Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Réponse à trente-six articles du lecteur de Venise · Saint Thomas d'Aquin

    Articles V à VII

    La cinquième question est celle-ci : Un ange peut-il, par sa seule puissance, soulever le globe entier de la terre jusqu’à la lune ? Il me semble qu’on ne peut rien affirmer de cette question, car les forces des créatures ne s’étendent qu’à des faits naturels. C’est pourquoi les anges ne peuvent mouvoir les corps que selon les lois propres à leur nature, et ils ne peuvent pas leur imprimer d’autres mouvements par leur propre puissance, parce que cela ne peut se produire que miraculeusement, par un ordre de Dieu. Cela pourrait arriver non-seulement par la puissance d’un ange, mais même en vertu de celle d’un homme. Je ne crois pas, en effet, qu’il soit au pouvoir des anges, de lancer violemment en haut une partie de la terre, et de transporter un élément tout entier hors de son cercle, naturel, et parce que la puissance des anges est immense sur les créatures inférieures, il ne faut pas croire pourtant qu’elle ne soit point bornée à des effets limités, mais seulement qu’elle n’éprouve ni lassitude, ni défaillance, quand il s’agit d’opérer dans les limites de son pouvoir.

    ARTICLE VI.

    Article sixième : Ce que dit le livre de l’Ecclésiaste, au premier chapitre, que l’Esprit fait le tour du monde, peut-il raisonnablement être entendu ainsi ? L’Esprit angélique se promène faisant le tour, c’est-à-dire par ses oeuvres, parce qu’il fait mouvoir les cieux comme dans un cercle. Je ne vois pas pourquoi cette explication ne seroit pas admissible, puisqu’elle est vraie d’après ce que nous avons déjà dit, et qu’elle ne s’éloigne point de la manière de parler ordinaire de l’Ecriture, d’après ces paroles de saint Paul aux Romains, ch. VIII, qu’il est dit que « l’Esprit intercède, » c’est-à-dire fait intercéder.

    ARTICLE VII.

    L’ange a-t-il une puissance infinie intérieurement? Ceci peut s’expliquer bien ou mal. Si on veut dire que les anges ont une puissance infinie sur les créatures qui sont au-dessous d’eux, ceci est faux et erroné. Car alors ils pourroient produire des créatures qui leur seraient inférieures, et changer la nature des choses, ce qui est faux évidemment. Il faut donc entendre que la puissance des anges est dans l’ordre des attributs de leur nature. De même donc que le fini et l’infini sont dans leur nature, ainsi en est-il dans leur puissance. Les anges ont donc une nature bornée relativement à ce qui leur est supérieur, c’est-à-dire Dieu, qui est un Etre bon et infini, et avec lequel ils ont quelque trait de ressemblance par des points de contact bornés et finis. Mais cependant, comme les anges n’ont point de forme matérielle, ils ne sont point borné et resserré dans les liens d’une nature corporelle, comme le sont les formes matérielles ; d’où il suit que la puissance des anges est finie en tant qu’appliquée à des effets déterminés ; et lorsqu’elle participe d’une manière finie à la puissance de la cause première, elle est cependant infinie en ce sens que sa puissance d’action n’est pas gênée par les exigences de la matière et des organes corporels, comme les formes matérielles et organisées. Elle est encore infinie en durée, après la création, parce que sa nature est immortelle, et que son existence n’est point mesurée sur un certain nombre de jours.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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