Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Réponse au lecteur de Byzance sur six articles · Saint Thomas d'Aquin

    Questions IV à VI

    Les petites mains de l’enfant Jésus ont-elles créé les étoiles? Cette expression est impropre. Parce que ces petites mains sont des mains humaines, à qui il n’appartient pas de créer. Mais comme c’est un seul et même Jésus-Christ, parfait dans la nature divine et dans la nature humaine, on peut tourner la phrase et dire : Les petites mains de cet enfant ont créé les étoiles, c’est-à-dire, cet enfant ayant de petites mains, a créé les étoiles. Les docteurs se servent quelquefois de cette manière de parler, pour exprimer l’union des deux natures, comme l’Eglise le chante en plusieurs circonstances. Les mains qui nous ont formés ont été percées de clous. Cependant on ne doit point parler ainsi devant le peuple. Pourtant je ne crois pas cette façon de parler très-répréhensible, à moins qu’elle ne fasse naître des hérésies ou qu’elle excite des scandales; et, dans ce cas, il faudroit expliquer le sens (le ces paroles. Car il ne faut point, autant qu’il est possible, inquiéter les ames simples.

    QUESTION V.

    Depuis que le saint vieillard Siméon dit à la bienheureuse Vierge : « Son glaive percera tou ame,» la sainte Vierge repassa-t-elle sept fois par jour ces paroles, avec une violente douleur? Je réponds à ceci, qu’il ne faut pas y faire attention, parce que ce n’est appuyé d’aucune autorité. Je ne pense point qu’on doive prêcher ces frivolités, lorsqu’il y a tant de vérités certaines à enseigner. Cependant il ne faut pas trop le blâmer, s’il n’y a pas de scandale.

    QUESTION VI.

    Doit-on se confesser des circonstances non notablement aggravantes, qui entraînent avec elles une autre espèce de péché, même en faisant connoître la personne avec laquelle on a commis le péché ? Il me semble qu’on doit absolument en faire l’aveu, parce que on n ’avoue pas ses fautes, si on n’en fait pas connoître l’espèce, que l’on ne peut savoir autrement que par les circonstances qui entraînent avec elles une autre espèce de péché, et par lesquelles U est spécifié. Mais on n’est pas tenu à confesser les circonstances non aggravantes et qui ne sont point accompagnées d’une autre espèce de péché, ainsi que les péchés véniels, quoiqu’il soit louable de le faire. Car on peut dire des circonstances du péché ce que nous avons dit du péché véniel. Les circonstances qui entraînent une autre espèce de péché, sont celles qui renferment une opposition particulière à quelque commandement de la loi divine ; comme, par exemple, le vol simple est opposé à ce commandement : « Tu ne déroberas point. » Mais si le vol est commis dans un lieu saint, il est opposé encore à un autre précepte qui commande le respect aux objets consacrés à Dieu ; et ainsi, il renferme une autre espèce de péché. D’où il suit qu’il ajoute une infraction à la loi de Dieu, et par conséquent il aura une autre tache de péché mortel, qui doit nécessairement être confessée. Je crois donc qu’on n’est point tenu à confesser les circonstances aggravantes qui n ’entraînent pas dans une autre espèce de péché. Mais on ne doit point faire connoître la personne avec qui on a péché, lorsqu’on peut l’éviter, parce que d’abord c’est un péché de dévoiler les fautes des autres et de nuire à leur réputation, ce que l’on doit surtout éviter au tribunal de la pénitence, qui est établi pour effacer les péchés passés. Parce que, secondement, le Sauveur a, au chapitre XVIII de l’Evangile de saint Matthieu, prescrit la forme de faire connoître les péchés, ce qui n’est pas permis d’enfreindre. Troisièmement, parce que, dans la confession, il faut s’en rapporter au pécheur qui fait l’aveu de ses fautes, pour lui et contre lui, mais on ne doit pas ajouter foi à ce qu’il dit contre une autre personne, parce que autrement on fourniroit matière à de fausses confessions, à des diffamations calomnieuses ; par conséquent, si on peut avouer ses péchés sans faire connoître la personne avec laquelle on a péché, on commet une faute en la nommant, à moins que ce soit dans les vues de procurer la correction fraternelle, que Notre-Seigneur a prescrite. Mais si on ne peut découvrir l’espèce de son péché, sans dévoiler la personne avec laquelle on l’a commis, par exemple, si on a été criminel avec sa propre sœur, il est nécessaire de nommer la personne, afin de confesser l’espèce du péché dont on s’est souillé. Mais on doit, s’il est possible, choisir un confesseur qui ne commisse pas cette personne.

    Quant à ce que j ’ai dit qu’il n’étoit point nécessaire de confesser les circonstances aggravantes qui ne changent pas l’espèce du péché, on ne doit point entendre ces paroles du nombre des péchés dont on doit faire l’aveu autant que possible, parce qu’il n’y a pas seulement un péché mais plusieurs. Voilà, très-cher frère, ce que j ’ai à vous d ire, quant à présent, relativement aux questions que vous m’avez proposées. Veuillez, s’il vous plaît, me payer de ma peine, par vos vos bonnes prières.

    Fin du douzième Opuscule ou réponse de saint Thomas d’Aquin, au lecteur de Bisance, sur six articles.

    B A N D E L, Cuvé, Chanoine honoraire de Limoges.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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