Sur la perfection de la vie spirituelle · Saint Thomas d'Aquin
Chapitre II : La perfection selon l'amour de Dieu et l'amour du prochain
Que la perfection se prend tant d’après Vamour de Dieu que d’après
l’amour du prochain.
Mais si l’on considère surtout la perfection par rapport à la charité, on peut certainement la prendre de ce en quoi consiste la perfection de la vie spirituelle. Il y a en effet deux préceptes de la charité, l’un a pour objet l’amour de Dieu, et l’autre l’amour du prochain. Il est vrai que ces deux préceptes ont un certain rapport entre eux, d’après l’ordre de la charité, car ce qu’il faut surtout aimer, c’est le souverain bien qui nous rend heureux, c’est-à-dire Dieu. La charité nous fait secondement un devoir d’aimer le prochain, qui nous est uni par un certain droit de vie sociale dans la perception ou participation de la béatitude. De là vient que, ce que la charité nous fait un devoir d’aimer dans le prochain, c’est que nous parvenions ensemble au bonheur. Le Seigneur nous montre cet ordre des préceptes de la charité, lorsqu’il dit dans l’Evangile de saint Matthieu, ch. XXII : « "Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre ame, de tout votre esprit. C’est le premier et le plus grand des commandements. Mais le second est semblable à celui-ci. Vous aimerez votre prochain comme vous-même. » La perfection de la vie spirituelle consiste donc d’abord et surtout dans l’amour de Dieu. C’est pour cela que le Seigneur parlant à Abraham, dit, Gen., ch. XVII : « Je suis le Seigneur tout-puissant, marchez en ma présence, et soyez parfait. » Mais ce n’est pas par les mouvements du corps, mais bien par les affections de l’esprit que l’on marche en présence du Seigneur. Scriptura utitur. Dicitur enim îs a iœ, proximus, qui nobis quodam socialis vitæ XXXII : « Cor stulti faciet iniquitatem ju re conjungitur in beatitudinis præ cep-La perfection de la vie spirituelle consiste secondement, dans l’amour du prochain. C’est ce qui fait qu’après que le Seigneur eut dit, Matth., ch. Y : « Aimez vos ennemis, » et qu’il eut ajouté plusieurs autres choses concernant l’amour du prochain, il conclut en disant : « Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait. »
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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