Réponse à trente-six articles du lecteur de Venise · Saint Thomas d'Aquin
Articles VIII à X
Les anges sont-ils la cause de tout ce qui naît et meurt dans ce monde ? Ceci est de rigueur, s’ils sont la cause du mouvement des astres, « qui donnent la vie et la mort à tous ces corps inférieurs, » comme s’exprime saint Denis, au chapitre IV. Donc ce qui n’est pas la cause de la cause est la cause de l’effet.
ARTICLE IX.
Les anges sont-ils les auteurs de tous les corps naturels composés, soit organisés, soit organiques, parce que, être cause d’une chose, c’est la faire sortir d’une autre. Je dis que ceci peut être faux, parce que, être l’auteur d’une chose ou la faire, se dit bien des œuvres d’art, mais non des opérations de la nature. Car, comme on ne dit pas que le père fait son fils, c’est pour cela qu’Aristote dit, au sixième rationem ad suum superius, quod est Deus omnium quæ naturaliter generantur et qui est ens et bonum infinitum, cujus simili- corrum puntur in hoc mundo. Hoc ex natura in angelo parücipalur fmite, cum tamen necessitate sequitur, si sunt causa motus angelus non habeat formam in materia, cœli, qui est « causa generationis et cornon lim itatur vel contrahitur per aliquam ruptionis in istis inferioribus corporibus, » naturam, sicut formæ materiales, unde et ut Dionysius dicit, IV. cap. De div. N om. virtus angeli linita est secundum quod ex- Quod enim est causa causæ, est causa cautenditur ad deterininatos effectus, prout sati.
livre de sa Morale, d’après cette façon de parler, que « l’art est la droite raison des choses faisables. » Aussi, d’après cette définition, n’a-t-on pas l’habitude de dire que les anges font, soit les corps célestes, soit les corps humains, ou toute autre espèce de corps composés, engendrés naturellement. Nous semblons faire, en effet, tout ce qui est en notre pouvoir, quel qu’il puisse être, ou à quelque art qu’il puisse appartenir. Mais les œuvres de la nature ne sont pas soumises au caprice des causes naturelles, mais subissent la loi de l’ordre naturel dépendant de la volonté de Dieu, qui a formé la nature; aussi n’a-t-on l’habitude de n’attribuer guère qu’à Dieu seul de produire des effets naturels. On attribue cependant le mot faire aux causes naturelles, par l’habitude qu’on a de dire que tout agent produit quelque chose do semblable à lui ; comme on dit que le feu chauffe, ce qui n’est, autre chose que de rendre chaud ; d’après cette façon de parler, on peut dire que les anges font les corps célestes et les corps matériels. Mais il vaut mieux suivre l’usage ordinaire, parce que, d’après le Philosophe, il faut parler comme tout le monde, malgré qu’il semble bien inutile de disputer sur les mots, quand il s’agit des choses.
ARTICLE X.
Un ouvrier peut-il mettre la main à son marteau, ou faire tout autre mouvement naturel, sans le secours des anges qui meuvent les sphères célestes. Cette vérité n’a pas besoin d’explication. Il est clair, en effet, que tous les corps mixtes sont conservés par le mouvement des corps célestes, parce que leur vie et leur mort dépend du mouvement du ciel dans une certaine période de temps, et de leur longitude ou de leur latitude de quelques corps célestes. Il est donc certain que si le mouvement du ciel s’arrêtoil, le bras de l’ouvrier n'auroil dicit, quod « ars est recta ratio factibi- cœlestia, et etiam angeli faciunt corpora lium ; » et secundum hoc inconsuete dici inferiora. Sed in talihus magis sequendus tur, quod angeli vel corpora cœlestia faciant est usus loquendi, quia secundum Philocorpora hu m an a, vel alia corpora com po- sophum nominibus utendum est ut plures. sita naturaliter generata. Illud enim videlicet vanum videatur de nom inibus conmur facere quod in potestate nostra est, tendere. ubi constat de rebus.
quale futu ru m s i t, cujusmodi sunt opéra
ARTICULUS X. artis. Opéra autem naturæ non subsunl arbitrio naturalium causarum, sed conse- Decimus articulus est, an faber naturaliter quuntur necessitatem ordinis naturalis m overe manum ad m allsum vel ad aliud nasubjectam arbitrio Dei constituenlis natu naturaliter operandumsine angelis moventibus ram, unde facere effectus naturales magis corpora cœlestia', hoc non habet explicatam solet attribui Deo. Invenitur tamen verbum veritatem. Manïfestum est enim quod omfaciendi attributum etiam causis n atn rali- n ia corpora mixta conservantur in esse bus, secundum quod consuevit dici, quod per motum cœlestium corporum, ex hoc omne agens facit sibi simile, prout ignis quod certa periodo cœlëstis motus genedicitur calefacere, quod nihil est aliud ra n tu r et corrum puntur, et similiter sequam facere calidum, et secundum hunc secundum elongationem vel appropinquatiomodum loquendi dici potest, quod corpora nem aliquorum corporum cœlestium. Est
plus d’énergie, et l’on n’entendroit plus le bruit des marteaux. Mais si, par une vertu surnaturelle, le forgeron frappoit encore sur son enclume, il faudrait dire que son corps a avec son ame les mêmes rapports qu’auparavant. Qu’on ne vienne pas dire que l’air ne seroit pas divisible, parce qu’il ne seroit plus corruptible, par la cessation du mouvement du ciel. Car, quand même cela arriverait, il ne perdrait pas sa nature, qui est d’être divisible, à cause de la vapeur qu’il contient et de sa fluidité ; et comme le conducteur du son et de la voix.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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