite jusqu’à l’infini. En sorte qu’à proprement parler, la génération ne se tire que d’un composé. Il faut encore remarquer que la matière est une, en nombre, dans toutes les créatures ; ce qui doit s’entendre de deux manières, c’est-à-dire qu’elle a une forme déterminée, en nombre, par exemple,Sortès. On ne dit point que la matière première soit une materia respectu idoli, ipsum tamen ses est prima simpliciter, quia est" eompositum eompositum ex materia et forma, et ideo ex materia et forma, unde habet mateaes non dicitur materia p rim a, quia habet riam priorem. Et sciendum est qjiod m aformam. Illa autem materia quando intel- teria p rim a, et etiam forma non generarligitur sine qualîbet forma et privatione, tu r neque corrumpitur, quia omnis genesed est subjecta formæ et privationi, dici- ratio est ex aliquo ad aliquid. Id autem tu r materia prima propter hoc quod ante ex quo est generatio, est materia; id auipsam non est materia alia, et hæc etiam tem ad quod est generatio, est forma. Si dicitur üXvi, hoc est chaos vel confusio, ergo materia et forma gonerarentur, magræce. Et quia omnis diffinitio et omnis teriæ esset materia, et formæ esset forma, cognitio est per formam, ideo materia et sic in infinitnm. Unde generatio non est prima non potest per se diffiniri nec co- nisi compositi proprie loquendo. Sciendum gnosci; sed per coinparationem ad formam, est etiam quod materia prima*dicitùr una ut dicatur quod illud est materia prima, numéro in omnibus ; sed unum numéro quod hoc modo sè habet ad omnes formas dicitur duobus modis, scilicet quod habet et privationes, sicut est ad idolum et in- unam formam determinatam in numéro, figuratum, et bæc dicitur simpliciter prima. sicut Sortes ; et hoc modo materia prima Potest etiam aliquid dici materia prima non dicitur una nnm ero, cum in se non respectu alicujus generis, sicut aqua res­ habeat aliquam formam. Dicitur etiam alipectu liquabilium, quæ tamen non est quid unum numéro, quia est sine disposien nombre dans ce sens, puisqu’elle n’a aucune forme en elle. On dit encore qu’une chose, est une en nombre, parce qu’elle n’a pas les conditions qui la diversifient numériquement, et, en ce sens, on dit qu’elle est matière première une en nombre, parce qu’on la conçoit en dehors des conditions qui la différenüent numériquement, ou bien desquelles elle tire sa différence numérique. Faisons observer encore, que malgré que la matière n’ait, dans sa raison, ni forme, ni privation, nomme il n’y a dans le bronze ni forme ni informe, la matière n’est cependant jamais dénuée de forme ni de privation ; car elle est tantôt sous une forme et tantôt sous une autre, mais elle ne peut jamais en avoir une par elle-même, puisqu’elle n’a point de forme dans sa raison. Elle ne peut en avoir en acte, puisque l’être eu acte est impossiblesauslaforme; il n’est possible qu’eu puissance, c’est pourquoi donc, tout ce qui est en acte ne peut être appelé matière première.

    Il s’ensuit donc évidemment de tout ce que nous avons dit, qu’il y a trois principes de la nature, savoir : la matière, la forme et la privation ; mais tous trois sont incapables de génération. Car ce qui est en puissance ne peut se réduire soi-même en acte; comme par exemple, le cuivre, qui est en puissance relativement à une statue, ne peut se faire lui-même statue, mais il lui faut une main qui fasse sortir la forme d’une statue, de sa puissance en acte. La forme ne peut pas davantage se faire passer de la puissance à l’acte ; et je parle de la forme générale, que nous disons être le terme de la génération. Car la forme ne subsiste que dans une œuvre complètement achevée; mais ce qui se fait, est en puissance, pendant que l’œuvre s’accomplit. Il faut donc, outre la matière et la forme, qu’il y ait un principe qui agisse ; et c’est ce que nous appelons cause efficiente, motrice, ou active, d’où part le principe d’action. Et parce que, comme le dit Aristote, dans le second livre de sa Métaphysique, « tout ce qui agit tionibus quæ faciant differre secundum Ex dictis ergo patet tria esse principia numerum, et hoc modo dicitur materia naturæ, scilicet materiam, formam et priprima unum numéro, quia intelligitur sine vationem ; sed non sunt hæc suffîcientia ad omnibus dfepositionibus quæ faciunt dif­ generalionem. Quod enim est in potentia, ferre numéro, vel a quibus est differentia non potest se reducere ad actum, sicut cum. numéro. Sciendum etiam quod licet primum quod est in poténtia ad idotum, non materia prima non habeat in sua ratione facit se idolum, sed indiget opérante ad aliquam formam vel privalionem, sicut in hoc quod forma idoli exeat de poténtia in ratione suis non est figuratum vel infiyu- actum. Forma etiam non potest se extraratum, materia tamen uunquam denudatur here de poténtia in actum, et loqnor de a forma et privations. Quandoque enim forma générait, quam dicimus esse term iest sub. una forma, quandoque sub alia, num generationis : quod autem operatur, per se autem nunquatn potest esse, quia est in fieri, dum res lit, Oportet.ergo præcum in ratione sua non habcat aliquam ter materiam et formam aliquid principiu m formam, non potest esse in actu, cum esse esse quod agat ; et hoc dicitur causa efiiactu non sit nisi a forma, sed est solum in ciens, vermovens, vel agens, vel unde est poténtia ; et ideo quidquid est in actu non principium motus. Et quia, ut dicit Arispotest dici materia prima. toteles in It. Metaphys., « omne quod agît ne se meut que dans un but, » il est nécessaire qu’il y ait un quatrième principe, c’est-à-dire le but que se propose celui qui agit, et c’est ce qu’on appelle la fin. Il faut remarquer que, bien que tout agent, soit naturel ou raisonnable, tende à un but, il ne s’ensuit pas qu’il ait la connoissance de cette fin, ou qu’il la raisonne. La connoissance de la fin est nécessaire dans les agents, dont les actions sont déterminées, mais elles s’en éloignent, comme sont les agents libres; c’est pourquoi il est indispensable qu’ils connoissent la fin vers laquelle ils doivent diriger leurs actions. Mais les agents naturels ont des actions déterminées ; aussi n’est-il point nécessaire de chercher les moyens qui tendent à la fin. Avicenne propose l’exemple d’un joueur de guitare, qui n’a pas besoin de délibérer pour savoir quelle corde il faut toucher, parce que ceci est déterminé dans son esprit, sans quoi, il y auroit interruption entre chaque note, ce qui seroit désagréable. On voit que l’agent libre doit plus réfléchir que l’agent naturel. Cela se démontre par une preuve dma jo ri; en effet, si l’agent libre, qui doit en effet réfléchir davantage, agit cependant quelquefois sans réflexion, à plus forte raison l’agent naturel. Donc il peut arriver que l’agent naturel tende à son but, sans qu’il y réfléchisse ; et cette tendance n’est autre chose qu’une inclination naturelle à quelque chose. Nous avons donc démontré qu’il y a quatre causes, savoir : la matérielle, l’efficiente, la formelle et la finale.

    Quoiqu’on dise indifféremment principe ou cause et que l’on prenne l’un pour l’autre, comme on le voit dans le Ve livre de la Métaphysique, Aristote établit cependant, dans son traité de Physique, quatre causes et trois principes. Les causes sont extrinsèques ou intrinsèques. La privation n’est point comprise au nombre des causes, parce qu'elle est un principe par accident, ainsi que nous l’avons fait observer; et non agit nisi intendendo aliquid, » oportet num. 'Magis autem videtur de operante esse -aliud quartum, id scilicet quod inten- voluntarie quod deliberet, quam de agente ditur. ab operante, et hoc dicitur finis. Et naturali. Et ita patet per locum a majori, sciendum quod licet omne agens tam na- quod si agens voluntarie, de quo magis turale quam voluntarium iuteudat finem, videtur, non délibérât aliquando, ergo nec non tamen sequitur quod omne agens co- agens naturale. Ergo possibile est agens gnoscat finem, vel deliberet de fine. Cognos- naturale sine deliberatioue intendere finem, cere autem finem est necessarium in his et hoc intendere nihil aliud est quam haquorum actiones sunt determinatæ, sed se bere naturalem inclinationem ad aliquid. habent ad opposita sicut sunt agenlia vo- Ex dictis patet, quod sunt quatuor causæ, luntaria ; et ideo oportet quod cognoscant scilicet materialis, efîiciens, formalis'etfifinem, per quem suas actiones déterminent. nalis.

    Sed;in ageutibus naturalibus sunt actiones Licet autem principium et causa dicantur determinatæ : unde non est necessarium convertibiliter, ut dicitur V. Metaphys., eligere ea quæ sunt ad finem, et ponit tamen Aristoteles in libro Physic. ponit exemplum Avicenna de citharedo, quem quatuor causas et tria principia : causas non oportet de qualibet percussione chor-.enim accipit tam pro extrinsecis quam darura deliberare, cum percussiones sint pro intrinsecis. Materia autem et forma determinatæ apud ipsum : alioquin esset dicuntur intrinsecæ rei, eo quod sunt pariter percussiones in ora, quod esset abso- tes constituantes rem. Efiiciens autem quand nous disons qu’il y a quatre causes, nous entendons des causes par elles-mêmes, auxquelles cependant se réunissent les causes accidentelles, parce que tout ce qui est accidentel est renfermé dans ce qui est par soi. Et malgré qu’Aristote confonde les principes avec les causes, dans le Ier livre de son traité de Physique, comme il le répète dans le Ve de sa Métaphysique, on appelle proprement principe, les causes extérieures, et élément, les causes qui font partie essentielle de l’objet, c’est-à-dire les causes intrinsèques; on applique aux deux le mot cause et souvent néammoins on prend l’un pour l’autre. En effet, on peut dire que toute cause est principe et que tout principe est cause. Cependant le mot cause semble dire plus que le mot principe, pris en général, parce que ce qui est principe, soit qu’il soit accompagné.d’un être qui est sa conséquence, ou non, peut être principe, comme on dit que le coutelier est le principe de ce canif, parce qu’il n’est tel que par le fait de l’ouvrier. Mais quand on dit qu’une chose passe dublanc au noir, on veut dire que le blanc est le principe de ce changement ; et généralement, tout ce par quoi le mouvement est communiqué, est appelé principe. Cependant, le blanc n’est pas le sujet de l’être duquel suit, comme conséquence, l’être d’un objet postérieur, c’est-à-dire du noir. On appelle seulement cause, le principe duquel vient l’être d’un objet postérieur. Ce qui fait qu’on appelle cause d’un être ce qui en produit un autre. C’est pourquoi on ne peut pas donner le nom de cause en soi, au principe qui communique le mouvement, bien qu’on lui donne celui de principe. Voilà la raison pour laquelle la privation est rangée au nombre des principes, au lieu de l’être parmi les causes, parce que la privation est ce par quoi commence la génération. Pourtant, on peut encore l’appeler cause par accident, en tant qu’elle coïncide avec la matière, ainsi que nous l’avons dit plus haut.

    On appelle proprement élément les causes qui entrent dans la composition d’un objet, et qui sont purement matérielles; et encore, non pas toutes les causes matérielles, mais seulement celles qui entrent dans la composition primitive de l’objet. Ainsi, on ne dit pas que les membres sont les éléments de l’homme, parce que beaucoup d’autres choses entrent dans leur composition; mais on dit que la terre et l’eau sont des éléments, parce qu’ils ne sont point composés d’autres corps, et qu’ils sont au contraire la base de la composition des corps naturels. C’est pour cela qu’Aristote dit dans le cinquième livre de sa Métaphysique, « qu’un élément est ce qui fait la base de la composition d’un corps, qui est en lui et ne s’étend, point d’après la forme. » Expliquons cette définition : première partie, c’est-à-dire, « ce qui fait la base de la composition d’un corps ; » cela s’entend par ce que nous avons déjà dit. Deuxième partie : « Et qui est en lui : » ceci marque la différence de cette partie de la matière que" la génération détache du tout par la corruption, de même que le pain est la matière du sang, mais qui ne le produit qu’autant qu’il est corrompu et par-là ne reste point dans le sang, ce qui fait qu’on ne peut pas dire que le pain est l’élément du sang. Mais il faut qu’il subsiste quelque partie des éléments, puisqu’ils ne sont pas entièrement corrompus, comme on le dit dans le traité de la Génération. Troisième partie : « Et ne s’étend point selon la forme, » c’est-à-dire la figuré’; ce qui est dit pour expliquer la différence des objets, dont la forme ou l’espèce se compose de différentes parties ; par exemple les mains, qui se composent de chair el d’o s, qui diffèrent d’espèce. Mais un élément ne se divise pas en différentes parties, d’après l’espèce, comme l’eau, dont chaque partie est de l’eau. Car il n’est pas nécessaire, pour l’essence coincidiL cum materia, sicut supra dictum rentiam illius materiæ quæ ex toto corest. rum pitur per generationera, sicut panis est Elementum autem non proprie dicitur materia sanguinis, sed non generatur sannisi de causis ex quibus est compositio rei, guis nisi corrumpatur panis, unde panis quæ proprie sunt materiales ; et iterum non remanet in sanguine, unde non potest non de qualibet causa materiali, sed de ilia dici panis elementum sanguinis, sed eleex qua est prima compositio : sicut non menta oportet aliquo modo manere, cum dicimus quod membra sint elementa h o - non omnino corrumpantur, ut dicitur in minis, quia membra etiam componuntur lib. De generatione. Tertia particula, sciliex aliis ; sed dicimus quod terra et aqua cet « et non dividitur secundum formam, » sunt elementa, quia non componuntur ex id est speciem, ponitur ad differentiam aliis corporibus, sed ex ipsis est prima eorum quæ habent partes diversas in forma, compositio corporum naturalium. Unde id est in specie, sicut manus, cujus partes Aristoteles, Y. Metaphys., dicit quod « ele­ sunt caro et ossa, quæ differunt secundum mentum est ex quo componitur res primo, speciem ; sed elementum non dividitur in et est in e a, et non dividitur secundum partes diversas secundum speciem, sicut formam. » Expositio primas particulæ, aqua, cujus quælibet pars est aqua. Non scilicet « id ex quo componitur res primo, » enim oportet ad esse elem enti, ut non dipatet per ante dicta. Secunda parücula, vidatur per quantitatem, sed sufiicit si non scilicet « et est in e a, » ponitur ad diffe- divid&tur secundum formam, et si etiam d’un élément, qu’il ne se divise pas par quantité, mais il suffit qu’il ne se divise pas selon la forme, et quand même Une se diviseroitpas, il est encore appelé élément, comme les lettres de l’alphabet sont les éléments des mots. Ce que nous venons de dire, que le principe est plus, en un sens, que.la cause, et celle-ci plus que l’élément, c’est ce que dit le commentateur dans le Ve livre de la Métaphysique.

    Etant donc qu’il y ait plusieurs genres de causes, il faut savoir qu’il peut y avoir plusieurs causes du même objet, par exemple une statue dont le métal est la cause, et l'artisan comme cause efficiente, et le métal comme matière. Il peut être que la même cause produise des effets contraires ; par exemple, le pilote est la cause du salut et de la perte d’un navire, de l’un par sa présence, et de l’autre par son absence, comme dit le Philosophe dans le second livre de son traité de Métaphysique. Il faut savoir encore qu’une même chose peut être cause et effet, non pas sous le même rapport, mais diversement ; par exemple, la promenade est la cause de la santé, en qualité de cause efficiente, mais la santé est la cause de la promenade, comme fin. Car la promenade est quelquefois la cause de la santé, et faite en vue de la santé ; et le corps est la matière de l’ame et l’ame la forme du corps. On dit que l’efficient est cause, par rapport à la fin, celle-ci n’étant en acte que par l’opération de l’agent, et la fin est appelée cause de l’efficient, puisqu’il n’agit qu’en vue de la fin. En sorte que celui-ci est cause de ce qui est la fin, par exemple la promenade, pour procurer la santé ; il ne fait pourtant pas que la fin soit la fin ; aussi il n’est pas la cause de la causalité de la fin, c’est-à-dire qu’il ne fait pas que la fin soit la cause finale, comme le médecin fait que la santé soit en acte, sans faire cependant que la santé soit la fin. La fin n’est point encore la cause de ce qui est l’efficient, mais elle est la cause que nullo modo dividatuiy dicitur elementum causa sanitatis ut efficiens, sed sanitas est sicut litieræ sunt elementa dictionum. causa deambulationis ut finis. Deambulatio Patet ergo ex dictis quod principium ali­ enim est aliquando causa sanitatis, et propquo modo est plus quam causa, et causa ter sanitatem, et etiam corpus est materia in plus quam elementum. Et hoc est quod animæ, anima vero forma corporis. Efildicit commentator in Y. Metaphys. ciens vero dicitur causa respectu finis, cum Viso autem quod sunt quatuor généra finis non sit in actu nisi per operaticmem causarum, sciendum est quod non est pos- agentis; sed finis dicitur causa efîicientis, sibile quod idem habeat plures causas, ut cum efficiens non opcretur nisi per intenidolum cujus causa est cuprum, et artifex tionem finis : unde efficiens est causa illius ut efficiens, cuprum autëm ut materia. quod est finis, ut puta deambulatio, ut sit Nec est impossibile ut idem sit causa con- sanitas, non tamen facit finem esse finem; trariorum, sicut gubernator est causa sa- et ideo non est causa causalitatis finis, idest, lutis navis et submersionis, sed hujus per non facit finem esse causam finalem, sicut suam absentiam, illius per suam præsen- medicus facit sanitatem esse in actu, non tiam, ut dicit Phiiosophus II. Physicor. tamen facit quod sanitas sit finis. Finis Sciendum est etiam quod non est impos- etiam non est causa illius quod est efficiens, sibile ut aliquid idem sit causa et causa­ sed est causa ut eificiens sit efficiens. Sanitu m, non quidem respectu ejusdem, sed tas enim facit medicum esse medicum, et diversimode, ut ambulatio est alicuando dico de sanitate quæ fit opérante medico, l’efficient soit l’efficient. Car la santé fait que le médecin est médecin, et je dis la santé, qui s’opère par le moyen du médecin, mais elle fait que le médecin est efficient. De même il fait que la matière est matière, et que la forme est forme, puisque la matière ne reçoit la forme qu’en vue de la fin, et que la forme ne perfectionne la matière que pour la fin. C’est ce qui fait dire que la fin est la cause des causes, parce qu’elle est la cause de la causalité de toutes les causes. On dit aussi que la matière est la cause de la forme, en tant que la forme n’existe que dans la matière. Et de même la forme est la cause de la matière, en tant que la matière n’a l’être en acte que par la forme. On dit en effet que la forme et la matière sont relatives l’une à l’égard de l’autre, comme il est écrit au second livre du traité de Physique. On dit aussi qu’elles sont à leur composé ce que la partie est au tout, et comme le simple au composé, et celui-ci à ses différentes parties. Mais comme toute cause, en tant que cause, est naturellement antérieure à son effet, il faut savoir que l’antériorité s’entend de deux manières, comme le dit Aristote dans le troisième livre du traité de l’Ame. C’est à cause de la diversité de ces deux modes que l’on peut dire qu’une chose est antérieure et postérieure à l’égard d’une même chose, et cause et effet. On dit en effet qu’une chose est antérieure à l’autre, par la génération et par le temps, et encore par la substance et par le complément. Car, puisque l’action de la nature procède de l’imparfait au parfait et de l’incomplet au complet, l’imparfait précède le parfait par la génération et par le temps, mais l’imparfait est antérieur au parfait, par la substance. De même qu’il est permis de dire que l’homme est antérieur à l’enfant par la substance et le complément, quoique l’enfant soit antérieur à l’homme, par la génération et par le temps. Mais quoique, en général, l’imparfait précède le parfait et la puissance l’acte, en considérant que sous un seul et même rapport l’imparfait précède le parfait et la puissance l’acte, à propremen tparler cependant, il est nécessaire que l’acte etle parfait soient antérieurs, parce que, ce qui réduit la puissance à l’acte, est fait, et ce qui perfectionne l’imparfait est parfait.

    La matière est bien antérieure à la forme par la génération et le temps, car le sujet est antérieur à l’adjectif qui lui est donné, mais la forme est antérieure à la matière par la substance et le complément, car la matière n’a la faculté d’étre complément que par la forme. De même, la cause efficiente est antérieure à la fin, par la génération et le temps, puisque c’est l’efficient qui conduit à la fin, mais elle est antérieure à l’efficient, en tant qu’efficient, par la substance et le complément, puisque l’action de l’efficient n’est complète que par la fin. Donc, ces deux causes, bien que matérielle et efficiente, sont antérieures par voie de génération, mais la forme et la fin le sont par voie de perfection.

    Il faut remarquer qu’il y a deux nécessités : l’une absolue et l’autre conditionnelle. La nécessité absolue est celle qui procède des causes premières dans la voie de la génération, qui sont la matière et l’efficient, comme la nécessité de la mort qui tire sa source de la matière et de la nature des éléments opposés dont nous sommes formés. On appelle absolue celle qui ne connoît pas d’obstacles ; elle est aussi appelée nécessité de la matière. La nécessité conditionnelle procède des causes postérieures de la génération, c’est-à-dire de la forme et de la fin ; de même que nous disons qu’il est nécessaire qu’il, y ait conception pour qu’un homme soit engendré. On appelle celle-ci conditionnelle, parce qu’il n’est pas absolument nécessaire qu’une femme conçoive, mais seulement conditionnellement, c’est-à-dire pour qu’un homme soit engendré ; et c’est ce qu’on appelle nécessité de fin. Il faut faire observer que trois causes peuvent concourir au •simpliciter tam en loquendo oportet actum Et notandum quod duplex est nécessitas, et perfectum prius esse, quia quod reducit absoluta et conditionalis. Nécessitas quidem potentiam ad actum > actum est, et quod ahsoluta est quæ procedit a causis priorihus perficit imperfectum, perfectum est. Ma­ in viam generationis, quæ sünt materia et teria quidem est prior forma generatione efficiens, sicut nécessitas mortis quæ proet tempore. Prius est enim id cui aliquid venit ex materia et dispositione contrarioadvenit, quam id quod advenit ; sed forma rum componentium ; et hæc dicitur absoest prior materia su bstantia et complemento, luta quæ non habet impedimentum, dicitur quia materia non habet esse completum nisi etiam nécessitas materiæ. Nécessitas autem per formam. Similiter etiam efficiens est conditionalis procedit a causis posterioribus prius fine generatione et tempore, cum ab in generatione, scilicet forma et fine : sicut efficiente fiat motus ad finem ; sed finis est dicimus quod necessarium est esse concepprior efficiente in quantum est efficiens tionem, si debeat generari homo. Et ista substantia et complemento, cum actio effi-. dicitur conditionalis, quia-hanc mulierem cientis non compleatur nisi per finem. Ergo concipere non est necessarium simpliciter, istæ du» causæ, scilicet materialis et efficiens sed sub conditione, scilicet si debeat genesunt prius per viam generationis, sed forma rari hom o, et hæc dicitur nécessitas finis. ei finis sunt prius per viam perfectionis. Et notandum quod très causæ possunt incimême but, savoir : la forme, la fin et l’efficient, copime on le voit dans la génération. En effet, le feu produit le feu ; donc le feu est la cause efficiente, en tant qu'il produit le feu. Et de même le feu est la cause formelle, en tant que réduisant en acte ce qui étoit en puissance; et encore ainsi, la fin, en tant que les opérations de l’agent le produisent, et en tant qu’il est dans l’intention de l’agent. Il y a aussi une double fin, c’est-à-dire celle de la génération et celle de la chose engendrée, comme le prouve la production du canif. Car la forme du canif est la fin de la génération. Mais l’action de couper, qui est le fait du canif, est la fin de ce qui est produit, c’est-à-dire du canif. Or, la fin de la génération coïncide avec.les deux causes que nous avons nommées, savoir : quand la génération s’opère par un être semblable à son produit, comme l’homme qui engendre l’homme, une olive une autre olive, ce qui ne peut s’entendre de la fin de l’objet engendré. Il faut savoir néanmoins que la fin coïncide avec la forme dans le même nombre, parce qu’elle est la même chose en nombre, ce qui est la forme de l’objet engendré et la fin de la génération. Mais elle ne coïncide pas avec la cause efficiente, dans la même chose en nombre, mais dans la même par l’espèce. Car il est impossible que l’agent et le fait soit un en nombre, mais ils peuvent l’être en espèce r ce qui fait que quand un homme engendre un homme, celuivqui engendre et celui qui est engendré sont différents en nombre, mais un en espèce. La matière ne coïncide pas avec les autres, et étant un être en puissance, elle a la raison de l’imparfait; tandis que les autres causes étant en acte, ont la raison du parfait. Or, le parfait et l’imparfait ne coïncident pas ensemble.

    Après avoir dit qu’il y avoit quatre causes, savoir : l’efficiente, la formelle, la matérielle et la finale, il nous reste à exposer ce que p.'hap.nnp. est en particulier. On dit en effet qu’une chose est cause antérieure et une chose cause postérieure, comme on dit que l’art de guérir et le médecin sont la cause de la santé. L’art du médecin est cause de priorité el le médecin est cause de postériorité ; de même dans la cause formelle et dans les autres. Mais il faut faire observer que tout effet doit être toujours ramené à la cause première. Par exemple, si on.dit : Pourquoi cet homme est-il guéri? On doit répondre que c’est parce que le médecin l’a guéri. Et si on insiste en disant : Comment le médecin l’a-t-il guéri ? Il faut dire : C’est parce qu’il possède l’art de guérir. Il faut encore savoir qu’on dit cause plus prochaine et cause plus éloignée, cause éloignée et cause prochaine. En sorte que cette division de causes en antérieure et en postérieure, en prochaine et en éloignée, signifient la même chose. Nous devons faire remarquer, que ce qui est plus général reçoit le nom de cause éloignée, et ce qui est plus spécial s’appelle cause prochaine, comme nous avons dit que la forme prochaine de l’homme est sa définition, savoir : animal raisonnable. Mais le terme d’animal est plus éloigné, et la substance est encore plus éloignée. Car tous les êtres supérieurs sont la forme des êtres inférieurs; ainsi, la matière prochaine d’une statue est le cuivre, la matière- éloignée est le métal et la plus éloignée est le corps. Il y a également la cause en soi et la cause par accident. La cause en soi est la cause d’un effet en tant qu’il est tel, par exemple, l’architecte est la cause d’une maison elle boisla cause d’un escabeau. La cause par accident est celle qui survient à la cause en soi, par exemple, si l’on dit qu’un grammairien bâtit une maison. Car le grammairien est la cause par accident de cette construction, non, parce qu’il est grammairien, mais parce qu’il se fait que celui qui construit une maison est grammairien, et de même pour les autres causes. Il y a encore une cause simple et une cause composée. La cause simple est seulement ce qui est cause en soi, par exemple, si on dût que cèlui qui construit est la cause d'une maison, et encore si on dit qu’un médecin est la cause d’une maison. La cause est composée quand l’une et l’autre peuvent être appelées cause, comme si on dit qu’un médecin qui bâtit est la cause d’une maison. On peut encore dire qu’une cause est simple, dans le sens que l’explique Avicenne, c’est-à-dire qu’une chose est cause sans adjonction de quoi que ce soit, par exemple, le cuivre est la cause de la statue, sans mélange d’aucune autre matière, car la statue est faite de cuivre, comme on dit que le médecin donne la santé et que le feu réchauffe. La cause composée est celle qui exige plusieurs autres choses pour être cause, par exemple, un homme seul n’est pas la cause d’un vaisseau, mais plusieurs, de même qu’une seule pierre n’est pas la cause d’une maison, mais une foule de pierres. Parmi les causes, il y a celle en acte et celle en puissance. La cause en acte est celle dont l’effet a lieu actuellement, comme l’architecte pendant qu’il construit ou le cuivre pendant qu’il est jeté en fonte pour faire une statue. La cause en puissance, bien qu’elle ne produise pas actuellement son effet, est cependant capable de le produire, comme l’architecte qui ne bâtit point, bien qu’il puisse le faire, et le cuivre qui n’est point encore coulé en statue. Nous ferons observer qu’il faut que les causes et leur effet en acte soient simultanés, de telle sorte, que l’un étant donné l’autre existe. Car pour bâtir en acte, il est nécessaire qu’on bâtisse, et pour qu’il y ait une construction en acte, il faut qu’il y ait un constructeur en acte. Il n’en est point ainsi pour les causes en puissance. Une cause générale s’applique à un effet général et une cause particulière à un effet particulier, comme nous avons dit que celui qui construit est la cause d’une maison et que tel architecte est la cause de telle maison. Il faut savoir aussi que quant aux principes intrinsèques, c’est-à-dire la matière et la forme, dans les rapports de convenance ou d’opposition d’effets, ou de leurs rapports mutuels entre eux, sont les mêmes en nombre, comme, par exemple, cet homme et Sortès, en désignant Sortès. Il y a des choses différentes en nombre et qui ne font qu’une en espèce, comme Sortès et Platon, qui bien qu’ils soient différents en nombre, se conviennent par l’espèce humaine. D’autres diffèrent en espèce et sont les mêmes en genre, mais qui ne sont la même chose que par analogie. Ils n’ont en effet de rapports que quant à ce qui tient à l’être; or l’être n’est pas le genre, parce que sa dénomination ne s’applique pas à des objets de nature différente, autrement que par analogie.

    Pour comprendre notre pensée, nous avons besoin de faire remarquer qu’on peut appliquer à un grand nombre de mots trois sens différents, l’univoque ou général, l’équivoque et enfin le sens analogique. Le sens général ou univoque est celui dont la dénomination s’applique à des objets de nature différente, dans le même sens, comme par exemple, le mot animal se dit d’un homme et d’un âne, car l’un et l’autre est un animal, une substance animée et sensible, qui est la définition de l’animal. Le sens équivoque est celui que l’on donne à un même mot, sous différentes significations, par exemple, le mot de chien, qui s’applique à l’animal qui aboie et à une constellation, qui sont les mêmes quant au nom, mais non quant au sens et à la définition. Car ce que veut dire un mot, est sa signification, comme il est dit au quatrième livre de la Métaphysique d’Aristote. Le sens analogique est celui que l’on donne à plusieurs objets, dont le sens et la définition sont différents, mais qui est attribué à une seule Sciendum est etiam quod loquendo de Et ad hujus intelligentiam sciendum est principiis intrinsecis, scilicet materia et quod tripliciter aliquid prædicatur de pluforma sesecundum convenientiam et diffe- ribus, scilicet univoce, æquivoce et anaiorcntiam principiatorum, et convenientiam gice. Univoce quidem prædicatur aliquid et differentiam principiorum, quædam sesecundum idem nomen et sesecundum eamsunt idem numéro, ut Sortes et hic homo dem rationem, id est diffinitionem, sicut demonstrato Sorte; quædam sunt diversa animal prædicatur de homine et asino; numéro, et idem specie, sicut Sortes et utrumque enim dicitur animal, et uterque Plato, qui licet différant numero, conve­ est substantia animata sensibilis, quod est niunt tamen in specie humana. Quædam diffinitio animalis. Æquivoce prædicatur vero differunt in specie, sed sunt idem ge­ quod prædicatùr de aliquibus sesecundum nere, sicut homo et asinus conveniunt in id nomen, et sesecundum diversam rationem, genere animalis. Quædam vero non sunt sicut canis dicitur de latrabili et de sidere diversa in genere, sed sunt idem solum se­ cœ lesti, qui conveniunt in nomine, et non secundum analogiam, sicut substantia et in diffinitione neque significatione. Id enim quantitas ', quæ non convenint in aliquo quod significatur per nomen, est diffinitio, genere, sed conveniunt solum sesecundum sicut dicitur IV. Metaphys. Analogice dianalogiam. Conveniunt enim solum in eo citur prædicari, quod prædicatur de pluquod est ens : ens autem non est genus, ribus, quorum rationes et diffiiiitiones sunt quia non pfaedicatur univoce, sed analo­ diversæ, sed attribuuntur uni alicui eidem, g ie. sicut sanum dicitur de corpore anim alis, et même chose, par exemple, le mot sain, qui se dit du corps d’un animal, de l’urine, d’une boisson, mais qui n'a pas le même sans pour chacun de ces trois mots. On l’attribue à l’urine, comme signe de santé; au corps comme sujet; à une boisson comme cause. Mais ces trois sens n’ont qu’une même fin, c’est-à-dire la santé. On attribue, en effet, quelquefois à une même fin, ce qui s’accorde en analogie, en proportion et en comparaison, comme nous venons de le faire voir dans l’exemple que nous venons de citer. D’autres fois, on l’attribue à un même agent, comme on donne le titre de médecin à celui qui agit en vertu des connoissances qu’il a delà médecine et de celui qui traite un malade sans aucune connoissance de cet art, comme, par exemple, une commère qui fait de la médecine, et même aux instruments, mais par attribution au genre, qui est la science de la médecine. Enfin, par attribution à un seul sujet, comme le mot d’être, qu'on applique à la substance, à la quantité, la qualité et autres attributs. Car ce n’est pas dans un sens parfait, sous tous les rapports, que la substance est être et qualité et tout ce que nous avons dit, mais tout cela est appelé être, parce qu’on l’attribue à la substance, qui est le sujet des autres adjectifs ; aussi la substance est appelée être par antériorité, et les autres par postériorité. Aussi l’être n’est pas le genre de la substance et des autres attributs, parce qu’on n’attribue jamais le genre à ses espèces, antérieurement ou postérieurement; mais on dit être par analogie; et c’est pour cette raison que nous avons avancé que la substance et la quantité diffèrent de genre, mais sont la même chose par analogie. La matière et la forme des objets qui sont un en nombre, le sont également elles-mêmes, comme par exemple, Tullius et Cicéron ne font qu’un. Mais la matière et la forme de ceux qui sont un en espèce, mais différents en nombre, ne forment pas d’unité, mais sont les mêmes en espèce, par exemple, Sortès et Platon. De même les prinet de urina, potione, sed non ex toto idem ratio qua substantia est ens, et qualitas, significari in omnibus tribus. Dicitur enim et omnia alia ; sed omnia dicuntur ens ex de urina ut de signo sanitatis, de corpore eo quod attribuuntur substantiæ, quæ est ut de subjecto, de potione ut de causa ; aliorum subjectum : et ideo ens dicitur per sed tamen omnes istæ rationes attribuuntnr prius de substantia, et per posterius de aliis; uni fini, scilicet sanitati. Aliquando enim et ideo ens non est genus substantiæ et ea quæ conveniunt sesecundum analogiam, aliorum prædicamentorum, quia nullum et proportionem et comparalionem, attri- genus prædicatur sesecundum prius et posbuuntur uni fini, sicut patuit in prædicto terius de suis speciebus, sed ens prædicatur exemplo sanitatis. Aliquando uni agenti, analogice ; et hoc est quod dicimus, quod sicut medicus1 dicitur de eo qui operatur substantia et quantitas différant genere, per artem, et de eo qui operatur sine arte, sed sunt idem sesecundum analogiam. Eorum ut vetula, et etiam de instrumentis, sed per ergo quæ sunt idem numéro, etiam forma attributionem ad genus quod est medicina. et materia sunt idem numéro, sicut Tullii Aliquando autem per attributionem ad et Ciceronis. Eorum autem quæ sunt idem unum subjectum, ut ens dicitur de sub­ specie divem que numéro, materia et forma stantia, quantitate, qualitate, et aliis præ- non sunt eadem numéro, sed specie,, sicut dicamentis. Non enim ex toto est eadem Sortis et Platonis : et similiter eorum quæ1 cipes des choses qui ont une unité de genre, l’ont également eux-mêmes, comme l’ame et le corps d’un âne ou d’un cheval diffèrent en espèce, mais ne font qu’un genre. Les principes des objets qui ont des rapports entre eux par analogie, ou seulement par proportion, sont les mêmes seulement par analogie ou par proportion. Car la matière, la forme, la privation, la puissance et l’acte sont les principes de la substance et des autres genres. Cependant la matière de la quantité et de la substance, ainsi que la forme et la privation, diffèrent de genre, mais sont les mêmes quant à la proportion seulement, en ce sens que, de même que la matière de la substance se rapporte à la substance, sous le rapport de la matière, de même la matière de la quantité se rapporte à la quantité. Cependant, comme la substance est la cause de tous les autres êtres, de même les principes de la substance sont les principes de tous les autres êtres.

    Fin du trentième Opuscule de saint Thomas d'Aquin, sur les principes de la nature.

    BA ND EL. Curé, Chanoine honoraire de Limoges.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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