Sur les articles de foi et les sacrements de l’Église · Saint Thomas d'Aquin
Chapitre I : Des articles de foi
Votre affection vous fait me demander de vous transcrire en abrégé, et comme pour mémoire, quelques choses sur les articles de foi et les sacrements de l’Eglise, avec les doutes qui peuvent être agités sur ces mêmes articles et ces mêmes sacrements. Mais comme l’attention tout entière des théologiens a pour objet les doutes qui touchent les articles de foi et les sacrements de l’Eglise ; si je voulois satisfaire pleinement à votre demande, il faudroit embrasser toutes les difficultés (le la théologie : votre prudence comprend tout ce qu’un semblable travail a de pénible. Qu’il vous suffise donc pour le moment que je vous distingue brièvement les articles de foi et les sacrements de l’Eglise, ainsi que les erreurs à éviter par rapport à chacun d’eux. Il vous faut d’abord savoir, que la foi chrétienne tout entière a pour objet la divinité et l’humanité du Christ. C’est ce qui fait dire à Jésus-Christ par la bouche de saint Jean, ch. XIV : « Vous croyez en Dieu ; croyez aussi en moi. » Mais il en est quelques-uns qui, sur chacun de ces points, distinguent six articles, d’autres sept; ce qui fait que, d’après quelques-uns, les articles sont au nombre de vingt-un, d’autres disent au contraire, qu’il n’y en a que quatorze. Premièrement donc, ils distinguent, ainsi, six articles ayant pour objet la foi de la divinité. Il y
OPUSCULUM Y. E j î î SDEM DOCTORIS TRACTATUS DE ARTICULIS FIDEI. ET SACRAMENTIS ECCLESIÆ.
a en effet trois choses à observer touchant la divinité ; à savoir l’unité d’essence divine, la Trinité des personnes et les effets de la puissance divine. Le premier article consiste à croire l’unité d’essence, d’après ce passage du Deutéronome, ch. VI : « Ecoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est un seul Dieu. « Il se présente à nous sur cet article plusieurs erreurs qu’il nous faut éviter.
La première, c’est qu’il est parmi les gentils ou païens, quelques individus qui posent en principe qu’il y a plusieurs dieux. C’est contre eux qu'il est dit dans l’Exode, ch. XX : « Tu n’auras pas de dieux étrangers en ma présence. »
La seconde, c’est celle des Manichéens qui admettent l’existence de deux principes ; l’un d’où vient tout ce qui est bon, l’autre d’où découle tout ce qui est mauvais. C’est contre eux qu’il est dit dans Isaïe, ch. XLV : « Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre formant la lumière et créant les ténèbres, faisant la paix et créant le mal. » Parce que lui-même inflige suivant sa justice le mal du châtiment, lorsqu’il voit exister dans sa créature le mal de la faute.
La troisième, c’est celle des Anthropomorphites, qui admettent un seul Dieu, mais qui le disent corporel, et formé comme le corps humain. C’est contre eux qu’il est écrit dans saint Jean, ch. IV : « Dieu est esprit ; » dans Isaïe, ch. XL : « A qui ferez-vous ressembler Dieu, quelle image trouverez-vous de lui ? »
La quatrième, c’est celle des Epicuriens, qui soutiennent que Dieu ne prévoit ni ne sait les choses humaines. Il est dit dans la dernière Epître de saint Pierre contre eux, ch. ult. : « Rejetant toute sollicitude sur lui, puisqu’il est chargé de prendre soin de vous. »
La cinquième, c’est celle de certains philosophes païens qui affirment que Dieu n’est pas tout-puissant, mais qu’il peut seulement ce qui arrive naturellement ; il est écrit contre eux au Psaume CXIII : « Le Seigneur a fait tout ce qu’il a voulu. » Ils dérogent donc à l’unité ou à la perfection de l’essence divine tous ceux qui soutiennent ces erreurs; c’est pour cela qu’il est écrit dans le Symbole, contre eux tous : « Je crois en un seul Dieu, Père tout-puissant, etc... »
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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